Le Wadi Rum, une immersion au cœur du désert jordanien

par Expérience Outdoor
Préparation à de l'escalade dans le désert Jordanien

Lucile nous partage son expérience de deux séjours pour de la grimpe en Jordanie à la découverte des falaises du Wadi Rum, Petra et la mer Morte.

Informations pratiques pour préparer son séjour en Jordanie dans les falaises du Wadi Rum

Dates :

Du 27 novembre au 06 décembre 2016, puis du 25 octobre au 5 novembre 2017.

Lieu :

Jordanie : Wadi Rum, Petra, la mer Morte, Jerash.

drapeau de la Jordanie

Montpellier => Marseille, puis vol Marseille-Amman avec une escale à Istanbul, par Turkish Airlines.

360€ par personne l’aller-retour en basse saison (fin novembre), 480€ en haute saison (vacances scolaires de la Toussaint).

Accès au site d’escalade de Jordanie:

Depuis l’aéroport d’Amman, plusieurs possibilités pour se rendre au Wadi Rum :

  • Une voiture de location, option qui semble pertinente uniquement si l’on souhaite passer plusieurs jours hors du Wadi Rum, car, là-bas, il faut la laisser à l’entrée, au Visitor Center (mais location de 4×4 possible…).
  • Un taxi organisé depuis la France, peut-être la solution idéale pour y aller rapidement pour « pas trop cher » (environ 80€ le trajet). Un contact : 00962 (0)779 271205
  • Un taxi improvisé à l’aéroport, avec le risque de payer plus cher (120€ environ, pour 3-4h de trajet).
  • En bus si l’on est moins pressé : rejoindre d’abord la gare routière sud d’Amman, puis le bus pour Aqaba (environ 6€ / personne) en demandant à s’arrêter à l’intersection de la route du Wadi Rum, et enfin du stop.

Lors de notre premier séjour, nous envisagions de prendre le bus… Mais, après grosses incompréhensions (ou volonté de ne pas comprendre !) de la part des chauffeurs de bus et de taxi qui attendaient devant l’aéroport, nous avons fini par y aller en taxi : dans 3 taxis différents, en négociant à chaque fois âprement, pour un total d’environ 60€ ( ?) !

Pour le 2ème séjour, nous avons choisi la facilité : à 3, le tarif du taxi ne nous a pas semblé excessif vu l’heure matinale à laquelle on arrive, c’est l’option reposante !

Du Visitor Center (à l’entrée du Wadi Rum) au village, c’est à pied… ou votre hôte vient volontiers vous chercher !

Participants :

Nolan
François
Bruno
Lucile participant au séjour dans le désert de Jordanie
Lucile

Où dormir en Jordanie :

Wadi Rum :

Partis dans l’idée de prendre le temps de se familiariser avec les lieux et de ne rien réserver, nous nous sommes laissés guider en arrivant au Visitor Center. Le nom d’Ali et Alia nous avait été donné, nous les avons donc contactés et ils ont organisé notre première nuit avec la demi-pension dans leur camp dans le désert, pour environ 20JD/personne. sun_rise_camp@yahoo.com

Nous avons pris le temps le lendemain de faire le tour du village et de rendre visite aux différents hôtes : Saoud nous a convaincu ! Ce guide accueille chez lui dans le village de Rum pour 15 JD / jour et par personne, avec la demi-pension.

Il amène volontiers un peu partout au pied des voies gratuitement, et dans le désert pour pas très cher (50JD pour Barrah, avec toute la logistique : matelas, pique-nique, etc). J’aime beaucoup l’ambiance chez lui : rien n’est formel ! Repas pris en commun avec la famille (« like a brother » comme il aime à dire !), on est vraiment chez l’habitant !

Il est particulièrement bienveillant, venant nous voir en paroi dès qu’on allume les frontales, nous récupérant au pied des voies après la tombée de la nuit…

début de l'escalade en Jordanie dans le désert

Un super site avec des renseignements sur Saoud, les activités qu’il propose et les prix de celles-ci sur Wadirum
Contact au +962 77 799 53 06.

Camping possible au Rest House. L’option cheap, mais de moins en moins usitée semblerait-il : il était désert lors de nos deux séjours.

Petra :

Le petit hôtel / auberge de jeunesse « Valentine Inn », conseillé par le Routard, est bien accueillant, chaleureux, idéalement placé, avec un repas self de mets locaux… Un bon camp de base pas cher pour aller visiter Petra, d’autant que des navettes sont organisées toutes les heures pour rejoindre le site.

