Éloge de la solidarité berbère

par Expérience Outdoor
Eloge de la solidarité marocaine dans les montagnes berbères de Taghia

Lucile NICOLOTTO nous partage son expérience de trois séjours à Taghia, au cœur des montagnes berbères de Taghia : une chute en escalade, un sauvetage au Maroc, un retour en béquilles… et une conclusion grimpante, dans la voie l’Axe du Mal !

Informations pour préparer un voyage dans les montagnes berbères de Taghia au Maroc

Dates :

Du 5 au 13 mai 2017,
16 au 18 juin 2017,
Du 04 au 11 mai 2018.

Lieu :

Maroc, Taghia.
Province d’Azilal, à 2h de marche de Zaouiat Ahansal.

Carte d'accès à Taghia lors de l'éloge de la solidarité marocaine dans les montagnes berberes

Accès à Taghia :

Montpellier => aéroport de Marseille,

Puis vol Marseille-Marrakech (Ryanair ou Royal Air Maroc), entre 80€ et 250€ par personne bagages compris… Selon la période, et l’anticipation !

Trois options s’offrent alors à vous :

  • Prendre un taxi de Marrakech à Zaouiat Ahansal : 5h de route, organisé par le gîte par exemple. 230€ au total l’aller-retour (quel que soit le nombre de passagers).
  • Louer une voiture à l’aéroport : Budget carrément raisonnable, mais il faudra la laisser à Zaouiat Ahansal le temps du séjour…
  • Prendre un bus depuis l’aéroport : plus long mais plus économique que le taxi !

Puis 1h30 à 2h de marche de Zaouiat Ahansal à Taghia : pour 20€, il est possible d’avoir des mules pour porter les sacs !

Trajet-jusquà-Taghia-avec-les-mules dans les montagnes marocaines

Participants :

Henri dans les montagnes berbères de Taghia
Mélissa et Léo participants de notre séjour dans les montagnes berbères
Lucile participante à l'éloge de la solidarité marocaine à Taghia

Où dormir dans les montagnes berbères de Taghia au Maroc :

Terrase du gite aoujdade au Maroc à Taghia

Il existe deux gîtes « officiels » (agréés par le ministère du tourisme) à Taghia, ainsi que plusieurs autres non-officiels. Un peu par hasard au départ, notre choix s’était porté sur celui de Youssef Rezki (gîte Aoujdade). Sur les hauteurs du village, la terrasse prend le soleil un peu plus longtemps que chez Saïd. Mais celui de Saïd Mesaoudi est plus près des départs des voies : à vous de voir !

Demi-pension

Des salons pour se retrouver le soir après la grimpe, des chambres avec lits et matelas confortables, salles de bains avec de l’eau chaude et toilettes communes…

L'intérieur du gite lors de notre séjour à Taghia au Maroc

Partout la demi-pension, avec alternance de couscous et de tajines, et quelques keftas ou poulet-frites pour varier les plaisirs ! Et le thé à volonté, bien sûr !

Cuisine des tajines au Gite à Taghia au Maroc

120 dirhams (environ 11€) la demi-pension, par jour et par personne.

Où se restaurer/où se réapprovisionner  au Maroc :

Avec les bons petits (gros !) plats cuisinés par Aïcha au gîte, rien d’autre n’est nécessaire ! Cependant, une petite épicerie dans le village propose quelques babioles…

Et le souk de Zaouiat Ahansal se tient tous les lundis : une bonne occasion de plonger dans la culture locale, le temps d’une journée de repos (hormis les 3-4h de marche aller-retour, bien sûr !).

Visite du souk de Zaouiat Ahansal au Maroc

Si c’est l’option que vous avez choisie, le chauffeur de taxi organisé par le gîte vous amène volontiers au supermarché à la sortie de l’aéroport, notamment si vous voulez des bières : introuvables à Taghia !

Caractéristiques du massif de Taghia :

Le rocher de Taghia est, à mon sens, parmi les plus beaux de la planète !

Escalade à taghia dans les montagnes berberes au Maroc

Ce calcaire sculpté d’une rare abrasivité, et fantastiquement coloré, est une invitation à l’escalade !
Le choix est énorme ; des couennes aux voies de 800m, équipées ou nécessitant tout le matériel de terrain d’aventure : il y en a pour tous les goûts !

Peu de voies pour débutants toutefois : la grande voie équipée la plus facile, « le rêve d’Aïcha », comporte du 6a+… Les autres, c’est au minimum du 6b/c.

grimpe de la paroi des sources à Taghia

L’ambiance reste très montagne

Avec des approches et descentes parfois longues et souvent complexes. L’isolement de ce petit village perdu est une chance pour prendre le temps de partager un quotidien encore éloigné du tourisme de masse.
Il engendre forcément un certain engagement : nous découvrirons bientôt que les secours ne se déroulent pas exactement comme en France…

Meilleure saison pour se rendre dans les montagnes berbères au Maroc :

L’idéal pour venir découvrir les montagnes berbères de Taghia, c’est au printemps et à l’automne. En avril-mai, si la neige ne s’en mêle pas, les conditions sont idéales, les journées longues, la nature luxuriante. De mi-septembre à mi-novembre, c’est à nouveau parfait, mais les journées sont plus courtes.

Taghia au maroc lors du printemps

En été, il fait vite vraiment très chaud !

L’hiver peut par contre offrir de très belles journées, mais c’est un coup de poker… Les soirées seront assurément glaciales, mais, au moins, vous serez seuls touristes dans le village !

Activités dans les environs de Taghia :

Situé dans le Haut-Atlas, le village de Taghia bénéficie d’une situation exceptionnelle pour profiter de ce massif immense ! Youssef Rezki, comme d’autres guides, organise des randonnées guidées, d’une ou plusieurs journées, accompagnés par des mules portant le matériel de bivouac.

Avec un peu plus de temps et d’envie de découvrir le Maroc, on peut coupler ce périple avec un tour dans les gorges du Todghra, un autre paradis de l’escalade. Cependant, il ne faudra pas s’attendre au même isolement, à la même quiétude… Mais les berbères restent adorables !

Aperçu d'un echange berbere dans les montagnes marocaines

Autres activités

On peut aussi envisager de faire du canyoning à Imlil, de la randonnée dans la vallée des Ait Bougmez…
Ou juste de se poser au village, pour profiter comme « en famille », au rythme berbère, de ces habitants si chaleureux et accueillants, partageant avec les femmes la confection du pain, avec les hommes la découpe du mouton…

Scènes de vie à Taghia au Maroc

Bibliographie et topos escalade de Taghia :

Nous avions le formidable topo de Christian Ravier : « Taghia, Montagnes Berbères ».

