Alpinisme itinérant dans le massif du Grand Paradis en Italie

par Expérience Outdoor
On se retourne

Victor Michel, un passionné d’alpinisme nous raconte son parcours au massif Grand Paradis en Italie.

Alpinisme itinérant dans le massif Grand Paradis

Alpinisme itinérant dans le massif Grand Paradis

Présentation de la sortie dans massif Grand Paradis

Date du début du voyage

Du 16 au 23 juillet 2015

Lieu : Massif Grand Paradis en Italie

  • Départ : Val d’Isère (France, Vanoise)
  • Gare de Bourg Saint Maurice (Savoie), puis en stop.
  • Checkpoint : Noasca/Ceresole Reale(Italie, Vallée dell’Orco)
  • Arrivée : Cogne (Italie, Val d’Aoste)

Retour vers Chamonix par le tunnel du Mont-Blanc par un bus pour Aoste puis Aoste Chamonix en passant par Courmayeur. 15 euros environ.

Carte générale de l

Carte générale de l’ascension du massif Grand Paradis

Carte générale du parcours : – en bleu : trajet en stop
– en rouge : trajet marché

Cartes ign de la partie italienne de l’itinéraire randonnée en ITALIE

Cartes ign de la partie italienne de l’itinéraire randonnée en ITALIE

Participants :

Toto et Lolo, deux jeunes alpinistes de 19 ans formés par leurs pères, ensembles. Toto, habitant en région parisienne, passe la plupart de ses vacances à la montagne, pour le ski comme pour l’alpinisme. Je connais donc la plupart des massif français des Alpes. Voulant découvrir de nouveaux paysages, nous sommes partis en direction de l’Italie !

Où dormir au massif Grand Paradis :

Par terre au massif Grand Paradis en Italie, dans un coin d’herbe, très pratique quand on est trop fatigué pour chercher !

  • Le Camping de Ceresole Reale
  • Camping de Cogne
  • Refuge du Prariond
  • Le Refuge Vittorio Sella
  • Refuge Pontese
  • Bivouac Ivrea (9 places, gratuit), très peu fréquenté
    Arrivée au bivouac Ivrea en Italie

    Arrivée au bivouac Ivrea en Italie

  • Le Bivouac Grappein/Pol (9 places et 4 places, gratuit), 2 bivouacs cotes à cotes, un peu plus fréquentés que Ivrea, mais très rarement complet je pense.
    Bivouac Grappein au massif Grand Paradis

    Bivouac Grappein au massif Grand Paradis Italie

  • Bivouac Gratton (9 places, gratuit), peu fréquenté aussi. Les bivouacs comportent le strict minimum : des couchettes, table et sièges, pas de gaz, peu de vaisselle. Ils sont bien entretenus par les alpinistes qui y passent. Plusieurs autres bivouacs jalonnent les environs, très peu fréquentés, offrant ainsi des courses d’alpinisme sauvages, originales et peu coûteuses !
  • Le Bivouac Leonnessa
  • Bivouac Borghi
  • Le Bivouac Martinotti
  • Bivouac Money

Où se restaurer/où se réapprovisionner au massif Grand Paradis :

Bourg Saint Maurice : Pas de problèmes, 2 grands supermarchés avec tout ce qu’il faut.
Ceresole Reale : 2 petites épiceries, pas énormément garnies, on pensait qu’il y aurait plus.

Caractéristiques de la vallée dell’ Orco :

  • Vallée dell’Orco, réputée pour ses cascades de glace en hiver et ses falaises singulière. Fissures et cheminées au programme, très impressionnant ! Peu équipées cependant, certaines voies se font entièrement sur Friends.
  • On a croisé une cordée de grimpeurs qui redescendait d’une voie, je crois qu’il y en a pas mal autour du refuge Pontese (Lac de barrage de Teleccio), qui est un coin très méconnu des Français, sans doute par ce qu’il n’est pas facile d’accès depuis la France. On y entend pas parler français, contrairement au versant de Cogne, plus au nord, qui est accessible par la Vallée d’Aoste

Bibliographie :

Très peu de topos sur ce coin, à part sur la voie normale du massif du Grand Paradis en Italie. On s’est basé sur les topos de camptocamp, ainsi qu’une carte IGN du lieu.
C’est en parti ce vide d’information qui nous a motivé à partir ici. On a pas été déçue : C’est magnifique et il n’y a personne !! Un massif qui mérite d’être arpenté.