Auberge de jeunesse Petra dans le désert jordanien

Où se restaurer/où se réapprovisionner en Jordanie :

Le Rest House possède un restaurant, vraisemblablement gouteux et à un tarif abordable (8JD/personne le dîner). Mais ce lieu nous a peu attiré : géré par le gouvernement, aucun bédouin n’y travaille…

D’autres restaurants proposent des repas dans le village de Rum : nous nous sommes pour notre part satisfaits des repas quotidiens chez Saoud, savoureux et variés.

Enfin, trois petites épiceries proposent en-cas et gâteaux… Sucrés !

se restaurer pour  dans le village de wadi rum

Accès et tarifs des principaux sites :

1JD = 1,20€ environ en 2016

  • Visa d’entrée en Jordanie : 40 JD
  • Entrée au Wadi Rum : 5JD / personne.
  • Journée à Petra : 42 JD avec la réduction quand on présente son billet d’avion « Turkish Airlines ».

Un bon plan pour qui compte faire des visites (et notamment Petra) est de prendre le Jordan pass en ligne. Entre 70 et 80 JD selon la formule, il comprend : le visa, l’entrée à Petra et autres entrées de sites du pays dont le Wadi Rum. C’est déjà rentable avec juste le visa et la journée à Petra !

Caractéristiques et histoire du massif de Jordanie :

Au cœur du désert jordanien, à quelques encablures de la Mer Rouge, s’élancent d’imposantes et fascinantes tours de grès. Dans ce site aux paysages uniques, le rocher tantôt strié de fissures parfaites, tantôt parsemé de trous, écailles et autres réglettes offre une escalade fortement typée aventure, sans doute l’une des plus belles du monde…

Spots d'escalade dans le désert Jordanien.

Les bédouins sont sans conteste les premiers grimpeurs du Wadi Rum. Partis chasser le bouquetin dans les parois, ils ont ouvert des « voies bédouines » : itinéraires d’une rare intelligence qui cheminent dans ces canyons et sur ces dômes… lunaires !

Itinéraires bédouins empruntés lors de notre session d'escalade en Jordanie

Le fameux grès jordanien a ensuite attiré les occidentaux, quand, à l’automne 1984, une équipe de grimpeurs britanniques (Howard, Baker, Shaw et Taylor) a été invitée par le Ministère du Tourisme à venir grimper dans le Wadi Rum. Ils reviendront avec Wilfried Colonna ouvrir un nombre considérable de voies. De même, les frères Rémy ont été prolifiques en 1986, ouvrant 20 voies en 20 jours !

Duvernet et Monnet ou Haulpotter et Precht se sont à leur tour distingués par un grand nombre d’ouvertures.

La dernière évolution en date est la première voie entièrement spitée, la « Guerre Sainte », ouverte par Arnaud Petit, accompagné d’une équipe de grimpeurs français et israélien (B. Robert, P. Batoux, A. Hod…).

Falaises dans le désert jordanien pour pouvoir faire de l'escalade

La grimpe en Jordanie, au Wadi Rum reste assez « aventureuse ». La plupart des voies n’a quasiment aucun équipement en place. Il est donc indispensable d’avoir un certain sens de l’itinéraire (y compris dans les descentes !), une vigilance quant à la qualité du rocher (sableux !), et le matériel adéquat : un jeu complet de friends, des coinceurs, des sangles et cordelettes… Voire même un brin de corde de rappel de rechange car le rocher très abrasif et les rappels des voies « non-classiques » solliciteront grandement votre corde…

Grimpe de nuit avec frontale à Wadi Rum dans le désert Jordanien

Climat :

Les mois les plus favorables sont ceux de fin octobre, novembre, début décembre… Puis fin février, mars et avril. Il est néanmoins possible de grimper en janvier, mais le risque de pluie, de tempête de sable ou de froid est assez important, pouvant rendre alors la grimpe en Jordanie impossible pendant plusieurs jours. En décembre et en janvier, les jours sont aussi très courts et les nuits plutôt froides…

Début octobre et en mai, l’escalade est encore possible, mais uniquement à l’ombre. De juin à septembre, il fait beaucoup trop chaud, la température pouvant aller bien au-delà de 40°C à l’ombre.

Activités dans les environs :

Qui pense Jordanie pense forcément Petra, le site touristique majeur du pays. Souvent décrite comme la 8ème merveille du monde, cette vaste cité taillée dans la pierre par les Nabatéens mérite assurément la visite !