Précis, quasi-exhaustif, superbement illustré : un livre de chevet à part entière ! Une dernière version vient de sortir (2019), avec les nouvelles voies : je vais m’empresser de l’acheter ! La bible du coin, assurément.

Topo d'escalade de Taghia au Maroc

Plusieurs itinéraires détaillés dans le classique « Parois de Légende » d’Arnaud Petit et Stéphanie Bodet, toujours bien documenté et incitant au voyage.

Livre d'escalade Parois de légende

Enfin, on trouve aux gîtes (mais surtout chez Saïd) les croquis laissés par les ouvreurs des dernières voies du site. Ne pas hésiter à aller farfouiller !
Sans oublier le classique : https://www.camptocamp.org/

Un sauvetage à Taghia

Un coup de foudre…

Vue des couleurs des montagnes berberes au Maroc

Le rêve d’Aïcha, Au nom de la réforme, A boire où je tue le chien, Classe Montagne Epinal, Belle et berbère, Canyon Apache, l’Allumeur du rêve berbère, Haben oder Sein, Baraka : nous enchaînons les journées de grimpe sur ce caillou magique !
Le soir, seuls au gîte, nous nous laissons porter par cette atmosphère si accueillante du lieu…

Sur la terrasse du Gite au Maroc à taghia

A tel point qu’au retour, il ne faut pas longtemps pour que je n’ai plus qu’une idée : y retourner !

L’énergie qui se dégage de ce petit village isolé dans les montagnes berbères de Taghia, la bonté de ses habitants, les fantastiques couleurs des roches et le caillou exceptionnel ne m’ont pas laissé indifférente.

Roches et verdures à Taghia

C’est donc sans difficultés que je convaincs l’ami Henri de se joindre à moi pour un nouveau séjour, en 2017.
S’il avait su…. ?!

Episode 1 : Une arrivée en douceur

Abdullah et sa mule sur le chemin qui mène à Taghia

Le temps de marche entre Zaouiat Ahansal et Taghia est pour moi un cadeau : le cadeau de prendre le temps de cheminer, physiquement et psychiquement, vers ce village. De découvrir peu à peu, au détour d’un virage, une nouvelle paroi. D’arriver au village, enfin, au cœur de ce bout du monde.

Cette piste deviendra sûrement bientôt route, les travaux sont en cours… Mais les habitants se battront jusqu’au bout pour préserver un peu de cette tranquillité, de cette sérénité…

Arrivée au village de Taghia dans les montagnes berberes au Maroc

Arrivés en douceur

Nous arrivons en douceur, donc, et profitons d’un début de séjour grimpant et grandiose, comme attendu.

« Les Rivières Pourpres » (7c max, 500m, Michel Piola, Benoît Robert et Arnaud Petit) se révèle être une voie à la hauteur de sa réputation : magnifique, longue et soutenue. Nous en sortons conquis !

Dans la voie les rivières pourpres à Taghia

Si Michel Piola en parle comme l’une des plus belles lignes qu’il ait ouverte en calcaire, il nous faut tout de même aller comparer avec son autre bijou : « l’Axe du Mal » !

ascension de la voie les rivières pourpres au Maroc

Une première tentative dans l’Axe

Une journée de « repos » (quoi, marcher 4h, ce n’est pas du repos ?) nous emmènera faire une balade entre Oujdad et Tadrarate, longeant l’Akka n’Taghia, pour explorer et repérer les différentes options pour la descente…

Le passage berbère à Taghia au Maroc

Le lendemain, il est temps d’aller à la découverte de l’Axe du mal. Mais le ciel n’est pas avec nous : après 3 longueurs, une averse orageuse se déverse sur les montagnes berbères de Taghia, c’est le (premier !) demi-tour.
Qu’à cela ne tienne, nous laissons le matériel dans la grotte pour demain, restant reposés et débordant d’envie !

Vue sur la paroi de l'axe du mal à Taghia au Maroc

« Vous réessayez demain ? » nous questionnent les compagnons retrouvés au gîte le soir.
« We don’t try, we do it ! » 

Le jour J

C’est une certitude, nous rêvons d’y retourner ! Mercredi, c’est le jour J.
Si le ciel est toujours voilé à l’aube, le proverbe improvisé se vérifiera : quand le berbère passe son après-midi à étendre son fourrage sur les toits pour le faire sécher, demain, il fera beau !

Séchage du fourrage à Taghia

Tandis que je suis moins confiante que lui, Henri, compagnon de cordée peu visionnaire, annonce gaiement : « Le pire qu’il pourrait nous arriver, c’est de devoir redescendre parce qu’on n’a pas assez de jus ».

Celle-là, j’aurais pu l’afficher dans ma chambre d’hôpital ! 😉 Et voilà, je n’ai pu m’empêcher de livrer la conclusion avant les événements… Et pourtant, quels événements !

L’Axe du Mal… Au nom évocateur !

Au pied de l'axe du mal au Maroc dans les montagnes berberes

Une approche aux lueurs de la frontale et des étoiles, fort agréable puisque c’est la dernière fois que nous la parcourons, pensons-nous encore. Si nous avions su que nous allions la redécouvrir dans le sens retour, encore une fois, mais tellement différemment…
Le début de la voie est superbe : cette journée s’annonce définitivement parfaite. Jusqu’à la 4ème longueur.

Nous grimpons dans l'axe du mal au maroc

Un pas un peu technique, je ne me sens pas assez détendue… Je préfère sauter pour me délasser et repartir sereinement.

L’incompréhension du jour : un vol sécure dans l’absolu, un assurage parfait, mais le pied droit qui tape, la douleur, la peur d’avoir mal, le mal d’avoir peur d’avoir mal, etc…

Redescente au relais, je récupère et le laisse poursuivre !

Sauf que non, je ne récupère pas. La douleur reste vive, et, en soulevant le pantalon, déborde un bout de péroné… Beurk ! Ni une ni deux, descente rapido pendant que c’est chaud, débute alors la journée « impro » !

Les rappels, on n’y pense pas comme ça, mais c’est ’achement plus facile avec deux jambes valides ! Si, si, sans la droite, ça nécessite des capacités de gainage, de gestion de la vitesse, de retenue des hurlements dès que le pied effleure la paroi… Il faut donc manquer d’une jambe pour se souvenir à quel point elle est utile, au final !

