Une belle bambée dans le massif des Ecrins « Pointe de la Pilatte – 3476m »

par Expérience Outdoor

Mathilde CHAIGNAUD nous partage son ascension de la pointe de la Pilatte dans le Massif des écrins.

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Informations pour préparer l’ascension de la pointe de la Pilatte

Date :

21 & 22 Juin 2014

Lieu :

France – Rhône-Alpes – Isère (38) – La Bérarde (38520)

Depuis Montpellier :

4h35 – 372 km – 70€ avec péages

Participants :

Mathilde (alpiniste en herbe) & Fred (alpiniste confirmé)

Où dormir :

Refuge de la Pilatte (2577 m)

Office du tourisme :

http://www.berarde.com/

Office de Tourisme St Christophe en Oisans-La Bérarde

38520 Saint-Christophe-en-Oisans – La Bérarde

Téléphone : 04 76 79 08 26

Caractéristiques :

course d’alpinisme à dominante neige, AD, 900 mètres de dénivelé

Bibliographie / webographie:

Guide du Haut-Dauphiné, tome 3 – GHM, François Labande – 2007

Camp to camp : Pilatte directe N

Une belle bambée dans le massif des Ecrins : « Pointe de la Pilatte – 3476m »

Préambule :

Taillon, Viscos, Cabaliros, Grande Fache… voilà les sommets que je gravissais lors de mes vacances familiales dans les Pyrénées. De magnifiques balades, parfois un peu vertigineuses, mais sans réelle difficulté technique. Et puis j’ai découvert tout un nouvel univers !

A l’automne, j’ai pu découvrir les joies des randonnées en itinérance sur de longues durées. En hiver et au printemps, en suivant en raquettes un skieur de rando chevronné dans des endroits improbables, j’ai parcouru le Mercantour, l’Ubaye, le Queyras, les Ecrins. Je me suis rendue compte que j’étais la seule à avoir des raquettes aux pieds à chaque sommet, à la grande surprise des autres skieurs passant par-là ! Avec un trait d’humour, on m’a dit que j’étais en train d’inventer une nouvelle expression sportive en montagne, celle de la raquette de pente raide !

Avec l’été je découvrais l’alpinisme estival. Avec les beaux jours j’ai pu faire mes premiers pas en alpinisme avec le Jocelme et à l’Araguel en piolet-crampons… La pointe de la Pilatte s’inscrit donc dans la continuité de ces courses grâce à un weekend de beau temps… car maintenant, chaque week-end ensoleillé est une bonne raison de partir pour une nouvelle aventure !     

Mercantour Ubaye Queyras Ecrins

L’aventure :

20 Juin 2014, fin d’après-midi, les conditions météo sont favorables : une nouvelle sortie en montagne est programmée mais où je n’ai pas bien retenu le nom. Adepte, de ce genre de weekend, le programme de la soirée est clair :

  • 16h00 : Sortie du boulot.
  • 16h15 : affrontement de la foule au supermarché pour les repas du week-end
  • 17h00 : sortie du supermarché en espérant n’avoir rien oublié
  • 17h15 : retour appart – préparation matériel & préparation du gîte «La Logan mobile» : en bref, on met un matelas dans le break pour dormir…qui sait où ?
  • 18h15 : (enfin presque car il me manque toujours quelque chose avant de partir) départ d’Alès direction la Bérarde, un petit village au cœur des Ecrins

En chemin, je me renseigne un peu plus sur le programme du week-end. Ça sera, la Pointe de la Pilate, pas par la voie normale mais plutôt par la voie « directe » : pourquoi faire simple… Je doute de mes capacités et me demande un bref instant si je vais pouvoir y arriver, mais j’ai confiance, on ne m’emmènerait pas dans le cas contraire, enfin j’espère !

Après une pause pour diner et 4h de route, il est entre 23h et minuit, nous arrivons à la Bérarde au départ de la course. On passe la « La Logan mobile» en mode nuit car il est grand temps de dormir…

21 Juin 2014, 8h00 on en profite pour s’offrir une grasse matinée. Après le p’tit déj, on prépare les sacs, toujours et encore bien chargés : eh oui la corde, les piolets et le reste ça pèse quand même ! Même si, je dois bien l’avouer, je profite de ma situation de « fille » pour porter un peu moins de choses…

Le départ

Le départ

10h après voir un tant soit peu lambiné, c’est le départ pour le Refuge de la Pilatte. Une grande vallée, s’offre à nous. On est le premier jour de l’été, les paysages sont encore bien verdoyants avec de nombreux névés sur les montagnes. Après 1h30 de marche et 211m de dénivelé nous arrivons au Refuge du Carrelet, à 1909m. Ce nom sympathique me rappelle de bonnes parties de pêche sur les côtes de Charente-Maritime… Après une séance photo, notamment de la fontaine en bois nous repartons…