Remontant à environ 300 av. J.C., elle fut la capitale du royaume nabatéen, peuple arabe ingénieux qui s’est établi en Jordanie il y a plus de 2 000 ans. Pour pénétrer dans la cité, le promeneur emprunte le « Siq », un canyon étroit de plus d’un kilomètre de long, délimité de part et d’autres par d’abruptes falaises.

A sa sortie s’offre à vous Al-Khazneh, « le Trésor », une imposante façade rose de 30 m de large et 43 m de haut, taillée à même le roc.

L’ampleur et la superficie de Petra sont tels qu’il est agréable de prendre le temps de parcourir le site, de cheminer hors des sentiers battus, pour aller à la découverte de nouvelles merveilles taillées à même le rocher, que l’on trouve au détour de chaque sentier !

Une grosse journée est au moins nécessaire pour avoir l’impression d’en voir une infime partie, mais plusieurs jours sont aussi une option attirante étant donné les dimensions du lieu, et le plaisir que nous avons pris à marcher au cœur de ces paysages !

Pour son histoire et son originalité, la mer Morte nous attirait forcément !

Nous avons profité d’une dernière journée, promenés par un taxi local, pour se faire guider sur ses rives… La Palestine est visible au loin, nous nous sentons au cœur de l’histoire… Et osons la baignade  « flottante », bien sûr !

Baignade dans la mer morte lors de notre séjour en Jordanie

Une visite de quelques sites au Nord d’Amman nous a été proposée par notre chauffeur : bien conservés, ces châteaux et le site archéologique de Jerash offrent une plongée dans l’histoire jordanienne fort intéressante !

Bibliographie et topos :

Nous avions deux guides de Jordanie, le Routard et le Lonely Planet : bien pratiques pour avoir des informations historiques et culturelles sur le pays !

La bible du lieu, le topo d’escalade complet avec de bons croquis et photos (même s’il reste succinct pour des itinéraires compliqués), c’est le livre « Treks and Climbs in Wadi Rum, Jordan », de Tony Howard.

Plusieurs itinéraires détaillés dans le classique « Parois de Légende » d’Arnaud Petit et Stéphanie Bodet.

Topo d'escalade en Jordanie treks and climbs in wadi rum et parois de légendes

Enfin, de nombreux topos de voies à trouver sur le net, sur l’excellent site de Christian Ravier 

Ou sur le classique Camp To camp

Voies d’escalade parcourues en Jordanie :

En 2016…

Sommet en Jordanie après notre sessin de grimpe

Puis en 2017…

Le Wadi Rum, une immersion au cœur du désert jordanien

Premières rencontres avec les bédouins et leurs falaises : humilité au programme !

Lors de notre découverte du Wadi Rum, en 2016, avec Nolan, nous nous rendons vite compte qu’il nous faudra « réapprendre à grimper » !

Ce grès aggloméré « juste assez solide pour permettre l’escalade », dixit Arnaud Petit, offre une expérience de grimpe à part entière ! Point trop d’ambition de performances donc, mais plutôt une découverte d’itinéraires intelligents, de parcours logiques dans ces dômes et ces folles structures…

Rochers de grimpe en jordanie dans le désert

Les voies bédouines offrent la possibilité de se prendre au jeu de l’ « alpinisme en baskets avec un mini sac à dos » ! Alpinisme, oui, parce que ces itinéraires complexes sont striés de crevasses et le cheminement, bien qu’astucieux, n’est pas forcément instinctif !

superbe grès à escalader en Jordanie dans le désert

Nous avons passé quelques heures à suivre des lignes de cairns n’aboutissant qu’au vide, à contourner des crevasses, ou à chercher le bon canyon de descente !

Sans parler des remontées sur cordes, et des retours nocturnes au village…

paysage incroyable sur les sommets après avoir fait de l'escalade en Jordanie

Aventurons-nous dans le désert !

Après quelques jours à grimper à proximité du village de Rum et du chant du muezzin rythmant les journées, nous partons pour deux jours de dépaysement total.

Barrah Canyon est un lieu reposant, où, après une dépose en 4×4, nous prendrons le temps de cheminer dans ces dunes, de se laisser porter par cette géologie, d’admirer les gargouilles de rocher et de s’emplir les baskets de sable…

Grimpe en Jordanie: du feu, des dunes, des dômes.

