Trek au tibet version Népal : de Kathmandu à Jomoson-Pokhara

par Expérience Outdoor

Hélène COLPIN nous partage son Trek au tibet version Népal : de Kathmandu à Jomoson-Pokhara

Le Mustang, le Tibet version Népal

Présentation du projet

Du 16 juin au 6 juillet 2012 je suis partie accompagnée de trois amis, un passionné de trekking, une passionnée de culture Himalayenne et un dingue de randonnée au Népal avec comme objectif principal la découverte d’un royaume Tibétain longtemps sous protectorat népalais qui en fait désormais intégralement parti : le Mustang.


Loin des autoroutes de treckeur, ce treck nous a mené en 5 jours de marche à Lo Mantang, capitale du royaume situé seulement à quelque kilomètre du Tibet, ou de la Chine… c’est selon le point de vue. Cinq autres jours nous ont ramené à notre point de départ : Jomoson.

Vous trouverez plein d’informations sur le Népal avec le guide de voyage Lonely Planet.
Séjour au Népal Guide de voyage Lonely Planet Népal

Le parcours détaillé du treck était celui-ci :
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J1: Kathmandu – Pokhara 200km de la route en bus touristique
J2: Pokhara – Jomosom 20 minute du vol puis marche vers Kagbeni
J3: Kagbeni – Tchele
J4 : Thele – Syangmochhen
J5 : Syangmochhen – Dhakmar
J6 : Dhakmar – Ghargompa – Lomanthang
J7 – journée repos : Lomanthang (visite les villages à cheval
Chhosar/Gharphu/Nyphu/Namgyal)
Retour
J8: Lomanthang – Tsarang
J9: Tsarang – Gueling
J 10 : Gueling – Chhucksang
J 11 Chhuksang – Muktinaht
J 12 : Muktinath – Jomoson
J 13 : Jomoson-Pokhara – 10h de bus local


Les origines de ce voyage sont multiples. Mais ce sont surtout ces personnes qui, poussées par la curiosité, l’envie de connaître et comprendre l’Autre et ses différences et qui pour cela ont traversé sans autres moyens que leurs pieds des régions reculées et inhospitalières tel que ces déserts à haute altitude, exercent sur moi une fascination qui m’a emmené cette année faire mon premier trecking.


Je parle là d’aventuriers tels qu’Alexandra David Néél, Michel Peissel et plus récemment Priscilla Telmon une jeune française partie marcher des mois sur les pas d’Alexandra David Néél.


Ils m’ont initié de part leurs écrits ou reportages aux cultures himalayennes et ont provoqué chez moi une envie que je qualifierai d’irrationnelle de comprendre « Les Himalayas ». Ce voyage c’est donc l’occasion pour moi de me faire ma propre idée de la vie la haut, de remettre en question mes aprioris.

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Lo Mantang en cinq étapes

De Pokhara à Kagbeni en passant par Jomoson
La première journée de treck n’était pas la plus physique, mais peut être la plus incertaine en ce temps « moussoneux »de début du mois de juin. Partis la veille de Katmandou nous avons passé la nuit dans un hôtel très bruyant aux abords de Pokhara. De Pokhara nous étions censés prendre un avion pour un vol d’une vingtaine de minutes pour Jomoson, départ du treck.
Seulement la mousson ne l’entendait pas de cette façon… ce jour là nous n’avions pas le droit au panorama de rêve sur Les Anapurna et leur célèbre Macchapuchare que vantent les cartes postales de la bouquinerie Pilgrim de Katmandou, non juste au ciel aussi couvert qu’un jour de novembre à Lille. Ce ciel semblait laisser présager d’un journée bien plus longue queprévue avec non pas quelques minutes de sensations forte durant le vol mais une dizaine d’heures d’angoisse en bus local.


Heureusement après 4h d’attente notre avion a profité d’un volet s’ouvrant dans ce ciel si chargé pour nous déposer à Jomoson après avoir ziguezagués entre Daulagiris et Anapurnas.

Arrivés à Jomoson nous avons pris un petit-déjeuné copieux dans un hôtel juxtaposé à l’aérodrome avant d’entamer nos premiers pas dans la « windy-valley » du plateau tibétain direction Kagbeni notre première étape.

