Apprendre la voile dans le Golfe du Morbihan présenté dans un Roadbook par Camille SEGUY

par Expérience Outdoor

Camille nous partage son initiation à la voile au Morbihan 1

  1. Organisation et préparation

Dates : du samedi 25 juillet au vendredi 31 juillet 2015
Lieux : île d’Arz, dans le Golfe du Morbihan, en Bretagne Sud (56).2
Montpellier-Vannes : 940 km et 8h30 de route en voiture, trajet qui peut aussi se faire en train.
Départ de Vannes vers l’île d’Arz : en navette de la compagnie « Bateaux-bus du Golfe », environ toutes les heures, 10 euros l’aller-retour par personne.
carte

Participants : Je suis Camille, j’ai 33 ans, j’habite et je travaille à Toulouse, je suis enseignante. J’aime les activités de plein air, je pratique la rando et les raquettes le plus souvent dans les Pyrénées mais aussi ailleurs en France et à l’étranger, j’aime voyager et aller à la rencontre des autres, être surprise par d’autres cultures et façons de vivre.
Où dormir : à Vannes, plusieurs types d’hébergement (camping, hôtel, locations,  chambres d’hôtes, …) à retrouver notamment sur le site de l’office du tourisme : http://www.tourisme-vannes.com/se-loger.
Sur l’île d’Arz, l’hébergement (compris dans le prix du stage) est dans une grande maison bretonne, elle est composée de 5 dortoirs de 6 personnes (lits superposés), avec sanitaires, cuisine et salle de vie communs.
Il existe plusieurs autres types d’hébergement sur l’île : chambres d’hôtes, gites, locations de maisons, hôtel, camping (cf. site internet de la mairie de l’île)

Où se restaurer, se réapprovisionner :
Sur l’île, il y a une superette Spar dans le bourg, qui fournit l’essentiel.
Grande rue, 56840 Ile d’Arz, 02 97 44 32 36.

On trouve aussi plusieurs bars et restaurants.
Une bonne adresse testée et approuvée, la Crêperie « Les îles » :
http://www.creperielesiles-arz.fr
Grande Rue, 56840 île d’Arz, 02 97 44 30 95.

Une bonne adresse pour déguster un petit rhum après une journée de voile : Bar le Triskel (nom de la croix celte).
Grande Rue, 56840 Île d’Arz, 02 97 44 33 65.

Caractéristiques/ Quoi d’autre dans les environs :
Le golfe du Morbihan est une petite mer intérieure, c’est d’ailleurs la traduction littérale du mot « Mor », Mer et « Bihan », Petite. Composé d’une quarantaine d’îles et îlots, c’est un site exceptionnel tant d’un point de vue naturel, que paysager et culturel. Il accueille de nombreuses espèces d’oiseaux, en particulier en hiver de nombreux oiseaux migrateurs.
Pour les passionnés de vieilles pierres, on y trouve nombre de monuments mégalithiques : des Menhirs, Dolmens, Tumulus, et notamment un remarquable Cromlech en fer à cheval sur l’îlot d’Er Lannic. C’est une double enceinte de mégalithes dressées, mais qui est de nos jours partiellement immergé à cause de la montée des eaux.
L’ostréiculture est très développée tout autour de l’île.
 
 
Liens Internet et Bibliographie :

Office du tourisme de Vannes :
http://www.tourisme-vannes.com/

Commune d’Arz :
http://mairie-iledarz.fr/Iledarz2/index.php

Navette vers l’île d’Arz :
http://www.ile-arz.fr/media/docs/horaires_tarifs_ARZ.pdf

Association des Glénans :
http://www.glenans.asso.fr/fr/

Météo marine :
http://www.meteofrance.com/previsions-meteo-marine/marine/#vent/atlantique
https://www.windguru.cz/fr/index.php?sc=500931

Guide du Routard Bretagne Sud 2015

Carte marine SHOM N° 7137 – Golfe du Morbihan

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  1. Le récit

 
Tout a commencé autour d’un apéro… comme souvent ?
 