Il sera alors temps de préparer le bivouac du soir : si Saoud nous a fourni les patates et la théière, notre mission du jour est bien d’aller chercher du bois !

dans le désert jordanien au milieu des dunes

Nolan révèlera alors ses talents d’architecte, nous construisant un foyer démoniaque, pour une soirée seuls au monde, au milieu du monde..!

Ce Barrah Canyon est un lieu formidable. Un lieu dans lequel tu te sens Juste Bien.

Posée au coin d’un fantastique feu dans un foyer parfait comme seul Nolan sait les concevoir, avant d’aller te blottir sous une énorme pile de couvertures, sous un ciel étoilé comme nulle part ailleurs…

Là, tu te sens juste emplie d’amour pour le lieu, le moment, la Vie !

Ocean Slabs, une ascension de dalles de grès !

Au réveil, le feu est vite rallumé (enfin vite, j’n’en sais rien, je dormais moi pendant qu’il œuvrait en vue d’éviter ma mauvaise humeur matinale…). Les belles dalles en face sont déjà ensoleillées, alors en route pour cet océan !

Les dalles d'Ocean Slabs une falaise à escalader en Jordanie

Une balade verticale magnifique pour notre session de grimpe en Jordanie, un cheminement intelligent et des paysages exceptionnels, tout était réuni pour que cette journée ne soit que du plaisir. Nous cheminons d’abord tranquillement de cairns en cairns, de dômes en dômes, de dalles en dalles… Avant de sortir la corde, les friends et les chaussons pour s’attaquer aux difficultés.

Sessin de grimpe sur l'ocean slabs en plein désert jordanien

Si cette traversée ne semble pas tant mutante (normal ceci dit, le IV n’est pas censé être mutant), les apparences sont parfois trompeuses : après 5 mètres de montée sur des « corn-flakes » bien fragiles, ça devient vite difficile, clairement fragile, et totalement improtégeable. Un pas carrément dangereux où mes prises de main me restent toutes dans les doigts, les pieds deviennent inexistants… Quand je glisse en essayant de me mettre moins mal et que 3 appuis sur les quatre sont pourris, à 10m au-dessus de la vire et 12m après ma dernière protection, il m’avouera ensuite m’avoir vue mourir.

Mais l’unique appui a tenu, j’arrive à poursuivre et à trouver deux lunules pour construire un relais béton : OUF !

Refus d’obstacle à mi-parcours !

Mais l’ami n’aura pas envie de se voir mourir à son tour (réaction pertinente !), et fera un refus d’obstacle fort justifié au vu de la dangerosité de la situation. Je vibrerais émotionnellement à nouveau en allant récupérer le matos : l’est encore plus dure et angoissante de gauche à droite que de droite à gauche c’te trav, j’en ai pleuré !

Quand je le rejoins enfin au « sol », c’est quand même le gros soulagement ! Il inventera même la cotation E18 pour l’exposition !

La descente se fera dans une ambiance à nouveau plus détendue, avec de la désescalade en mode « araignées », face au caillou, dos au vide, les 4 membres tendus ! C’est que le rocher est bien plâtré (de sable !), il nous manquerait presque crampons et piolets au vu de la faible adhérence !!!

Retour dans le désert, nouvelles envolées.

Nous avions conclu cette dernière envolée du voyage en se disant que le lieu nous avait conquis… C’est donc logiquement que nous y retournons l’année suivante, en 2017, pour de nouvelles découvertes !

François et Bruno, les compagnons de ce nouveau trip, sont aussi enthousiastes que moi à l’idée d’un séjour un peu plus prolongé dans le désert : nous voilà partis pour 3 jours d’immersion ! Nous ne savions pas encore que nous n’allions pas faire semblant, de nous immerger…

Cette fois-ci, le campement attendra, nous nous lançons à l’assaut de « l’étoile d’Abu Judaidah » : une ligne moins aventureuse que d’autres, où les lignes de fissures sont franches et évidentes, où le passage a quelque peu nettoyé le caillou, et où les relais sont équipés pour le rappel.

La grimpe en Joranie est « plaisir », reposante pour l’esprit mais magique pour le cadre et les mouv’s !

dans désert jordanien sur l’étoile d’Abu Judaidah

Rapides, nous aurons le temps d’aller chercher du bois et de monter le foyer avant la nuit. Je pourrais alors admirer les talents des coupains en mécanique du feu : décidément une compétence indispensable pour des vacances réussies !