Kagbeni est la dernière ville accessible sans permis spécifique si ce n’est celui qui permet de parcourir l’ « Anapurna Conservation Area ». Pour s’y rendre il faut marcher sur les rives et dans le lit noir de la Kali Gandaki, la rivière noire qui serpente au fond du canyon le plus haut de cette vaste planète.

Le soleil tapait très fort dans le lit de la rivière qui attendait la fonte des glaciers et les pluies de moussons pour se remplir. Les premiers pas dans ce lit on ne peut plus plat ont donc été aisés. Puis il nous a fallu monter sur les flancs de montagne constitués d’éboulis et de galets de toute taille, tous plus glissants les uns que les autres pour rejoindre un chemin qui devait nous mener vers notre pause déjeuné.

Je n’avais pas sortie le bâton de rando du sac ce jour là, pensant commencer ce trekking par une balade de santé. Cela dit, mieux valait avoir une musculature métatarsienne un minimum développée pour compenser l’absence de bâton et ainsi assurer sa stabilité.


Lors du trajet retour, après 10 jours de marche et autant de mousson et de fonte des glaciers, la Kali Gandaki pouvait enfin être appelée « rivière » car enfin coulait dans son lit cette matière presque étrange car très peu croisée durant notre treck : l’eau. Nous avons été forcé à marcher un bon bout de temps sur ces cailloux glissants. Le vent soufflait alors comme jamais je n’avais pu le ressentir. Les pas qui se voulaient en avant se transformaient en pas de travers… tout ça à cause de l’entonnoir naturel formé par les Daulagiris et la chaine de l’Anapurna, tous dépassant les 8000.


Après quelques heures, 4 tout au plus, nous avons atteint Kagbeni reconnaissable de loin car étant le seul écrin de verdure croisé depuis que nous avions survolé les terrasses cultivées des alentours de Pokhara.


Cette première étape de treck, nous avait déjà comblés. Le village n’avait rien de superficiel, juste des habitations à l’architecture traditionnelle tibétaine, zéro béton, des habitants vivants là, faisant peu de fait du passage des treckeurs comme nous. Nous étions loin de Katmandou et Pokhara et de leurs boutiques et restaurants pensés pour les touristes.

Cette impression de plénitude s’est poursuivie alors que nous traversions et visitions le village, ses ruelles… Elle s’est décuplée à la visite du Gompa (monastère) « Kag Chode Monastic School », dont un moinillon nous à laisser pénétrer l’atmosphère particulière.

Du haut de celui-ci nous avons contempler su Sud, le Nilgiri et ses 7000m.

Et au Nord le lit de la Kali Gandaki, une partie de la route prévue le lendemain après que nous ayons assisté à la puja (prière) matinale donnée quotidiennement à 5h par les moinillons du villages.

Infos pratiques – étape Jomoson Kagbeni :
Permis de treck : jusque Kagbeni le permis pour L’Anapurna conservation area est suffisant et coûte 20$ ;
Manger entre Jomoson et Kagbeni :Munal Guest House à Eklibhatti ;
Où dormir à Kagbeni : à l’hôtel « 3 Chörten* » le Shangri-La, chambre propres, douches et wc individuels, excellent restaurant « 3 Yack* » (* Yack et Chörten ne sont aucunement des classements officiels, juste les nôtres :))

De Kagbeni à Tchélé, du vent dans les cheveux, de la poussière dans les yeux.
Cette deuxième journée, marquait notre entrée officielle au Mustang, avec tout ce que « officiel » pouvait engendrer notamment une « perte de temps » au checkpoint pour la validation des permis spéciaux pour cette région. Un étranger souhaitant voyager au Mustang doit s’acquitter d’un permis de 500$ pour dix jours et doit obligatoirement voyager accompagné d’un guide.


C’est pourquoi nous avons contacté des amis Népalais pour nous organiser ce voyage. Ces amis Pradip et Shri ont créé l’agence francophone « Exotic Treck Travel and Expédition » à Tamel à Katmandou. Ils se sont chargés de toutes les formalités et ont embauché pour l’occasion notre guide : Tula ainsi que deux porteurs Mané et Kansa.


L’entrée officielle au Mustang


A la sortie de Kagbeni se trouve donc le checkpoint où Tula a passé de très longues minutes avec un militaire on ne peut plus prolixe racontant je ne sais quoi à Tula tout en remplissant la tonne de paperasse nécessaire et tamponant nos beaux permis.