Il y avait Didier, Solange, Franck, Mikael et moi… De retour d’une randonnée dans les Pyrénées, nous buvions une bière. C’est la passion de la montagne qui nous relie tous les 5. Cette fois, Didier et Solange nous ont parlé de leur expérience de la mer : Didier navigue depuis plus de 15 ans sur voilier, Solange nous raconte avec enthousiasme son dernier stage de voile en pensant déjà au suivant… Ils me donnent envie d’embruns et d’iode pour les prochaines vacances.
Et si pour une fois, j’élargissais mon horizon, si pour une fois, je regardais les montagnes depuis la mer ? Si je troquais ma veste polaire contre un joli ciré jaune et des bottes en caoutchouc ?… Et me voilà partie pour un stage de voile d’une semaine en Bretagne ! Même si là-bas les montagnes ne sont pas très hautes, ce sera l’occasion de voir la terre depuis la mer, et surtout « d’agrandir mon terrain de jeu »…

Epave de bateau sur une plage de l’île, témoin muet du temps qui passe

Epave de bateau sur une plage de l’île, témoin muet du temps qui passe

Les Glénans, THE école de voile … était initialement un projet de montagne !
 
Le club auprès duquel je me suis inscrite, Les Glénans, a un petit lien avec la montagne : né après la seconde guerre mondiale pour aider des jeunes résistant à se réinsérer, l’idée initiale s’était construite autour de la montagne : rallier des jeunes autour d’un projet commun pour leur apprendre la vie,  les resocialiser, dans un contexte de nature, face aux éléments, mais le projet a failli capoter, a évolué, et s’est finalement développé autour de la voile et de l’archipel des Glénan.
Les Glénan (sans –s final cette fois), c’est un magnifique archipel d’îles à 1h30 de bateau des côtes atlantiques, au large de Concarneau. C’est aussi ce qui a donné le nom à cette école de voile, « école de mer, école de vie », comme précise le slogan… bref j’ai choisi sans le vouloir des vacances engagées, et un programme prometteur !
L’école des Glénans possède trois sites de voile en Bretagne (l’archipel, le golfe du Morbihan et Paimpol), et deux en Méditerranée. Mon choix est vite fait. Contre quelques centaines d’euros, me voila donc débarquée dans le golfe du Morbihan, au large de Vannes, sur la superbe île d’Arz, pour aller découvrir si j’ai le pied marin, la botte ajustée et le ciré jaune accordé au teint! Tiens, le nom de la commune, d’origine celte, est « Enez Arh », ce qui signifie « l’île de l’ours ». Je n’en ai pourtant pas croisé de toute la semaine…
Quelques chiffres ?… l’île fait 5km de long et 3 de large, ses deux « sommets » culminent à 19 et 13 mètres au dessus de la mer, l’un des deux est d’ailleurs appelé « La Montagne »…on ne manque pas d’air dans le Morbihan !
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Paysages de l’île, pêchés au gré des balades.

Paysages de l’île, pêchés au gré des balades.

J’ai choisi la formule découverte « niveau 1 », avec navigation à la journée et retour chaque soir à terre. Face à l’île aux Moines qui est bien plus connue, l’île d’Arz (prononcer « d’Ar ») est une superbe île au milieu du golfe. Sorte de mini-ville avec une mini-route, voitures électriques et vélos, elle possède de jolies plages qui accueillent les touristes à la journée mais aussi une crêperie, et au moins 5 bars pour 250 habitants à l’année.
Etre sur une île est dépaysant, ça met à l’écart du monde, comme hors du temps, on vit à un autre rythme… On n’est qu’à 30 minutes de bateau de la côte, mais on sait bien qu’il n’est pas nécessaire d’aller très loin pour se couper de la routine.

Nos bateaux : des voiliers-école Glénans 5.7, spécialement conçus par et pour l’association, maniables et réactifs, ce sont des « vélos » de la mer!

Nos bateaux : des voiliers-école Glénans 5.7, spécialement conçus par et pour l’association, maniables et réactifs, ce sont des « vélos » de la mer!

