Le Tour du Queyras à pied

par Julien DEFOIS
tour du queyras col de Péas

Julien Defois vous partage l’expérience de son premier trek de la saison 2021: le Tour du Queyras. Un itinéraire classique mais la neige présente tardivement cette année a donné une dimension inattendue à son aventure.

Informations pour préparer le Tour du Queyras à pied

Date:

29 mai au 2 juin 2021

Lieu:

Ceillac, Queyras, Hautes Alpes, Provence Alpes Côte d’Azur

Comment s’y rendre:

Le plus facile est de s’y rendre en voiture. Mais des possibilités existent en transport en commun. La gare de Mont Dauphin Guillestre se situe aux portes du Queyras. En saison, des navettes Zou effectuent la liaison entre Guillestre et Ceillac. Sinon, il vous faudra tendre le pouce. En montagne, et avec des sacs de randonnée bien visibles, les chances d’être pris en stop sont élevées.

Pour les plus téméraires, vous pouvez rejoindre le GR 58 depuis la gare à pieds: comptez une journée de marche. Furfande s’atteint soit par les cols de la Moussière, du Lauzet et de Saint Antoine (itinéraire splendide) soit par le col Garnier.

Participant au Tour du Queyras

lac Egorgéou

Julien 42 ans. J’habite pas loin de Toulouse. Je connais bien les Pyrénées alors quand je veux j’aime aller visiter les montagnes du monde à pieds ou à skis. J’ai un gros coup de cœur pour la rando longue distance.

Où dormir sur le Tour du Queyras

C’est un tour qui se fait soit en gîte ou refuge soit en tente.

Cet itinéraire ne traverse pas de réserve naturelle: le bivouac est donc possible à peu près partout. Il ne manque pas de spots de rêve ou planter sa tente:

  • Chapelle de Clausis
  • Lac Foréant ou Egorgéou
  • Crêtes de Gilly
  • Lacs du Malrif
  • Lac des Cordes
  • Col de Péas
  • Alpage de Furfande

Ce n’est qu’une suggestion, les possibles sont immenses!

Fleurs GR 58

Il est en général possible de bivouaquer à proximité des refuges.

Côté campings:

  • Ceillac: 2 campings, les Mélèzes, un peu excentré, et les Moutets, camping municipal plus proche du village (700m).
  • Abriès: 2 campings également, Queyras Caravaneige situé dans le village, ouvert à l’année avec une salle hors sac et des sanitaires neufs et le camping municipal du Chardonnet, à la Monta.

Pour ce qui est des hébergements, voici une liste non exhaustive selon les étapes en sens anti horaire depuis Ceillac:

Hors saison, les refuges Agnel et des Fonts de Cervières ont un local hiver.

Où manger et se ravitailler

En dehors des refuges et des gîtes, la plupart des villages ont une épicerie qui fait dépôt de pain. Attention hors saison, les épiceries ne sont pas toujours ouvertes. Les bonnes adresses pour mange durant une randonnée :

  • Ceillac: ne pas manquer la fromagerie du village, qui a aussi une épicerie et deux boulangeries.
  • Saint Véran: épicerie
  • Abriès: épicerie
  • Arvieux: épicerie

En pleine saison, certains campings ont également une épicerie et un dépôt de pain.

Caractéristiques du Tour du Queyras

Le tour du Queyras porte aussi le nom de GR 58. Il fait le tour du parc naturel régional du Queyras. D’une distance de 130km, avec un dénivelé compris entre 7200m et 10000m selon vos options, ce trek se déroule en 10 étapes. Les trailers le font en 2 jours, les randonneurs rapides en 4 ou 5 jours. La plupart de ceux qui font le GR 58 mettent environ une semaine pour aller de Ceillac à Ceillac.

GR 58

C’est le maire de ce village, Philippe Lamour, qui a été à l’initiative de la création du Tour du Queyras en 1971. Il a lui même balisé l’itinéraire avec son épouse, avant que la FFRP prenne le relais.

Son point le plus bas est 1185m et il visite de nombreuses forêts de mélèzes en montagne. Mais il ne faut pas s’y tromper: c’est un GR de haute montagne, dont l’altitude moyenne reste élevée. Il traverse des hauts cols, comme le col de Chamoussière, à 2884m, le plus haut col français emprunté par un GR. De petits détours permettent de faire des 3000 faciles, comme le pic de Caramantran ou le Pain de Sucre.

C’est donc un itinéraire contrasté et riche qui offre une dimension culturelle avec la visite des beaux villages du Queyras, historique avec des témoins de l’histoire pastorale, comme le hameau de Malrif, et humaine, avec de nombreux alpages en activités.

Les étapes classiques

  • Ceillac – Saint Véran par le col des Estronques +1000m / -800m
  • Saint Véran – Refuge Agnel par le col de Chamoussières +800m / -300m
  • Refuge Agnel – La Monta ou l’Echalp par le col Vieux + 230m / – 1100m
  • La Monta – Abriès par les crêtes de Gilly +900m / – 1100m
  • Abriès – Les Fonts de Cervières par le col de Malrif + 1300m / -800m
  • Les Fonts de Cervières – Souliers par le col de Péas + 600m / -800m
  • Souliers – Arvieux par le col tronchet +500m / -700m
  • Arvieux – Refuge de Furfande par le col de Furfande +900m / -200m
  • Refuge de Furfande – Bramousse par le col de la Lauze +200m / -1000m
  • Bramousse – Ceillac par le col de Bramousse +800m / -600m
bouquetin la monta queyras

Les variantes

Le Tour du Queyras se prête à d’innombrables variantes.

