Paul Robinet expert dans le désert Tunisien nous partage son expérience du plus grand sentier de Grande randonnée de Tunisie appelée aussi GR de Tunisie
De la rando en Tunisie ? Ce n’est pas la première chose à laquelle on pense lorsque l’on mentionne ce pays, et justement… connaissez vous VRAIMENT la Tunisie ? Il est temps de la découvrir autrement, sur son premier chemin de Grande Randonnée : GR de Tunisie.
Nombreux sont celles et ceux qui mentionneront la mer azur, le soleil permanent et le couscous ou la brick que l’on consomme les pieds dans l’eau, après une balade à dos de dromadaire en bord de plage… Pour beaucoup c’est une destination balnéaire abordable et familiale, idéale pour le farniente et la bronzette !
Mais ce n’est pas que cela…
Il existe une toute autre Tunisie, bien plus sportive, vaste, aux paysages très variés à découvrir à pied !
Un nouveau vent touristique

Initialement seulement pour les bergers locaux ou quelques avertis aventuriers en quête de sentiers non balisés, la marche à pied attire de plus en plus en Tunisie. La randonnée est une activité nouvelle, qui se démocratise et devient accessible, attirant amateurs à la journée, comme des plus chevronnés sur de l’itinérance.
Le sport outdoor en général, du vélo au kite en passant par le parapente ou l’escalade connaît aussi son effet de mode dans le pays. Les tracés GPX, blogs et micro associations locales facilitent peu à peu cet accès au terrain jusqu’alors très rarement balisé. Le pays profite depuis plusieurs années d’une bonne stabilité en matière de sécurité. Il permet ainsi une libre circulation même s’il s’agira de simplement se déclarer auprès des autorités locales avant d’entamer un trek.
Tout cela facilite ainsi le développement des ces activités sportives en devenir.
D’ailleurs, en 2021, impulsé par un programme de développement de tourisme alternatif financé par la coopération suisse, a eu lieu l’inauguration du 1er GR de Tunisie, nommé : La Grande Traversée du Dahar (GTD).
Une montagne chargée d’histoire
Le Dahar, chaîne de montagne du Sud Est tunisien signifiant « le dos de l’Atlas » s’étire sur plus de 200km et sépare les plaines d’oliviers du front de mer des premières steppes sablonneuses du Sahara.
Ces montagnes, plusieurs fois immergées au cours de l’histoire, ont été identifiées comme la roche émergée la plus ancienne de L’Afrique (-250 millions d’années pour la zone dite Tebaga) et sont le résultat de l’alternance de sédimentations successives et de mouvements de plaques donnant un paysage très singulier et apportant nombre de points d’intérêt sur les chemins.

Le GTD est le fil rouge du programme de promotion locale Destination Dahar qui identifie un parcours original de 192km de randonnée, découpé en 12 étapes à faire seul ou guidé par des accompagnateurs locaux.
Une région à observer et à vivre auprès des gens

Longtemps laissé aux seuls cultivateurs berbères, depuis quelques années l’endroit gagne un nouvel intérêt touristique grâce à la cartographie et la formation de guides locaux pour la promotion et valorisation du patrimoine de la région.
Ainsi, c’est en randonnant que l’on pourra observer toute une flore sauvage nourricière et médicinale et en apprendre les bienfaits auprès des habitants. On gardera un œil affûté pour observer fossiles et traces géologiques de différentes périodes en marchant de ksar en ksar (ksours au pluriel, sont de vieux villages fortifiés à flan de montagne pour la plupart abandonnés aujourd’hui).
Au détour de quelques points panoramiques, on pourra constater les vestiges de l’occupation allemande durant la seconde guerre mondiale et comment les troupes se fondaient dans le paysage grâce à l’habitat troglodyte qui façonne la montagne comme un gruyère de maisons sous-terraines. Si la modernité a participé au délaissement de ces habitations, certaines sont encore habitées ou utilisées pour le bétail et peuvent se visiter.
Préparer sa marche

Le tracé est par endroit indiqué mais encore non balisé. Une application de rando est vivement recommandée pour s’orienter dans ces reliefs caillouteux mais l’emploi de cartes topographiques locales (achetables à peu près partout dans les différents points de promotion de la Destination Dahar) est aussi un bon support de préparation.
On peut aisément randonner seul, la technicité du terrain n’étant pas la plus grande difficulté, mais les pistes disparaissent aussi vite qu’elles réapparaissent et l’on a vite fait de se tromper de sentier si l’on ne reste pas attentif. Un accompagnateur en montagne local reste une vraie valeur ajoutée : lecture du terrain, lien humain, sécurité, gestion de la logistique et connaissance de toute la richesse de la région, il apportera plus qu’un simple guidage.
Quelle saison privilégier ?

