Un coin de Birmanie à vélo

par Expérience Outdoor
de temple en temple à vélo sur le site de Bagan

Après le Kirghizistan, la Chine , le Vietnam, le Laos, le Cambodge et la Thaïlande voyage à vélo en Birmanie la prochaine étape du voyage à vélo à travers l’Asie et l’Afrique pendant 1 an par Anais et Nicolas de  « 2 coins du monde 2 roues » .

Information pour prépare un voyage à vélo en Birmanie

Date

du 18 février au 12 mars 2016

Lieux

Mae Sot (frontière Thaïlande), Kawkriek, Hpa-an, Moulmein, Yangoon, Lac Inlé, Bagan, Pale, Tamuu, Gangaw

Où dormir En Birmanie

Le camping sauvage, la nuit chez l’habitant ou dans les temples ne sont pas autorisés pour les étrangers. Les hôtels sont très chers par rapport à la prestation (15USD minimum).
Il n’y a pas ou peu d’hôtels hors des zones touristiques. En cas de camping sauvage il est impératif de se cacher de la population (les habitants ont pour obligation de vous dénoncer)

Pour se restaurer / se réapprovisionner

Relativement facile et bon marché

Caractéristiques du voyage à vélo en Birmanie

L’accès à l’eau en Birmanie :

Facile

Les transports en Birmanie

Formalités un peu lourdes pour le transport en train mais pas de problème pour transporter des vélos (wagon cargo). Peu cher.

Le climat en Birmanie

Très chaud et sec ou humide selon les zones.

Coût de la vie en Birmanie

7,60€/jour/pers

La Birmanie est elle une destination adaptée au vélo ?

oui +. Les routes sont dans un état correct. Trafic peu dense. Les côtes peuvent être longues et très raides. Les contraintes liées à l’hébergement peuvent être pesantes.

Conseil pour un voyage à vélo en Birmanie

Eviter de camper dans les zones frontalières en raison des activités militaires (le risque est bien réel…)

3 semaines de voyage à vélo en Birmanie

On entre au Myanmar (seuls la France et le Myanmar utilisent le nom de « Birmanie ») par un pont un peu étrange puisque le sens de circulation change en plein milieu. Le marquage au sol est un peu particulier. Dans la pratique c’est du freestyle.

Pont avec changement de sens de circulation en Birmanie

Pont avec changement de sens de circulation

Les visas en Birmanie

Comme dans les précédents pays, au moment de la demande de visa, on a encore droit aux questions rituelles :

« D’où venez-vous? »

Et

« où allez-vous ? ».

On sait que ça va être un pays compliqué avec les autorités donc on répond docilement qu’on vient de Thaïlande et qu’on se dirige vers la Birmanie. Puisque qu’on a visiblement tout juste, on nous demande de remplir un formulaire. Un officier nous pose ensuite des questions sur nos motivations, notre programme. Il cherche à savoir si c’est bien la première fois qu’on vient au Myanmar.

On est ensuite photographié et notre passeport scanné. Ils ont juste inversé nos identités : une photo de Nico pour le visa d’Anaïs et vis versa.

On s’esquive rapidement avant que les officiers nous mettent dans un bus pour Yangoon. On n’a pas jugé utile de dire qu’on voyageait en vélo. L’expérience nous a appris qu’il fallait faire simple avec les autorités. Dès qu’on sort du schéma classique c’est un problème.

La vie en Birmanie

Le premier changement qu’on observe c’est la tenue des hommes. Ils portent le longy, une pièce de tissu tubulaire nouée autour de la taille. Les femmes et quelques enfants se peignent le visage avec du Thanaka (une pate jaune). Beaucoup de personnes, surtout les hommes, chiquent du bétel et ont la bouche et les dents toutes rouges. Chez les plus anciens, les quelques dents qui restent sont toutes noires.

Les infrastructures sont plus pauvres qu’en Thaïlande. Il y a à nouveau des détritus partout dans les rues. Les voitures sont plus rustiques et klaxonnent sans cesse.