Les raccourcis

  • La première l’écourte en prenant l’itinéraire original du Tour du Queyras à sa création: d’Abriès à Aiguilles par les lacs de Malrif, puis d’Aiguilles à Arvieux si vous voulez rejoindre l’itinéraire classique. Autrement, depuis Aiguilles, vous pouvez aller à Château Queyras pour une version encore plus courte: de là, prenez le GR 5 jusqu’à Ceillac en passant par le col Fromage.
  • La seconde permet d’éviter le col tronchet: depuis Souliers, passer au lac de Roue (très beau spot de bivouac), puis rejoindre Arvieux.

Les extensions

Visiter le Viso

Il est tout à fait possible d’associer le tour du Viso au tour du Queyras. L’itinéraire serait alors:

  • Saint Véran – Chianale par le col Blanchet
  • Chianale – Rifugio Vallanta par le Col Losetta
  • Rifugio Vallanta – Rifugio Quintino Sella
  • Refuge Quintino Sella – Rifugio Granero par le Rifugio Giacoletti, le col ou le tunnel de la Traversette
  • Rifugio Granero – Abriès ou le Roux par le refuge Jervis et le col d’Urine

Si vous voulez voir le Viso de près mais que vous n’avez pas le temps d’en faire le tour:

  • Saint Véran – Chianale par le col Blanchet
  • Chianale – refuge du Viso par le col Losetta et le col de Valante
  • Refuge du Viso – Abriès par les refuges Granero, Jervis et les cols de Sellière et d’Urine
D’autres belles variantes plus ou moins officielles:
  • De l’Echalp à Abriès par les cols de Lacroix et d’Urine. Le refuge Jervis se situe entre les deux cols.
  • Du Roux aux Fonts de Cervières en passant par les cols des Thures et de Rasis et le pic de Malrif. Un très bel itinéraire tout en crêtes.

Une variante hors sentier: depuis le col de Péas, continuer direction sud ouest sous les crêtes de Chamaurie en suivant l’itinéraire de ski de rando sur les cartes IGN. Passer le col sans nom côté 2639m sur la crête de Crépaud. Descendre vers la bergerie de Souliers, d’abord hors sentier puis, une fois en forêt, il y a un chemin rive gauche du torrent qui mène au fond de vallée

Contourner le col de Chamoussière en début de saison

Le col de Chamoussière, à près de 2900m, reste enneigé longtemps dans la saison, de même que les pentes qui le surplombent. Si la neige est celle de névé, tassée, dure et stable, traverser ce col peut nécessiter des crampons. De plus, lorsque la neige n’a pas fini son cycle de transformation, elle peut devenir pourrie très tôt dans la journée (voire toute la journée si absence de regel). La progression devient alors très complexe parce que l’on s’enfonce totalement dans cette neige sans portance. Compte tenu de la distance à parcourir à haute altitude sur le versant nord du col, cela peut être épuisant voire impossible de passer. Il faut également bien faire attention au risque d’avalanche car ces pentes nord sont surplombées par celles bien plus raides du pic de Caramantran.

col de Longet
Montée au col de Longet

En cas de doute, depuis Saint Véran, on peut passer par le col de Longet (au sud est de l’observatoire, à ne pas confondre avec le tout proche col Longet qui sépare Chianale et Maljasset dans la vallée de l’Ubaye). Il faut ensuite remonter la route du col d’Agnel vers le refuge éponyme. Pas très sauvage mais bien plus sécure.

Mes étapes : 5 jours pour réaliser le tour du Queyras

  • J1: Ceillac – Saint Véran – col de Longet – Bergerie au bord de la route du col d’Agnel
  • J 2 Bergerie – col Vieux – Col de Lacroix – Refuge Jervis (nourriture excellente) – Col d’Urine – col de la colette de Gilly – Abriès
  • J 3 Abriès – les Fonts de Cervières par le pic de Malrif
  • J4 Les Fonts – col de Péas – col sans nom sur la crête de Crépaud – Col tronchet – Col de Furfande – Refuge de Furfande
  • J5 Refuge de Furfande – Col de Bramousse – Ceillac (arrivée vers 13h)

Ma trace GPS sur le Tour du Queyras à pied

Quoi d’autre dans les environs

Le Queyras est un paradis de montagne en toute saison.

Pour le trek, c’est une bonne base de départ pour le Mont Viso:

A l’automne, les mélèzes en faut feront le bonheur des randonneurs, comme en témoigne Mathilde Chaignaud.

Mais le Queyras n’est pas un paradis que pour les randonneurs. Les amateurs de vélo de montagne seront peut être impressionnés par les descentes d’Alexis Righetti dans le massif. Pour une expérience plus accessible, voici un autre récit:

Pour ceux qui aiment le froid, le Queyras ne vous décevra pas. C’est un terrain de jeu fabuleux en ski de randonnée:

L’alpinisme n’est pas en reste, avec des belles possibilités en cascade de glace:

et pour les amoureux de la pêche à la mouche, le Queyras est un spot de grande qualité comme avec les magnifiques truites du Guil :

Office du tourisme

L’office du tourisme du Guillestrois et du Queyras répondra à vos questions tout au long de l’année. Son siège est à Château-Ville Vieille mais il dispose de 7 antennes dans les principaux villages du secteur.