Au retour, nous ne sommes pas repassés par ce village comme prévu. Cependant nous devions y refaire tamponner nos permis pour officialiser notre sortie du territoire Lobas (les lobas étant les habitants du Mustang, également appelé « Royaume de Lo »). Nos porteurs ont donc fait un détour sur leur chemin de retour pour aller les faire valider… sans nous, ce qui fut un peu étonnant .


Permis en poche nous avons entamé notre marche sur une route de cailloux, de poussières et de sable mais néanmoins carrossable et donc plutôt désagréable. Bien sûr ce n’est pas l’autoroute du soleil. On y croise tout au plus deux ou trois jeep sur toute la journée, mais au; moins cent fois plus de chèvres, l’élevage étant l’une des principales ressources au Mustang.
Dans les deux cas mieux vaut être équipé de lunettes et d’un foulard permettant alors de se protéger de la poussière soulevée. Le passage d’un troupeau de chèvres est tout de même plus agréable qu’une jeep, car les chèvres, elles, ne klaxonnent pas. Il est probable que les routes se développent au Mustang dans les années à venir, facilitant les déplacements et donc échanges des populations mais laissant le treckeur en mal de grand espaces vierges sur sa fin.


Après avoir parcouru ces routes dans des paysages désertiques où le port d’un couvre-chef est fortement conseillé afin d’éviter de se retrouver comme moi avec un crâne rouge écarlate et des pellicules d’enfer quelques jours plus tard, nous avons fait une pause thé-biscuits dans un jolie village en terrasses.


La pause était d’autant plus méritée que pour redescendre jusqu’au village nous avion quitté notre route klaxonable pour ne pas dire carrossable et avons emprunté un sentier aussi raide qu’étroit où, là, sans les bâtons et pourvu d’un sens de l’équilibre laissant à désirer la chute aurait pu très vite arriver.


La chute à bien eu lieu, ou plutôt l’affalement sur le fauteuil qui nous était proposé dans la rustique, mais non moins charmante, demeure de nos hôtes d’un midi. Enfin dans un endroit tempéré nous nous sommes réhydratés au lemon tea, se délectant de la scène maternelle qui nous était offerte. Comme si nous n’étions pas là, une mère et toutes les femmes de la famille étaient là réunies autours d’un nouveau né qu’elle massait délicatement aux huiles essentielles. La vue de tant de tendres visages a rendu ce moment encore plus paisible qu’il ne l’était déjà.


Cela dit, pas de perspective de massage aux huiles essentielles pour nous, seulement peut être la visite à un Amchi (médecin traditionnel tibétain) en arrivant à Lo Mantang mais avant ça encore plusieurs jours de marche étaient nécessaires.


De notre halte jusque Tchelé nous avons dû encore parcourir les sentiers durant plusieurs heures. Dans ces montagnes arrides nous avons croisés quelques sâdhus effectuant le parcours « barefoot » (il parait que c’est à la mode en occident) et nous faisant nous interroger sur la pertinence du port de chaussures de treck conçues par des experts de la biomécanique.


Puis nous avons pris un virage, au sens propre comme au figuré. Nous avons quitté ce paysage presque lassant pour redécouvrir La couleur. Les falaises étaient toujours les mêmes mais leur teinte elle changeait constamment : nuance de rose, d’ocre, de blanc contrastant avec le ciel bleu vierge de tout nuage. Car, oui, si à Pokhara les nuages étaient tous plus menaçant les uns que les autre, à partir de Jomoson, derrière ces par-nuages que forment les Anapurna et Daulagiris aucun risque de pluie ou presque, même en pleine mousson.


Au milieu de ces paysages, seule une ligne électrique tendue de village en village, au dessus de nos têtes rappelait que des sociétés humaines avaient pris possession des lieux.


L’étape s’est terminée comme elle a commencé, dans le lit de la Kali Kandaki avant de nous ne grimpions pour atteindre Tchélé.

Infos pratiques : Kagbeni – Tchélé
Permis pour le upper-mustang : 500$ pour dix jours les treckeurs doivent voyager par deux minimum (dans le cas contraire le treckeur doit payer deux permis) + un guide obligatoire.
Douche disponible dans la maison où nous avons dormi, compter 150 roupies (1,5€) pour une douche plus ou moins froide ;

Tchele – Syangmocchen et les 1000m de dénivelé qui les sépare
Notre troisième jour de marche nous mena à Syangmocchen, village minuscule situé sur l’immense plateau Tibétain à 3800m d’altitude. Les deux premières journées de marche n’avaient pas été plates mais nous n’avions pas véritablement franchi de col. Pour la première fois nous allions lors de cette journée passer plusieurs cols dont l’un à 4000m.