Après avoir quitté Mae Sot, la ville frontière, on prend l’ancienne route pour Kawkriek. On laisse la nouvelle « autoroute » aux camions et aux voitures. Plus on avance plus on a du mal à le croire. Cette route était l’unique point de passage pour se rendre en Thaïlande jusqu’à l’an dernier. C’est tellement étroit que la circulation était alternée : un jour la route est ouverte en direction de la Thaïlande, le lendemain, c’est ouvert uniquement à ceux qui en viennent. Incroyable.

ancien checkpoint sur l'ancienne route vers la frontière de Birmanie

ancien checkpoint sur l’ancienne route vers la frontière de Birmanie

Route et températures grimpent progressivement. Dès qu’on voit un point d’eau on se mouille de la tête aux pieds. On ne croise pas grand monde sur la route. Ça doit être dur pour les quelques personnes qui habitent encore ici et qui vivaient grâce au trafic routier : cafés, restaurants, vendeurs de fruits et légumes, réparateurs en tout genre, etc.

Même sur les crêtes la visibilité est limitée, toujours en raison d’une petite brume. La majorité des personnes qu’on voit sont des ouvriers. Ils travaillent à la rénovation ou l’élargissement de la route. Les moyens mis à leurs dispositions sont sommaires : Marteau, pelle, bétonneuse, balai et bidons de goudrons. Ce dernier est chauffé sur un feu et coulé sur le sol avec des arrosoirs faits maison. Pas de masque ce jour-là.

travaux publics sur l'ancienne route en Birmanie

travaux publics sur l’ancienne route en Birmanie

Après cette dure journée de labeur, toute l’équipe ira dormir sous des bâches en plastique le long de la route.
Quand il ne s’agit pas d’ouvriers, les autres personnes qu’on croise sont des soldats. En plus de ces groupes d’hommes armés qui sillonnent la région, on passera une demi-douzaine de check-points avant de s’arrêter pour la nuit.

Le camping sauvage est interdit au Myanmar.

Dormir chez l’habitant également. On demande à un temple mais le moine refuse et nous mime un homme qui tire avec un fusil. On n’insiste pas, et après un dernier check-point on bifurque dans un petit chemin et on plante la tente dans le bush, à 200 m de la route. Nous sommes 10 km avant Kawkriek, et un cyclo Thaïlandais nous avait dit qu’il ne fallait pas trop s’approcher de la ville si on voulait pouvoir bivouaquer.

Depuis notre camp, à l’abri des regards, on devine le mirador du dernier check-point qu’on a passé. La montagne sur laquelle on roulait l’après-midi est en partie en feu : les locaux font de l’écobuage et la colline est lacérée par les flammes.

bivouac dans le bush avant les tirs en birmanie

bivouac dans le bush avant les tirs en Birmanie

Vers 19h30 alors qu’on allait se coucher on entend quelques tirs au loin et puis soudain, les balles sifflent au dessus de nos têtes. Les branches d’arbustes autour de nous sont secouées par les balles. On s’est jeté à plat ventre. A 100 ou 150 mètres de nous, des hommes avec des mitraillettes légères tirent en direction d’un camp militaire qui réplique à l’arme lourde. La base avec le mirador tire en direction des hommes, et on est juste entre les deux. On entend le bruit mat des balles qui pénètrent dans le sol. Que faire ?

Aucun moyen de se protéger.

Tout est plat par ici et les arbustes sont trop petits pour nous protéger des balles. Bouger c’est risquer de faire du bruit et d’être repérés. On entend la voix des assaillants et parfois les bruits d’une présence pas très loin de nous.

Notre situation n’est pas brillante et on a beau chercher on ne voit pas beaucoup d’options. On ne sait pas qui tire contre qui. Impossible pour les protagonistes d’imaginer qu’un couple de cyclo français soit en train de camper. Ça doit se résumer à ami ou ennemi. Il ne faut vraiment pas qu’on se fasse repérer.

Les minutes passent sans qu’on soit touché. On calcule les probabilités de prendre une balle. Et puis on ressent une explosion. Le sol tremble. C’est une autre détonation puis une nouvelle explosion! Ils tirent au mortier maintenant!
On entend des bruits de véhicules venant de la route. Des camions de transports de troupes. On distingue assez clairement les bruits des hommes qui en descendent et des ordres qui sont lancés.