Si en été les températures sont souvent trop élevées pour envisager tout itinéraire, la période allant d’octobre à mai est idéale. Beaucoup de belles journées ensoleillées permettent assez sereinement de prévoir plusieurs jours de randonnée d’affilé. En hiver, les nuits sont plutôt froides, mais rarement en dessous de zero degrés. Il ne neige pas dans la région. Le printemps est plus souvent sujet à des vents forts mais rien d’empêchant. La pluviométrie annuelle reste relativement faible mais de fortes averses peuvent survenir occasionnellement, remplissant les oueds (ruisseaux) et rendant le terrain boueux. S’informer auprès des locaux en complément des applications météo lèvera toute inquiétude.
Les hébergements le long de l’itinéraire sont variés : maison d’hôte, chez l’habitant, ou bivouac avec déclaratif préalable aux autorités locales.
Il faut penser à porter suffisamment d’eau et de quoi être autonome entre deux villages berbères car il est difficile de se ravitailler aux rares sources, même si l’on croise régulièrement des agriculteurs entre les différentes parcelles de culture qui pourront vous venir en aide.
Une expérience pour qui ?

Le terrain n’est pas aussi escarpé que d’autres reliefs montagneux mais la présence de ravins imposants et les sentiers difficilement identifiables à de nombreux endroits, impose une certaine vigilance et forme physique.
Ce n’est pas une expédition extrême, mais il faut être un minimum connaisseur et préparé.
L’itinéraire peut aussi se faire par tronçons, selon le niveau ou le temps disponible. Il est facilement découpé en étapes de 8km à 25km pour les plus longues. On peut partir en seul ou en petit groupe. Certaines familles avec des adolescents choisissent aussi d’y consacrer quelques jours.
Pourquoi venir ici ?
Si cette chaîne de montagne très aride reste encore peu connue dans le paysage montagnard nord africain, elle n’est pas en reste. Depuis 2014, elle est est candidate pour devenir labellisée Geoparc au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Parmi ses vastes étendues désertiques, elle dispose paradoxalement d’une grande richesse accessible aux plus curieux.ses, et les raisons de l’arpenter sont nombreuses. En voici quelques unes :
- Cette Tunisie là est encore peu connue.
- On peut y marcher longtemps sans croiser personne pendant des heures.
- C’est une montagne d’une riche biodiversité, avec un système agricole unique, témoin de l’histoire amazigh.
- Une tableau géologique unique et très ancien, regorgeant de fossiles observables
- Des rencontres humaines fascinantes avec les habitant.e.s toujours très accueillant.e.s.
- Elle offre du vrai, sans folklore ni superflu et c’est encore peu plébiscité par les agences de voyage lorsqu’on s’éloigne des quelques coins touristiques mis en avant.
- On s’y rend vite en quelques heures de vol jusqu’à Djerba puis en moins de 2h de voiture.
Comment accéder à la région du Dahar ?
L’itinéraire du GTD débute au village de Tamezret au nord et termine à Douiret au sud. La région s’étend encore de part et d’autres de Médenine à Tataouine.
On y accède facilement depuis l’aéroport international de Djerba, à moins de deux heures de route des premiers villages. Depuis Tunis, il faut compter une journée complète en bus ou en voiture (environ 500 km). Des loueurs de véhicules sont disponibles à Djerba, mais certains hébergements proposent aussi des transferts.
Il est possible de se déplacer en taxi collectif ou en stop. Mais pour rejoindre sans peine votre point de départ, être motorisé et autonome reste plus confortable. Les différents contacts assurant vos hébergements pourront vous aiguiller.
Quel budget prévoir ?
Prévoir une itinérance avec quelques haltes confortables reste abordable, même pour une randonnée de plusieurs jours.
Voici quelques repères :
- Hébergement simple en maison d’hôte : entre 25 et 50€ la nuit, souvent en demi-pension
- Accompagnateur local : à partir de 30 € par jour
- Repas chez l’habitant ou en auberge : entre 5 et 15 €
- Bivouac : gratuit, mais nécessite une grande autonomie, un déclaratif auprès des autorités et un repérage préalable requis, notamment pour gérer ses ravitaillements en eau et nourriture. Les épiceries ne comportent pas toujours de quoi se restaurer convenablement.
Quasiment tous les lieux collectent les paiements en espèces uniquement. Les grosses villes voisines disposent de distributeurs mais pas les villages.
Il en va de même pour les stations service. Il faudra penser à faire le plein d’essence avant de s’engager dans les lacets de montagne.
Quel temps et météo prévoir ?
Si le GR se découpe en 12 étapes, les plus sportifs pourront le faire de bout en bout en 8 jours selon leur hébergement.
Le climat est relativement sec et souvent ensoleillé, même en hiver. Mais les vents peuvent être forts et le brouillard du matin frais. Mieux vaut être équipé contre le froid mais aussi bien protégé des UV.
Trois étapes emblématiques du GR de Tunisie
Chaque tronçon du GR a son atmosphère. Mais en voici trois qui sont particulièrement belles.
Chenini – Douiret