L’équipe de stagiaires est composée de 12 personnes d’âges, de situations, de milieux et de provenances différentes, nous venons des quatre coins de la France, avec une surreprésentation des parisiens… Nos motivations sont multiples, mais on retrouve pour la plupart une culture marine initiée dès l’enfance, transmise par les parents. Un peu comme les gens qui se remettent à la rando après en avoir été dégoutés enfants par les parents ! Pour ma part, aucun lien a priori avec la mer, (il n’y a pas la mer dans le Tarn mon département d’origine !) mais j’ai quand même le permis bateau et mes parents possèdent un petit bateau à moteur en Méditerranée  pour faire du ski nautique et de la balade à la demi-journée… Sacrilège ! On ne compare pas bateaux à voile et à moteur, c’est comme en montagne comparer les raquetteurs  et les skieurs, deux mondes différents ! Et sacrilège encore, on ne compare pas l’Atlantique et la Méditerranée, qui est une mer morte, fermée et qui sent mauvais… diront les moniteurs !  Amusants points de vue.

Jeune goéland en train de pêcher

Jeune goéland en train de pêcher

Les moniteurs : super état d’esprit ! Ce sont des anciens stagiaires qui ont gravi les différents échelons proposés par l’association, et qui peuvent désormais encadrer des groupes. Le moniteur principal, Claude est haut en couleur, un vieux loup de mer, vendéen d’adoption, ronchon au cœur tendre, si généreux qu’il consacre au moins deux semaines par an pour transmettre  généreusement (et bénévolement) sa passion de la mer à de gauches stagiaires estivants. « Mais je t’ai dit d’abattre, pas de lofer… on a failli rentrer dans le bateau qui était au mouillage!… et on va perdre la régate ! »
Il m’envoya même, quelques semaines après, un excellent pot de confiture de mirabelles de son verger…

Une belle journée qui s’annonce, sous le soleil... Mais ici le plus important, c’est qu’il y ait du vent !

Une belle journée qui s’annonce, sous le soleil… Mais ici le plus important, c’est qu’il y ait du vent !

Plus de points communs qu’il n’y parait entre la mer et la montagne…
Les bordées et les cordées… Tel le lien matériel et spirituel qui unit le premier de cordée avec ses compagnons en alpinisme, le bateau unit bon gré mal gré, les coéquipiers qui le feront avancer. Chaque équipier a un rôle important à jouer, et l’équipage tout entier doit se coordonner pour effectuer les manœuvres en sécurité. Pour recréer cette ambiance d’équipage, à tour de rôle et par groupe de 6, nous sommes de « bordée » (et pas de corvée!), nous assurons les trois repas d’une journée (cuisine et service), et l’entretien de la maison. Cela donne une autre dimension aux vacances, moins « les pieds sous la table », et plus proche des autres. Même les encadrants se collent à éplucher les patates !

Un soir dans le réfectoire du gîte : les gens de bordée s’activent, les autres refont la journée dans la bonne humeur. Ensuite c’est l’heure du topo.

Un soir dans le réfectoire du gîte : les gens de bordée s’activent, les autres refont la journée dans la bonne humeur. Ensuite c’est l’heure du topo.

Ce qui unit les marins et les montagnards selon moi, c’est cet état d’esprit commun, cet amour de la nature et des éléments, cette place accordée à la pratique et à la sécurité, à la connaissance de l’environnement ; c’est aussi cette humilité qui remet l’homme à sa juste place, cette rencontre avec soi–même et avec les autres, cette manière de découvrir la vraie nature des gens avec qui on partage l’aventure, et cette envie de conquête du toujours plus haut, toujours plus loin, « les conquérants de l’inutile », comme les nommait si justement Lionel Terray et qu’on pourrait aussi attribuer à ces marins aventuriers…
En ce qui me concerne, cette expérience de la voile est une aventure modeste, mais elle change tellement du quotidien et ouvre de nouvelles perspectives !

« Sur un bateau il n’y a qu’une seule corde : celle de la cloche, et qu’une seule ficelle : celle du saucisson ! »
 
Le vocabulaire maritime est si riche, qu’il est une aventure à lui tout seul : les premiers jours, on est noyé par le jargon si varié, tant au niveau des termes qui qualifient le matériel que des actions qu’on doit faire sur le bateau. Border et choquer, lofer et abattre… des mots dont on rêve la nuit pour espérer les maitriser sur le bout des doigts le lendemain… ! Et puis on apprend aussi qu’il y a des mots « interdits » à bord, des mots à bannir comme le mot « corde » ou « ficelle », alors que le voilier est lui-même rempli de cordages divers et variés… ce sont donc des « bouts » (prononcer le T). Et chaque bout, selon son usage a un nom particulier : garcette, hauban, écoute, drisse, et j’en oublie… de quoi se faire des nœuds (de bouts !) dans le cerveau !
Ah les nœuds… justement, parlons-en ! Une fois qu’on connaît le vocabulaire, il faut aussi maitriser les nœuds. Bon, je connais déjà le nœud de huit, utilisé en escalade, c’est le plus facile, je m’entraine donc pour les autres nœuds : le cabestan, le nœud de taquet, et enfin le nœud de chaise… celui-là devra être parfaitement maitrisé, même en cas de houle, pour changer rapidement la voile avant. Le soir, après le repas, on se chronomètre, on s’entraine les yeux fermés.