Nico rampe jusqu’à la tente pour récupérer les passeports. Au cas où. On attend. Passeport sur le ventre et les mains bien en évidence. On est sous le feu pendant plus d’une heure à la fois lucides sur la situation et nous demandant souvent comment ça a pu dégénérer comme ça aussi vite, sans signes avant coureurs.

La nuit passe sans qu’on ferme l’œil.

Les tirs ont duré toute la nuit au loin. Au petit matin c’est calme. On prépare les affaires le plus silencieusement possible et on s’habille avec ce qu’on a de plus coloré. Casque orange, veste rouge. Tout ce qu’on peut pour ne pas avoir l’air de soldats. On regagne la route en veillant bien à prendre le même chemin que la veille. Il peut y avoir des mines anti personnelles.

La route est déserte. On pédale vite et on croise rapidement 2 bonhommes sur un scooter. Ils nous font signe avec un grand sourire en passant. Plus tard, on arrive à un check-point. Les soldats ouvrent la barrière en nous saluant. A se demander si les événements de la veille étaient bien réels. Tout le monde se comporte comme si de rien n’était.
On atteint Kawkriek vers 7h et on se pose dans un café pour prendre un petit déjeuner. Quelle histoire.

La chaleur est telle que le bitume fond et colle à nos roues. On essaie d’éviter les zones les plus molles pour ne pas être trop ralenti. Même sans avoir dormi, on trouve l’énergie pour parcourir 100 km jusqu’à Hpa-An. On est certain de pouvoir y trouver un hôtel puisque ce soir, bizarrement, on n’a pas trop envie de bivouaquer. Les derniers kilomètres sont agréables.

derniers kilomètres à vélo avant Hpa-An en Birmanie

derniers kilomètres avant Hpa-An

On passe des cultures et des rivières au milieu des karsts. La lumière est superbe et la température à nouveau supportable.

On a un peu de mal à trouver un hôtel pour touristes qui ne soit pas plein.

On prend une chambre dans un quartier musulman. En ressortant pour aller manger, il fait nuit et les rues se sont bien vidées. Il y a eu un attentat à la bombe devant la mosquée il y a quelque temps par un mouvement bouddhiste extrémiste.

En milieu de journée on part pour l’ascension du mont Zwegabin à quelques kilomètres.

Durant notre voyage à vélo en Birmanie vers le mont Zwegabin

voyage à vélo en Birmanie vers le mont Zwegabin

Le chemin est bétonné jusqu’au sommet et il faut une bonne heure et demi pour grimper les 750m de dénivelé. Depuis la terrasse du monastère, la vue est exceptionnelle, juste limitée par une couche de brume persistante depuis qu’on est entré dans le pays (et qu’on avait déjà au nord de la Thaïlande).

vue brumeuse depuis le sommet du mont Zwegabin en Birmanie

vue brumeuse depuis le sommet du mont Zwegabin

Au petit jour, la route pour Moulmein est brumeuse et la visibilité très réduite. Mais au moins on a plus à pédaler dans la fournaise. Arrivés en ville, alors qu’on soit en quête d’un restaurant qui nous inspire, on repère une terrasse un peu animée. Il semble que le plat du jour soit un poulet en sauce et du riz blanc. On va voir la personne aux fourneaux, et on essaye d’expliquer ce qu’on veut. C’est un peu compliqué.

Finalement un des clients nous vient en aide et nous installe en terrasse. L’ambiance est un peu étrange. On commence à comprendre qu’on s’est incrusté à un mariage. Impossible de faire comprendre aux gens qu’il y a méprise et qu’on pensait être dans un restaurant. Le  repas arrive, les présentations, les félicitations aux mariés, la séance photo. On file vite.

En attendant le train pour Yangoon

On a encore un peu de temps avant de prendre le train pour Yangoon, puis nous faisons un crochet par le temple qui domine la ville. Depuis l’immense terrasse, la vue panoramique est superbe. En contrebas la ville est semée de palmiers ce qui donne un charme tout particulier à l’endroit.