Arrivée au pied de la paroi. Effondrement au pied de la paroi, plutôt.
La douleur est beaucoup trop vive pour envisager quoi que soit…

Je suis allongée au pied de la paroi de l'axe du mal au maroc

Y a d’la casse !

Je m’allonge, et la machine Henri se met en route. Il concourra aujourd’hui dans la catégorie « mobilisation rapide et organisation des secours, gestion de sa propre fatigue, soutien psychique », et gagnera la palme !

Il part donc en courant au village chercher de l’aide. Le voyant s’éloigner, je me dis que je n’aimerais pas être à sa place… avant de réaliser que la mienne n’est pas forcément super enviable non plus !

Il est 10h24, je me conditionne à passer de longues heures seule : nous savons que la plupart des grimpeurs sont partis grimper, que le village est loin et les habitants occupés, que le réseau téléphonique a décidé de ne pas passer aujourd’hui…

Vue d'en bas sur la paroi de l'axe du mal à Taghia

Passionnante rencontre avec moi-même.

Recherche d’éloignement des pensées négatives. Appel à mes proches, pleurs. Chant à haute voix : fou la faculté de bien-être que procure la berceuse à soi-même ! Réflexions sur la suite, réalisation que finalement, peut-être que je peux vivre sans l’escalade. Mais aussi que je pourrais mourir ici dans les montagnes berbères de Taghia. Et que la journée va être longue.

Le froid s’installe à l’ombre avec l’état de choc, observation attentive de l’avancée du soleil sur cette grandiose paroi qui me domine.

J’ne suis plus seule !

11h20 : Cachée entre ma doudoune, ma couverture de survie et mon bonnet, j’entends une voix. Hallucination ? Berger croisé hier dans le coin ? Inespéré, mon premier sauveur arrive : Alejandro !

Alejandro venant à mon secours dans les montagnes berberes au maroc

Les joies de la turista : un seul grimpeur n’est pas parti en falaise ce jour, le bidou détraqué. Qui plus est, il a eu la bonne idée de venir se balader dans le canyon ! Alerté par Henri, tandis que celui-ci poursuivra sa course vers le village, Alex viendra en courant me rejoindre, mobilisant au passage ses 3 potes embarqués dans une envolée à l’Oujdad.

Alex, pompier à ces heures perdues, me confectionne une attèle de fortune avec les fringues, les bouts de cordelette, et, top du top, le dos du sac de hissage ! Immobilisation efficace, effectuée en douceur et avec une énergie formidable : Alejandro aura aujourd’hui la palme du sourire retrouvé, du 1er homme venu me sortir de la détresse de ma solitude, des encouragements incessants pour la team que nous formons !

Attelle de fortune fabriquée à Taghia après la grimpe dans l'axe du mal

Mobilisation et énergie espagnoles

12h30 : Ruben nous rejoint, bientôt suivi par Juanma et son compère. Emue de les savoir redescendus de « La dernière liberté », juste pour moi, pour me venir en aide, sans hésitations ni déception visible.

Ils auront la palme de l’énergie espagnole et de la volonté de me soutenir encore et encore. Malgré leur apparente fatigue, leur « prendre soin » sera évident et parfait.

Confection d"un brancard à Taghia au Maroc

Le soleil pointe son nez, ils veulent commencer la descente rapidement avant que je ne souffre de la chaleur. Les quatre espagnols, compagnons de gîte et de soirées, improvisent alors la confection d’un brancard avec une pelle, un grand bois de bois et une corde….

Super idée, mais la descente est trop raide, le terrain trop friable pour qu’ils puissent tenir debout en tenant un brancard à bouts de bras : ces sentiers nécessitent les mains, assurément ! Je tente la technique « luge » : j’me mets sur les fesses, l’un devant dégage le terrain, un autre me soutient la jambe, les deux autres sécurisent le dos et les appuis des mains…

La journée s’annonce VRAIMENT longue !!!!

Mes sauveteurs sont épuisés à Taghia au Maroc

Les locaux s’en mêlent !

Le portage commence dans les montagnes berberes à Taghia

13h15 : Trois habitants du village nous rejoignent ! Henri nous apprendra qu’il a d’abord croisé le fils de Youssef qui est allé chercher du secours, et que Youssef informé a également mobilisé ses troupes.

Ils ne semblent pas novices en matière de secours, les gaillards : ils me prennent sur le dos, l’un après l’autre, pour parcourir la section du canyon pas si évidente.

Retour à dos d'homme au Maroc

Plus nous avançons, plus la team grossit

Chaque berbère, berger, grimpeur, hôte, habitant des montagnes berbères de Taghia croisé et alerté par Henri, a lâché ce qu’il était en train de faire pour venir donner son coup de main !

Pause générale avant le passage berbère au Maroc

Ils sont bluffants d’organisation, d’attention à moi, de réflexion sur le meilleur fonctionnement tout en restant dans l’action… Ils font preuve d’une rare énergie : si ma confiance reposait instinctivement dans mes « européens » connus, ceux-ci, épuisés d’un tel sac à dos, ne peuvent que me confier à contrecœur aux berbères.

Qui, en bons warriors, se révèleront juste hyper fiables !!!

La caravane des secours dans les montagnes berberes au maroc

Un pas sûr (malgré les tongs ou les chaussures fatiguées !), un rythme impressionnant (je ne pense pas marcher aussi vite, même sans sac !) : trimbalée de dos en dos, je m’efforce d’être un sac le plus léger possible, ne pouvant malgré tout pas m’empêcher de lâcher des cris dès que le pied effleure un rocher.

La technique progresse

Pendant que l’un m’a sur le dos, deux devant lui indiquent le meilleur chemin, un à droite me soutient la jambe, deux derrière soutiennent mon dos et l’équilibre de la « mule ».

C’est long, très long, mais tellement bon de les sentir aussi forts, aussi sereins, aussi attentifs.

Une étonnante (et admirable !) agilité !

14h : Après une pause bien méritée où le contenu de leur sac a révélé du pain à gogo, des vaches qui rit et du coca, nous passons aux choses sérieuses.

Le passage berbère à Taghia

Le passage berbère, avec deux sections bien intenses cette année sans les pierres recouvrant les arbres, sera franchi aussi « facilement » que le reste !