Fin de session d'escalade en Jordanie dans le désert

No Way For Ibex

Nous ne trainons pas au réveil, le projet du jour étant ambitieux : une voie Precht de 500m, malgré les cotations abordables, on se doute qu’on ne va pas courir…

Le caillou souvent fragile, l’absence totale d’équipement imposant une permanente recherche d’itinéraire, les cotations exigeantes (faut avoir de la marge pour les V+ !), la descente décrite en une phrase dans le topo : tous les ingrédients étaient réunis pour une longueeee journée !

Mais les 3 étoiles du topo, le nom de la voie et l’engagement sont trop attirants pour ce moment de grimpe en Jordanie:: fonçons !

S’il n’y a « pas moyen pour les ibex », les hommes (et la femme !) n’ont pas trouvé évident non plus de cheminer dans cette imposante face ! Le topo annonçait une ascension de 6h, nous mettrons 10h30… Sans compter la descente, bien sûr !

L’aventure commence ici…

Quelle expérience formidable de grimpe en Jordanie que cette voie !

Une vraie voie d’ampleur : imposante, exigeante, engagée, à la grimpe passionnante dans des cheminées et fissures raides… Trop la classe !

Aucune longueur n’est donnée : jamais de répit ni de repos. Le rocher est délicat et demande de l’attention, la face raide tout du long. Si les cotations ne montent pas très haut, ne vous y faites pas prendre : c’est une envolée de grande envergure de type montagne. Il n’y a rien en place, il faut avancer sans cesse, sans se perdre.

Notre François international nous a mené sa barque de main de maître, sortant la voie en leader fixe, calme, posé, et efficace comme il sait le faire. Avec Bruno, nous avions bien vite démissionné sur nos ambitions de lead au vu de la qualité (médiocre !) du caillou et de l’exigence des cotations (les V+ sont une vaste blague !) !

26h dans la montagne !

Partis à 6h30 du bivouac, nous voilà enfin au sommet de la voie à 18h. Je me rappellerai longtemps de ce dernier relais où Bruno, tout à son enthousiasme de vivre une telle épopée, m’a lancé : « Des moments pareils, on s’en souviendra toute notre vie, et on les racontera à nos petits-enfants »…

S’il savait qu’il allait avoir bien d’autres aventures nocturnes à raconter, bientôt !

Sur les falaises de la jordanie de nuit

La descente, bien qu’annoncée en 2h30, est décrite en 3 lignes dans le topo ! Nous sommes d’abord agréablement surpris par la facilité à la trouver, bien cairnée et évidente dans les rigoles.

Jusqu’à ce long rappel qui n’aboutit sur rien ! Le temps de recherche de François, Bruno et moi, perchés sur une vire, commençons à nous refroidir cruellement… La couverture de survie prise en fond de sac est (déjà !) la bienvenue, quand des cairns se découvrent à notre leader : ouf, on est sauvé !

Pour un petit moment… !

Parce que la succession de cairns et de rigoles finit par aboutir… sur une falaise, face au grand vide. Pas de rappel, serait-il sur un autre dôme dans une autre rigole ?

L’exploration débute alors : chaque rigole et chaque dôme sera parcouru de fond en comble par chacun d’entre nous, mais toujours rien… Nous décidons de remonter un peu et trouvons un cairn isolé plus à l’ouest, mais l’exploration de tous les canyons de ce côté-là est également vaine…

Retour en bas, à droite, à gauche, au milieu

Au sol, les phares de notre hôte venu nous visiter et nous sustenter au campement sont bien visibles. Il nous demande si nous descendons ou dormons, nous confirmons encore la descente (et c’n’est pas l’envie qui nous manque !).

Grimpe en Jordanie: si près du but, et pourtant…

Mais, quand nous réalisons que chaque rigole que nous découvrons, nous l’avons déjà parcourue deux fois… Que les traces évidentes de baskets dans le sable sont les nôtres… Que nous tournons en rond et que chaque heure nous ramène à la case départ…

C’est le moment où soit on s’énerve (mais l’idée même de nous énerver nous énerve), soit on lâche l’affaire.

Sans se concerter, nous nous asseyons. Ôtons les baudriers.

Je ressors la couverture de survie et me blottis entre les amis. Il est 23h, voilà déjà 5h que nous sommes sortis de la voie : la fatigue se fait sentir et nous semblons au bout de nos possibilités nocturnes. Il fait jour dans 6h, un peu de patience…

Un dernier regain d’énergie quand nous allons chercher une plus confortable (ou moins inconfortable) terrasse de sable. Je propose d’y faire du feu : l’un nous construit un foyer pendant que l’autre va chercher du bois, et je déplie les cordes pour en faire un matelas.