Principe/But :

Quand on fait des sorties d’un ou deux jours, on descend parfois dans la vallée pour remonter le lendemain. Mais pourquoi ne pas rester en haut ? Le but de cette sortie était de partir pour une semaine en montagne, arpenter monts et vallées sans passer par le bas, avec le matériel de bivouac et d’alpinisme. Le principe était de réaliser des courses d’alpinisme tout en découvrant un nouveau massif.
On voulait aussi se secouer un peu et mettre un peu d’intensité dans ces vacances alpines. On a en effet réaliser en 7 jours, 4 sommets !

Parcours au massif Grand Paradis en Italie

Pointe de la Galise   (arête sud)

Pointe de la Galise

Pointe de la Galise

Altitude : 3343 m
Vallée : Tarentaise
Difficulté : PD / rocher
Départ : Pont St Charles (2056 m)
Refuge : refuge du Prariond (2500 m)
Dénivelé : 850 m
Temps : 4h de montée dont 2h30 d’arête

Tête de la Tribulation  ( voie normale par Ivrea )

Tête de la Tribulation

Tête de la Tribulation

Altitude : 3642 m
Vallée : Val de Cogne
Difficulté : PD / mixte
Départ : Barrage de Teleccio (1917 m)
Refuge : Bivouac Ivrea (2745 m)
Dénivelé : 900 m
Temps : 5h de montée, 8h jusqu’au bivouac Grappein

Grand Paradis  ( par le col de l’abeille )

Grand Paradis

Grand Paradis

Altitude : 4061 m
Vallée : Val de Cogne
Difficulté : PD / mixte
Départ : /
Refuge : Bivouac Grappein (3200 m)
Dénivelé : 861 m
Temps : 5h30 de montée, 9h jusqu’au bivouac

Grivola  ( voie normale)

La Grivola

La Grivola

Altitude : 3969 m
Vallée : Val de Cogne
Difficulté : PD / mixte
Départ : /
Refuge : Bivouac Gratton (3200 m)
Dénivelé : 769 m
Temps : 4h de montée,7h pour bivouac,11h30 au bas

Date Activité Départ Arrivée Dénivelé Temps de marche Météo
Jeudi 16 juillet Arrivée et montée au Prariond Pont St Charles (2056 m) Refuge du Prariond (2500 m) +450 m 17h30-19h Orage et éclaircie
Vendredi 17 juillet Pointe de la Galise Refuge du Prariond (2500 m) Noasca (Italie) +850 m 4h-16h Nuageux puis beau
-850 m
+550 m
-1000 m
Samedi 18 juillet Montée à Ivrea Barrage de Teleccio (1917 m) Bivouac Ivrea  (2745 m) +1200 m 12h-19h Beau, brumeux puis grèle
-300 m
Dimanche 19 juillet Tête de la Tribulation Bivouac Ivrea  (2745 m) Bivouac Grappein (3200 m) +900 m 5h-13h Beau
-450 m
Lundi 20 juillet Grand Paradis Bivouac Grappein (3200 m) Bivouac Grappein (3200 m) +800 m 4h-15h Beau
-800 m
Mardi 21 juillet Randonnée « balcon » Bivouac Grappein (3200 m) Bivouac Gratton (3200 m) -1100 m 10h-20h Pluvieux et éclaircies
+1100 m
Mercredi 22 juillet Grivola Bivouac Gratton (3200 m) Cogne +800 m 4h-16h Beau
-3500 m

Jeudi

C’est parti ! Départ de Bourg-Saint-Maurice. Il fait beau, il fait chaud, on va faire les courses et direction Val-d’Isère en stop. Ça mord pas bien. On espère pas mettre trop de temps car on est déjà en milieu d’après-midi et on doit encore monter au refuge du Prariond.

Vallon et refuge du Prariond sous l

Vallon et refuge du Prariond sous l’orage massif Grand Paradis

Finalement, on arrive vers 17h au départ . On se retrouve seul sur ce parking après l’agitation de la journée. C’est calme, il fait plus frais, l’odeur de la montagne enivre nos narines. Une légère brise annonce le rapprochement des nuages d’orages. Le trip a commencé ! Heureusement, le refuge n’est qu’à une heure de marche. On arrive au refuge alors que l’orage s’abat sur nous. Des décorations tibétaines jonchent l’intérieur de celui-ci. On arrive tout pile pour la soirée « rapport de vacances » du gardien et de sa femme. On était pas attendu mais on se voit tout de même offrir l’apéritif en attendant que la pluie cesse. Alors que les rayons rasants du soleil du soir percent les nuages sombres, nous sommes montés plus haut dîner dans cet air emplis d’humidité avec nos amis les bouquetins.