Si nous, pauvres mortels, avons besoin de nous vacher et de nous servir de nos deux mains pour franchir ce passage, eux le parcourent paisiblement malgré la charge, sécurisants et organisés comme jamais

Et toujours en tongs pour certains !!!

Passage aérien berbere à Taghia

La suite déroule, malgré la fatigue qui s’installe chez chacun d’entre nous.

Je suis épuisée de les serrer fort et de lutter contre la douleur.

Mes sauveurs sont épuisés de ce relais infernal, de ce terrain jamais facile.

Long portage dans les montagnes berberes

16h15 : Arrivée au village. Enfin.

Un brancard de confection locale, ici appelé « le cercueil » (surement parce qu’il sert aussi à transporter les morts…) m’attend. Je m’allonge, ils vont m’installer à l’ombre. C’est le temps de la mobilisation des tous les autres habitants du village : Youssef et son père offrent le thé, la collation à toute l’équipe. Les enfants viennent m’entourer, emplis de leur douce fraîcheur. Deux dames s’approchent, une caresse sur la main, une poignée d’eau sur le front : comment me plaindre, entourée d’une telle famille ?

Vue sur le village de taghia au Maroc

Henri a bouclé les bagages en 4ème vitesse, l’urgence est le soin.

Je lui avais vivement suggéré de me laisser entre les mains des secours de mes assurances, pendant qu’il poursuivrait son séjour grimpant… mais nous vivrons cette épreuve Ensemble, jusqu’au Bout.

Sur le « cercueil »

Les gaillards reviennent un peu rassasiés : ils ont compris qu’un retour à dos de mule me provoquerait de douloureux chocs, ils se dévouent donc naturellement pour m’accompagner jusqu’à Zaouiat.

on porte tel un cercueil dans les montagnes au Maroc

Six porteurs, qui 4 à 4 soutiennent ce brancard sur leur cou. Pourtant au soleil, je suis congelée sous ma couverture. Toujours attentifs à chaque détail, ils me mettent la tête en avant dans les montées, les pieds en avant dans les descentes. Un peu shootée par les antalgiques enfin avalés au village, totalement en hypoglycémie de toute cette énergie dépensée et ces épreuves, je divague.

Arrivée tardive à Zaouiat Ahansal

19h : Zaouiat ! Enfin.

Zaouiat ahansal dans les montagnes berberes au Maroc

Arrêt, soulagement, fin de ces 6h de portage à dos d’hommes, d’Hommes, de Messieurs !!!

Ils ont organisé la venue d’une ambulance qui m’attend déjà : un véhicule aménagé pour pouvoir s’y allonger, quoi…

Une pause au « centre d’accouchement » de Zaouiat semble s’imposer, je me laisse porter ( !) mais ai encore la force de refuser une auscultation (interdit de toucher à mon attelle salvatrice !!!) et la pose d’un cathéter (dur de maintenir des conditions d’hygiène potables, ici…).

Retour au monde « réel »

22h : Urgences d’Azilal.

Aux urgences d'azilal au Maroc

J’ai passé la journée avec des Personnes, des Êtres, je redécouvre des Gens. Des gens qui, comme chez nous, te regardent souffrir de loin. Te laissent galérer à te mobiliser pour apaiser la douleur. Te laissent vomir par terre sans interrompre leur conversation.

Chance du soir : un traumatologue aussi professionnel qu’humain est présent, il sera notre bouffée d’oxygène ! Valorisant le super boulot fait dans la confection de l’attèle, il diagnostiquera après des radios une fracture du plateau tibial. Une opération s’imposera mais rien d’urgent, l’apaisement s’installe.

1h30 : Le doc ayant compris que les assurances sont difficiles à joindre à cette heure tardive, il nous offre une chambre.

Chambre d'hôpital à Azilal au Maroc

Six lits plus ou moins tâchés de sang, une couche de crasse impressionnante, des toilettes dans lesquelles il est impossible de pénétrer, des chats qui baladent, les rats ne doivent pas être loin…

15h après la chute dans l’Axe du Mal, nous pouvons enfin dormir !

Après une courte nuit, Henri tente de nous trouver à boire, de récupérer l’attèle prescrite.

Les pharmacies locales ne font pas cela, nous attendons. Sensation que nous pourrions rester longtemps ici, sans voir personne, sans manger, sans boire. Loin de tout dans cette atmosphère si glauque…

Une ordonnance marocaine

Dans la matinée, le médecin de l’assurance ayant enfin réussi à joindre le doc local, mon transfert est organisé vers Marrakech dans une clinique. Nous rêvons encore d’un retour en France dans la journée

Un trajet en ambulance mouvementé, la jambe dans une atèle en grillage et le chauffeur évitant de peu les chevaux…

dans l'ambulance au maroc

L’arrivée dans une clinique de luxe. Ouf.

Propreté, suite royale, équipe soignante professionnelle, douce et attentive.

Nouvelles radios, scanner, attelle et béquilles permettant enfin un minimum d’autonomie…

Clinique de luxe à Marrakech

Le pire combat commence…

Vendredi, 48h après la chute dans les montagnes berbères de Taghia, donc… Henri, après avoir squatté le canap’ de ma suite de luxe, va prendre l’air de Marrakech pendant que je commence le pire combat de l’aventure : celui avec les assurances !

Chambre de la clinique de Marrakech

Un vol semble jouable demain soir, samedi à 18h. Et puis il n’est plus dispo, il va falloir voir si on ne peut pas partir sur un Casablanca-Paris. Deux heures plus tard, celui-ci ne propose pas de rapatriement non plus, un autre espoir pour un autre vol… espoir qui s’effondre bientôt, l’assistance qui s’était mise en branle croyant découvrir que mes garanties ne couvrent pas toutes les démarches qu’ils ont lancées ! Sollicitation d’une autre assurance, qui prendra le relais dans la recherche de vols. De coup de fil en coup de fil, d’espoir déçu en espoir déçu, forte détresse humaine dominante.

Des interlocuteurs pédants…

« Mais madame, vous êtes en vacances au Maroc, ils sont adorables les marocains » (certes, ils sont adorables, mais dans l’genre vacances…!)

Des médecins débectants : « Nous ne pouvons imaginer de vous laisser prendre une place assise dans n’importe quel avion ! C’est une question de responsabilité, nous savons ce qui est bon pour vous : les médecins marocains qui vous ont vue et approuvent l’idée n’y connaissent rien » (!).