Une barre de céréales à se partager pour tout dîner, nous voilà prêts à affronter une longue nuit.

Une nuit sans sommeil, sous les étoiles : seuls, mais ensemble.

Le feu est vite allumé mais, carrément épuisés, nous voilà transis de froid.

François, en tee-shirt (!), héritera de mon bonnet, et prendra la décision de ne pas dormir : il alimentera généreusement le foyer pour survivre à la nuit. Les d’jeuns de la bande souffriront en silence ou avec force gémissements de l’inconfort et de ce froid mordant.

Feu de camp après la grimpe en Jordanie dans le désert

Quelques minis-siestes, des essais de chansons ou de méditation, pas assez de clopes, la contemplation des étoiles après le coucher de lune (Orion, Cassiopée et toutes les autres sont vite repérées et admirées), beaucoup de membres crispés et de grognements… et la nuit passe.

Un moment décalé, une première pour moi. Une aventure intérieure, un lieu propice à l’introspection… Découverte de nos capacités d’adaptation et de résistance à la douleur. Froid. Solitude. Mais Ensemble.

Après la nuit, vient le jour.

Les heures, les minutes, les secondes ont fini par passer : il est 5h10, la lumière arrive !

flambée réconfortante dans le désert après la grimpe en Jordanie

Longue flambée réconfortante avec tout le bois récupéré dans la nuit par notre vaillant guetteur de feu. Du mal à décoller, vidés de notre énergie mais enfin un peu réchauffés, et ne sachant trop ce qui nous attend.

Chaine de montagne dans le désert Jordanien

Chacun repart finalement à ses explorations de la veille : choisissant de retourner au dernier enchaînement de cairns trouvé depuis la terrasse, je découvre qu’il se poursuit jusqu’au cairn que nous pensions isolé à l’ouest. Dans la continuité, deux canyons déjà explorés hier soir plongent dans le vide.

François dans l’un, je vais dans l’autre. Chou blanc pour tous les deux…

Voulant lui parler, je regarde dans sa direction… et découvre ainsi la cordelette avec maillon dans cette mauvaise rigole que personne n’a eue l’idée d’aller voir !

Yeahhh, une porte de sortie !!!!!!

Nous nous empressons de construire des cairns plus précis, des flèches en cailloux pour que la mésaventure n’arrive pas aux suivants… Et sus aux rappels !

Tranquille tranquille, parce qu’avec un quart d’heure de sommeil et 20 calories engrangés dans les 24h dernières heures, on n’est pas bien sûr de nous…

Mais ça déroulera, chaque rappel menant à une désescalade faisable ou à un nouveau rappel.

Retour vers Wadi rum en plein coeur du désert jordanien

Qu’il est bon de marcher enfin dans le sable !!!!

Les baskets s’enfoncent, c’est doux, c’est moelleux : c’est la terre ferme !

Retour rapide au bivouac, les doudounes sont vite enfilées pour réchauffer nos corps épuisés, pendant que notre hôte revenu nous prépare le feu et réchauffe le riz amené hier soir…

Les corps rassasiés, nous rentrons à Rum : fourbus mais finalement enchantés de cette Aventure partagée, dont il ne nous restera vite plus que les doux souvenirs d’une nuit ensemble sous les étoiles du désert jordanien !

Conclusion de notre séjour escalade en Jordanie

Ce désert du Wadi Rum est vraiment un lieu à part.

Habituée aux voyages grimpants, je n’arrive pas à situer ceux-ci dans cette catégorie. Car il s’agit avant tout d’une Aventure.

Humaine, d’abord, avec les rencontres et la générosité des habitants, mais aussi avec les partenaires, précieuse ressource dans ces contrées isolées.

Physique pour la grimpe en Jordanie, car les voies nécessitent chaque fois de partir pour de longues journées, de mobiliser toute son énergie pour en sortir.

Psychique et émotionnelle, enfin. L’engagement est total : j’ai rarement ressenti un tel isolement, une telle sensation d’être livrée à moi-même.

Le bivouac improvisé dans la descente a été l’apothéose de ces ressentis… Si je m’amusais d’abord à l’idée que, pour être une Vraie Alpiniste, il me « fallait » vivre cela… j’ai vite déchanté, me rendant bien compte que c’est avant tout une expérience éprouvante, pour le corps et pour l’esprit ! Mais aussi une expérience tellement riche, tellement forte…

Un vrai moment avec soi-même, une Rencontre Intérieure !

