Gérer l’altitude en Bolivie avec des enfants

par Eléonore MORICET
Notre fille, sur l’Isla del Sol, à plus de 4 000 mètres d’altitude

Eléonore MORICET, Rédactrice web et voyageuse que vous pouvez suivre sur Une famille autour du Monde, nous partage son expérience de la gestion de l’altitude avec des enfants.

En tour du monde avec mon mari et mes deux enfants de 4 et 7 ans, je parcours l’Amérique, l’Océanie et l’Asie, en mode routard, depuis près de neuf mois.

Notre voyage a commencé au Chili. Après un court passage en Argentine, nous sommes remontés vers la Bolivie.

Cette étape était à la fois prometteuse et angoissante. En effet, de superbes paysages nous attendaient, mais pourrait-on seulement les voir ? Comment notre corps allait-il réagir à l’altitude ? Comment se prémunir contre le mal des montagnes ? Et surtout comment avoir une gestion de l’altitude avec des enfants?

Je vous livre notre ressenti et notre mode de fonctionnement.

La Bolivie, un pays de haute montagne

La Laguna verde, située à 4 300 m d’altitude. Le Licancabur en arrière-plan

La Bolivie est un pays enclavé d’Amérique du Sud, situé à l’Est du Pérou, au Sud et à l’Ouest du Brésil, au Nord du Chili, de l’Argentine et du Paraguay.

Si la Bolivie est davantage connue pour ses lamas et ses vallées andines, il ne faut pas oublier que le pays est en grande partie recouvert de forêts, notamment dans le bassin amazonien. Toutefois, nous avons choisi de nous concentrer sur la région de la Cordillère des Andes, ou plutôt des cordillères. En effet, la Bolivie est traversée par la cordillère occidentale et par la cordillère Royale. Ces deux massifs bordent un plateau en leur centre, que l’on connaît mieux sous le nom d’Altiplano.

Le point culminant de Bolivie est le Nevado Sajama et ses 6 542 mètres. Si l’on reste sur les cordillères ou dans l’Altiplano, il est difficile de descendre en dessous de 3 000 mètres. En effet, l’altitude moyenne est de 3 300 mètres. Pourtant, cette région est habitée. Il s’agit d’ailleurs de la deuxième plus haute région peuplée du monde, après les plateaux du Tibet.

La Bolivie est un pays de records. Deux de ses villes, El Alto (4 149 mètres) et Potosi (4 090 mètres), figurent en tête du classement des villes les plus hautes du monde. Le pays possède également la capitale la plus haute du monde (3 639 mètres).

Comment font ces habitants pour survivre à une telle altitude ? Leur corps s’est habitué. Ce n’était pas vraiment notre cas, sachant qu’en France, nous vivons au bord de la mer !

Qu’est-ce que le mal aigu des montagnes (MAM) ?

Notre fils aux geysers de Sol de mañana, à 5 000 mètres d’altitude. Il n’a pas été victime du mal aigu des montagnes.

Le mal aigu des montagnes, appelé soroche dans les Andes, est un ensemble de symptômes qui sont la conséquence du manque d’oxygène dans les hautes altitudes.

Lorsque l’on monte en altitude, l’air est moins dense. Par conséquent, l’on inspire moins d’oxygène, pourtant nécessaire au bon fonctionnement des cellules. C’est ce que l’on appelle l’hypoxémie.

Dans cette situation, le corps cherche à compenser ce manque. Deux acteurs entrent alors en piste. Les premiers sont les poumons, qui ventilent plus vite, afin de capter davantage d’oxygène. Le deuxième est le corps, qui pompe plus rapidement, afin de permettre aux globules rouges, qui transportent les quelques molécules d’oxygène, d’arriver plus vite jusqu’aux muscles. Ce n’est qu’au bout d’une semaine d’acclimatation que le corps va fabriquer naturellement davantage de globules rouges.

Chez les enfants, les capacités pulmonaires sont bien moins développées. Par conséquent, il leur est plus difficile de palier le manque d’oxygène.

Les premiers symptômes

Pour voir apparaître les premiers symptômes du MAM, il faut rester plus de six heures au même endroit. Par conséquent, en ne passant que quelques heures à endroit, avant de redescendre, il n’y a pas de problème.

En règle générale, lorsque le MAM s’installe, on se sent fatigué, essoufflé et l’on souffre de maux de tête, des troubles du sommeil ou de vertiges. Ces symptômes peuvent s’accompagner de nausées et vomissements.

Normalement, tout rentre dans l’ordre après une médication adaptée et quelques heures d’acclimatation. Dans les cas les plus graves, la personne peut avoir de réelles difficultés à respirer et faire un œdème, pulmonaire ou cérébral. Il faut alors consulter au plus vite.