Après la pluie vient le beau temps dans les montagnes d

Après la pluie vient le beau temps dans les montagnes d’italie

Vendredi

Lever 4h, temps nuageux. Départ pour la Pointe de la Galise. On monte tranquillement dans ces alpages du Parc de la Vanoise…

Grande aiguille Rousse au petit matin au massif Grand Paradis

Grande aiguille Rousse au petit matin au massif Grand Paradis

Soudain, une grosse pierre dévale la pente et passe entre Lolo et moi qui étions pourtant rapprochés. Le coup de frayeur étant passé, on lève la tête. Un bouquetin nous regardait l’œil emplit de malice ! Ces chèvres des montagnes ne sont vraiment pas partageuses !

Première et seule vraie longueur d

Première et seule vraie longueur d’escalade au massif grand paradis

Arrivés au col, nous entamâmes la montée par une longueur d’escalade en 4 pour monter sur l’arête. Ayant ainsi pris de la hauteur, on commence à ressentir cette sensation de vertige que l’on a lorsque l’on évolue sur une arête prononcée, fusse-t-elle de moindre difficulté technique.

Escalade sur l

Escalade sur l’arête au massif grand paradis

En effet l’escalade y est très aisée et on progresse rapidement à corde tendue jusqu’au sommet.

Vue du sommet massif Grand Paradis

Vue du sommet massif Grand Paradis

On est satisfait de cette mise en jambe et on descend par la voie normale où un petit glacier résiste encore au réchauffement climatique qui frappe durement en Vanoise.

Bas du glacier massif Grand Paradis

Bas du glacier massif Grand Paradis

Arrivés en Italie

On atteint ensuite l’Italie en remontant au col de la Vache. A la fin de la descente sur le barrage de Serru , un sympathique randonneur italien nous aborde. On lui explique d’où l’on vient et, au bout d’un quart d’heure de discussion à base de gestes et de mots incompris, on comprend qu’il propose de nous redescendre dans la vallée. Merci pour cet accueil !

Versant italien du col

Versant italien du col

Lessivé par cette première journée, la soirée arrive avec une bonne douche (la pluie, bien sur !) alors que nous cherchons du ravitaillement pour les 5 jours à venir, qui seront intensifs. Un point que nous avons pas pris en compte est que, bien que Ceresole Reale soit touristique, il n’y a qu’une ou deux épiceries pour se ravitailler.

Ceresole Reale sous la pluie

Ceresole Reale sous la pluie

Après avoir trouvé une petite grotte pour dîner et planté la tente pour dormir, on passe une nuit paisible et on se réveille sous un soleil radieux.

Le campement au matin

Le campement au matin

Samedi

On prend du temps pour petit déjeuner, puis on bourre les sac, qui ont du mal à fermer. On rejoint la route pour trouver une voiture qui nous descendrait vers la route du lac de Teleccio. Mais, de bon matin, toutes les voitures montaient au col du Nivolet ! Personne ne redescendait la vallée !

Stop sous les Levanna

Stop sous les Levanna

Direction le lac de Teleccio

Au bout d’une petite heure, on aperçoit un car, super ! On essaie d’expliquer où on veut aller au chauffeur. Le car était en fait à son terminus, et il remontait ensuite… On commençait à se demander si l’on allait réussir à monter à notre point de départ. Après avoir testé tous les moyens possibles pour aguicher les conducteurs italiens, on finit par être pris par un camping-car qui nous descend jusqu’à la jonction avec le vallon (et la route) du lago di Teleccio.

STOP

STOP

Arrivé sur le lieu dit de cette jonction, on cherche la route que l’on doit emprunter. C’est avec désarroi qu’on se rend compte que ce n’est qu’une toute petite route avec TRÈS PEU de circulation. On se regarde.. Il faudra passer à une méthode plus forte si on veut réussir à monter avant ces 20kms, surtout qu’il nous reste 1200 m de dénivelés a parcourir dans la journée.
On se mets donc au milieu de la route, sous le chaud soleil de midi. On stoppe la première voiture qui passe, on avait peur de ne pas en voir. C’est un couple de retraités. Après avoir quelque peu insisté, ils acceptent de nous monter, mais seulement au village juste dessus ils allaient simplement au restaurant ! Par chance, notre sauveur, après avoir regardé la carte, décide de faire un sacré détour pour nous déposer au barrage de Teleccio, l’envie d’aventure dans les yeux, par une route escarpée, et sous les protestations de sa femme mal à l’aise. Cette petite escapade à remué tout le monde, et nous a bien rendue service. Merci !