Envie de leur raconter la journée de mercredi.
Envie de leur parler de ces Hommes qui ne sont pas une seconde posé la question de la responsabilité.

Qui ont laissé leurs priorités, leur travail, leur survie, pour me secourir, en se mettant violemment en danger. Envie de leur parler de mes dents serrées pour oublier la douleur pendant de longues heures.

Certitude qu’ils ne pourront l’entendre, du haut de leur suffisance et de leurs protocoles.

Mes sauveurs dans les montagnes de taghia

Nous ne nous laisserons pas abattre !

Un tour au souk de Marrakech

Partage fort avec Henri, qui ne peut se résoudre à partir sans moi, de cette détresse face à l’inhumanité. Ou plutôt, face au fonctionnement « normal » (si, si, la norme c’est ce que fait le plus grand nombre, ce n’est pas la logique !) tellement désespérant.

Entre deux espoirs de vols, évasion en allant manger un bout sur la place Jemaa el Fna.

Bain de foule bruyante et colorée, esprit ailleurs.

Repas sur la place Jemaa el Fna à Marrakech

Puis retour rapide à la réalité

Aucun vol possible avant… Dimanche ! Alors que j’ai chuté mercredi…

Il paraitrait qu’il me faut 4 sièges pour étendre ma jambe (!), que les compagnies rechignent à les laisser aux assurances en cette saison : « c’est les beaux jours, madame, les gens voyagent ».

Je n’ai pas l’énergie de stagner jusqu’en octobre (!) dans cet hôpital, nous enclenchons la seconde.
Grande concertation téléphonique avec la famille soutenante. Devise du soir : « tu payes, mais tu rentres ! ».

Il faut juste que je ne me fasse pas refouler à l’aéroport, menace formulée par le médecin de l’assurance à cause des béquilles et de l’attèle. Rien à battre, rien à perdre : à 23h est édité un certif’ du doc de l’hôpital qui approuve la position assise, à minuit un Ryanair matinal est toujours dispo, ça passe ou ça casse !

Retour à la maison !

Samedi, 4h20, départ pour l’aéroport, après cette très courte nuit, entrecoupée d’un rêve magnifique. Les gaillards de Taghia venaient me chercher en « brancard à porteur » devant la clinique ! Superbe symbole : ils ont déjà tellement marqué ce parcours, ils ont été les piliers de ce sauvetage, ils m’accompagneront jusqu’au bout…

Passage épique des contrôles de sécurité, béquilles subtilisées et nécessité d’enlever l’attèle, debout, sur un pied.
Là, fille, t’as intérêt à être équilibrée et souple, sinon ils ne t’embarqueront jamais ! Pfiou ça fait sans me ramasser !

A 5h20, j’ai mon tampon de sortie du Maroc dans le passeport, il ne peut (presque !) plus rien m’arriver d’affreux, maintenant !

Visa de retour du maroc dans le passeport

6h20, embarquement.

Questionnements des hôtesses… « Madame, tu peux monter les escaliers toute seule et tu peux t’asseoir normal ? » Un peu, que je peux !!!!

Yalaaaaaaah c’est le retour à la maison !!!!

Dans l'avion avec mon attelle en rentrant en France

Quelques heures plus tard, j’accueille Henri qui touche à son tour le sol français. Grande émotion, encore.

Jusqu’au bout il a été avec moi.  Il a vécu avec moi, il a souffert avec moi, il a vibré avec moi.

Suite des opérations…

La suite sera facile, après tout ça : courte hospitalisation en France pour poser une vis, immobilisation pendant 3 mois, rééducation. Longue période pour revivre, pour digérer, toutes ces émotions.

Pour penser, chercher, créer les conditions d’un retour.

Ce retour nécessite récupération physique et énergie à toute épreuve : des picots aux béquilles, des copains compatissants motivés pour traîner un boulet sur 3 pattes en falaise… L’été sera grimpant, assurément !

Un peu d'escalade en béquilles
Reprise de l'escalade avec des béquilles

Et puis, envie de rendre un peu de tout cet Amour qui m’a été donné dans ces montagnes berbères de Taghia.

Alors le retour sera matériel, aussi, en mobilisant les communautés grimpantes pour des dons de matériel à ces Dieux du secours.

Le matériel d'escalade offert à taghia au Maroc

Enfin, le retour sera grimpant, forcément. Ensemble, avec Henri… Dans l’Axe du Mal !!!

Episode 2 : Mobilisation des grimpeurs, constitution de la team !

Une mobilisation inespérée des généreux donateurs d’ici et d’ailleurs m’a vu regrouper bien plus de matériel d’escalade qu’attendu : de quoi permettre à quelques grimpeurs marocains de profiter de ces parois fantastiques !

Un appel aux bonnes énergies pour me suivre dans ce délire constitue une bonne petite équipe pour acheminer tout ce matériel. Une belle rencontre avec Mel qui n’a peur de rien et envie de découverte, et Léo qui me traîne dans les calanques se laisse convaincre par ce petit village perdu : la team est en place, yapluka !

Retour dans les montagnes toujours en béquille

Vendredi 16 juin

Un gros mois après mon départ précipité donc, me revoilà à Marrakech ! 47°C au compteur, nous nous laissons happer par une douce léthargie.

La route pour Zaouiat sera entrecoupée d’une nécessaire pause : à 19h47, c’est la rupture du jeûne… Immanquable en ce mois de ramadan ! On s’arrête là où on est, où que l’on soit ! En l’occurrence ce sera sur le bord de la route : les victuailles sont prêtes, le jus de fruit nous est servi avant qu’ils ne se jettent dessus, un beau moment de partage.

Rupture du jeûn sur la route de Marrakech à Zaouiat Ahansal

Après avoir fait la course avec un dromadaire déchaîné, arrivée à Zaouiat.

Partage du tajine avec Mohamed, le fils de Youssef et l’un des « porteurs », qui revient sur l’épopée du mois dernier. Tandis que je vante leur énergie, il évoque ma force, alors que je me suis sentie si faible et impuissante… Nous tombons d’accord sur le fait qu’il n’aurait servi à rien de se lamenter : « c’est le destin » répètent-ils.

« T’as pas forcément envie que les choses t’arrivent, mais elles sont là, alors tu fais avec. » Une philosophie de vie, la leur, qui me fait percevoir un peu plus pourquoi je les aime tant.