Les formalités à la gare avancent doucement jusqu’à la coupure de courant.  Tout d’un coup c’est la nuit noire. Quelques personnes utilisent leur téléphone pour y voir. On est enfin guidé vers le guichet des bagages, astucieusement situé en dehors de la gare, au bout d’un quai. Plus d’électricité non plus là-bas. C’est au portable qu’on remplit les formulaires. Les démarches accomplies, les groupes électrogènes ont été démarrés. On constate que les quais de la gare sont bondés. Des familles attentent par terre sur des tapis avec des bagages. C’est un joyeux bordel mais on s’y sent bien.

C’est toujours la galère de prendre le train avec toutes nos sacoches. Ce qui est pratique ici c’est qu’on peut les faire passer par les fenêtres. Nico les installe sur les portes bagages au dessus des sièges sous le regard anxieux des autres passagers. Bizarre. On n’est pas parti depuis 2 minutes qu’on comprend : vu comme ça secoue dans moins de 10 minutes, plus aucune sacoche ne sera là haut. On a l’impression que chaque rail est décalé par rapport au suivant. Et on roule à moins de 20km/h. Impressionnant. En plus le dossier de Nico ne se bloque pas et se baisse et remonte au gré des rails. Il a l’impression de faire le trajet à cheval. Les 11 heures de trajet vont être longues !

On fait nos premiers tours de roues dans Yangoon au lever du jour.

L’ambiance est vraiment particulière. La ville n’est pas encore levée et les rues sont encore occupées par quelques travailleurs des rues mais surtout par les vautours et les meutes de chiens errants.

Pour 15 USD on trouve un hôtel sordide : Le bâtiment n’est pas bien droit et quand on arrive au 6 ème étage le sol est franchement en pente. De l’eau stagne dans les coins. La mare fait plusieurs centimètres de profondeur. On voit des rats. Pas trop étonnant d’en croiser dans la pièce où on a stocké nos vélos, mais plus surprenant au 6 ème! L’espace salle de bain est un chantier à ciel ouvert. Des cuvettes ont disparues, certaines sont cassées et les morceaux baignent dans l’eau stagnante. Au fond du couloir, une grille posée empêche de tomber 6 étages plus bas. On ne sait pas pourquoi mais le couloir se termine par une ouverture, une porte vers le vide en quelque sorte.

La ville est en plein changement.

Beaucoup d’immeubles en construction ou en rénovation émergent au milieu de vieux immeubles datant de la colonisation. Il y a beaucoup de vie dans les rues. Vendeurs ambulants, marchés, stands de nourriture. C’est assez sale ou plutôt insalubre. Il y a beaucoup d’eaux noires stagnantes un peu partout. On s’installe pour prendre un petit déjeuner près de l’ambassade d’Inde. Il faut espérer que nos anticorps soient bien réveillés.

petit déjeuner à Yangoon en Birmanie

petit déjeuner à Yangoon

Si tous les hommes ou presque portent le longy, il y a des différences importantes qui sautent aux yeux. La manière de le nouer tout d’abord. Un travailleur manuel préférera le porter court, au dessus de la cuisse. Les autres le porteront long. Il peut y avoir un seul pli apparent, ou plusieurs, sur le devant. L’ouvrier optera plutôt pour le coton que pour la soie.

Dans ce quartier les femmes portent généralement des jupes longues et étroites, longys avec le pli sur le côté, ou des pantalons avec des chemisiers très cintrés et travaillés. Les couleurs sont généralement vives et les tissues satinés.
Le trafic est dense, et la circulation généralement à sens unique dans les larges boulevards. Motos et scooters ne sont pas autorisés dans la capitale. Les vélos semblent tolérés.

En marchant sur les trottoirs il faut faire attention aux pinces à linges accrochées par des ficelles qui servent de boites aux lettres.

petit marché dans les rues de Yangoon en Birmanie

petit marché dans les rues de Yangoon

Après les formalités réalisées à l’ambassade indienne on rentre à l’hôtel en vrac. Visiblement les anticorps ont été dépassés par le petit déjeuner. On va passer 3 jours compliqués. La surprise c’est que la nuit il n’y a plus d’eau. En fait, c’est un compresseur qui l’envoie dans les étages, et 2 jeunes dorment dans la pièce où il y a le compresseur.