Lac de Teleccio en Italie

Lac de Teleccio en Italie

La journée pouvait commencer, tardivement. La première heure de marche fut très dure. La chaleur et le poids des sacs nous écrasaient. Le chemin était raide, les pas lents et la tête bouillante. On a fait une pause pour manger au refuge Pontese qui domine le lac, où l’ambiance était à la fête. Une flopée de touristes italiens la polenta de la gardienne, très accueillante, qui nous a même offert du fromage lorsqu’elle a compris que l’on était français.

Bivouac Ivrea

Mais il nous restait du chemin à faire. Nous avons donc quitté ici la civilisation pour s’envelopper dans les brumes des hauteurs, là où il y a peu de verdure pour beaucoup de rochers.

Dans les brumes au dessus du refuge Pontese


Dans les brumes au dessus du refuge Pontese

C’est dans cette ambiance austère que nous franchissames le col dei Beicci., pour rejoindre en fin d’après-midi le bivouac Ivrea sous la grêle.

Col dei Beicchi

Col dei Beicchi

On était trempés, j’en ai donc profité pour me laver dans un torrent. C’est d’ailleurs suite à cette bonne idée que j’ai perdu la sensibilité de mon orteil pour quelques mois … La nuit commençait à tomber, on a rejoint cette petite cabane jaune, fait sécher le PQ, demandé aux bouquetins si il y avait une source dans les alentours (on a pris leur réponse pour un non) et on a préparé à manger (des pâtes).

Arrivée au bivouac Ivrea

Arrivée au bivouac Ivrea

Dimanche

La nuit passât vite, comme toutes les suivantes d’ailleurs. Après 2 jours de fatigue accumulée, on s’endort vite ! Les préparatifs du matin passés, sacs sur le dos, on ferme doucement, à grand coups de pieds, la porte de notre hébergement pittoresque. On démarre tranquillement notre journée, bercés par le silence de la nuit. La montée se fait dans un gros pierrier, sans réel chemin, ce qui nous oblige à porter le faisceau de notre frontale plus loin que le bout de nos pieds. Avec le jour vient la fin de cette pénible montée. On se retourne, on a pris de la hauteur : on surplombe maintenant ce cirque sauvage, encore dans la pénombre, alors que les premiers rayons du soleil pointent sur nous.
La journée s’annonce agréable, d’autant que je commence à être impatient le grand glacier caché juste derrière la montagne qui n’est pour l’instant à mes yeux que tâche blanche  sur la carte. Une petite langue de neige sort de derrière un rognon. C’est ici que nous chaussons les crampons pour remonter cette combe sinueuse. On ne sait toujours pas comment va se présenter le couloir de montée au col de la Tribulation, qui est d’après camptocamp assez raide (40°), ce qui peut poser problème compte tenu de la chaleur du soleil déjà à 7h ainsi que du poids de nos sacs.

Montée dans le pierrier

Montée dans le pierrier

La combe s’élargit ensuite pour nous laisser voir cette dernière pente… Un couloir de neige ?Non, la chaleur de la période l’a transformé en pierrier croulant, aussi muable qu’une coulée de boue. Un pas dans ce terrain demande l’énergie de 4. On a cette désagréable impression de nager à contre courant dans un torrent de roches. Notre équilibre est sans cesse remis en question par les remous de cette véritable polenta rocheuse que l’on a sous les semelles. On pose les mains pour s’aider, ce qu’on regrette aussitôt, après avoir reçu quelques pierres sur les doigts.

On se retourne

On se retourne

Cette lutte avec la montagne nous mène cependant au bout de quelques temps au col. Alors, nos yeux s’écarquillent devant ce merveilleux glacier, immense et chaotique, que l’on observe depuis ce col escarpé, comme l’on observe un jardin depuis le balcon. Escarpé ! La descente ne va pas être simple. Mais pour l’instant, on doit encore monter. Le sommet n’a pas l’air très loin. On dépose nos affaires, ne prenant que le minimum.

Le Grand Paradis (nuage) et son glacier Sud-est

Le Grand Paradis (nuage) et son glacier Sud-est

Le grand glacier de la Tribulation

Le grand glacier de la Tribulation

La montée se passe bien dans des gradins rocheux, avec quelques pas d’escalade facile. Rapidement, on arrive à un replat de l’arête, d’où on découvre que celle ci cachait une partie en neige. Nos crampons étant restés au col, on s’est dit que nos piolets suffiraient.

L

L’arête qui monte à la Tête de la Tribulation

Toutefois, à mesure que l’on avançait, l’arête devenait moins large et plus fuyante sur le coté, laissant envisager une descente rapide dans la cuvette glaciaire par un large toboggan. On frappe bien des pieds, on plante profondément les piolets, et on finit par rejoindre le sommet de la Testa della Tribolazione (Tête de la Tribulation), notre premier sommet italien.