A dos de mule…

Cheminement vers Taghia au Maroc

Départ pour les montagnes berbères de Taghia, les mules sont chargées de tout notre matos. Il y en a même une spéciale pour moi, grand luxe ! Si j’attaque la piste à une patte et à béquilles, au premier crux, ils me font monter : c’est parti pour mon initiation à l’équitation locale.

A dos de mule vers les montagnes berberes du maroc

Moins fatigant, et surtout tellement agréable de me laisser porter et de profiter autrement de ce chemin, pendant que les yeux des copains brillent devant la découverte de ces paysages.

Arrivée dans les montagnes marocaines à Taghia

Retour express et intense à Taghia

La suite, c’est juste du partage d’émotions. Chaque villageois croisé a participé de près ou de loin à mon rapatriement : leur bienveillance, leur accueil, leur chaleur sont, comme d’habitude parfaits, évidents.

Retour au gite de Taghia au Maroc

Anecdote précieuse : Youssef, feuilletant l’album photo que je leur offre, mon petit récit du sauvetage, se le fait piquer par son fils Mohammed, puis son frère Ahmed. Ils parcourent les photos, quand Ahmed repère qu’il est sous le « cercueil », le brancard aménagé pour me porter : « Ah regarde, regarde : c’est moi, je te portais. » Tout fier, il est !

Émue et contente…  

Puis il échange en berbère avec son frère Youssef, qui me traduit une phrase qui restera gravée : « Ahmed dit qu’il est vraiment content de te voir, il avait peur que tu ne veuilles plus jamais revoir ce village, et nous. Que tu nous en voudrais. ».

Pfiouu, ben voilà pourquoi je suis revenue, juste pour ça… Pour qu’ils sachent que je leur suis éternellement reconnaissante, que j’ai la banane et qu’ils font partie de ma vie, c’est tout !

Youssef, découvrant le matos amené, regrette de n’avoir pu faire venir tous les acteurs de cette aventure : c’est ramadan, tout le monde n’est pas mobilisable… Je lui fais confiance sur la distribution !

Matériel ramené à taghia pour les futures grimpes au Maroc

Partage en famille

Une journée « comme à la maison », où j’accompagne en béquilles les copains partis dans leur exploration des parois locales, guidés par Omar dans « le Rêve d’Aïcha ».

escalade à la paroi des sources à Taghia au maroc dans les montagnes

Ils seront rentrés pile pour l’heure de rupture du jeun que nous partageons en famille, avant un début de nuit convivial. J’en apprends davantage sur les coulisses de l’exploit : c’est loin d’être une première, l’organisation Rezki a déjà dû se mettre en branle à de nombreuses reprises…

Efficaces dans ces montagnes berbères de Taghia…

Quand la gendarmerie locale tente bien de secourir les blessés, mais est totalement inefficace dans ce micro-monde décalé, Youssef prend bénévolement le relais. Une technique rodée donc, où il guide et où chacun sait ce qu’il a à faire et se lance, toujours avec le sourire, toujours dans une efficacité optimale malgré l’apparente désorganisation.

Je rappelle l’inquiétude des collègues grimpeurs à me laisser dans les bras des berbères. Youssef l’a également constatée, mais explique : « tu sais, je n’ai pas envoyé n’importe qui. Tous ceux qui étaient avec toi, c’est qu’ils ont ma confiance »… Un 2ème père, vous dis-je !

Une nuit de ramadan à Taghia au Maroc

Une chose est sûre 

L’engagement n’est pas si important qu’imaginé, à Taghia, car l’équipe Rezki & co veille sur vous !!!

La nuit en leur compagnie pourrait se prolonger indéfiniment, mais nous n’avons pas leurs capacités de digestion nocturne et abandonnons après le 3ème repas !

Partir, encore… pour mieux revenir !

Le lendemain, nous voilà déjà sur la route du retour. Arrivés avec 70kg de bagages, nous repartons avec 4 kg… Taghia, tu y arrives chargé, tu en repars léger : l’image me plaît !

Retour à Zaouiat Ahansal au Maroc

Descente ardue quand je découvre que 3h de mule la veille, ça laisse des séquelles : z’ont pas encore inventé les selles moelleuses !

Sur le retour de Taghia dans les montzgnes berberes au maroc

Mais c’est aussi du temps pour laisser vaquer son esprit, pour se souvenir que ce petit sentier a été parcouru par mes gaillards épuisés à deux de front. L’appréhender de haut, m’imprégner de ces lieux, qui ont encore tout à nous offrir !

A Zaouiat, final en béquilles pour délasser…

Un au-revoir émouvant, mais pas triste : je reviendrai, ils seront là !…

Dans les montagnes Berbères de Taghia au maroc

Episode 3 : L’épilogue !

Je m’étais promis de revenir avec les chaussons. Et avec Henri.

Voici enfin, un an après la chute, venu le temps du retour Ici, sur les lieux de la fracture du plateau tibial, de cette journée inoubliable.

Épisode catalyseur de la solidarité locale, épisode d’émotions et de partage à gogo… Douze mois ont passé, mais les souvenirs sont encore prégnants.

D’entrée de jeu, c’est bon d’être dans les montagnes berbères de Taghia: la route bloquée par la neige qui tombe à gros flocons (des pizzas, au moins !) nous fait quelque peu retarder l’arrivée…

arrivée à Taghia sous la neige au maroc

C’est l’occasion de profiter de la route de jour, magique entrée en matière, et de parcourir ce sentier reposés, avant de vivre en « famille » une soirée au cœur de la vie locale : confection du pain, égorgeage de mouton, pluche de légumes pour les 12 tajines…

Même pas besoin de grimper ici, Vivre est déjà tellement bon !!!

Paysage vue de la terrasse du gite à Taghia

Mais on est venu régler nos comptes avec l’Axe du mal, sans mal à l’axe idéalement…

Les émotions restent vives…

Durant l’approche de bon matin : il est déjà fort émotionnellement de re-parcourir ensemble ce sentier, qui nous a pris un paquet d’heures l’année dernière !

Au pied de l'axe du mal à Taghia

Et c’est l’arrivée sur la terrasse, le pied de la voie. Où tu réalises la force de l’inconscient, du trauma ! Si, à la maison, je parlais totalement détendue de cette épopée et de ce périple…là, à l’insu de mon plein gré, les larmes surgissent !

La grande paroi de l'axe u mal au Maroc

Foufoufou, en vrai cette heure et demi passée allongée, seule, ne sachant pas trop ce qui allait m’arriver, bé elle m’a quelque peu émotionnellement marquée ! L’inverse eut été surprenant, mais j’me pensais plus blindée que ça, té !