Nous avons quitté le canyon formé par la Kali Gandaki pour des paysages plus montagneux.

Cette journée nous a permis de découvrir une autre région Népalaise : le Dolpo. Nous ne l’avons pas pénétré mais avons pu l’observer au cours de notre marche.

 

Durant les premières heures de marche de la journée, après avoir grimpé un escalier minéral et pris un peu de hauteur, se trouvaient, de l’autre côté de la rivière, les villages Dolpa peuplés, comme le Mustang, d’une population Tibétaine.

A la différence du Mustang, le ciel était loin d’être continuellement bleu sur le Dolpo. La Kali Gandaki semblait représenter une ligne de démarcation climatologique entre ces deux provinces. D’un côté le Dolpo, continuellement couvert de nuages sombres, et de l’autre, nous et nos coups de soleil sur le crâne. Eole, suivant le cours de la Kali Gandaki nous apportait son puissant souffle dès le milieu d’après-midi à peu près chaque jour, rentabilisant ainsi ma Goretex Patagonia.


Caloriquement parlant nous nous étions fait plutôt plaisir durant les premiers jours de treck.
Nous nous permettions de prendre les longues pauses nécessaires à nos hôtes à la préparation de momos (raviolis Népalais/tibétains), de paneer palak (le paneer étant une sorte de fromage et palak signifiant qu’il baignait dans une bouillie d’épinards) ou de mes favoris les « pakauda » sorte de beignets de légumes croustillants ainsi que du Dalh de nos porteurs et de notre guide.


Mais pour entamer une ascension mieux valait se sentir plutôt léger et surtout ne pas laisser nos muscles se refroidir. C’est pourquoi nous avons décidé de nous contenter à partir de ce jour de frugaux repas le midi, c’est-à-dire bien souvent d’un simple bol de « noddle » chinoises et d’un lemon tea. Nous nous rattrapions néanmoins le soir avec de copieuses assiettes « Yeti size ». Dans chaque lodge du Mustang la même carte était proposée aux treckeurs : variétés de momos, d’oeuf, parfois même des pizzas délicieuses entièrement préparées sur la cuisinière traditionnelle meublant toutes les cuisines tibétaines. Nous nous régalions aussi de plats de « veg macroni » entendez pas là « macaronis », mais la même faute d’orthographe pouvait être lue partout au Mustang.


Le village qui nous a accueillis ce jour là fût l’un des plus paisibles. Il s’agissait aussi de l’un des plus petits dans lesquels nous nous sommes arrêtés mais il respirait la vie. D’abords grâce aux bêtes domestiques qui y déambulaient, vache, dzo (croisement de Yack et de vaches), chevaux, mais aussi parce qu’il y avait là une toute petite fille toute souriante, un peu espiègle, bref adorable car respirant la simplicité.

Son chiffon à la main elle participait non sans entrain au maintient de la propreté de la très belle maison, son brin de ménage fini elle passait fièrement à la corvée de patate. Je garde un très bon souvenir de cette maison excellemment bien entretenue malgré les posters kitch du Potala et les yacks miniatures posaient sur les étagères.

 
Nous nous y sommes arrêtés au retour après une très éprouvante matinée lors de laquelle David et moi avions suivi Tula dans un itinéraire bis, plus difficile que celui proposé initialement et qu’ont suivi Isa et Jean nous avait dit « ça monte comme ça « ça descend comme ça » (inclinant alors sa main à 135°). Bref cela n’était pas très précis et ne nous a pas laissé présagé du fait que nous finirio tremblantes d’épuisement car au final le profil de la matinée était plutôt celui :

 

Cet itinéraire nous a mené au fond d’un canyon, permettant ainsi de découvrir de nouveaux paysages et de nous rendre dans une grotte, parait-il sacrée, où aurait séjourné le célèbre Padmasambava, à l’origine de la diffusion du boudhisme en Asie.