Le passage non attendu en neige

Le passage non attendu en neige

Le retour

Le retour au col se fait de la même façon (mais dans l’autre sens!). De là, on repère le chemin de la descente, qui est barré par de longues crevasses. On aperçoit au loin une cordée qui traverse le glacier pour rejoindre le bivouac. Serons-nous seuls ce soir ? On le verra bientôt. Les premiers mètres de la descente sot raides mais rapidement, les pentes sont plus accueillantes. Mis à part les 2, 3 crevasses que l’on a rencontré, la descente ne présente pas d’autres problèmes. Nous trouvons la cabane vide. Cette petite boite grise est perché sur un promontoire de 1000m : la vallée reste très loin de nous.

Le bivouac Pol qui surplombe la vallée de Cogne

Le bivouac Pol qui surplombe la vallée de Cogne

La vue est magnifique, on a l’après-midi pour en profiter. On commence par faire une petite sieste. On repère ensuite l’itinéraire de la course du lendemain, le Grand Paradis.

Bivouac Grappein depuis le bivouac Pol

Bivouac Grappein depuis le bivouac Pol

Bien installés dans notre cabane, le soir arrive, nous serons donc seuls. Trop bien ! Dîner, couché de soleil et puis au lit. Voilà comment se finit cette journée mouvementée.

Lundi

Le levé est fixé plus tôt : 3h. La route est longue et surtout pleine d’obstacles.

Matin

Matin

Il va faire chaud, on préfère éviter de visiter le fond des crevasses, bien que certaines soient particulièrement spectaculaires. On passe les dernières minutes de la nuit à marcher sur le glacier, accompagnés seulement du crissement des crampons sur la neige encore dure. A cette heure, aucun bruit ne perce, pas même l’écoulement de l’eau du glacier. On relève la tête de temps en temps, comme pour vérifier que le paysage est encore là. Mais les énormes masses rocheuses qui se dressent autour de nous continuent de nous fixer silencieusement.

Les séracs

Les séracs

Autour de cela, notre esprit est comme vide, hors du monde, à la fois pas réveillé et trop loin de ses repères habituels pour comprendre la situation.

Lever de soleil

Lever de soleil

Puis l’effort, le pincement de l’air matinal et la caresse des premiers rayons du soleil éveillent doucement les sens. On se demande soudainement ce qu’on fait là, devant ce formidable levé de soleil.
On savoure cet instant, puis on reprend notre progression, bine réveillé cette fois-ci. La trace, très effacée, monte sur une large rampe vers le col des Abeilles, en contournant les grosses crevasses qui barrent le chemin.

Le bassin supérieur du glacier

Le bassin supérieur du glacier

On rejoint une arête de rocher branlant par une courte pente de neige au dessus du col. La montée sur l’arête s’effectue dans un terrain pénible, puis l’on s’échoue au pied d’un ressaut d’une vingtaine de mètres, en haut duquel on atteindra le bord du cirque terminal de la voie normale du Grand Paradis.

Le col de l


Le col de l’abeille

On tire alors une longueur dans une cheminée, en apparence tout à fait accessible (III), vertical, mais prisue. Je me lance en tête, mais je me rend rapidement compte que les prises adhérent guère plus au rocher que les éboulis dans le pierrier du dessous.

La cheminée

La cheminée

C’est donc crispé que je remonte cette cheminée, mettant le moins de poids possible sur chacun de mes appuis, tâtonnant longuement avant de trouver une prise convenable. Je place 2, 3 coinceurs, ne m’attendant pas vraiment à ce qu’il me retiennent. En haut, une sangle récente était en place sur un becquet, signe que cette voie est parfois faite. Je fais un relais et assure mon second qui monte sans trop de problèmes, à part lorsqu’il découvre que la grosse prise de sortie était en fait un bloc en équilibre de un mètre cube qui ne demandait qu’à lui tomber dessus.

Les alpes Suisses

Les alpes Suisses

Maintenant hissés sur Il Roc, il ne nous reste plus qu’à les quelques mètres qui nous séparent du véritable sommet. On voit nettement la voie normale et son affluence habituelle. C’est étrange de devoir monter à 4000m pour retrouver une présence humaine.

Le sommet et la voie normale depuis Il Roc

Le sommet et la voie normale depuis Il Roc

La rimaye était tellement ouverte qu’une échelle avait été installée. Cependant, on a rapidement compris que pour descendre d’Il Roc, notre perchoir rocheux, on allait devoir franchir une rimaye de même envergure. Aucun de nous deux n’ayant pris d’échelle dans ses affaires, on commençait à songer à faire demi-tour.