Une fois notre système digestif rétabli

Nous faisons un tour en vélo dans le delta, puis un passage en fin de journée par la pagode Swedagon. Un impressionnant complexe de temples et pagodes juchés sur une colline qui domine la ville.
On lit que le sommet de la pagode centrale est orné d’un « seinbu »  composé de milliers de diamants et d’une émeraude. On « le lit » car c’est invisible depuis le pied de la pagode…

Nos visas récupérés on n’est pas mécontents de quitter Yangoon pour Thazi, en train. On a réservé un compartiment pour 2 personnes et depuis notre banquette on observe la vie des habitants : des hommes marchent, des femmes cuisinent, des animaux dorment, des enfants jouent sur les voies, et du linge est étendu entre les rails. Le train est chahuté et on a souvent les fesses qui décollent de la banquette. Pas certain qu’on puisse vraiment dormir cette nuit.

A Thazi on poursuit le voyage dans un train encore plus lent que celui duquel on vient de descendre. On ne le pensait pas mais c’est possible : on part pour 150 km qu’on doit faire en 10 heures. Pas plus vite qu’en vélo, c’est bien ça.
C’est une expérience sympa. Il y a de l’animation dans chaque gare au passage du train. Les wagons sont assaillis de vendeurs en tout genre. Généralement de la nourriture : fruits ou plats cuisinés.

animation dans une gare lors de l'arrêt du train en Birmanie

animation dans une gare lors de l’arrêt du train

On quitte le train vers 16h, on remonte sur les vélos et on se dépêche de trouver un endroit à l’abri des regards pour planter la tente. Ce soir encore, les temples ont refusé de nous accueillir.

On poursuit la route jusqu’à Nyaung Shwe

d’où on souhaite trouver un bateau pour faire un tour sur le lac pour y apercevoir les pécheurs en équilibre sur un pied et les jardins flottants. On négocie avec un propriétaire pour une escapade de 3h. Le circuit est déjà bien rodé avec des escales dans des ateliers/boutiques de tissages, cigares, argent, etc. On joue le jeu et c’est une sortie agréable.

Depuis le lac Inlé, il nous faut mettre cap à l’ouest pour se rendre à Bagan. Notre route remonte sur les montagnes. Les abords du lac sont réputés pour les treks mais très franchement on se demande un peu pourquoi. En cette saison tout est sec et puis il y a toujours cette brume persistante qui limite la visibilité. La montagne n’est pas non plus incroyable.

décors vallonnés aux alentours de Kalaw en Birmanie

décors vallonnés aux alentours de Kalaw

Reste la rencontre avec la population dans les villages comme le vente les agences. Authenticité garantie, évidement.
Anais, persévérante, veut retenter sa chance auprès d’un temple pour l’hospitalité. Et surprise, le moine qui dirige la structure accepte. On installe nos hamacs sous un bâtiment sur pilotis et on regarde les jeunes moines jouer au Sepak Takraw, un « foot volley » local franchement acrobatique. On a de la chance car le niveau est élevé.

Notre présence suscite la curiosité des petits moines et d’autres enfants du village. Ils observent notre matériel et s’interrogent sur l’utilité de beaucoup d’objets.

Alors qu’on commençait à cuisine, le père de 3 petites filles vient à notre rencontre et insiste pour qu’on vienne chez lui. Il nous offre de l’eau. On découvre leur maison. C’est simple. On ne se dit pas grand chose mais tout le monde se sent bien. La porte est restée ouverte et les voisins passent une tête, nous saluent et observent. Le père insiste pour qu’on dorme dans sa famille cette nuit. Chez ses parents, juste à côté. La maison est plus grande et surtout en brique avec un sol en béton. On s’installe, on échange autant que faire ce peut.

Il y a une sorte d’émulation pendant 2 heures.