 

La Gialo !
Pour revenir sur notre premier 4000, après quelques heures de marche nous avons rejoint Mané et Kansa, nos porteurs sans doute handicapés dans leur ascension par le poids de nos sacs. Les 20 kilos étaient répartis d’une façon que n’importe quel étranger jugerait peu ergonomique, les sac étant liés entre eux par des cordelettes et tout leur poids réparti sur le front des porteurs grâce à une sorte de bandeau les obligeant à marcher courbés.


Moi qui avait des craintes quant à la portabilité de mon duffel-bag, je me suis rendu compte qu’ils s’en étaient très bien accommodés.


Nos épaules à nous n’avaient pas à se plaindre. Dans mon sac à dos de 45L je n’avais emporté que ma légère goretex, ma polaire, une gourde, des chaussettes, de la crème solaire et une réserve de médicament en cas de subite tourista. Caprice d’occidentale ? non je dirais plutôt conscience de mes limites. Opérée d’une double fracture du pied 6 mois auparavant je ne souhaitais pas me retrouver au milieu de cette immensité, souffrant pour avoir surestimé mescapacités. D’autre part même si j’aime les grands espaces, j’aime aussi l’humain, partir avec des porteur ce n’est pas partir avec des larbins, c’est partir avec des gens dont on va découvrirla culture, les moeurs qui ont beaucoup à nous apprendre, même s’il est parfois difficile de communiquer. Pour ma part j’ai eu la chance de voyager avec deux porteurs d’une gentillesse incroyable. Leurs petites attentions pour nos petits bobos étaient très réconfortantes lors des petits moments difficiles.

Durant cette ascension leurs encouragements nous remotivaient, les cuisses tétanisant de plus en plus j’ai alors décidé de me m’arrêter qu’une fois le col atteint de crainte de ne pouvoir repartir si je m’arrêtai en plein milieux. Le groupe s’est alors étiré, chacun devant aller à son rythme.

Quand, au loin, j’ai pu apercevoir les drapeaux à prières symbolisant le col la douleur s’est presque effacée, me redonnant des forces pour les dernières dizaines de mètres. Nous avons atteint ce col exténués mais pour ma part tellement heureuse de découvrir l’immensité du plateau Tibétain

Du haut de ce col, nous pouvions apercevoir notre prochaine étape, le village de Syangmocchen situé à 3800m. Mais pour l’atteindre nous devions passer par une très longue descente sur un chemin glissant. Bonnes chaussures et batons devenaient alors les meilleurs alliés de nos articulations.

Soulagés d’en avoir enfin fini avec cette étape les plus courageux ont tenté la douche froide au fond du jardin de nos hôtes, quant à moi j’ai préféré une toilette de chat au gant de toilette sans eau conçu pour les treckeurs sans accès à l’eau. Nous nous sommes ensuite tous affalés sur nos lits les jambes en l’air, dans l’attente du repas, observant le plafond composé de branches et brindilles imaginant des insectes en tout genre manger d’autres insectes en tout genre et n’attendant que la nuit et la lueur de ma frontale pour descendre me chatouiller.

Syangmocchen – Dhakmar : les Anapurnas enfin !
Syangmochen (3850m) est un village minuscule, un point de passage des treckeurs et commerçants mais sans vie. Cependant les collines qui l’encerclent cachent bien des surprises.
Au petit matin de notre 4ème journée de treck Tula semblait pressé. Lui qui est toujours à l’arrière du groupe s’est mis à marcher en tête à un rythme soutenu qui ne ravit ni mes pieds, souffrant encore de la journée précédente, ni mon souffle qui semblait bien court à cette altitude. Le village étant situé dans une cuvette, la journée commençait donc par un bon 200m de dénivelé positif pour atteindre un col à 4070m. Du haut de celui-ci nous comprîmes la raison de son engouement matinal pour la marche sportive : un magnifique panorama sur les Anapurnas.
Bien sur en cette saison la vue n’était pas totalement dégagée mais pour la première fois je pouvais observer Anapurna 1 (8091 mètres) et ses sommets voisins.

Après une nuit passée à cette altitude et par conséquent assez peu reposante ce panorama nous a réveillé d’un coup, nous redonnant l’énergie nécessaire à la marche du jour.
Mis à part un léger mal des montagnes pour ma première vrai journée à 4000m, se matérialisant par des vertiges et une sensation d’apathie, la journée s’est avérée plus facile que nous l’imaginions notamment grâce à la beauté et à l’incroyable diversité des paysages.