Passage de la rimaye (par la gauche)

Passage de la rimaye (par la gauche)

En cherchant bien, sur le bords de notre promontoire, on trouva un moyen de descendre sur un petit col, pour passer la grosse crevasse, bouchée, à plat. Après ce petit passage sportif, assuré au piolet, il nous suffisait de suivre la voie normale pour rejoindre ce sommet bien mérité.

Au sommet

Au sommet

La pause du sommet se compose d’un félicitation à une anglaise de 70 ans, quelques photos, un rapide casse-croûte, puis on repart sans traîner : on a plusieurs ponts de neige à franchir, et le soleil chauffe.

Rocher caractéristique du Grand Paradis

Rocher caractéristique du Grand Paradis

Mais la descente ne posera pas de problème majeur : on passe la rimaye, avec un petit saut, on tire un rappel sur la sangle pour descendre la cheminée, on retrouve notre glacier privatisé pour ces 2 jours, puis vient le calme du bivouac Grappein.

A la descente

A la descente

Nous sommes exténués, mais nous avons cette agréable satisfaction d’avoir accomplis quelque chose.

Descente du glacier

Descente du glacier

On passe l’après-midi à se dorer au soleil, sur notre promontoire, toujours seuls. On s’occupe comme on peut : on joue aux cartes, on rempli les bidons d’eau du bivouac au glacier, on pourchasse les mulots, le tout avec la vivacité du légume.

Coucher de soleil

Coucher de soleil

Pour changer, ce soir, on dormira dans le bivouac Pol, à 100m du bivouac Grappein. Plus petit (4 places) et tout en bois à l’intérieur, l’ambiance y est plus chaleureuse. Bien au chaud, on chante gaiement avant de s’endormir.

Mardi

Toc toc toc ! Quelqu’un cogne contre la porte en bois de la cabane. Il fait noir, aucune idée de l’heure qu’il est, à part que j’ai l’impression d’avoir dormi 2 jours. Mes muscles sont engourdis. La lumière d’un jour bien avancé s’engouffre dans notre appartement, puis la porte se referme. Le vent ?

La vue au matin

La vue au matin

On se lève sans frénésie, on s’étire, on se cogne sur l’encadrement trop bas de la porte. On profite des rayons chaud de cette matinée ensoleillée. Notre réveil de ce matin était en fait dû à un garde forestier matinal parti à 5h de Cogne, qui redescendait aussitôt après nous avoir salué pour aller travailler.

Soleil radieux vers la vallée

Soleil radieux vers la vallée

De notre côté, on rassemble nos affaire, on remets le bivouac dans l’état dans lequel on l’a trouvé, comme il est indiqué de faire, puis on entame la descente raide sur un chemin escarpé qui nous rappelle le poids de nos sacs et la fatigue de nos jambes. Arrivé au fond du vallon, une grosse pluie d’orage nous accueille. On s’abrite quelques temps sous les pins, puis on emprunte un chemin qui remonte un peu et traverse en balcon le flanc du vallon. On mange nos derniers morceaux de pain et fromage. Il reste encore un jour et on a plus qu’un repas. On fouille nos poches, il nous reste 2 barres énergétique. Ça risque d’être juste…

Le fond du vallon

Le fond du vallon

La vue depuis le pique-nique

La vue depuis le pique-nique

Le chemin se poursuit sous une alternance de nuages et de soleil. Le décors est changeant. Un lac nous appellera à la baignade, une occasion de nous laver. En fin d’après-midi, on atteint le gros refuge de Vittorio Sella. Sa route en terre, ses près d’herbe tondue sont en accord avec la présence de familles de touristes. Bien que dans le parc du Grand Paradis, il ne pourront sans doute pas refuser qu’on installe notre tente quelque part entre ces bâtiments, on gênera moins que le groupe électrogène. Mais le personnel du refuge n’était pas de cet avis.

Le vallon de Vittorio Sella

Le vallon de Vittorio Sella

Il était presque 19h, les hôtes du refuge sortait de table pour la balade digestive autour des bouquetins. C’est avec moins d’enchantement que nous avons, nous, remis es grosses chaussures pour 800m de dénivelés jusqu’au bivouac Gratton.

