Découverte de l’Alpinisme dans le massif du Grand Paradis en Italie à travers deux voies « La Punta Rosa » et « La Gran Rosa »

par Expérience Outdoor

Mélanie FUHRER nous partage son expérience alpinisme au Grand Paradis en Italie.

ascension au Grand Paradis

Information pour préparer 1 semaine d’alpinisme au Grand Paradis

  • Date

Du 10 au 16 aout 2013

  • Lieu

Vallée du Grand Lauson < Vallée de Valnontey < Vallée de Cogne < Massif du Gran Paradiso < Italie
– En Voiture depuis la France :
Par Bourg St Maurice et le Col du Petit St Bernard puis direction d’Aoste : prendre par la vallée de Cogne jusqu’à Valnontey.
Par Chamonix – Tunnel du Mont-Blanc (aller/retour dans les 7 jours ≈ 45.90 €).

– En train via Turin puis Aoste ou via Genève
En bus depuis Aoste
10 allers-retours/jours en été. (attention, il semble que SAVDA ne propose plus cette liaison)

  • Participants

– Mélanie Fuhrer
J’ai réalisé quelques courses dans les écrins avec un ami expérimenté et un niveau 5c-6a en escalade. Par contre, je n’ai aucune expérience de l’autonomie et de sac trop lourd !
– Pierre
Aucune expérience en alpinisme, il n’a qu’une faible expérience en matière d’escalade (jusqu’à 5b). Par contre, il a une très bonne expérience en randonnée de niveau soutenu en autonomie.
– Nicolas
Pas d’expérience en matière d’alpinisme, mais un bon niveau en escalade. Randonneur confirmé, lui et Pierre ont fait le tour du Mont Blanc ensemble.
– Estelle
Elle n’avait avant ce voyage aucune expérience de marche en montagne ni de randonnée engagée.

  • Où dormir au Grand Paradis

Camping et pension à Valnontey
Refuge Vittorio Sella : Nuit CAF : 11 €/non CAF : 22 € — 1/2 pension CAF : 38 €/non CAF : 42 €
– Bivouacs et cabanes:
Gratton (9 places)
Balzola (pour la Grivola)
Bivouac de la Grivola (12 places)
Leonessa (12 places)

  • Où se restaurer/où se réapprovisionner

Multiples restaurants à Cogne ; quelques auberges et restaurants à Valnontey. Une fois dans la montagne, il n’y a bien sûr plus que le refuge qui assure le ravitaillement : demi-pension dans le refuge + un site de restauration (sandwich…)

  • Office du tourisme et points d’information

Site de la commune de Cogne en français

  • Caractéristiques techniques

Pierre et moi avons réalisé seulement 2 voies sur les 4 prévues à l’origine :

La punta Rosa (pointe rousse de la Grivola) 3630m:

Itinéraire : depuis le refuge Gratton, suivre l’épaule (NNE) surplombant le glacier du Trajo puis l’arête (NE). Depuis le refuge Vittorio Sella, remonter la vallée du Lauzon puis prendre une montée raide au nord. Arrivé sur un petit plateau intermédiaire, poursuivre la montée au nord vers le col de la Rosa. Puis prendre le sentier qui s’engage dans le pierrier sur la punta Rosa. Remonter enfin au Nord-Nord-Ouest vers le pied de l’arête (NE). Il ne reste plus qu’à monter la crête jusqu’au sommet. Redescendre par le même itinéraire.

Difficulté : Course classée F, elle ne nécessite que piolet et crampons. Il n’y a pas réellement de difficultés pour la partie enneigée. Je pense que la difficulté vient plutôt de l’approche. La montée vers le col de la Rosa qui est un peu exposé (marches et poignées en fer) peut être glissante et donc dangereuse. De même, pour descendre vers le refuge Gratton (depuis le col de la Rosa) il faut emprunter un tracé difficile à lire au milieu d’un chaos de plaques granitiques très instable. Pour information, ce sentier est situé plus près du glacier que de la vallée de Pousset.

La Gran Serra (ou Grande Serre ou Gran Sertz) 3552m

Itinéraire : juste au-dessus du refuge Vittorio Sella, traverser le Lauzon par le pont puis remonter la combe direction Sud-ouest jusqu’au champ de moraines (il est possible de suivre le torrent glaciaire). Remonter le val en suivant les moraines jusqu’à un verrou. Le glacier est alors entièrement visible. Remonter le glacier et passer par un couloir de neige donnant accès au glacier du grand Val. De là, continuer en pente douce le long de la face Est. Atteindre l’arrête Sud et la remonter en direction du Nord jusqu’au sommet. La descente se fait par le même itinéraire.

Difficulté : Voie normale en PD depuis le refuge Vittorio Sella, elle présente à mon sens deux petites difficultés. La première : la montée par le glacier du Lauzon vers le glacier du Grand Val. Celui du Lauzon se termine par une pente raide (40-45 °) sur près de 80 mètres. Le deuxième point de difficulté est celui de la montée vers le sommet par la crête. En rocher sec, il y a 2 ou trois passages d’escalade en II.
Pour information nous avions prévu le bec Montandayné et le sommet du Grand Paradis

Bibliographie pour préparer son séjour alpinisme au Grand Paradis :

-Le Grand Paradis et les vallées du Lanzo de Gian Corlo Grassi chez DENGEL
-Le manuel de la montagne du Club Alpin Français chez SEUIL.
-Site Randonner léger, mine d’or pour alléger son sac et s’approprier son voyage
Refuges.info pour définir les points de replis

«Une semaine au Paradis» – Découverte de l’alpinisme dans le massif du Grand Paradis. 

