Grimper au féminin

par Marion SABY
l'événement Les Grimpeuses qui a réuni plus de 80 femmes à la Capelle

L’escalade est une activité physique mixte, même si actuellement, il y a plus d’hommes qui sont licenciés FFME.

Les femmes ont une problématique propre que ce soit dans la pratique sportive en générale ou plus spécifiquement dans l’escalade.

Marion SABY, Ambassadrice Scarpa et consultante en nutrition sportive va aborder différentes thématiques autour de : Grimper au féminin.

Quand j’ai débuté l’escalade, je n’ai pas vraiment fait attention à la mixité, puis au fur et à mesure, j’ai vite remarqué, surtout en falaise, que la grande majorité des personnes qui m’entoure est masculine. Mais je voyais toujours des filles et des garçons grimper, je n’avais pas encore conscience de certains aspects qui entouraient cette pratique. J’ai souvent été confrontée à la grimpe dans une cordée mixte et en effet, cela n’est pas la même problématique que dans des cordées de même sexe.

J’ai toujours pensé qu’être une fille pouvait être un atout et je voulais me servir au maximum de mes points forts pour le prouver. Enfin, j’ai toujours fait en sorte que ce ne soit pas un frein. Cependant, il m’est aussi arrivée de choisir la facilité et de laisser prendre le leadership par l’homme

On a beau dire, on a beau faire, la parité est un bel objectif mais nous ne sommes pas faits pareils ! Hommes/Femmes présentent bien des différences et face à un même élément, les problématiques varient et les réponses doivent s’adapter.

Inutile de vouloir s’éloigner de sa propre nature pour coller aux solutions d’autrui. Il faut savoir écouter les conseils des autres bien sûr, s’en inspirer quand c’est possible, les adapter à notre personnalité (et notre physique) et bâtir notre propre solution.

Alors pourquoi ne pas profiter de l’échange entre filles pour permettre une entraide plus ciblée pour encore mieux atteindre nos objectifs ?

Grimper entre filles et nos problématiques

Grimper au féminin, des objectifs pour chacune :

Se servir de ces points forts et améliorer ses points faibles.

Ne pas chercher à faire pareil que les hommes et réaliser un mouvement avec les mêmes méthodes, réfléchir à ses mouvements, à comment on peut les adapter et les optimiser pour soi. On est toutes différentes et il est intéressant d’avoir des méthodes dans une voie mais ne vous mettez pas des œillères, regarder comme vous pouvez passer des mouvements de manière plus spécifiques et qui vous correspondent.

Il est bien courant que pour une même voie, elle soit passée différemment par chacun d’entre nous, surtout entre un homme et une femme. Ça a été un bon nombre de fois mon cas. La ligne sur le rocher est à appréhender avec sa vision et ses capacités propres. Observer les multiples façons de pouvoir enchainer les mouvements ouvrent des perspectives nouvelles pour bâtir son propre enchainement.

Vous fermez moins le bras que votre binôme, pas grave, jouez autrement, montez les pieds, utilisez la souplesse, serrez une prise intermédiaire… pour atteindre la prochaine prise.

Je parle surtout pour la falaise car en salle, cela peut se révéler un peu plus compliqué à trouver d’autres manières de passer, mais c’est souvent possible tout de même.

Si on regarde les cotations, les femmes ont une place importante dans le niveau actuel international.

La cotation la plus haute réalisée chez les femmes est un 9b pour l’autrichienne Angela EITER (au moment où je rédige cet article), ou encore 9a+ avec Margo HAYES et plusieurs 9a pour la française Julia CHANOURDIE (citation non exhaustive). Les filles savent donc bien se défendre même dans le domaine des cotations !

© Redbull Contentpool/ E.Holzknecht (Planète Grimpe)
Crédit Photo Angela EITER

Grimper au féminin, une motivation :

Grimper entre filles. Cela peut être sympa tout en permettant d’aborder l’escalade un peu différemment, à la recherche de méthodes, à s’encourager, se motiver, à s’échanger quelques astuces.

Cela ne nous laisse pas la place pour se reposer sur notre binôme masculin pour faire les choses qui nous semblent difficiles, que nous pouvons atteindre mais pour lesquelles il va falloir sortir de notre zone de confort. Et pourtant, cela peut être très formateur et aider grandement dans notre progression. C’est un bon booster.

En plus, cela augmentera au final notre confiance en soi, notre autonomie et nous rendra plus performante et moteur dans les prises d’initiative !

Entre filles, les différences de niveau et de gabarit existent également, bien entendu, même si c’est souvent un peu plus minime. Cela permet ainsi, de partager des méthodes, le plus souvent adaptées, de pouvoir s’inspirer des autres grimpeuses que nous côtoyons, de se conseiller des voies…

Cela peut être aussi intéressant pour l’assurage dynamique avec un rapport de poids entre la cordée, proche.