En aplomb du vallon

En aplomb du vallon

Même si la journée de marche avait été fatigante, cette marche du soir était appréciable. Le refuge n’avait pas été installé ici par hasard. Les ondulations herbeuses donnaient une certaine grâce au lieu, que les immenses troupeaux de bouquetins savaient également apprécier. Au bout d’une bonne heure de marche, les praires laissèrent place aux minéraux et c ‘est dans un champs de pierres que l’on continuera notre montée, alors que la fatigue et le manque de vivre se faisait sérieusement ressentir.
Le chemin accédant au bivouac n’étant pas tracé, on commençait à se sentir perdu dans ces pierres grises sombres, alors que le soleil se couchait. Complètement exténués, on atteignit le bord du cirque de la Grivola, 100m trop haut par rapport au bivouac. Des nuages noirs et opaques plafonnaient au dessus d’un glacier fatigué, recroquevillé dans un immense berceau chaotique intégralement constitué de roches sèches, couleur de cendre. Le nez dans la brume, une tour aux apparences maléfiques, paraissant inaccessible, se dressait face à nous, comme pour nous ordonner de faire demi-tour. « Il y a vraiment une voie F dans cette face ? », « On verra tout ça demain »

La Grivola

La Grivola

Lentement, nous sommes allés nous cacher dans le bivouac, identique à Grappein, où des âmes charitables avaient laissé, par chance, le repas qui nous manquait : un paquet de pâtes.

Mercredi

Levé 4h, la motivation n’est pas au rendez-vous ce matin. Les étoiles sont cachées par une épaisses couverture nuageuse. Lever-de-soleil sur le crete

Lever de soleil

Lever de soleil

Et ce n’est pas le petit déjeuner constitué de restes de polenta au cacao qui nous remonte le moral. Nous partons quand même avant le lever du jour. Des câbles sont installé pour descendre sur le glacier. Cette longue et plate étendue de glace vive ne nous paraît pas plus accueillante que la veille. La Grivola non plus. Le rougeoiement du lever de soleil à travers les nuages noirs nous donne l’impression de marcher dans le cratère d’un volcan. L’approche est monotone.

Le Grand Paradis depuis la Grivola

Le Grand Paradis depuis la Grivola

Sur le glacier massif grand paradis

Sur le glacier massif grand paradis

Petit à petit, la grosse masse noir de la Grivola qui nous sert d’azimut se rapproche. Le temps ne s’arrange pas. On se sent faible et cette montagne déjà peu engageante est en plus réputée comme dégoulinant de ses pierres. Arrivés au pied, son mur de pierres paraît déjà plus incliné et on devine facilement une voie d’accès. On fait une grosse pause, on mange les derniers vivres. On reste hagard. Je ne sens pas la force de continuer. Lorsque j’allais proposer de rebrousser chemin, Lolo propose de commencer la montée, pour essayer. Une éclaircie s’annonçait, il n’en fallait pas plus pour remettre la machine en route. J’ai rapidement retrouvé la motivation. On s’élève à une bonne cadence. C’est finalement presque aussi simple qu’un escalier. Un peu partout, des pierres ne demandent qu’à dévaler la pente. Cependant, les chutes de pierres sont concentrées en dessous de nous (étrange ??).

Vers le sommet

Vers le sommet

Heureusement, il n’y avait personne au dessus, ni en dessous. Parfois la simple chute d’une pierre provoquait une série de dégringolades qui finissaient en cascade au bas du couloir. Les 600m de dénivelé à parcourir ainsi ont pris un peu de temps et, vers le haut, la corde se tendait souvent : l’un comme l’autre, on s’arrêtait pour souffler. Délaissé au profit de son voisin qui atteint la barre symbolique des 4000m, la Grivola culmine quand même à 3969m !

Vue du sommet massif grand paradis

Vue du sommet massif grand paradis

Lorsque l’on atteint la croix de notre dernier sommet, le soleil nous accueille. Comme d’habitude, on mange un bout, puis on repart… Enfin, cette fois ci, on avait rien à manger. On pense donc à l’accueil chaleureux qui nous attend ce soir à Chamonix ! Il ne nous reste que 3500 m de descente (en dénivelés). Celle-ci sera d’ailleurs longue et fatigante. Arrivés dans la vallée, un soleil chaud nous écrase. Après quelques minutes à essayer de faire du stop, on abandonne vite pour chercher un bus à Cogne. A peine rentré dans celui ci, on s’endort.

Conclusion du parcours au massif grand paradis

En conclusion, ce voyage à de nombreux points forts :

  • La solitude qui nous a accompagné la moitié du temps, laissant règné ainsi une ambiance presque lunaire dans ces roches et glaces. Ça change change de coin comme Chamonix, alors que il y a des glaciers grandioses.
  • Les cabanes de bivouac, gratuites, perchées, en bon état. L’ambiance y est extraordinaire. On a tous rêvé de dormir dans une cabane quand on était petit !
  • L’idée folle de partir pour une semaine avec seulement un sac à dos, et de très bien s’en sortir.
  • Les seules personnes qu’on a rencontré sont agréables.