250 mètres de piété
Après une matinée à traverser les paysages « classiques » du Mustang, qui, bien de désertiques, n’étaient pas pour autant lassants nous sommes arrivés sur un lieu très particulier, là où se trouve le plus long mur de mani du Népal, le mur de Ghemi long de 250m.
Un mur de mani est un monticule de plaques et roches scellées sur lesquelles sont gravées des prières en Tibétain tel que le très populaire mantra « Om Mani Padme um » que toute personne passée par Bodhanath à Katmandou a dans la tête des jours entiers.

Le soleil et le vent s’y faisaient concurrence, sans doute pour que les prières s’envolent aux confins des quatre coins du Mustang (les Lobas représentaient, il y a encore 50 ans la Terre sous forme de rectangle ). Une goretex légère et respirante est donc un bon atour à enfiler le temps d’une pause.

Passés ce mur nous n’étions pas au bout de nos plaisirs architecturaux. Nous nous sommes retrouvés face à trois imposants chörtens, de part leur taille mais aussi de part leur ancienneté supposée séculaire.

Ces trois monuments, posés là tel des caméléons en mode camouflage, se fondaient parfaitement au décor.
Les couleurs utilisées pour les peindre, comme pour tous les lieux religieux du Mustang reprenaient l’ocre, le blanc et noir des falaises environnantes.
On pouvait facilement supposer que ces couleurs avaient été choisies en fonction des matériaux trouvés sur place. Érigés là avec une discrétion que je qualifierai de monumentale.
Ils mettaient en exergue le fait que l’homme peut très bien apporter sa pierre aux paysages sans pour autant les dénaturer.


Cela dit, le choix des couleurs n’était pas dépourvu de signification. Elles représentent les couleurs de la secte Sakaya. Ce qui laisse penser que même les falaises étaient Sakyapa au Mustang.


Une histoire de Dakhmar
Après une pause à l’ombre des shörtens nous sommes arrivés rapidement à Dakhmar.

 

Le village était au centre des paysages les plus colorés du treck, entre falaises rouge vif et patûrage d’un vert à rendre jaloux les Highlands écossais.

La couleur de la falaise serait la conséquence d’une bataille entre un saint et un démon. Le saint victorieux aurait répandu les poumons du démon et son sang sur ces falaises.

Soirée à Dakmar
Bien loin des histoires d’épouvante de démon et de saint, après m’être posée un bon moment sur mon lit les jambes en l’air, bien au chaud dans ma polaire, je fût attiré par des éclats de rires résonnant dans la maison. J’ai donc repris une position plus conventionnelle à la recherche de ces éclats de rire.

Je suis donc tombée sur Mané, Kansa et Tula faisant une partie de bilard Népalais connu sous le nom de carrom.

Ce billard se jouant à deux ou quatre, Kansa, mon porteur, m’a proposé de faire équipe avec lui. Nous avons énormément rigolé, attirant la curiosité des villageois de passage et empêchant mes amis de finir leur sieste.

La soirée fput donc mémorable, d’autant plus que nos hôtes étaient très accueillants, tous aussi souriants les uns que les autres, du nouveau né à la grand mère au visage marqué par la vie extrême Himalayenne…


Dhakmar- Lo Mantang : des ampoules, des crampes mais un objectif atteint
Cette nouvelle journée s’annonçait comme l’une des plus belles, des plus émouvantes mais aussi la plus longue avec 9h de marche au programme. Elle allait nous mener vers Lo Mantang, la mythique cité fortifiée capitale du Mustang perdue en plein désert d’altitude.
La lecture de « Mustang : Royaume Tibétain interdit » de Peissel m’avait fait fantasmer cette cité moyenâgeuse où, il y a moins de cinquante ans, le roi et ses sujets pensaient se trouver au centre du monde, d’un monde plat, entouré uniquement de pays « satellites » tels que le Tibet, la Chine, l’Inde et quelque part au loin d’aussi minuscules qu’insignifiantes îles appelées Royaume et Etats-Unis.
Bref leur système de pensée était bien loin du notre. Isolés comme ils l’étaient, ils considéraient les Français comme des êtres bien abstraits, peut être une sorte d’Américains ou bien encore de citoyens de la couronne Britannique… et nous voilà donc, Isa, Jean-Marc, David et moi levés de bon matin pour une très longue journée vers l’une des cités les plus
méconnue du monde.