Bibliographie

La FFRP édite un topo guide qui détaille l’itinéraire du tour du Queyras par le GR 58, ses variantes mais aussi d’autres GR, comme le très beau GRP Tour de la Font Sancte.

Liens internet

fleurs de printemps tour du queyras

Si vous recherchez une agence pour vous aider à préparer votre itinéraire et pour vous encadrer, les possibilités ne manquent pas. Destination Queyras a créé le site Tour du Queyras qui fournit des informations pratiques très utiles et vous propose des services: organisation d’un tour en liberté ou accompagné, organisation d’un tour en VTT ou en raquettes et même la possibilité de faire le GR 58 avec un âne. J’ai échangé avec cette agence et je l’ai trouvée sympathique et chaleureuse.

Les hébergements du Tour du Queyras se sont regroupés et ont créé le site Mon Tour du Queyras. Il recense tous les hébergements et vous permet d’organiser en ligne vos réservations. D’autres itinéraires sont décrits à la journée comme sur plusieurs jours, avec également la possibilité d’effectuer ses réservations en ligne.

Pour ceux font le tour du Queyras en hébergement, le service Sherpa permet le transport de bagages afin de randonner léger et de retrouver tout son confort en arrivant au gîte.

5 jours de randonnée pour le Tour du Queyras

L’hiver fait de la résistance

29 mai 2021. J’arrive à Ceillac en soirée. Il fait encore assez clair pour que je puisse distinguer les sommets du massif de la Font Sancte. Ils sont blancs, très blancs même. Autant que lorsqu’étais venu passer le réveillon du nouvel an dans ce village, il y a quelques mois.

résistance hivernale
Vallée de Ristolas, fin mai 2021

La saison n’avait pas été époustouflante dans les Alpes du sud mais les mois d’avril et mai avaient décidé de ménager le manteau neigeux. Les températures bien froides pour la saison et un soleil qui avait pris des vacances ailleurs avaient permis à l’hiver de se maintenir en altitude.

J’étais surpris de la configuration hivernale des hautes montagnes en versant nord. Cela risquait de bien compliquer mon tour du Queyras. Les versants sud semblaient plus pressés de se débarrasser de la neige: ils étaient dégagés en toutes altitudes, d’après ce que je voyais.

Une nuit au camping municipal de Ceillac plus tard, je me réveillais sous le soleil et ravi de découvrir cette région qui m’avait marquée lors de ma Via Alpina en 2020. Le camping était fermé en cette saison, je l’ai donc utilisé en mode « sauvage ».

Prisonnier de la neige

D’après mes recherches sur les réseaux sociaux, personne ne s’était encore lancé sur le GR 58 cette année. Si quelqu’un l’avait fait, il était resté très discret. Je partais donc avec peu d’infos sur les conditions et mes retours de terrain allaient être scrutés avec attention lorsque j’aurai fini mon trek. Fin mai début juin, c’est une période limite pour se lancer sur le tour du Queyras: il faut s’attendre à trouver de la neige. Mais j’ignorais à quoi m’attendre réellement: la réponse ne tarderait pas à arriver.

Le Villard Ceillac vallée du cristillan
Vallée du Cristillan

La montée au col des Estronques fut parfaitement facile. Aidé par le soleil, des paysages somptueux et des températures agréables, je vins à bout de ce premier col en un peu plus de 2h. De l’autre côté, elle m’attendait. La neige était bien présente, disposée de manière à ce que je ne puisse l’éviter. Dès les premiers pas, elle avala mes jambes entières. Son avidité n’avait pas de limite: elle voulait aspirer tout mon corps. A chaque pas, je restais son prisonnier un moment, avant de pouvoir extraire mes jambes pour les enfoncer un peu plus loin. Il n’y avait que 150m de dénivelé à descendre dans ces conditions. Mais la neige réclamait son droit de passage et me coûtait cher en énergie.

col des Estronques
Au col des Estronques

Plus bas, alors que j’avais enfin trouvé un manteau portant, je traversais une pente assez raide labourée par une avalanche fraiche. Décidément, la neige ne voulait pas se montrer sous son meilleur jour.

Les aléas d’un ravitaillement en début de saison

Saint Véran. Arrivé dans le plus haut village de France, je me précipite vers l’épicerie. Il me manque du fromage, que je n’ai pas pu acheter à Ceillac car la supérette était fermée. Google m’annonce qu’elle est ouverte, mais comme midi approche, je me hâte. La lumière qui éclaire l’intérieur du magasin me promet l’arrivée prochaine d’un fromage dans mon sac à dos.

La déception fut à la hauteur de l’espoir suscité par cette lumière. L’épicerie est fermée: elle n’ouvre que dans une semaine. La précocité n’a pas que du bon. Me voilà en route pour Molines, quelques kilomètres plus bas. Un stop facile me conduit au fromage tant attendu.

Maintenant, il me faut remonter. Les voitures sont peu nombreuses et les conducteurs peu enclins à me dépanner. Après 45mn d’attente, je repars vers Saint-Véran à pieds. Après quelques kilomètres, la délivrance pris la forme d’une sympathique famille parisienne qui accepta d’abréger la souffrance de mes chaussures sur le bitume.

A Ceillac, je n’avais pas voulu attendre l’ouverture de l’épicerie qui m’aurait fait perdre une heure. La vie voulait me transmettre un message, car j’avais largement perdu cette heure pendant mon aventure fromagère à Saint Véran.