Chez les enfants, il n’est pas aisé de distinguer un mal de tête « théâtral » d’un vrai, ou de faire la part des choses entre une irritabilité due au MAM et un comportement quasi-quotidien ! Par conséquent, il est important d’être encore plus vigilant lorsqu’il s’agit d’enfant, et ne pas prendre à la légère l’apparition d’un symptôme.

Notre vécu dans les hautes altitudes de l’Altiplano bolivien et notre gestion de l’altitude avec des enfants

Le Sud Lipez et le Salar d’Uyuni

Le Salar d’Uyuni, situé à 3 700 mètres d’altitude.

Nous quittons l’Argentine le 26 septembre, après avoir passé quelques jours à Humahuaca, située à près de 3 000 mètres. C’est déjà une première victoire ! Nous avions passé quelque temps à 2 400 mètres, lorsque nous étions dans le désert d’Atacama, au Chili, une dizaine de jours auparavant. En grimpant de 600 mètres, notre corps réagi toujours bien. Nous n’avons ressenti aucun inconfort particulier.

Après un passage de frontière haut en couleur, nous montons dans un colectivo, direction Tupiza, située à 2 850 mètres d’altitude. Cette jolie petite ville est un point de départ pour les tours organisés dans le Sud Lipez et au Salar d’Uyuni.

Le Sud Lipez en Bolivie
Le Sud Lipez en Bolivie

Si jamais nous devions rebrousser chemin en raison du mal aigu des montagnes (MAM), ce serait une énorme déception. Les paysages de cette région sont à couper le souffle et le désert de sel est unique en son genre. Accessoirement, le tour organisé n’est pas donné ! Ce serait dommage de jeter de l’argent par les fenêtres !

Le départ pour le tour se fait au petit matin. Le chauffeur de la jeep ainsi que la cuisinière viennent nous chercher à notre hôtel. La première journée s’annonce assez difficile. Nous risquons de rouler pendant dix heures. Par ailleurs, comme les montagnes traversées ne sont pas les plus spectaculaires, il n’y aura que très peu d’arrêts. Bon, on se prépare psychologiquement et on se lance dans l’aventure !

Mal de transport ou MAM?

Notre fils de quatre ans ne résiste pas longtemps. C’est étrange, nous ne pensions pas qu’il avait le mal des transports. Il faut dire que ça tourne sec… Nous dégainons notre sac plastique et tentons de limiter les dégâts. À la pause déjeuner, le pauvre petit est dans un état lamentable : le teint blafard, très fatigué, sans appétit et toujours nauséeux. Nous commençons à nous demander s’il ne s’agirait pas du MAM. Une gentille dame lui fait boire du mate de coca. En effet, cette plante est réputée comme permettant de lutter efficacement contre ce mal. Le petit bonhomme reprend des couleurs et se jette sur le repas ! Auden revomira pourtant deux fois avant la fin de la journée.

Nous passons notre première nuit à 4 500 mètres. Ce n’est pas rien. Si l’on ajoute à cela qu’il n’y a pas de chauffage dans les chambres, le tableau n’a rien d’enchanteur. Pourtant, notre nuit se déroule sans aucun désagrément.

Au cours de la deuxième journée, après la découverte de superbes lagunes, nous passons par des routes situées à plus de 5 200 mètres d’altitude, pour nous rendre aux geysers de Sol de mañana (5 000 mètres). En dehors du froid glacial et d’un vent mordant, rien à signaler. Auden se porte comme un charme. Un peu trop d’ailleurs ! Le soir, nous dormons à Villa Mar, à 4 000 mètres.

Le lendemain et le jour suivant, nous nous concentrons sur le Salar d’Uyuni, le plus vaste désert de sel du monde, situé à 3 700 mètres d’altitude. Là encore, rien à noter de problématique, sur le plan physique.

Le Potosi

Le Potosi en Bolivie

Je crois que c’est à Potosi que nous découvrons réellement certains effets secondaires de l’altitude. Sans souffrir du MAM, nous peinons néanmoins à nous mouvoir. Potosi est non seulement située à plus de 4 000 mètres, mais elle est également connue pour ses rues extrêmement pentues. Rien que d’aller faire mes courses au marché du coin relève pour moi de l’impossible ! J’exagère un peu, mais à peine. Je me sens essoufflée, fatiguée. Les enfants aussi.