Les marins sont connus pour être superstitieux, le mot lapin est interdit sur un bateau. En voici l’explication (source Wikipedia) : Autrefois, les cargaisons des bateaux étaient attachées avec des cordages en chanvre. Des lapins qui par accident s’étaient échappés de leur cage, pouvaient donc les ronger, provoquant le déplacement de la cargaison, une déstabilisation et la gîte  et ainsi indirectement, le naufrage du bateau. De plus, sur les bateaux en bois, le calfatage des planches de la coque se faisait avec de l’étoupe de chanvre que là aussi l’animal pouvait ronger, amenant des voies d’eaux fatales au navire.

Exercice du jour : le mouillage, qui consiste à ancrer le bateau dans une zone dédiée... exercice plus difficile qu’il n’y parait puisque nous avons malencontreusement enroulé le bout autour de la quille...

Exercice du jour : le mouillage, qui consiste à ancrer le bateau dans une zone dédiée… exercice plus difficile qu’il n’y parait puisque nous avons malencontreusement enroulé le bout autour de la quille…

Sur un voilier, on alterne entre moments intenses où tout l’équipage doit se coordonner pour effectuer les manœuvres, comme un orchestre, et des moments (tout aussi intenses !) de farniente...

Sur un voilier, on alterne entre moments intenses où tout l’équipage doit se coordonner pour effectuer les manœuvres, comme un orchestre, et des moments (tout aussi intenses !) de farniente…

Une journée de vacances sur l’île d’Arz : on ne vient pas pour faire bronzette !
Le programme-type d’une journée : nous partons en mer vers 8h, les premiers jours, nous naviguons seulement une demi-journée, puis un jour entier, avec pique-nique à bord ou sur une autre île du golfe. De retour à terre, la journée n’est pas finie, car nous enchainons avec des topos sur les bases de la navigation. On retrouve les mêmes bases qu’en montagne : la météo, la lecture de carte, la « nav’ »  comme ils disent, le balisage, l’étude des marées, et encore les nœuds… ! Ca y est, je sais faire un nœud de chaise en moins de 30 secondes ! Un jour, nous prenons la carte marine et allons faire le tour de l’île à pied. C’est quand même plus facile de chercher le nom d’une petite île loin là-bas sans avoir le paysage qui défile sans cesse, la barre à tenir ou la voile avant à manœuvrer…

Autour de la carte marine : faire le lien entre le paysage et la carte, nommer les différents îlots et îles, interpréter le balisage maritime et repérer le marnage (différence de hauteur d’eau entre pleine et basse mer) ... beaucoup de nouveautés pour moi !

Autour de la carte marine : faire le lien entre le paysage et la carte, nommer les différents îlots et îles, interpréter le balisage maritime et repérer le marnage (différence de hauteur d’eau entre pleine et basse mer) … beaucoup de nouveautés pour moi !

Un après-midi studieux sur l’île d’Arz...

Un après-midi studieux sur l’île d’Arz…

Comme sur les cartes IGN, plein de signes et d’informations à décoder. Mais comment faisaient les anciens marins avec leurs cartes approximatives, voire même sans cartes? Les nombreuses épaves échouées témoignent du fait qu’en mer plus qu’ailleurs, certaines erreurs ne pardonnent pas.