Variante obligatoire

L’expérience du col des Estronques avait donné le ton. La neige n’était pas accueillante en cette fin du mois de mai. Le prochain col de la journée, le col de Chamoussière, ne suscitait pas mon enthousiasme. Plus haut col du trek, son côté nord avait une configuration assez protégée: je supposais que les conditions y seraient très similaires à celle du col des Estronques. Avec la longueur en plus, car j’avais largement plus d’un kilomètre à parcourir dans le bourbier blanc. A cela s’ajoutait le risque d’avalanche, car les pentes du pic de Caramantran devaient être encore bien chargées d’une neige très pourrie et prête à m’avaler.

chapelle de Clausis
Chapelle de Clausis

Je n’avais pas du tout envisagé ce cas de figure. Heureusement, un coup d’oeil à la carte me permit d’échafauder un plan pour échapper aux griffes, potentiellement très dangereuses, de la neige. Le col de Longet montait à 2701m, donc bien plus bas que Chamoussière, et plongeait assez rapidement vers le route du col d’Agnel. Je n’avais pas de traversée scabreuse à effectuer et l’immersion neigeuse serait réduite.

Chaleureusement salué par une foule de fleurs printanières, je savourais ma montée au sec dans des paysages somptueux.

montée au col de Longet

Les dents de la mer de neige

Col de Longet. La pause s’impose. Le vent me pousse vers la descente, mais je la ferai attendre. Après 1900m de dénivelé, la fatigue s’installe. Appuyé sur un rocher, je me laisser bercer par l’instant. Mon regard, vidé des pensées qui parasitent son acuité, s’attarde sur mes jambes. Elles sont meurtries. La neige avait faim: elle m’a arraché des petits bouts de peau avec ses cristaux acérés tels de dents de squale. J’ai été dévoré, au sens propre comme au sens figuré. En même temps, se balader en short dans la neige c’est un peu chercher les ennuis. Mon surpantalon ne tarde pas à s’interposer entre les éléments et moi.

descente du col de Longet
Descente du col de Longet

Je plonge. A chaque pas, mes jambes sont encore englouties. Des souvenirs remontent, ils me ramènent presque 30 ans plus tôt, lorsque je faisais de la course de haie au collège. Ici, c’est presque la même chose, mais tout semble tellement plus lourd! Je cherche des astuces qui me permettraient de survoler l’étau qui m’enserre. Je n’en trouve pas. J’accepte mon sort et paie mon tribut à la montagne en efforts démesurés.

route du col Agnel

La route qui conduisait au col d’Agnel avait, pour une fois, le goût de la délivrance et de la facilité: promesse d’une progression sans encombre. Je posais ma tente à proximité du bitume, épuisé par cette journée. Pour une reprise du trek, avec environ 2000m de dénivelé et une neige vampirisante, c’était une dure entrée en matière et j’avais mérité mon sommeil. Dans la nuit, les éclairs me réveillent. L’orage est loin et ne tonne pas. Isolé ici, protégé seulement par cette fine toile, je sens fragile et vulnérable.

Trekking estival sur un terrain de ski de rando

Au réveil, les nuages ne tardent pas à envahir le cirque du col d’Agnel. J’avais pu le voir de loin hier: écrasé par une chappe de blanc, l’hiver y régnait sans partage. Ce matin, je n’hésite pas à tricher un peu: quelques voitures montent et je tends le pouce. A croire qu’il me tarde d’aller voir mes jambes disparaitre dans la neige. A mon grand étonnement, ceux qui me prennent sont des skieurs. Deux mondes et deux saisons se croisent. J’ai l’impression de ne pas être tout à fait à ma place.

Col Vieux tour du queyras
Col Vieux

Je descends au refuge Agnel. Le brouillard est très dense: on y voit jusqu’à 5m, c’est impressionnant. La nuit (et le froid) semble avoir porté conseil à la neige qui se tient sage: elle ne se dérobe pas sous mes pieds dans la montée au col Vieux, qui culmine à 2806m. Je suis des skieurs qui montent vers le Pain de Sucre. Au col, le soleil décide que je n’en ai pas assez vu: il chasse les nuages. Et me voilà révélé le grandiose paysage du Queyras: le Pain de Sucre, les crêtes de la Taillante, le lac Foréant. Les skieurs ne s’y sont pas trompés: dans le blanc sans partage, c’est le territoire des spatules ici, pas des chaussures de randonnée.

Pain de Sucre GR 58
Le Pain de Sucre

Choix d’itinéraires

Lac Foréant
Lac Foréant

La neige porte bien jusqu’au lac Foréant, mais je sens qu’elle ne demande que quelques mètres d’altitude en moins pour s’approprier à nouveau mes jambes. Je tente donc de passer versant ouest, où le soleil n’a pas encore brillé, pour gagner le lac Egorgéou: la neige sera peut être plus portante. Erreur: elle est lourde et pourrie. Le piège se referme sur moi: une de mes jambes est coincée. Dans mes tentatives de dégagement, je perds une des précieuses rondelles de bâton. Une fois ma jambe sortie, je pars à sa recherche et, par chance, la neige me la rend. demi tour, je tente de rester sur l’itinéraire du GR 58 en passant versant est. C’est une bonne option, il y a de nombreuses sections libres de neige.