Grimper au féminin, une motivation

Grimper au féminin avec un enfant :

Avec la grossesse, cela change les paramètres et évolue durant les 9 mois.

Au départ, grimper en moulinette devient nécessaire, mais en même temps, cela nous rend dépendante dans notre escalade, ce qui n’est pas toujours évident.

Mais cela permet de prendre l’air, grimper fait souvent du bien. Des adaptations liées au changement de morphologie et de centre de gravité, la gestion du souffle sont nécessaires mais se font progressivement. Chaque femme est différente, il est donc important de savoir s’écouter.

Après la naissance, la volonté de revenir en falaise joue un rôle important. Ce n’est pas toujours évident, mais cela peut aussi contribuer à se trouver quelques moments pour soi.

Comment continuer de grimper avec un enfant ?

Choisissez de partir avec d’autres couples avec des enfants, grimper à 3… afin de partager la garde. Puis, quand ils sont plus grands, les faire participer (pendule, balançoire, petit grimpe…).

Ou encore le bloc avec une journée randonnée (marche d’approche), grimpouille en bloc, pique-nique en nature et de nouveau une petite balade pour retourner à la voiture et rentrer.

Le choix des sites est important :

  • Une marche d’approche aisée et pas trop longue (poids des affaires et du ou des enfant(s))
  • Le pied des voies large, ombragé et sécurisé
Grimper avec un enfant

Grimper au féminin, jusqu’au bout des doigts :

Manucure, jambes sans accrocs… Cela n’est pas toujours évident en tant que grimpeuses… Et alors ?!

En effet, nos doigts sont mis à rude épreuve et si votre objectif c’est d’avoir des ongles longs et un vernis net qui dure longtemps… cela peut devenir un vrai challenge !

Les mains peuvent être assez rugueuses, et parfois plus que ton copain même s’il est dans le BTP…

Le rocher est abrasif et parfois c’est lors des marches d’approche que les accrocs surviennent. Il n’est pas rare d’avoir des traces de griffures, des bleus sur les jambes ou les bras…

Il faut voir le bon côté des choses, cela peut donner un charme typé aventurière puis, l’escalade au féminin c’est aussi souvent de l’élégance, un corps musclé, donc ça a aussi d’autres avantages certains. Il n’y a qu’à regarder quelques grimpeuses célèbres !!

Grimpeuse jusqu'au bout des doigts

Un événement dédié aux grimpeuses :

A la Capelle, fin septembre, depuis deux ans, Caroline CAVALDINI organise un événement dédié aux Grimpeuses. Il fait partie du Women’s Climbing Symposium. On retrouve également de nombreuses licenciées de Lead the climb qui prône cela comme « un outil d’aide à l’intégration des femmes dans la pratique du sport et notamment du sport de haut niveau ».

Il permet à de nombreuses grimpeuses de se réunir le temps d’une journée pour grimper sur le site de bloc de La Capelle-et-Masmolène, d’échanger et de partager sur des problématiques que les grimpeuses peuvent avoir mais aussi de faire des ateliers et de rencontrer des grimpeuses connues et reconnues. Vous pouvez retrouver le récit présentant l’événement 2018 :

J’ai également assisté à celui de cette année 2019 avec la présence remarquée de Stéphanie BODET et de Julia CHANOURDIE.

Cet événement et surtout l’ampleur qu’il a pris en un an, montre bien que les femmes s’y intéressent et sont motivées pour grimper, échanger sur leurs problématiques spécifiques et y puiser des solutions et partager un super moment entre nous.

L'évènement rassemblement de Grimpeuses à La Capelle

Conclusion sur ma réflexion Grimper entre Femmes :

Grimper au féminin n’est pas un handicap. Les femmes sont de plus en plus présentes dans le milieu et n’ont pas grand-chose à envier à leurs homologues masculins.

Les grimpeuses possèdent leurs propres capacités, objectifs, sachez les écouter et les suivre.

Puis, l’escalade entre filles, cela peut vraiment stimuler notre motivation, notre confiance en soi.

Et aussi, cela nous rend plus compétitives lorsque nous grimpons avec des hommes.

Pour moi, partager les expériences est source d’enrichissement, alors j’essaie toujours de tirer le meilleur parti : profiter du retour de mes partenaires de grimpe, hommes et femmes, expérimentés ou débutants, mais aussi leur donner le meilleur de moi-même.

Elles ne savaient pas que c’était impossible, alors elles l’ont fait.

Mark Twain

Merci à ? Rémi Fabregue // Agence KROS pour la première photo prise à la Capelle durant le Women’s Climbing Symposium édition 2019

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