Quelques événements nous ont moins plus, comme le temps d’attente en stop où les endroits pour mettre la tente qui prennent parfois du temps à trouver. Néanmoins, ces derniers points sont déjà oubliés ! C’était une superbe expérience.

Matériel utilisé au massif Grand Paradis

CATEGORIE MODELE MARQUE POURQUOI AVOIR FAIT CE CHOIX AU DEPART CE CHOIX A-T-IL REPONDU AUX BESOINS DE LA SORTIE SI C’ÉTAIT A REFAIRE
Piolet Air Tech GRIVEL Polyvalence Le piolet à beaucoup servit, dans différentes conditions, donc oui Avec des pentes un petit peu plus raide, il faudrait une paire. L’assurage au piolet pour franchir les crevasses se fait peut être plus facilement avec un piolet droit.
Crampons Vasak leverlock PETZL Polyvalence Des crampons en alu aurait été trop juste en fiabilité/solidité pour les courses effectuées. Les crampons Petzl sot très bien. Crampons 10 pointes possibles, mais les 12 pointes sont plus surs : une pente raide en glace peut se montrer.
Chaussures Népal Top LA SPORTIVA Convient à mes pieds (larges), rigides (accepte crampons), bonne réputation, pas trop chères ; Techniquement, ok.  Bon pour les passages rocheux de par sa rigidité. La rigidité est un moins bon allié sur les sentiers. Prendre des chaussures un peu plus confortable, ça vaut le coût lorsqu’on les garde une semaine aux pieds.
Baudrier Aero team III BEAL Taille ajustable,Bon marché Un harnais peu confortable et pas spécialement léger. Pas assez de portes matériel. Pas adapté à la sortie. Je prendrais un baudrier d’alpinisme.
Dégaines Ancien lime forg pack ? Climbing Technology Rapport Poids/Prix Bonne prise de mains. Poids raisonnable. 2 tailles différentes Je prendrais les mêmes. Peut être des plus légères encore, sans affecter la prise du mousquetons (pas de trop petits mousquetons)
Corde Cobra unicore BEAL Taille, polyvalence On a pris un brin de 50 m à double, ça a suffit. Sur glacier un sur rocher, comme on a tiré très peu de longueur. Corde tout à fait adaptée
Casque Elios PETZL Rapport Poids/Prix Casque léger et résistant Peu utilisé mais utile. Broche tubulaire Il existe des casques plus léger, mais plus cher. Pas de changement envisagé
Coinceurs Cablés simple DMM Qualité/Prix Ils ont fait leur job Pas de changement envisagé
Sangles Sangles fines DMM Prix et largeur Les sangles fines sont plus simple à manier que les larges. Pas de changement envisagé

11 commentaires

dumont 4 août 2016 - 12 h 19 min

‘lut,
j’espère que vous vous ètes régalé avec le ton que j’a laissé au gratton!!!!

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KIRIAKIDES 17 novembre 2016 - 21 h 33 min

Au top !

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Julien Neyret 18 novembre 2016 - 15 h 23 min

Quelle belle aventure!!!
Bravo les gars 🙂

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Cumbruoze 19 novembre 2016 - 13 h 18 min

Très belles photos ! ça nous redonne de la fraîcheur et l’envie de voyager !
Bravo Victor !

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Cumbruoze 19 novembre 2016 - 13 h 21 min

Très belles photos ! ça redonne de la fraîcheur et l’envie de voyager !
Super projet TorVik !

Sinon c’est quoi l’appareil photo que t’as utilisé ?

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Suzanne 20 novembre 2016 - 19 h 44 min

Vraiment sympa, ça donne envie !!

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Suzanne 20 novembre 2016 - 19 h 47 min

Génial ça fait rêver !

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Evelyne 23 novembre 2016 - 20 h 48 min

C’est à couper le souffle, cela fait rêver. Bravo à ces jeunes engagés et passionnés !

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Colett Grellier 23 novembre 2016 - 20 h 59 min

Quel récit ! Quelle aventure ! et quelle si belle passion ! BRAVO !

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Tonton nini 23 novembre 2016 - 22 h 55 min

On a parcouru avec Cécile c’est magnifique
On regardera plus en détail avec Agathe et Joseph
À quand la face nord des Jorasses par l’éperon Walker ?!!

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isabelle 23 novembre 2016 - 23 h 24 min

Une belle épopée qui ne peut que donner envie de se bouger et de découvrir de petits coins de « Paradis »! Super

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