Pour la première fois de ma vie, je vais dégolfer…
Ce matin, lever plus tôt que d’habitude, 7h, petit-déjeuner en silence pour ne pas réveiller ceux qui dorment encore, et préparer les glaciaires du  pique-nique. Les moniteurs ont vérifié les horaires de marée haute et marée basse, calculé les hauteurs de marnages (amplitude de la marée entre le niveau le plus haut et le plus bas), et révisé l’itinéraire entre les îles, écueils et autres rochers … une légère tension est palpable.
Nous avons même ordre de téléphoner au chef de base d’ici quelques heures. Personnellement, je suis super excitée à l’idée de … dégolfer ! (mon correcteur orthographique Microsoft Word ne connaît pas ce mot, je le lui apprends donc). Et oui, nous allons sortir du golfe du Morbihan pour aller en pleine mer avec nos petits voiliers sans moteur ; une belle balade, assez exceptionnelle selon les moniteurs, car tout doit coïncider : le vent, les compétences des stagiaire, la volonté des moniteurs, l’aval du chef de base et surtout, surtout… l’heure de renverse ! L’heure de renverse de basse mer, c’est l’horaire auquel la marée remonte et remplit à nouveau le golfe, ce qui permet aux bateaux de rentrer dans le golfe, ce qui est essentiel pour nos bateaux qui n’ont pas de moteur, avancent uniquement à la force du vent et sont très sensibles au courant. Nous voilà donc partis pour dégolfer, à raison de trois voiliers « 5.7 » Glénans, composées chacun d’un moniteur, de trois stagiaires et de plein de ficelles (on peut le dire là, on n’est pas sur un bateau !). Il faut définir la navigation, en plus des écueils, il faut anticiper la trajectoire des autres voiliers, catamaran, planchistes, et autres mouettes à la dérive, c’est pas évident, il faut savoir diriger ses coéquipiers, « – parés à virer de bord ?… – parés ! – OK, on vire ! », « Attention au risque d’empannage ! », « On tire 4 bords puis on met un ris »… bref il faut savoir être maitre à bord (sans mener les gens en bateau…) !
Nous nous apercevons de la force du courant, qui nous tire vers la mer, comme une bassine qui se vide, dira le moniteur, je pense alors à cet instant à ces milliers d’hommes marins pêcheurs, aventuriers, explorateurs, qui plein d’audace et d’envie, ou peut-être juste pour vivre, se sont aventurés sur les mers du monde avec leurs rafiots, leurs voiles en toiles, guidés par les étoiles qui sont allés où leur destin les attendait… Certains n’en sont jamais revenus vivants, d’autres ont découvert des merveilles… La mer fait rêver autant qu’elle effraie, un peu comme la montagne.
Et puis d’un coup, il y a « pétole ». Pétole dans le jargon, signifie « pas de vent », et pour nous c’est le début d’une longue attente en mer. Nous dérivons mollement près de l’embouchure du golfe, nous tentons de ne pas trop nous éloigner, nous attendons près de 3 heures. C’est long, très long, il faut être patients, le vent va forcément finir par se lever à nouveau ! Ah si nous avions un moteur, ça fait longtemps que nous serions rentrés ! Les charmes du purisme !

Début d’une belle journée, la « prame » (barque) nous amène au coffre (bouée où est amarré le voilier)

Début d’une belle journée, la « prame » (barque) nous amène au coffre (bouée où est amarré le voilier)

Le vent se pose, les voiles faseillent, le bateau ne peut plus avancer et dérive... Il n’y a plus qu’à attendre

Le vent se pose, les voiles faseillent, le bateau ne peut plus avancer et dérive… Il n’y a plus qu’à attendre

Mal de mer ? Non… mal de terre !
 
On a eu le mal de terre : de retour même après quelques heures de bateau, à terre on continue de « compenser » le tangage et le roulis du bateau, et on ressent le fameux mal de terre, c’est peu gênant, ça passe vite,  mais c’est une sensation nouvelle pour la plupart d’entre nous.
Encore une nouveauté, être attentif à la direction du vent, pour choisir un itinéraire, et être à l’allure voulue, « essaie de sentir le vent sur ta joue pour mieux savoir d’où il vient… », nous dit la douce Anne, monitrice, la voile aiguise nos sens, réveille des sensations enfouies.
« Une main pour soi, une main pour le bateau », encore une phrase d’Anne, qui nous rappelle avec délicatesse qu’il faut toujours penser à sa propre sécurité quand on œuvre pour le bateau. La sécurité n’est jamais oubliée.

Les Sinagots, bateaux traditionnels qu’on trouve exclusivement dans le golfe... Ils ont fière allure !

Les Sinagots, bateaux traditionnels qu’on trouve exclusivement dans le golfe… Ils ont fière allure !