Ce (grand) jour là, nous sommes donc partis une demi-heure plus tôt qu’à notre habitude.
Le soleil était comme nous, à peine levé. Il ne réchauffait pas assez l’air pour que je parte sans enfiler ma Goretex et même, pour la première fois depuis le début du treck, une fine paire de gants.

Mais partir tôt nous a permis de profiter de son inédite lumière qui faisait apparaître, du haut d’une colline, un théâtre d’ombres tibétaines avec ses silhouettes de yack et de villageois.

Au bout de notre cinquième jour de marche nous avions assimilé le fait qu’une journée en Himalayas ne commençait jamais par une marche à plat, ou même sur du faux plat, mais par une petite montée de col.
Celle-ci s’effectua dans un dédale de roches érodées à la couleur jaunâtre.


Nous avons déjeuné près du monastère de Lo-Ghyekar dans une maison tenu par le seule
habitante du village présente alors dans les environs.

Nous avons fait une courte visite du monastère datant du 8ème siècle, désert lui aussi.

9 heures à pied ça use les mollets
Après quelques heures de marche, passant cols après cols, David et moi avons de nouveau retrouvé Mané et Kansa qui faisaient une halte sur une plaine d’une verdure inespérée.


La pause fût appréciable car une vive douleur au mollet m’embêtait depuis quelques kilomètre. A ce moment là je m’inquiétais sérieusement d’avoir une déchirure qui pouvait compromettre le reste du treck, soit un peu plus du double de ce qu’on avait déjà parcouru avec de gros cols en perspective.
Bien que cela faisait des mois que je pensais à cette journée et au fait de découvrir enfin Lo Mantang la journée me parut très longue et j’en oubliai presque l’avoir tant rêver, 9h de marche, ça use les souliers certes mais ça vous les remet sur Terre aussi.
A chaque passage de col nous espérions apercevoir Lo Mantang mais seule l’infinité des plateaux Tibétains s’offrait à nous.

Il était difficile d’imaginer que quelque part, au bout d’une plaine désertique ou derrière les reliefs, se trouvait Lo Mantang alors qu’aucun signe de vie humaine n’avait été croisée depuis des heures.
Seuls quelques chörtens nous indiquaient que la région n’était pas un nomansland inexploré depuis que les plaques indiennes et eurasienne étaient entrées en collision il y a 40 millions d’années.


Le mirage Lo Mantang
Mais voilà, après un dernier col où flottaient les drapeaux à prière apparaissait enfin la cité emmurée, tel un mirage dans ce paysage de steppe situé à l’altitude moyenne du Mont Blanc.

La vue était magique, rien à redire là dessus, mais la ville semblait encore tellement loin, accessible seulement au bout d’une très longue descente.

J’avais imaginé que nous pénétrerions dans Lo Mantang par la grande porte des remparts, mais nous sommes arrivés à l’opposé de celle-ci. Nous avons dû enjamber les clotures des habitations se construisant autours de la ville. Enfin rassurez-vous, rien d’anarchique comme on peut l’imaginer dans une ville asiatique qui s’étend mais Lo Mantang n’est plus une cité courant des risques d’invasion, les habitants n’ont plus à rentrer à l’intérieur des murailles pour se protéger des envahisseurs et des brigands. Ils commencent donc à construire leurs habitations autour de celles-ci.


Ma première soirée à Lo est d’avoir été la meilleure du treck. Je souffrais vraiment physiquement en arrivant à Lo, mollet, pied tout juste remis de mon opération, ampoules.
J’étais épuisée. Nous ne rêvions tous que d’une chose, nous poser et pouvoir prendre une douche. Enfin à l’hôtel je me suis couchée, dans ma polaire, recroquevillée dans mon duvet, j’ai dormi toute la soirée le moral au raz des steppes. J’étais persuadée de devoir finir le treck à cheval qui, ce qui en plus de me dépouiller de mes roupies, m’aurait terriblement déçue tant je tenais à aller jusque bout.


Mais le lendemain le mollet et le moral étaient de nouveau au rendez-vous me permettant d’envisager le retour sur Jomoson sereinement.