Conquis par ces paysages parmi les plus beaux de la planète, emplis d’émotions et de moments inestimables… Nous reviendrons, forcément !

L'équipe dans le désert après la grimpe en Jordanie

Matériels d’escalades lors de notre séjour en Jordanie

Catégorie Nom du modèle MarquePourquoi avoir fait le choix de ce modèle au départEst-ce que ce choix a répondu à votre expérience en Jordanie?Si c'était à refaire 
 CORDE à doubleCobra 2x50m + Cobra 2x60mBEALRésistance, référence en la matière.Après 2 voyages au Wadi Rum, prendre 2 cordes ou au moins un brin en rab me semble définitivement une bonne idée ici. On s'est servi du 2ème rappel pour aller débloquer le premier coincé à deux reprises, et on a "abandonné" une corde abrasée par le caillou là-basMieux vaut ne pas avoir des brins trop neufs parce qu'ils s'abîment à vitesse grand V. Mais pas trop vieux non plus parce que déjà que les rappels coincent tout le temps, si en plus la corde est épaissie par l'usure 2x60m sont le plus souvent confortables. L'idéal pourrait être 3 brins de 60m ni trop neufs ni trop vieux pour une sécurité mais aussi moins de poids.
FRIENDSC4Black DiamondRéférence sur le marché, bon rapport qualité-prix.Nous avions un jeu complet du 0.3 au n°5, en doublant avec le jeu de totem et en triplant du 0.5 au n°4. Tout ce matos n'était pas de trop dans ces voies pas du tout équipées et soutenues.La prise en mains et la pose de ces friends me conviennent. Je commence à bien avoir dans l'œil les tailles, et couleurs avec les mousquetons adaptés.
FRIENDSTotemcamsTOTEMBruno les aime beaucoup ! Je les trouve pour ma part un peu chers.Un jeu complet pour doubler les C4, donc. Utilité équivalente aux C4.Puisque Bruno les a, pourquoi s'en priver ? Mais François et moi préférons les C4, que nous connaissons mieux, et qui plus est, sont moins chers. Surement une question d'habitude et de repères à prendre
MICRO-FRIENDSAliensKAILASEn promotion, et ces micros-tailles se placent partout !Carrément utiles ! Nous en avions 4 ou 5, ils ont bien servi.Je prendrai les mêmes, très souvent utiles dans les dalles, murs, ou fissures fines. La sangle "molle" est également un confort.
MICROS-CoinceursBall NutsCAMPBruno est un adepte.Si François et moi avions peu confiance en ce "mini-coinceur", Bruno le prenait systématiquement… Et il a sauvé François ! Seul point mettable en début de la longueur clé de "No way for Ibex", François a volé dessus en cassant une prise !Au vu de l'expérience vécue du vol sur cet unique point de la longueur qui a tenu, je dirais que vu ce que ça pèse, ça vaut le coup d'en avoir un… Je vais surement en acheter un, même si ça coûte assez cher !
CâblésSTOPPERBLACK DIAMONDHasardPour compléter les friendsNous avions beaucoup de friends donc ils nous ont rarement servi, mais nous reprendrons le même car un petit jeu complète bien.
BAUDRIERPRIMROZEBlack DiamondConfort, prix.Adapté : confortable pour les longues voies, pour être pendue dedans longtemps, et même pour les approches et descentes. Mais aussi des portes-matériel et une ergonomie qui me conviennent.Il me convient partout, en grande voie comme en montagne. J'ai depuis changé pour un Petzl qui est un peu plus léger, mais un peu moins confort : je préférais le confort !
DEGAINESFiness /OZANGETrouvées, et offertes.Parfait !Idéales pour la légèreté et la facilité d'utilisation.
MOUSQUETONSSPIRITPETZLEn promotionParfait.Le modèle m'importe peu.
SANGLESDYNEEMAMultiplesHasard.Nous en prenions chaque jour une dizaine : clairement indispensables pour limiter le tirage, et pour les lunules et confections de relais.Nous en reprenons autant !
SYSTEME d’ASSURAGEREVERSOPETZLRéférenceIl me convient toujours.Pareil.
CASQUEMETEOR IVPETZLLégèretéAdaptéJ'ai depuis acheté un Sirocco : si j'étais contente du Meteor, clairement j'ai gagné en légereté et en confort et ne pourrai plus revenir en arrière !
MARTEAU??Bruno et FrançoisEn secours : en fait, je crois que nous ne les avons jamais pris dans les voies.Je ne les prendrai pas
PITONSDiversDiversIdemEn secoursIdem.
CHAUSSONSAnasaziFIVE TENCeux qui me correspondent le mieux !Je n'ai que ceux-là, et ils me conviennent ! J'en ai pris 2 paires.Oui, ils sont à ma pointure, ça fait donc mal aux orteils mais pas trop, la précision est bonne. 2 paires sont utiles pour varier les appuis.