Heureuse de le partager avec Henri, du coup, of course : c’eût été impossible autrement…

De nouveau dans la voie de l'axe au Maroc

L’Axe du Mal

Cette voie, qui restera définitivement mythique pour nous, est franchement un monument à part entière  dans les montagnes berbères de Taghia!

L’équipement est clairement exigeant. Si, dans « les Rivières Pourpres », il y a parfois des pas qui engagent… Dans «l’Axe du Mal » on pourrait dire qu’il y a parfois des pas qui n’engagent pas !

Toujours en comparaison avec les Rivières, on est, malgré la même bande d’ouvreurs et un style qui nous correspond davantage, un gros cran au-dessus dans la difficulté, l’engagement et l’homogénéité !

L’esprit assez encombré, je m’en remets cette fois à mon solide leader.

Nous commençons à connaître le fourbe pas de dalle à friction de L1 (6b+), le mur plus facile et agréablement canneluré de L2 (6b), le classe 7a rouge et finaud de L3…

A l’attaque de la 4ème longueur, LA fameuse 4ème longueur… dernier ( ?!) fort moment d’émotions. Ça n’semble même pas si dur vu d’ici, les points sont proches… J’comprends pourquoi j’avais osé !

Dans cette voie si particulière de l'axe du mal au Maroc

Mais cette fois il y va, bien plus solide en gestion des émotions… La lunule, le spit, et c’est le pas vers la gauche… Un pas finaud, où tu montes les pieds haut, c’est assez évident, mais ce qui est moins évident c’est les prises en sortie : elles ne sont pas assez crochetantes de suite, du coup se la coller pour se détendre n’était pas stupide, dans l’absolu ! En second, je trouve la bonne main et ça roule mieux, forcément, mais c’était quand même le crux de la longueur ! Ça nous a fait quelque chose de clipper ce point, on est plus haut que jamais, et sans dommage, Yeah !

Maintenant que les larmes n’ont plus de raison d’être, place aux sensations de grimpe « standard » dans les montagnes berbères de Taghia.

Ascension dans l'axe du mal au maroc

Un standard de luxe tout d’même : les longueurs suivantes, L5 (6c+), L6 (7a+) et L7 (6c+) sont des voyages interminables (entre 42 et 48m chacune) de finesse et d’homogénéité, un régal ! L8 (7b) est encore plus exceptionnelle sur du caillou sculpté et acéré ! Nous ne chercherons pas à forcer le passage du toit, bloc et dur, et c’est encore trop beau après avec ces grosses strates. Et un gaz au relais, bambambam ! L9 (7b+/c) doit être une dalle majeure mais c’est mutant pour nous… L10 (6b+), dans laquelle nous pensions nous reposer… et réalisons au contraire qu’on n’a plus grand jus : ça s’enchaîne border line en second, c’est dire ! L11 (7c+) marquera donc la fin de notre aventure, rôtis que nous sommes.

T’facons l’objectif du jour est atteint depuis fort longtemps : le 2ème spit de L4 dépassé, c’était que du bonus ! On a eu notre dose de bonus de grande ambiance, de caillou fou et d’émotions, alors descente !

C’est faitttttt !

On sort les pompes du sac de hissage, suspendus au relais comme dans toute la voie, et go. L’a été solide toute la voie, je serai solide sur les rappels : fluides mais encore un poil d’efforts, tout d’même !

Rappels de l'axe du mal à Taghia dans les montagnes berberes

Au pied, j’pensais bien que le trauma était évacué… mais non, toujours pas : encore de fortes émotions, les larmes reviennent au fait d’être ici dans les montagnes berbères de Taghia, ensemble, dans cette douce dynamique d’une voie vécue sans ombrage…

Village de taghia au Maroc

Yapluka rentrer serrer la famille Rezki dans nos bras, partager ensemble la joie de la voie réalisée : merci Taghia, merci l’Axe du mal, merci Henri, merci la Vie !

Conclusion de notre voyage dans les montagnes berbères de Taghia au Maroc

Ce village isolé ne laisse, je crois, personne indifférent : chacun sait profiter de ces magnifiques parois, de ce caillou parfait, ces envolées exceptionnelles dans un cadre coloré et envoûtant.

Aventures dans les montagnes berberes au maroc

Mais surtout, de ces habitants, emplis d’une Humanité que je rêverais de retrouver partout, souvent.

Ils ont su, lors de cette journée hors du commun, mettre à l’œuvre tout le meilleur d’eux-mêmes : leur force, leur altruisme, leur énergie, leur générosité. Leur « Être », simplement.

Ambiance de Taghia du gite se trouvant au Maroc

Une journée qui restera gravée comme LA manifestation des concepts de solidarité, de Vraies priorités, d’une simplicité évidente et pourtant tellement introuvable…

La Rencontre et le partage avec des Gaillards, des Bonshommes, mes Sauveurs.

Une journée qui ne me fera Jamais regretter cette blessure, parce que des journées comme celle-ci, c’est juste Inespéré dans une vie.

Un grand Bravo, un grand Merci, pour des Hommes qui n’attendent ni GRIMP, ni téléphone, ni hélicoptère. Qui abandonnent leurs tâches quotidiennes, source de leur survie, pour me sauver, moi. Ces Hommes, si beaux, ont fait de ce cauchemar une épopée inoubliable.

Tout a été si simple, si évident, auprès d’Eux. Ils ont été là. Juste là, avec une telle justesse, une telle évidence… Que l’on se prendrait à rêver de tels rapports entre les hommes, tous les Hommes !