Conclusion

En bref, le trecking c’est une ode à la vie simple, se lever le matin, faire son sac, ingurgiter son petit déj et partir marcher des heures sans se poser de question.
Le trecking s’est s’attendre à de nouveaux paysages à chaque virage.
Mais ce n’est pas seulement mettre un pied devant l’autre durant des heures. C’est surtout, arrêter le temps pour prendre la pleine mesure des paysages grandioses au milieu desquels on se sent inexistant et par là même se rendre compte à quel point les populations que l’on rencontre ont du mérite à tout simplement vivre et sourire.
J’ai trouvé qu’il y avait au Népal une grande fraternité que l’on ne retrouve pas en France bien que ce mot fasse partie de notre devise nationale… et peut être est-ce cela qui entretien la Vie.


Depuis que je suis rentrée, je me réveille tout les matins avec en tête un sommet enneigé tel que le Nilgiri, ce mastodonte de glace que je voyais presque quotidiennement.
Bref, la simplicité de la vie et des gens, le grand air, l’effort physique… tout cela me manque et je ne rêve que d’une chose : repartir!

Matériel :

Catégorie
Modèle
Marque
Avantages
Inconvénients
Si c’était à refaire
 Bâton de randonnée
 Bâtons de randonnée Sherpa  Husky  rapport qualité prix – robuste – poignée en liège parfait contre la transpiration  Le seul inconvénient pour moi est la taille du bâton (trois brins) qui même replié ne tenait pas à l’intérieur de mon sac à dos en soute.  Je referai ce choix sans hésiter
 Gore Tex  women super cell jacket  Patagonia  Une veste dans laquelle il est agréable de marcher car respirante. Très bonne protection contre le vent très violant soufflant sur le Mustang l’après-midi.  Il n’y a pas de pochette de rangement, on est obligé de la mettre en boule dans le sac à dos.  Je referai ce choix sans hésiter même si je prendrai une taille en dessous, c’est à dire ma taille habituelle. Je l’avais commandé une taille au dessus souhaitant être à l’aise dans celle-ci avec de multiples couches (polaire etc) mais même avec une polaire j’avais de la marge
 Chaussures de randonnée
 Tribe GV femme
 Asolo  imperméable, solides, tenue au sol, confort    Je regrette de ne les avoir prise une pointure au dessus de ma pointure habituelle. Une demi-pointure au dessus aurait permis que mes pieds soient suffisamment à l’aise. Je compléterai avec une semelle pour le prochain treck
 Chaussettes  Chaussettes de marche
 Damart Sport
 Tenue au pied, pas de plis ou de coutures gênantes  Allergie attrapé au niveau de l’élastique sur le molet qui sert trop fort  Pas mal mais je pense qu’on peut trouver mieux
 Chaussettes  Forclaz 900
 Quechua  Chaudes pour les nuits fraîches.  Très mal taillées. Trop chaude pour marcher. Coutures irritantes.  Plus jamais je ne referai ce choix. Je n’ai porté ces chaussettes qu’en soirée. Ces chaussettes n’ont rien d’ergonomiques.
 Sac à dos
 Verdon 45+10  Lafuma  prix, solidité, confort, raincover  Des filets supplémentaires sur les côtés pourraient être utiles pour avoir tout à portée de main.  Je ne quitte pas ce sac très confortable et solide, cela quelque soit la charge.
 Duffel Bag
 Black Hole Duffel 45L  Patagonia  Etanche, solide.  Il manque une bandouilère.  Un sac très pratique que j’ai pu confier sans crainte aux porteurs.
 Veste polaire
 women retool full zip jacket  Patagonia  Agréable à porter, style retro  Poche sans fermeture ou scratch  Je pense que Patagonia taille un peu large. J’aurai pu commander une taille en dessous. Cela dit je ne la quitte plus et attend presque avec impatience les soirée hivernales.
 Sous-vêtement  Women Switchback  Patagonia  Conrtable  Trop épais. N’évacue pas bien la transpiration.  Pas adapté aux fortes chaleurs subies durant le treck.
 Chaussures détente
 Chaussures basses
 Pataugas  Confort    Chaussures très agréables à porter car entièrement en cuir, super pour les soirées après une journée de marche.
 Pantalon  Coton bio
 Lafuma  Léger, agréable à porter.    Un pantalon parfait pour des longues journées de marche au soleil.
 Lampe frontale
 Tkkina 2
 Petzl  Prix, puissance  /  Parfait pour la lecture le soir et le brossage de dent en outdoor dans la nuit noir. Pas assez puissante pour la marche de nuit sur chemins escarpés.