Lac Egorgéou et col Vieux

Lac Egorgéou: je viens de m’acquitter de mon droit de passage sur neige. Je suis tranquille jusqu’à demain. Maintenant, une terre printanière et accueillante s’étend devant moi. Au loin, une vague de nuage déborde d’Italie et vient lécher les mélèzes français. C’est vers le col Lacroix.

Col de Lacroix tour du Queyras
Col de Lacroix

Coup d’oeil à la carte: je serai dans peu de temps à la Monta et Abriès est ma destination. La journée est belle, alors pourquoi pas rallonger un peu et faire une incursion en Italie? Pourquoi pas aller dans les nuages piémontais alors qu’il fait beau en France? L’optimisme m’aveugle, poussé par une jouissante envie de m’affranchir des règles sanitaires qui imposent des certificats pour qui veut franchir les frontières. Là haut, je pourrais proclamer ma totale liberté, loin de tout contrôle. Libre de passer, libre d’être dans les nuages quand je pourrais être au soleil. Et puis, je l’avoue, une autre motivation me pousse vers l’Italie: le refuge Jervis. S’il est ouvert, je mangerai italien!

Clandestino

Col de Lacroix et Tête du Pelvas

De belles rencontres m’attendent dans la descente vers l’Echalp. Tout d’abord Kyra, une randonneuse de Guillestre qui montait voir les bouquetins et avec qui je partage le chemin jusqu’à la route. Je suis heureux d’avoir un peu de compagnie. Et puis ces fameux bouquetins. Les premiers que nous voyons sont bien cachés, camouflés dans les arbres, jouissant de leur tranquillité. Les suivants sont des célébrités, à en croire les innombrables randonneurs venus les admirer et les prendre en photo. Il faut dire qu’ils jouent très bien le jeu. Peu mobiles, paissant dans une prairie verdoyante qui borde le chemin, ils donnent volontiers un spectacle qui en émerveille plus d’un.

Bouquetins GR 58
chalet de la médille

Me revoilà seul, après avoir hérité d’un morceau de pain maison offert par Kyra. Pas si seul en réalité. Des fleurs fortes de leur jouvence printanière haranguent le randonneur de leurs couleurs puissantes. Elles me saluent dans leur langue sensorielle, d’une énergie que les humains traduisent par beauté.

anémone

L’Italie: je suis accueilli par les nuages, qui ne me demandent pas de pass sanitaire. Me voilà dans un territoire où je ne suis pas censé être, d’après la loi des hommes. La montagne tolère ces écarts, elle ne rejette personne, quelle que soit sa santé ou ses choix de vie. Elle accueille inconditionnellement, parfois dans la rudesse, parfois sans pitié, parfois dans la douceur. Elle nous renvoie à la responsabilité de nos choix: nos décisions personnelles nous engagent en montagne.

col de Lacroix GR 58

Le refuge Jervis se situe 600m plus bas. Je ne sais pas s’il est ouvert, mais la perspective d’un repas italien galvanise mes jambes.

Buon appetito

rifugio jervis
Rifugio Jervis

Polenta concia, polenta con formaggio, polenta con salsiccia, torta con cioccolate: je ne connais pas l’italien mais j’aime sa musique. Le menu du refuge Jervis est simple mais prometteur. Il est bien ouvert et je ne suis pas le seul à en profiter en ce dimanche. Je m’offre une polenta concia (comprenez avec du fromage fondu) et un gâteau pommes chocolat. Ce sera le seul refuge ouvert du séjour, autant célébrer!

polenta refuge Jervis

Pesant bien 300kg de plus après mon repas gargantuesque, je m’élance doucement vers la France. Le col suivant au nom déroutant, col d’Urine, m’attend 800m plus haut. Fidèlement accompagné par les nuages, je prends de l’altitude à une vitesse déconcertante: il me semble que ce col n’arrive jamais. Cette nébulosité qui m’aveugle n’arrange rien: le paysage est immuable, sans promesse, sans espoir d’atteindre quoi que ce soit qui me donne l’impression d’avoir avancé. Bientôt, le blanc du ciel se conjugue avec le blanc de la terre. C’est presque une bonne nouvelle: témoignage irréfutable d’une élévation. Cette neige là porte. J’en suis presque surpris, m’attendant à chaque pas à une descente dans les enfers blancs. Eh bien non: quelle joie!

brouillard

Col d’Urine: les nuages abandonnent la partie. Ils tentent bien une incursion en France mais elle est vite chassée par un soleil radieux et désireux de préserver la France. Une fois de plus, des milliers de fleurs rayonnent leur vitalité et leur lumière. Nous nous saluons respectueusement. Dans cette nature qui respire sa joie de renaître, je reçois chaque fleur comme un cadeau merveilleux: la vie est généreuse et belle.

GR 58 variante par le col d'Urine
Au col d’Urine

Se ressourcer

Je n’ai plus qu’à choisir où dormir ce soir. J’hésite: des orages sont prévus et je n’ai pas envie de rester en altitude. Mais s’ils ne viennent pas, alors je serai au paradis ici, parmi mes amis les fleurs et les arbres. Mes jambes ont leur mot à dire et elles souhaitent une fin d’étape rapide. Ce deuxième jour fut le jumeau du premier: du dénivelé et quelques tonnes d’énergies consacrées à me sortir de la neige.

col d'Urine

La négociation est rude mais toutes les parties de moi ayant voie au chapitre finissent par trouver un accord. Ce soir, je dors à Abriès et demain je ferai une étape plus « raisonnable », avec le seul col du Malrif au programme. Montée à la colette de Gilly: je sens bien que mes jambes ne faisaient pas la comédie lorsqu’elles me demandaient d’en finir au plus vite. Derrière moi, le Queyras révèle ses sommets secrets: Bric Bouchet, Grand Queyron, Bric Froid. Autant d’invitation à imaginer des itinéraires pour les saluer de près.