Matériel utilisé dans les montagnes berbères de Taghia

Matériel d’escalade 

CATÉGORIE Nom du modèle MARQUEPourquoi avoir fait le choix de ce modèle au départEst-ce que ce choix a répondu à cette expérience raconté dans les montagnes berbères de Taghia Si c'était à refaire 
 CORDE À SIMPLEJoker 60mBEALMultilabel, légèreté.Autant que faire se peut, on aime bien grimper à simple.Pareil, la technique nous convient pour le maximum de légèreté et de confort de grimpe. Avec une corde de hissage pour le sac et les rappels, c'est parfait.
 CORDE À DOUBLECobra 2x50mBEALRéférence sur le marché, bon rapport qualité-prix.Oui, adaptée pour compléter la multilabel dans les voies en TA.Nous ne l'avons pas utilisée car nous n'avons pas fait de TA.
CORDE DE HISSAGETrail line dyneemaBEALFine, poids et rapport qualité-prixElle convenait parfaitement.La même! En plus, elle a servi pour la confection de l'attèle
FRIENDSC4BLACK DIAMONDRéférence sur le marché, bon rapport qualité-prix.Nous avions un jeu complet du 0.3 au n°4, en doublant du 0.5 au n°2.Les mêmes ! La prise en mains et la pose de ces friends me conviennent. Mais nous ne les avons pas utilisés, n'ayant pas le temps de faire du TA.
MICRO-FRIENDSAliensKAILASEn promotion, et ces micros-tailles se placent partout !Ils n'ont pas servi.Dans l'éventualité d'une voie en TA, je prendrai les mêmes, très souvent utiles dans les dalles, murs, ou fissures fines.
CÂBLÉSSTOPPERBLACK DIAMONDHasardPour compléter les friends!Toujours utiles pour compléter les friends.
SAC DE HISSAGE40LCLIMBING TECHNOLOGIESSoldesParfait, bonne contenance et praticité.Le même ! D'autant que le dos se détachant était parfait pour confectionner l'attèle !
POULIEMicro tractionPETZLRéférence en la matière.Adaptée.La même, super pour hisser le sac.
DUCKKONGPour le hissage au piedAdapté.Si je n'ai pas encore la technique pour hisser au pied, Henri est fan : il faut que je m'y mette pour économiser mes bras !
BAUDRIERPRIMROZEBLACK DIAMONDConfort, prix.Adapté : confortable pour les longues voies, pour être pendue dedans longtemps, et même pour les approches et descentes. Mais aussi des portes-matériel et une ergonomie qui me conviennent.Il me convient partout, en grande voie comme en montagne. J'ai depuis changé pour un Petzl qui est un peu plus léger, mais un peu moins confort : je préférais le confort !
DEGAINESSpirit expressPETZLCelles d'HenreParfait !Adaptées : solides et résistantes ! Peut-être un peu lourdes…
MOUSQUETONSSPIRITPETZLEn promotionParfait.Le modèle m'importe peu.
SANGLESDYNEEMAMULTIPLESHasard.3-4 sont toujours utiles.Les mêmes.
SYSTEME D’ASSURAGEREVERSOPETZLRéférenceIl me convient toujours.Pareil.
CASQUEMETEOR IVPETZLLégèretéAdaptéJ'ai depuis acheté un Sirocco : si j'étais contente du Meteor, clairement j'ai gagné en légereté et en confort et ne pourrai plus revenir en arrière !
CHAUSSONSAnasaziFIVE TENCeux qui me correspondent le mieux !Je n’ai que ceux-là, et ils me conviennent ! J'en ai pris 2 paires.Oui, ils sont à ma pointure, ça fait donc mal aux orteils mais pas trop, la précision est bonne. 2 paires sont utiles pour varier les appuis.

Vêtements et accessoires

Catégorie Nom du modèle MARQUEPourquoi avoir fait le choix de ce modèle au départEst-ce que ce choix a répondu à cette expérience dans les montagnes berbères de Taghia  Si c'était à refaire 
CHAUSSURESN'existent plus !SALOMONJe rachète une paire de baskets Salomon chaque année, je les sais adaptées à mon pied.Idéales pour la légèreté et le confort lors de marches sur tous terrains.J'ai déjà racheté le modèle suivant, puisque celles-ci sont désormais trouées !
SAC A DOSCLIFF 20SIMONDPrix, légèreté.Oui , même s'il manque d'attaches sur le dos du sac.Pareil : ce sac est parfait pour des voies à la journée quand on ne hisse pas. Suffisamment léger pour se faire oublier et se glisser au fond du sac de hissage, et d'une contenance permettant de tout rentrer !
POLAIREQUECHUATrouvéeRemplit son job.Pareil.
DOUDOUNEDown Sweater femmePATAGONIALégère et compacteOui, parfaite pour les soirées fraîches au gîte.La même, difficile de trouver si léger et plus chaud !
GORE-TEXALPINISMSIMONDRapport qualité /prixSa légèreté incité à la prendre souvent, quitte à la porter !La même, j'apprécie l'ouverture de la fermeture éclair depuis le bas pour libérer le pontet.
Lampe FrontaleTikkaPETZLAutonomie, recharge sur secteur.Elle a été parfaite : autonomie et éclairage puissant.Ne me déçoit jamais, notamment sur l'autonomie.

Camping

Catégorie Nom du modèle MARQUEPourquoi avoir fait le choix de ce modèle au départEst-ce que ce choix a répondu à cette expérience dans les montagnes berbères de Taghia  Si c'était à refaire 
DUVETmeije 700LESTRAChaleur, plume.Adapté, les nuits peuvent être fraîches !Sans aucun doute le même : même s'il est un peu gros, j'apprécie sa polyvalence. Ouvert il fait couverture, fermé il me permet de dormir par des températures vraiment fraîches. Et j'adore le confort du duvet comparé au synthétique.

4 commentaires

THABOUREY 29 juin 2019 - 10 h 13 min

Incroyable Lucile ! J’ai partagé cette aventure en 3 volets en partie…truc de ouf ! Malgré tout ( ma blessure aussi ?) Taghia the place to be !!!!

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Lucile 30 juin 2019 - 15 h 51 min

Oui, bien davantage qu’une aventure en montagne, il s’agit de la Rencontre avec un lieu, avec une énergie, avec des Hommes et des Femmes… Merci encore d’avoir contribué à cette épopée, dont je ne sors pas indemne, mais au contraire emplie de tant de nouvelles richesses ! Enfin, je ne t’apprends rien 😉

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Marion PRIGENT 1 juillet 2019 - 15 h 01 min

Waouh Lucille ! J’admire ton courage ! C’est incroyable l’épreuve que tu as traversé ! C’est là que tu t’es surement dite, la chance que j’ai d’être bien entourée ! Je comprends bien  » la passionnante rencontre avec soi-même » ! J’espère que depuis tu n’as pas trop de fragilité ? Encore bravo ! C’est beau de voir cette solidarité ! Marion, Madame Voyage 😉

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Lucile 18 juillet 2019 - 14 h 40 min

Merci à toi ! Au contraire, ce genre d’aventures, plutôt que de fragiliser, renforce pour la suite : c’est que du bon, dans les rencontres, et dans sa propre connaissance de soi-même !

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