Fontaine – Refuge du Carrelet

Fontaine – Refuge du Carrelet

Cette fois-ci le paysage est un peu moins verdoyant, on traverse quelques torrents dont un par une petite poutre… que j’ai eu du mal à traverser. Etant de nature assez maladroite, jouer les équilibristes avec un sac lourd devient moins évident, heureusement une petite main est venue à mon aide …

Traversée d’un Torrent

Traversée d’un Torrent

Vers 13h, nous profitons d’un petit coin d’herbe pour déjeuner. Nous nous offrons même le luxe d’une petite bière avant d’entamer les sandwichs… (C’est peut-être ça qui alourdit mon sac !). Le repas terminé, nous avons encore pas mal de temps devant nous, il reste moins de 500m de dénivelé à parcourir… on s’offre le luxe d’une petite sieste au soleil ! Rien de tel pour récupérer les heures de sommeil manquantes de la semaine de boulot et pour être en pleine forme le lendemain…

Il est environ 15h, il faut repartir si nous voulons avoir de la place au refuge. Le sentier continue par quelques lacets dans les pierriers puis quelques névés où les passages d’avalanches sont nettement visibles.

Traversée d’un névé

Traversée d’un névé

Arrivée au dernier névé, il y a tellement de traces donc j’improvise mon propre passage. Je n’aurai peut-être pas dû… un moment d’inattention et une glissade, je n’ai pas peur vu l’inclinaison de la pente je sais que je retourne tranquillement au point de départ… on se dit juste tout ça pour ça ! De retour au point de départ un chinois tente de m’expliquer qu’il faut que j’utilise mon piolet, en me répétant plusieurs fois à la suite « pioulet »… Je souris bêtement en reprenant la dernière ligne droite avant d’arriver au refuge avec mon « pioulet » !!!

Vers 17h00, j’arrive tranquilou au Refuge de la Pilatte (2577m). Finalement le refuge d’été est plein, nous nous installons donc dans celui d’hiver un peu à l’écart… Chouette nous allons donc être tranquilles… enfin juste le temps de se faire à l’idée… car 20 min plus tard 6 randonneurs nous rejoignent. Après avoir choisi nos lits, nous prenons un petit apéro, avec une autre petite bière car il faut bien se faire plaisir, en plus ça sera ça en moins dans le sac pour le retour. Nous sommes tranquillement posés au soleil et nous admirons le paysage :

gauche, droite en face

Un grand cercle est dessiné sur le névé en face de nous, avec l’inclinaison de la pente une question persiste encore et les difficultés pour y accéder : comment est-ce arrivé ?

C’est sur cette question, restée jusqu’à présent sans réponse, que vient l’heure du diner (18h30). Au menu, comme d’hab des pâtes, sauf que j’ai oublié les couverts (oups !)… C’est donc une opération MacGyver qui commence avec la fabrication artisanale de cuillères pour pouvoir manger avec un petit verre de vin (après-tout, c’est le week-end – encore du poids que j’aurai pu avoir en moins dans le sac à dos).

Cuillère artisanale

Cuillère artisanale

Voilà, c’est l’estomac bien rempli que se termine la journée, nous résistons un peu avant d’aller dormir, pour pouvoir admirer le coucher de soleil, mais nous ne tiendrons pas pour le ciel étoilé, ce sera pour le lendemain matin, tôt, très tôt, trop tôt !

Il est 4h le 22 Juin, quand le réveil sonne ! Nous p’tit-déjeunons et hop 4h50 c’est parti ! Armé de nos lampes frontales, nous contournons tout d’abord le refuge puis nous longeons une paroi équipée de câbles et d’échelles pour arriver au pied du glacier : les choses sérieuses commencent…

Il est environ 5h30, le soleil se lève et nous troquons notre lampe frontale contre baudrier-crampons-corde. Nous ne sommes pas les seuls, nous suivons plusieurs cordées pendant quelques temps puis vient l’heure de la bifurcation : nous quittons la voie normale au détour d’un virage.

Après quelques pas, nous nous retrouvons au milieu d’un spectacle glaciaire magnifique où règnent des crevasses et d’immenses séracs…

Des séracs

Des séracs

 Un temps d’arrêt s’impose, tout d’abord pour admirer le lieu où je suis et qui me laisse totalement sans voix. Puis une nouvelle question, je viens de comprendre à quoi pourrait bien me servir cette espèce de truc bizarre qu’on m’a mis au baudrier, une sorte de vis à bois géante (bref, une broche à glace). En fait, j’ai plus peur pour le compagnon de cordée que pour moi (chose qu’il ne comprend pas…, ah ces hommes qui ne comprendrons jamais les femmes, même alpinistes!) mais je renonce à me faire comprendre (généralement au-delà d’un certain temps il faut savoir renoncer) et continue ma route dans ce paysage glaciaire extraordinaire. Puis les choses se compliquent, la gentille neige que j’aimais bien laisse la place à une matière raide et qui ne se laisse pas faire. Normal, à ma grande surprise nous avons 3m de glace à monter…