Bric Bouchet
Bric Bouchet au fond à droite

J’expédie la descente dans la station de ski. C’est pas l’itinéraire classique du tour du Queyras mais il me semble que c’est plus rapide que le GR 58 qui fait tout le tour de la montagne. Le camping est ouvert à Abriès: impossible de me refuser une douche chaude et une bonne bière! Le camping dispose d’une salle hors sac avec du gaz et des couverts: le luxe alors que la pluie et l’orage imposent leur présence.

pic de l'Agrenier
L’orage arrive

Présence

Après une bonne nuit, je quitte Abriès enrichi d’une éphémère chocolatine glanée à l’épicerie du village. Bientôt, je traverse le hameau du Malrif, vestige encore bien vivant de l’époque où les hommes habitaient haut en montagne. Quelques maisons ont été réhabilitées, tout comme la chapelle.

hameau de Malrif
chapelle de Malrif
Hameau de Malrif

Plus fidèle encore que les nuages d’hier, la solitude m’accompagne sur ce GR 58. Dans quelques semaines, il n’y aura peut être plus d’espace pour elle sur ce très fréquenté tour du Queyras. J’ai le sentiment d’être privilégié, comme si ces montagnes m’étaient réservées, le temps d’un pas dans la terre humide, d’un regard vers les cimes. Ce qui me réjouit, ce n’est pas tant l’impression illusoire de posséder ce lieu l’espace d’un instant. Non, rien ne me dégoûte plus que l’appropriation des espaces sauvages, synonymes de liberté. Dans la solitude, je trouve l’intimité, qui me permet de goûter à une relation très authentique avec la nature. Les distractions, le bruit, les dialogues, tout cela j’en suis épargné. Le silence intérieur se fait: un sentiment de sacré peut naitre, ancré dans la présence à ce qui m’entoure, à moi même aussi. Je goûte l’instant.

mélèze

Aux pieds des pentes raides qui mènent au lac de Malrif, je remercie l’absence de neige: ce terrain est exposé et je suis content de ne pas avoir à tester mon aisance sur les pentes déversantes.

Le col le plus technique du tour du Queyras

pic de Clausis
pic de la Lauze

Les nuages chapeautent maintenant les cimes. Ce couvercle empêche mon esprit de s’évader: je suis ramené dans une méditation intérieure. Il me faut toute mon attention pour éviter un passage barré par la neige sur le chemin: le contourner implique une petite grimpette exposée.

lac et col de Malrif
Lac et col de Malrif

Au lac de Malrif, l’hiver et la neige m’attendent. Le lac ne s’est pas libéré de son manteau de glace et, au fond, le col chargé de neige se dresse comme une forteresse imprenable. Ses pentes sont raides, défendues par une corniche, cernées de douves blanches que j’ai trop traversées depuis mon départ de Ceillac. Son ascension va être difficile et dangereuse. La montagne me conseille un autre chemin: celui du pic Malrif, à droite du col. La crête qui y mène est presque libre de l’étreinte blanche: de là haut, je pourrais jeter un oeil satisfait sur les pièges enneigés qui m’attendaient sur le chemin du col. Marché conclu, me voici en route pour monter à plus de 2900m.

lac de Malrif vu d'en haut

Quand le tour du Queyras sort du Queyras

Sans encombre, j’arrive à la frontière du Queyras et du Briançonnais. Il m’aura fallu presque 4h pour arriver au terme de cette longue et unique montée de la journée. Maintenant, s’ouvre à moi une large vallée qui me conduit aux Fonts de Cervières. Mais avant d’y arriver, une nouvelle négociation avec la neige m’attend. Tapie sur les hauteurs de la vallée, elle a dressé sa nasse sur mon chemin, sans surprise: à cette altitude, elle est encore chez elle.

Col de Malrif
Col de Malrif versant nord
vallon de pierre rouge

Elle porte très bien sur le début de la descente, que je fais à la savoyarde: dré dans l’pentu. Mais les meilleures choses ayant toujours une fin, je ne tarde pas à aller sonder les tréfonds du manteau neigeux. Me revoilà dans un labyrinthe, je cherche là où il y a peu de fond, les meilleurs trajectoires pour bénéficier un bref moment des zones dégagées. Une fois de plus, la neige est implacable et épuisante. Mais pas éternelle: grignotée par l’herbe, elle cède du terrain et je finis par retrouver un sol stable et porteur, propice à dérouler ma foulée en toute insouciance.

neige pourrie
Pic de Malrif
Pic de Malrif, ma trace dans la descente

Contemplations

Au Fonts, le refuge encore fermé s’apprête à se réveiller: son gardien s’active pour le remettre en état afin d’ouvrir dans quelques jours. Les mélèzes aussi dorment encore: nous sommes à la veille de juin et ils n’ont pas sorti leurs aiguilles. Peut être que les arbres aussi sont frileux. Aube pour les uns, crépuscule pour les autres: quelques skieurs lèchent encore la neige avec leurs spatules qui n’ont pas envie de l’été, mais elles devront très bientôt s’y résigner.

les Fonts de Cervières
les Fonts

Quant à moi, j’observe ce balai de la vie. Arrivé vers 14h, je me suis offert le luxe d’une après midi immobile. Bercé par les mots magnifiques et bouleversants de Christiane Singer, qui dans son ultime livre raconte son voyage vers la mort, je regarde au gré des pauses ce monde qui m’entoure. Entre l’été et l’hiver, alors que ce n’est ni l’été ni l’hiver, je suis dans un entre deux, un passage: ce Dernier fragment d’un long voyage résonne fortement avec l’instant vécu. Alors que Christiane chemine vers la mort, elle écrit un hymne à la vie et transcende sa propre mort qui n’est plus vécue comme une fin, mais comme un passage. Il n’y a plus la mort et la vie, mais la vie sous différentes formes, dont les transformations s’appellent mort.