Et puis l’ambiance change d’un seul coup : une femme entre avec un message. On ne comprend pas mais les visages ont changé. Ils montrent de l’inquiétude. Une personne nous apporte finalement un bout de papier ou il est écrit en anglais « l’endroit n’est pas sûr, pour votre sécurité il faut partir, etc. ». Les birmans débâtent plusieurs minutes et puis c’est décidé. On nous dit qu’il faut partir. Tout le monde se répartit nos affaires et on est une douzaine à traverser le village de nuit. On sent comme un mélange d’excitation et de peur et des rires forcés pour la conjurer. Devant l’hôtel, un militaire nous attend. On doit lui donner nos passeports:  qu’est ce qui peut nous arriver et surtout que va t il arriver aux membres de cette famille.

On nous conduit jusqu’à notre chambre. Merdique, sans plafond. Le prix demandé est exorbitant mais on ne fait pas d’histoire pour ne pas que la famille ait de problème ou se sente encore plus mal à l’aise.

Au petit matin, alors qu’on allait partir, on voit le père de famille qui nous attend devant l’hôtel. Il vient nous dire au revoir et s’excuser encore pour hier. On est vraiment émus. On part les larmes aux yeux. Quelles seront les conséquences de tout ça pour lui ?

Le long de la route, on croise plusieurs groupes de personnes en bord de route avec des gamelles, des banderoles et de la musique. Ils demandent de l’argent pour le temple d’à côté ou pour financer son agrandissement ou encore pour l’édification d’une pagode ou d’un stupa.

charrette le long de la route vers Bagan en Birmanie

charrette le long de la route vers Bagan

S’il y a un truc qu’on apprécie particulièrement sur la route au Myanmar, ce sont les jarres en terre cuite qui maintiennent l’eau fraîche à disposition des voyageurs par les habitants, les commerçants ou les moines selon si l’on est devant une maison, une boutique ou un temple. Plus de problèmes d’eau donc. Il est toutefois préférable de faire le plein dans des jarres où l’eau est remplie régulièrement.

En fin de journée, se pose à nouveau le problème du bivouac.

C’est toujours une galère. Tôt pour pouvoir s’installer, se laver, cuisiner et manger sans avoir besoin de lampe. Pas trop tôt non plus pour ne pas être repéré par les locaux.

encore un bivouac à l'abris des regards (enfin pas longtemps) durant notre trip à vélo en Birmanie

encore un bivouac à l’abris des regards (enfin pas longtemps)

Les jours passent et c’est en quittant un bivouac au petit matin, coincé entre un lac et une base militaire, que Nico fait sa première crevaison. Une épine d’acacias de 4 cm vient de se planter dans la roue. Première crevaison au bout de 5000 km. Ça va. Sauf qu’une galère n’arrivant jamais seule, c’est la pompe à vélo qui nous lâche elle aussi. Il est 9h, et il fait déjà plus de 35°C. Génial.

Après une nuit à Nyuang U, la ville la plus proche de Bagan, on quitte l’auberge de nuit pour assister au lever du soleil au milieu des temples. On n’a pas choisi le meilleur endroit mais on se console avec le décollage des montgolfières.

en vélo perdu au milieu du site de Bagan en Birmanie

en vélo perdu au milieu du site de Bagan

On passe ensuite la journée sur le site allant de temple en temple en vélo.

de temple en temple à vélo sur le site de Bagan en Birmanie

de temple en temple à vélo sur le site de Bagan

On a eu beau faire attention, Anais se retrouve quand même avec une épine d’acacias dans la roue arrière.  Décidément.
A partir de ce matin on fait route au nord vers l’état du Manipur en Inde. Il a fallut qu’on précise notre date de passage de frontière avec un préavis de 20 jours (et 80USD) pour pouvoir obtenir un laissez-passer (en plus des visas).
Plus on avance, plus la route est vallonnée. Des pentes comme on n’en avait encore jamais eu.

pause vélo avant de recommencer à grimper une route de Birmanie

pause sur notre voyage à vélo en Birmanie avant de recommencer à grimper

Le troisième jour, on craque. On profite d’une descente pour rattraper un camion et on jette nos vélos dans la benne pour une vingtaine de kilomètres jusqu’à Gangaw.

On est fatigué.