Sucre

Sucre en Bolivie ou comment avoir une bonne gestion de l'altitude avec des enfants

Redescendre à 2 750 mètres, lors de notre séjour à Sucre, n’est qu’un jeu d’enfants ! Nous nous sentons légers comme des plumes, en pleine possession de nos capacités physiques.

Aiquile et Cochabamba

Cochabamba, depuis la statue du Cristo de la Concordia

Après la ville blanche, nous quittons les cordillères pour nous rendre dans la vallée, à Aiquile et à Cochabamba. Hormis une perte de téléphone portable et une petite gastro, il est évident que le problème de l’altitude ne se pose pas, lorsque l’on se retrouve à 2 500 mètres de moyenne.

La Paz

La Paz en Bolivie, depuis le téléphérique

En revanche, le passage de Cochabamba à La Paz est un peu violent. Nous quittons 2 570 mètres d’altitude pour atteindre La Paz, située à 3 639 mètres d’altitude, sans étape intermédiaire. Heureusement, un petit contretemps nous sauve probablement la mise. En effet, en arrivant à destination, les conditions de circulation contraignent le car à nous parachuter dans la banlieue de la capitale, à El Alto. Cette ville est la plus haute du monde. Par conséquent, évoluer à 4 149 mètres d’altitude, nous assure de dormir à une altitude nécessairement plus basse, une fois dans le centre de La Paz.

Des migraines me prennent régulièrement au réveil. J’ignore si cela est dû à l’altitude ou non.

Le lac Titicaca

Notre fille, sur l’Isla del Sol, à plus de 4 000 mètres d’altitude

Nos deux jours au bord et sur le Lac Titicaca ne posent aucun problème. L’étendue d’eau est située à 3 810 mètres d’altitude. L’Isla del Sol, quant à elle, dépasse ce niveau. Les cinq jours passés à La Paz, nous ont amplement permis de nous acclimater.

Nous avons relevé le défi haut la main ! Rien n’était certain. En matière de MAM, il n’y a pas de règle. Tout le monde peut en souffrir : femmes comme hommes, adultes comme enfants, personnes habituées à la vie en montagne, etc. C’est la raison pour laquelle les Boliviens mâchent constamment des feuilles de coca, afin de ne pas souffrir des désagréments causés par l’altitude. Ce qui rend la gestion de l’altitude avec des enfants plus délicate.

J’ignore si la réussite de ce séjour est à mettre sur le compte de la chance ou d’une bonne préparation. Je vous livre quelques conseils qui ont (peut-être) bien fonctionné pour nous.

Quelques conseils pour éviter ou limiter les effets du mal aigu des montagnes

Voyager en altitude suppose de prendre certaines précautions du point de vue santé.

Je pense qu’il est important de suivre ces conseils pour une bonne gestion de l’altitude avec des enfants, qui sont assez simples et n’ont rien de très contraignant :

  • Essayer de préparer son séjour en altitude en ayant une bonne condition physique ;
  • Monter en altitude par paliers, à partir de 3 000 mètres (300 à 500 mètres par jour, voire tous les deux jours). Avec des enfants de moins de 10 ans, il serait plus raisonnable de ne pas monter au-delà de 2 500 mètres. Si ce n’est pas possible, il faut être encore plus rigoureux sur la phase d’acclimatation
  • Boire beaucoup
  • Se reposer
  • Économiser ses forces en ne pratiquant pas d’activités demandant trop d’efforts 
  • Manger, mais légèrement et sainement ;
  • Mâcher de la coca, faire des infusions à la coca, sucer des bonbons à la coca. Bref, de la coca, quoi !
  • Eviter l’alcool et la cigarette
  • Eviter les voyages en avion, qui empêchent la montée par paliers. Préférer le car.

Si le MAM d’un degré léger s’installe et que les antalgiques ou autres médications sont inefficaces, il est conseillé de redescendre à une altitude plus basse.

Avec les enfants, tout n’est pas si simple.

En effet, il peut être difficile : de les faire boire, alors qu’ils n’ont pas soif ; de les empêcher de manger des choses trop grasses, alors qu’ils en rêvent ; de les inviter à ralentir le rythme, alors qu’ils sont montés sur pile !

Je n’ai pas vraiment de solution, car tout dépend de l’âge, de la maturité et du caractère de l’enfant. Les bonbons à la coca ont bien fonctionné pour nous. En revanche, il a été plus difficile de freiner Auden, lorsqu’il avait décidé de courir à plus de 4 000 mètres d’altitude !

Pour conclure, la gestion de l’altitude avec des enfants, c’est possible. Toutefois, il faut savoir raison garder et se préparer à devoir redescendre au moindre signe inquiétant.

0 commentaire
2

Vous pourriez aussi aimer

Laisser un commentaire