Casser la croûte

vallon de Péas
Vallon de Péas, que j’ai été reconnaitre dans l’après midi

Retours aux réalités du trek. Le temps s’est enfin stabilisé et a bien voulu désencombrer le ciel. C’est une aubaine car le regel s’est invité cette nuit, durcissant la neige. Car le col de Péas, situé à plus de 2600m, se franchit en montant sur son versant nord: c’est le premier col que j’ai à monter par son côté enneigé. Je ne suis donc pas fâché par les températures négatives du matin qui promettent une flottaison salvatrice sur les pentes blanches.

pic de rochebrune tour du queyras
Rochebrune

J’atteins rapidement la neige. Elle porte, mais pas trop. J’espère qu’en gagnant de l’altitude elle sera plus docile. Rien à faire, la croûte de regel est trop fine, ou je suis trop lourd! Je m’enfonce un peu, cherchant à trouver le pas du chamois pour que la neige accepte de supporter mon passage. Encore une fois, il faut tâtonner pour trouver les endroits qui portent le mieux.

au sud du col de Péas

Au col de Péas, le panneau de signalisation enseveli encore profondément indique que le soleil a encore beaucoup de travail avant d’avoir libéré la terre de l’emprise blanche. Laquelle se fait d’ailleurs plus sympathique pour le randonneur alors que je passe en versant sud: cette neige plus tassée porte bien.

Variante maison sur le tour du Queyras

Je me laisse tenter par un itinéraire original, hors sentier, qui me permet d’éviter la descente à Souliers et la remontée vers la bergerie éponyme. A noter que cette partie de l’itinéraire, dans les alpages et les forêts de mélèzes, est très belle: ma variante s’inspire davantage d’un besoin d’exploration et de visiter des endroits plus sauvages.

versant sud pic de rochebrune

Me voilà donc sous les murailles septentrionales du splendide et dolomitique pic de Rochebrune. A mon goût le plus beau sommet du Queyras. Je traverse l’esplanade de cette cathédrale queyrassine en direction d’un collet à 2639m sur une crête perdue, tout joyeux d’avoir enfin à chercher mon chemin, libéré du tracé parfois trop étroit du sentier. La pente finale fait environ 80 à 100m de dénivelé. Elle est en neige et assez raide. Je me lance. Un « wouf » typique d’une rupture dans la couche de neige me glace le sang. La couche qui a cédé n’a pas emporté le manteau neigeux, mais je suis quand même sur un terrain avalancheux, et les avalanches se fichent qu’on soit en juin. Elles tombent quand c’est le moment. Je dois être prudent sur ces terrains encore parsemés de pièges hivernaux.

montée sur la crête de crépaud
Le collet à 2639m

Soulagement quand j’arrive au collet: la neige m’a laissé passer. Devant moi, un vallon sauvage où je surprends un chamois et un renard qui ne m’a pas vu. Il ne doit pas être habitué aux visites humaines par ici. La descente est directe et bientôt me voilà dans une accueillante et douce forêt de mélèzes. D’abondants tapis de fleurs couronnent cet oasis où je me ressource après ces dernières heures plus austères.

GR 58 variante
bergerie de souliers vue d'en haut
Descente vers la bergerie de Souliers

Quand la neige me joue des tours

C’est l’heure d’une trêve momentanée. Jusqu’à Arvieux, la neige a promis de me laisser tranquille. Le col du Tronchet à 2347m devrait être totalement dégagé. Sous le soleil, je peux enfin profiter d’un temps quasi estival. J’ai eu assez froid jusqu’à présent et mon T shirt ne se plaint pas d’un excès de transpiration. Le col du tronchet n’est pas le plus haut du parcours mais il vaut quand même son dénivelé. De belles vues sur le massif du Rochebrune attendent le randonneur, qui peut aussi se délecter de très belles cheminées sur le chemin de Brunissard.

bergerie de souliers

Arvieux: pause et achat d’une bière à savourer ce soir. Il me faudra en effet une récompense à la hauteur des efforts qui m’attendent. Le col de l’après midi sera le plus difficile du parcours: Furfande est abrité dans un étroit vallon orienté nord, encore très enneigé d’après ce que j’ai pu observer. Je vais passer en plein après midi, quand la neige sera au paroxysme de sa mollesse. Aussi, les prévisions sont à une transpiration abondante et une fatigue intense pour franchir les 400m de dénivelé dans les enfers blancs. Il est probable que je ne puisse pas passer: à cette heure ci, la neige pourrie sera intraitable.