Physiquement c’est très éprouvant mais c’est mentalement que c’est le plus difficile. On a l’impression de faire que pédaler, manger et dormir pour arriver à temps à la frontière. Aucun moment agréable le soir puisqu’on ne peut pas prendre le risque d’être repéré. Plusieurs soirs déjà des gens nous ont vu et ont tourné la tête, comme s’ils ne voulaient pas nous voir. On ne passe généralement pas une bonne nuit quand on sait qu’on nous a vus.
A deux jours de vélo de la frontière, il n’y a pratiquement que des bases et terrains militaires. Comment va-t-on pouvoir dormir par ici?

On passe aussi devant des camps de réfugiés. On apprendra par la suite qu’il s’agit de familles qui ont dû fuir les dernières grandes inondations. A force de l’entendre ou de le lire dans les média et n’ayant pas connu de catastrophes humanitaires, le concept de réfugié nous était devenu un peu abstrait et surtout déshumanisé. On a en tête des chiffres de réfugiés fuyant de zones qui nous sont lointaines ou des  événements inconnus. Aujourd’hui, passer devant des camps, voyant ces hommes et ces femmes essayer de se reconstruire une vie, nous fait soudainement reprendre conscience de quelque chose que nous avions oublié ou peut-être jamais vraiment appréhendé. Il s’agit bien de personnes comme les autres qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment.

pont en direction de la frontière entre la birmanie et l'inde

pont en direction de la frontière

Miracle, un temple accepte de nous héberger, quelques kilomètres avant la frontière. Il nous installe dans une grande bâtisse en bois. Enfin une nuit différente des autres.

Avant d’arriver à Tamuu, on est arrêté à un check-point. Contrôle des passeports puis l’officier nous demande d’où on vient? Il obtient la réponse et nous demande où on va? Satisfait, il nous salue et juge utile de nous dire qu’en Birmanie il faut rouler à droite… Ce manque de sens logique est  assez déstabilisant à force.

Arrivés à la ville frontière, on s’offre une nuit dans la seule Guesthouse qui peut accueillir des étrangers. On a bien fait de ne pas bivouaquer puisqu’on a constate, à notre grande surprise, que l’employé de l’hôtel a déjà des copies de nos passeports mais aussi de notre laissez-passer pour la frontière.

Conclusion sur notre voyage à vélo en Birmanie

Un voyage à vélo en Birmanie n’est pas évident par rapport à d’autres pays d’Asie du Sud-Est : les routes sont de qualité moyenne, il fait très chaud (au mois de mars), on ne peut pas dormir chez l’habitant, le camping sauvage est interdit et les hôtels pour étrangers sont principalement dans les endroits touristiques et très chers.

Plus que dans les autres pays de l’Asie du Sud-Est, nous avons trouvé qu’il y avait un fossé entre les modes de vie dans les endroits touristiques et non touristiques. Voyager en vélo dans ce pays nous a permis d’accéder à la vraie vie des Birmans.

Les paysages étaient très sec à la période où nous y étions, surtout dans le nord. Dommage.
C’est un pays qui nous a marqué.

Découvre la liste du matériel utilisé pour ce séjour à vélo avec les avis et conseils de Anais et Nicolas et si tuas aimé découvre l’étape suivante en Inde

3 commentaires
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3 commentaires

Sirugue 27 décembre 2018 - 23 h 37 min

Bonjour à vous deux,

quel beau récite de votre séjour en Birmanie !

Je suis tombé sur votre site en cherchant des informations sur la Birmanie.
Je prépare moi aussi un voyage à vélo d’un an pour l’année prochaine !

Merci pour cet aperçu de ce que peut être la vie en Birmanie ( parfois très insécure…^^)

Cordialement,
Nicolas Sirugue.

Répondre
Michaël ROUHAUD 28 décembre 2018 - 11 h 21 min

Bonjour

peut être aurons nous aussi le plaisirs de partager votre expérience sur notre blog et d’aider des futurs projets de voyage en vélo 😉
cordialement

Répondre
Corine JONAS 8 janvier 2019 - 15 h 53 min

Merci pour votre récit.
Nous partons en mars prochain, nous avions l’intention de faire une partie du sud du Myanmar à vélo et dormir dans nos hamacs…. finalement, ça ne semble pas la meilleure idée !

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