Et bientôt… le grand large ?

Ce soir, je vais explorer l’île en baskets, footing de 12km sur le sentier côtier. Mais alors que je trotte sur le sentier, une question trotte elle aussi dans ma tête : serais-je capable d’apprécier pendant une semaine ce huis clos qu’est le bateau ? Se retrouver sur une coque de 10/12 mètres (qu’on compte en pieds), dans un espace confiné, certes au grand air, mais réduit, avec des gens pas forcément connus, encore moins choisis… un nouveau défit ? Des ressources intérieures à mobiliser ? Une compensation liée aux paysages et aux manœuvres faites à bord ? Une solidarité spontanée qui se crée ? Et si on naissait marin, et qu’on ne le devenait jamais vraiment ? Pour le savoir, il suffit d’essayer.
Les prochaines étapes en ce qui me concerne: je souhaiterai poursuivre cette expérience maritime, en embarquant comme équipière sur un voilier, pour une croisière de plusieurs jours… Vais-je aimer ? Etre isolé plus que dans un refuge de montagne, mais avec l’air de la mer, les soirée sur le pont à regarder le coucher de soleil et les étoiles, à regarder la terre depuis l’eau, comme au bord du monde, comme quand on est perdu dans les montagnes… J’adore être en montagne quand il y a mer de nuages…alors pourquoi pas en mer quand il y a une montagne de nuages !
Et puis comme en montagne, partir en mer, c’est juste une autre façon de faire un pas de côté, faire une pause, couper le téléphone et internet, faire un pied de nez à la routine, se tourner vers l’essentiel (la météo, la nourriture, l’eau douce, l’itinéraire, la beauté des éléments…), et ouvrir une parenthèse vers un ailleurs à la fois si proche et si exotique.

Voilier qui a gonflé son « Spi », ou spinnaker, une voile avant très légère (et très jolie !)

Voilier qui a gonflé son « Spi », ou spinnaker, une voile avant très légère (et très jolie !)

C’est comment déjà le nœud de chaise ?
 
Merci Claude, Christophe, Anne et les autres. Grâce à vous, je ne regarderai plus un voilier de la même façon, je n’écouterai plus un bulletin de météo marine de la même oreille ! Vous m’avez donné quelques clés d’un monde que je ne connaissais pas, vous avez agrandi l’horizon de mon terrain de jeu, vous avez en quelques sortes changé l’angle de ma vision du monde, mais surtout vous m’avez rassurée sur le fait qu’il y a encore des gens entiers et généreux pour transmettre leur passion à des novices, donné la confiance et l’humilité pour continuer à apprendre les subtilités de la navigation à la voile.

Le réglage des voiles a une incidence sur la gîte du bateau, passionnant !

Le réglage des voiles a une incidence sur la gîte du bateau, passionnant !

 

Pique-nique face à la mer, elle est pas belle la vie ?

Pique-nique face à la mer, elle est pas belle la vie ?

« Si tu sais naviguer à Paimpol (Bretagne Nord), tu peux naviguer dans toutes les mers du monde ! » Ce n’est pas un hasard si l’un des sites de l’école des Glénans se situe là-bas. Maintenant que Georges Pernoud est devenu mon maitre spirituel, les projets fous m’envahissent : le tour de Corse en catamaran… les Lofoten norvégiennes en deux mâts… De Paimpol vers l’île de Bréhat, ou les îles anglo-normandes Jersey et Guernesey… autant de noms évocateurs qui, rien qu’en les prononçant invitent déjà au voyages ! Peut-être je ne remettrai jamais les pieds sur un bateau, peut-être le mal de mer m’en dégoutera, ou le budget… et qu’importe ! Pourquoi brimer les rêves ? À peine modeste mousse, je me vois déjà à nouveau sur le pont !! C’était une belle aventure humaine. En rentrant, promis je révise le nœud de chaise, pour pas oublier.

Le nœud de chaise en 8 leçons... C’est pourtant pas compliqué !

Le nœud de chaise en 8 leçons…
C’est pourtant pas compliqué !