montée au col de furfande
Montée au col de Furfande

Surprise. Pour cet ultime col d’altitude, la neige a décidé de me laisser un bon souvenir. Elle porte avec une étonnante générosité. Le caractère encaissé du vallon y est sans doute pour quelque chose. Mes chaussures s’enfoncent à peine. Je crois à une supercherie, la neige a posé ses pièges plus loin, elle ne va pas me laisser m’en tirer à si bon compte alors que je défie sa portance en plein après midi. Mais je me trompe: cette montée supposée impossible fut une bonne promenade.

col de furfande
Col de Furfande

Le plus beau bivouac du tour du Queyras

Furfande n’est pas toujours le lieu préféré des randonneurs. La piste qui conduit au col depuis Arvieux amène beaucoup de voitures. Mais pour le moment, la neige tient les moteurs à distance de ce lieu qui profite encore de sa tranquillité. Les mouflons ne s’y trompent pas: trois hardes batifolent dans les Alpages de Furfande, encore libres de la colonisation saisonnière des humains. J’ai presque le sentiment d’être un intrus. Les mouflons se tiennent un peu à distance mais ne me fuient pas: j’aurai le plaisir de les voir toute la soirée.

alpage de furfande
Alpage de Furfande

Je pose ma tente à proximité du refuge encore fermé. Le terrain plat, la solitude, la proximité de l’eau et une vue fabuleuse: toutes les qualités d’un bivouac de rêve. Des nuages venus des Ecrins semblent vouloir s’inviter: le Queyras n’en veut pas et les maintient à distance. Déchargé de cette puissante énergie que j’honore en laissant derrière moi un abondant dénivelé, je peux m’installer à nouveau dans l’immobilité et recevoir tous ses cadeaux: une fleur frêle qui danse dans le vent, toutes ses soeurs réunies qui, de leur voix colorée, chantent la belle saison, l’ombre qui glisse sur les flancs montagneux, les mouflons qui s’ébrouent, cette petite marmotte qui s’intéresse un peu trop à mon matériel et que j’ai à effrayer pour ne pas qu’elle ait envie de le déguster.

mouflons tour du queyras
mouflons GR 58
marmotte furfande
La marmotte qui veut manger mon matériel

C’est mon dernier bivouac sur le Tour du Queyras et je suis gâté.

refuge de furfande GR 5

Ultimes kilomètres

rocher de furfande
Crête de Croseras

Je connais le sentier qui va du Furfande à Ceillac: je l’ai parcouru l’an dernier. Après avoir dit au revoir à Furfande, me voilà sur le raide sentier qui descend au Pont de Bramousse, le point le plus bas de l’itinéraire, où le GR 58 entame son ultime montée vers le col de Bramousse. Ce n’est pas aussi spectaculaire que d’autres parties du trek, mais les alpages verdoyants bordés de mélézins et de chalets traditionnels offrent une douce compensation à la longueur de la montée.

Pique nique au col, puis descente rapide sur Ceillac: la boucle est bouclée!

Conclusion du Tour du Queyras à pied en 5 jours

pic de la font Sancte tour du queyras

Ce fut un tour du Queyras original. Connu pour être fréquenté, le GR 58 était désert et, en ce printemps 2021, je fus sûrement le premier à le faire en totalité. La neige très généreuse a considérablement corsé le parcours, devenu beaucoup plus technique mais aussi inattendu, incertain, surprenant. Je ne pouvais pas vraiment savoir à quoi m’attendre: je découvrais le terrain chaque jour.

La neige, loin de me gâcher le parcours, l’a rendu plus intéressant et en dissimulant nombre des beautés du GR 58 elle m’a donné envie d’y revenir. Faire le trek en été pour voir ces montagnes dans leur éclat minéral, revenir encore en automne pour saluer les mélèzes au firmament de leur beauté. Le Queyras c’est un coup de coeur, que je sais partagé avec une multitude d’amateurs de montagne. Je les comprends: ce petit bout des Alpes est d’une beauté unique.

Matériel utilisé pour le Tour du Queyras

Pour ce trek, j’ai utilisé mon équipement classique de trek, quasiment identique à celui de la Via Alpina réalisé l’année précédente. A deux exceptions près: les chaussures et le sac de couchage.

Le sac de couchage m’avait été fourni en test par Montania Sport : c’était un Sir Joseph Koteka II 400. En voici le test.

Pour mes chaussures, je ne changeais pas de marque, juste de modèle. J’ai découvert les excellentes Hoka Speedgoat Mid GTX .

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4 commentaires

Monbeig 22 mars 2022 - 8 h 40 min

Merci Julien pour ce beau descriptif du tour qui me donne envie de le découvrir. Peux-tu me renvoyer les traces GPS de ton parcours ?
Merci et peut-être à bientôt sur les sentiers.
Michel

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Julien DEFOIS 4 avril 2022 - 11 h 57 min

Bonjour Merci pour ton retour! La trace gps figure maintenant dans la première partie de l’article consacrée aux informations pratiques. Mon expertise encore limitée dans les traces GPS ne me permet pas de bien tracer ma variante par la crête de Crépaud mais le point de passage sur cette crête que j’évoque dans l’article y figure. Bonne rando!

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BLOCH Maïder 27 mars 2022 - 12 h 34 min

Merci pour ce bel article. Serait-il possible d’avoir la trace GPS s’il-te-plaît?
A bientôt

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Julien DEFOIS 4 avril 2022 - 11 h 59 min

Bonjour Merci pour ton retour! Je viens de répondre à ta question dans le commentaire précédent. N’hésite pas si tu as besoin de plus d’infos. Bonne rando!

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