Vêtements utilisés pendant ce séjour dans le désert Jordanien

Catégorie Nom du modèle MarquePourquoi avoir fait le choix de ce modèle au départEst-ce que ce choix a répondu à cette expérience raconté dans ce roadbook  Si c'était à refaire 
CHAUSSURESN'existent plus !SALOMONJe rachète une paire de baskets Salomon chaque année, je les sais adaptées à mon pied.Idéales pour la légèreté et le confort lors de marches sur tous terrains.J'ai déjà racheté le modèle suivant, puisque celles-ci sont désormais trouées !
SAC A DOSCLIFF 20SIMONDPrix, légèretéOui , même s'il manque d'attaches sur le dos du sac.Pareil : ce sac est parfait pour des voies à la journée, suffisamment léger pour se faire oublier, et d'une contenance permettant de tout rentrer !
PolaireQUECHUATrouvéeRemplit son job.Pareil.
DoudouneDown Sweater femmePATAGONIALégère et compacteOui, parfaite pour les soirées fraîches en montagne.La même, difficile de trouver si léger et plus chaud ! J'aurais dû la prendre en fond de sac le jour du bivouac!
Gore-texALPINISMSIMONDRapport qualité /prixSa légèreté incité à la prendre souvent (sauf le jour du bivouac), quitte à la porter !La même, j'apprécie l'ouverture de la fermeture éclair depuis le bas pour libérer le pontet.
Lampe FrontaleTikkaPETZLAutonomie, recharge sur secteur.Elle a été parfaite : autonomie et éclairage bien loin.Ne me déçoit jamais, notamment sur l'autonomie : vraiment utile dans ce pays !

Matériels de camping amené lors ce séjour en Jordanie

Catégorie Nom du modèle MarquePourquoi avoir fait le choix de ce modèle au départEst-ce que ce choix a répondu à cette expérience d'escalade en Jordanie ?  Si cétait à refaire 
TENTEHubba-hubba NXMSRLégèreté, praticitéIl s'agit d'un prêt de ma soeur : j'adore cette tente légère mais très pratique, avec ses deux entrées sur les côtés.Elle est tellement légère que, dans le doute, ça valait le coup de la prendre la 1ère fois, ne sachant pas encore si on allait s'en servir. Comme elle n'a pas servi, nous ne l'avons pas reprise au 2ème voyage : le bivouac au grand air sous les étoiles se fait bien !
MATELASNeo Air XliteTHERMARESTCadeau commandé pour son rapport confort / poids.Il est super mais nous n'en avons pas eu besoin, Saoud proposant des matelas très confortables, qu'il transporte jusqu'au fond du désert.Pas utile durant ce voyage, donc.
DUVETmeije 700LESTRAChaleur, plume.Très adapté, les nuits sont bien fraîches en cette saison !Sans aucun doute le même : même s'il est un peu gros, j'apprécie sa polyvalence. Ouvert il fait couverture, fermé il me permet de dormir par des températures vraiment fraîches. Et j'adore le confort du duvet comparé au synthétique. Dommage que nous ne l'ayions pas eu en fond de sac pour le bivouac improvisé !
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4 commentaires

Bruno 10 juin 2019 - 15 h 57 min

Ahaha très beau racontage Lucile ! A refaire encore et encore !

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Lucile 27 juin 2019 - 21 h 40 min

Voui, on n’s’en lasse pas de ces couleurs !

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En Route Pour l'Asie 10 juillet 2019 - 8 h 47 min

Merci Lucile pour ce superbe récit qui m’a véritablement « téléportée » jusqu’en Jordanie…C’était un plaisir de lire cette belle aventure. Bonne continuation

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Lucile 18 juillet 2019 - 14 h 39 min

@en route pour l’Asie : Enchantée de t’avoir fait voyager, et un grand merci pour le classement dont je ne pouvais rêver ! Bonne continuation à toi aussi !

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