Pente raide en glace

Pente raide en glace

 Je râle un p’tit peu, on a beau te dire que la pointe de tes crampons sont faites pour ça, le croire ce n’est pas forcément évident. Finalement, je monte… et oui on est plus serein lorsqu’on grimpe piolet-crampon alors que la personne devant vous a pris soin de mettre sa broche à glace pour vous assurer… Puis nous continuons sur de la neige (ouf, merci !), la pente reste raide mais les crevasses sont loin, loin derrière, nous sommes seuls au monde… La pente d’adoucit puis changement de décor : une crête élégante s’offre à nous.

Crète avant le sommet

Crète avant le sommet

La fatigue commence à se faire sentir, mais enfin nous voyons le sommet!!! Et c’est reparti, nous faisons les traces sur le début de la crête avant de rejoindre celles de la voie normale : à droite le vide – à gauche le glacier de la Pilatte à perte de vue avec les autres qui descendent, eux ! Nous arrivons au pied du sommet, nous quittons les crampons pour faire les derniers mètres sur les rochers et ça y est on y est. Un spectacle grandiose est devant nous : des sommets à perte de vue, dont quelques-uns qui me réserveront de beaux spectacles les semaines suivantes…

La Pointe de la Pilatte (3746m)

La Pointe de la Pilatte (3746m)

Il est environ 12h, le casse-croute s’impose. Et puis, c’est l’heure de repartir, même si on se sent bien tout là-haut loin du stress de la vie quotidienne. Alors nous remettons les crampons et c’est reparti pour 2h de descente jusqu’au refuge par la voie normale cette fois-ci le chemin est tout tracé, c’est nettement plus facile et moins impressionnant que tout à l’heure. Les crevasses sont plus espacées qu’auparavant, tant mieux. En quelque sorte, il n’y a plus qu’à laisser jouer la gravité… enfin presque !!

La descente

La descente

Vers 16h nous arrivons au refuge, pour le gouter. Puis nous redescendons par le même chemin qui avec la fatigue parait nettement plus long qu’à l’aller…

Epilogue :

Après 2h de descente, enfin la voiture ! On peut enlever nos sacs ! Par chance, je dispose d’un chauffeur émérite qui ne s’endort pas au volant, je profite donc des 4h de route pour rentrer pour commencer ma nuit, avant de reprendre le boulot le lendemain matin, les yeux encore remplis de belles images et surtout avec une envie folle de recommencer le week-end suivant !

Je ne le sais pas encore mais le Pic Maître, le Vignemale, le Soreiller central, la Tête du Rouget, la Muzelle, la Tête de Chat et plein d’autres encore me promettront de belles surprises en alpinisme !

Tête du rouget - Vue du Pic Maitre - La Muzelle - le Vignemale

A suivre …

Matériel :

Débutante, je n’ai pas beaucoup de matériel. Voici la liste de mon équipement + celui qu’on m’a prêté.

Catégorie  Modèle  Marque  Pourquoi avoir fait ce choix lors de l’achat Ce choix a-t-il répondu aux besoins de la sortie  Si c’était à refaire?
 Baudrier  Adjama Petzl  Confort
Bon marché
 Bien adapté : le serrage des 2 côtés permet de bien centrer le baudrier Oui
Chaussures  Condor Evo Salewa  Rapport qualité / Prix Non, ces chaussures prennent l’eau par les lacets Non
Broches à glace Laser Petzl Les boches de mon compagnon de cordée Oui, aucun souci. oui
 Crampons Sarken Petzl  Des crampons qui m’ont été prêtés. Oui, bon ancrage, facile à mettre Oui
 Piolets Quasar Charlet  Un piolet qui m’a été prêté.  Oui Ils sont très lourds
 Système d’assurage  Reverso Petzl Le descendeur m’a été prêté.  Bien adapté Oui
Sac à dos X lighter Millet  confortable
bon serrage ventral
simple et sans fioritures
bon marché
Oui, mais il me fait un peu mal aux épaules Probablement oui
 Casque escalade Ecrins Roc Petzl Il m’a été prêté par un ami Il me gêne quand je lève la tête Je préfèrerais les nouveaux casques light de chez Petzl
 Frontale  Tikka xp  Petzl Puissance : très bon éclairage  Tout à fait adapté  Un frontale un peu volumineuse, mais cela reste un détail car c’est ce qui lui permet d’être puissante
 Veste Arpenaz Quechua Bon rapport qualité prix Oui, elle est souple et chaude Oui

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