3. Matériel utilisé

Catégorie Nom du modèle Marque Pourquoi ce choix au départ ? Ce choix a-t-il répondu à cette expérience? Si c’était à refaire…
Veste imperméable doublée Ciré Raincoastal Enfant – TRIBORD (taille 14 ans) Décathlon Ne voulant pas utiliser ma veste coupe-vent de randonnée en mer, j’ai pu louer du matériel sur place. Cette veste s’est avérée bien utile, chaude et coupe-vent, ce qui m’a permis de ne jamais avoir froid en mer, et d’être au sec même après plusieurs heures sous la pluie. Penser à rincer la veste régulièrement après usage, car le sel attaque les parties métalliques du zip à glissières et peu rendre la veste inutilisable.
Pantalon imperméable Pantalon Imperméable et respirant Raincoastal Junior Bleu Foncé TRIBORD (taille 14 ans) Décathlon Mêmes raisons que pour la veste, j’ai loué ce matériel sur place. Bon produit d’entrée de gamme, relativement imperméable, bon coupe-vent et respirant. Il sera nécessaire d’investir pour un meilleur pantalon (voire une salopette) si je poursuis dans l’activité, car ce pantalon a vite manqué d’étanchéité.
t-shirt à manches longues Lowe Alpine T-shirt léger et respirant, que j’utilise depuis longtemps en randonnée Bonne protection du soleil et bonne isolation thermique, ne garde pas les odeurs de transpiration malgré un usage prolongé, séchage rapide. RAS
Mitaines de mer Gants Mitaines 100 Jr dériveur catamaran TRIBORD Décathlon Ce sont des mitaines d’entrée de gamme (9.90 euros), qui correspondaient à mes attentes de départ. Confortables, différentes tailles qui permettent d’avoir des gants vraiment ajustés, elles ont bien servi durant le stage. Veiller à les marquer car presque tous les stagiaires possédaient ce modèle ! RAS
Casquette Casquette Running Noire Kalenji Décathlon Casquette légère et fonctionnelle, bon rapport qualité/prix Bon usage, casquette réglable, pratique en cas de coup de vent, pour ne pas la perdre en mer RAS
Bottes en caoutchouc Bottes bateau voile B100 bleu TRIBORD Décathlon Bottes moins bien taillées et moins confortables que les bottes Aigle, mais aussi moins chère. Peu confortables, mais étanches et suffisantes pour l’usage que j’en ai fait lors de  ce stage (peu de nécessité de marcher dans le bateau car il était petit) A refaire, si je continue la voile, j’investirai surement dans des bottes plus confortables
Poche à eau Widepac 2L Source Grande ouverture pour nettoyage/séchage
Etanchéité parfaite du tuyau (position ouvert ou fermé)
Très bon produit
l’ouverture souple permet de remplir quelle que soit la configuration, (robinet court, source, torrent, …)
Une poche à eau robuste ! Près de trois ans, avec usage régulier toute l’année (rando, trek, vtt à la journée)
Frontale Tikkina Verte Petzl Légère (80g)
compacte
Bonne autonomie et suffisante pour utiliser le soir dans un dortoir.
2 intensités d’éclairage
Bonne lampe de tente, idéale pour ce genre d’usage où l’on a besoin d’une lumière ponctuelle.
Attaches pour lunettes de soleil Décathlon Attaches adaptable sur tous types de lunettes de soleil Bon rapport qualité/prix, efficaces et faciles à mettre sur les lunettes RAS
Sac étanche Ultra-Sil Dry Sack 35L sac de rangement Sea to summit j’utilise généralement ce sac  à l’intérieur de mon sac de randonnée pour garder mes affaires au sec. Il a parfaitement rempli ses fonctions dans la cale du bateau, je n’ai pas manqué de le laver ensuite pour éviter toute trace de sel. RAS
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Anonyme 3 septembre 2018 - 11 h 35 min

Très jolie description d un apprentissage de la croisière à l ecole des GLENAN… que je connais bien pour y avoir été objecteurs en Bretagne et en Irlande. C est une voie d accès… parmi énormément d autres. La voile et la mer sont bien plus larges en vérité. Un peu comme toi, avec les GLENAN, j utilise maintenant la structure du CAF (Cotentin !) pour découvrir la montagne. C est de la balle ! Surtout dans l esprit: porter son sac est riche d enseignement. La mer est plus mercantile, plus vénale, y compris sur l Atlantique. Je partage ton rêve d allier ces 2 univers. Chiche ?

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