Une étape courte mais spectaculaire, probablement la plus prisée car facile pour les familles et Chenini dispose d’un attrait touristique assez important. D’un village troglodytique faiblement habité à un autre, abandonné mais honorablement conservé, on pourra imaginer la vie des anciens dans ces lieux. Le sentier grimpe sur une crête offrant une vue panoramique sur tout le massif.
A Douiret, deux gites proposent des repas traditionnels dans les anciennes grottes restaurées.
Ksar Jouamaa – Ksar Hadada

Un parcours plus long, plus isolé. Le départ de Ksar Jouama est unique, un vieux grenier fortifié restauré en hébergement. Il accueille ses visiteurs dans d’anciennes chambres de stockage de ressources agricoles, nommées ghorfas. On plonge alors dans un canyon dont il faudra trouver la sortie sinueuse par les chemins de brebis. La suite est la traversée d’un plateau semi-désertique avec très peu de villages mais un paysage à couper le souffle. L’arrivée à Ksar Hadada dévoile un autre grenier fortifié. Celui là fut utilisé pour le tournage de la série Star Wars et l’on pourra se figurer des scènes de la mythique guerre des étoiles sur ce décor dont le nom de la région fut emprunté pour nommer la planète Tatouine du film.
Toujane – Zmerten

Certainement l’une des étapes les plus sauvages, avec des vues ouvertes sur toute une vallée verdoyante (les années où il y a un peu de pluie). On trouvera ici nombre d’espèces végétales variées tant sauvages que cultivées dans les parcelles en terrasse.
Toujane, accrochée à flanc de montagne, impressionne par ses ruelles en pierre sèche. Un café avec vue panoramique plus tard, il faudra s’attendre à un peu de dénivelé pour rejoindre le chemin qui serpente ensuite entre les collines. On passera par des zones cultivées, avant de plonger vers le village de Zmerten, reculé et préservé.
C’est un tronçon idéal pour vagabonder entre vie rurale et nature brute. Un guide local sera plus volontiers requis pour ne pas passer à côté de tous les points d’intérêt.
Un GR, pour connecter les vieux villages

La Destination Dahar est un programme de promotion touristique alternatif. Il va de soi qu’il faut profiter de ce circuit pour rencontrer les habitants et découvrir leurs traditions préservées, même si la population a baissé depuis plusieurs décennies. C’est un réseau de villages, de pistes, de micro-initiatives.
Chaque année, de nouvelles boucles de randonnée se créent autour des villages. Les habitants réouvrent d’anciens chemins, proposent des repas, des produits à base de plantes médicinales, de participer à la cueillette des olives…
En outre, des ateliers accessibles permettent la valorisation de l’artisanat local. A base de laine ou d’Alfa, cette herbe robuste qui pousse partout dans la région, bien des ouvrages sont confectionnés et disponibles à l’achat en direct.

Des accompagnateurs locaux sont reconnus et promus dans la région. Ils racontent leur enfance, leur rapport au territoire, leurs espoirs pour la région et connaissent les moindres trous dans la terre et la roche pour en conter les anecdotes d’autrefois. On repart donc avec de belles randonnées insolites… mais aussi avec des prénoms, des histoires et des invitations à revenir.
Et après ?
Le GR est encore jeune. beaucoup de villages n’ont pas encore d’hébergements formels… Certains tronçons manquent de points d’eau ou de signalisation claire.
Mais c’est justement ce qui fait l’intérêt de ce territoire : il reste vivant, évolutif, ouvert. On ne vient pas touriste parmi d’autres mais marcheur pionnier et chaleureusement accueilli.
C’est l’occasion aussi de participer, à son échelle, à faire vivre une forme de tourisme plus simple et plus direct.
Cet article est rédigé par Paul Robinet, coordinateur accompagnateur et créateur de liens avec les locaux dans le sud Tunisien. Vous voulez découvrir la Tunisie autrement avec Le Baroudeur Gourmand , écoutez l’épisode immersion :
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