Introduction

Cet été, pour les vacances, Pierre et moi avions envie de nouveaux défis et de retrouver le bonheur d’être en montagne. L’objectif était de pouvoir enchainer 4 sommets et de parfaire notre modeste niveau d’alpinisme.
Au programme : la Punta Rosa (3630m) niveau F par la crête Est ; la grande Serre (3550m) niveau PD par la crête Sud ; le Montandeyné (3700m) niveau PD par la goulotte et enfin, le Grand Paradis niveau F+ par la voie normale.

Jour 1 : Que c’est beau, comme c’est haut !

Le samedi 10 aout, nous prenons la route direction l’Italie. Dès que nous nous engageons dans la vallée de Cogne, nous débutons la collecte d’information. En effet, même si le projet est bien ficelé, les cartes imprimées et les itinéraires enregistrés, il faut maintenant tout transposer sur le terrain. Nous repérons donc la Grivola et la Punta Bianca avec son petit dôme blanc. Depuis la route, tout ça semble bien haut !
À Valnontey, nous trouvons une place de parking gratuite et nous accordons une petite sieste jusqu’à 16 h 30. Il n’y a que trois heures jusqu’au refuge Vittorio Sella, nous avons le temps de récupérer du voyage.
ascension au Grand Paradis

Une fois les sacs à dos bien ficelés, nous remontons le cours du Lauzon. Il fait chaud dans la pinède et les gouttes de sueur commencent à me couler dans les yeux. Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de gravir 1000m de dénivelé, et le rythme tarde à venir. Nous traversons encore 2 fois la rivière quand il ne reste (d’après la carte) plus que 100m à faire dans un dernier enchainement de lacets. Les jambes sont lourdes, le visage brulant, je ne pense qu’à une chose : en finir, poser la tente et dormir jusqu’au matin.

ascension au Grand Paradis

Alors que la pente se réduit et que nous apercevons la toiture des refuges déjà plongée dans l’ombre, un homme semble dévier de sa trajectoire pour intercepter la nôtre. Ce garde du parc naturel nous annonce que contrairement à ce qu’on nous a dit jusque-là et ce qu’on a pu lire, il est interdit de bivouaquer, même à côté du refuge. Les rations pour 5 jours finissent de m’enfoncer les talons dans la terre. Seule une nuit à la belle étoile est autorisée. Pour ce soir, il est trop tard pour changer quoi que ce soit au plan, et hors de question de dormir dans le refuge. Le ciel est clair, aucune perturbation n’est prévu avant 3 jours, nous nous installons à l’abri d’un gros rocher. Je suis transie de froid et de fatigue. Ce séjour s’annonce mal. Pierre de son côté prépare à manger en râlant et fomente toutes sortes d‘alternatives.
La nuit est calme, il ne pleut pas, mais mon matelas autogonflant semble percé. Ça promet !

Jour 2 : Tout le monde à l’école !

Pour aujourd’hui, nous avons comme objectif principal de nous mettre au point sur les manœuvres techniques et en profiter pour nous rapprocher un maximum du sommet de la Grande Serre.

ascension au Grand Paradis

ascension au Grand Paradis

Vers 7 heures, tout est plié, les petits déjeuners sont avalés et nous avons caché une bonne partie de notre nourriture car nous reviendrons près du refuge dans 2 jours. Nous passons le petit pont et partons pour le glacier du Lauzon. Le sentier disparait dans la pente herbeuse, et nous suivons la direction des moraines. De temps en temps, Pierre se retourne :

-« Tu en as combien ?
-Mais de quoi tu parles ?
-Des chamois ! Tu en vois combien ? J’en ai 5. Il y en a un qui est allongé, on ne voit que la tête.
-Mais ils sont partout ! »

Ce petit jeu nous amène à 200 mètres du glacier où nous nous accordons une petite pause. Mais nous n’avons pas trop de temps à perdre. Il faut vite refaire un petit sac avec le matériel technique pour aller nous entrainer.
Nous chaussons les crampons, puis marchons jusqu’à la prise de pente du glacier. Nous posons les sacs et le cours intensif commence. Tout y passe. Encordement, changement de longueurs, pose de protection, de broches… Puis remontée sur corde et mouflages. L’occasion pour Pierre de me tirer sur le baudrier par corde interposée. Je finis la séance épuisée et trempée des genoux jusqu’aux coudes. Même si j’ai déjà fait des courses avec un pro, c’est l’occasion pour moi de me rendre autonome et pour Pierre de réviser tout ce qu’il a appris en attendant la saison. Les exercices terminés, nous redescendons tranquillement vers la promesse d’un déjeuner sur la moraine. Le cadre est magnifique. Le ciel immaculé vient se poser sur les cimes en les auréolant d’une fine brume de chaleurs.

ascension au Grand Paradis

La fin de l’après-midi passe très vite et nous pouvons admirer le soleil se couchant derrière notre objectif. Dans quelques heures à peine sonnera le départ pour la cime.
Le mélange d’impatience et de crainte nous fait lutter pour trouver le sommeil.

Jour 3 : Direction Grand Serra

ascension au Grand Paradis

4h30 c’est l’heure de se lever et de commencer la journée. 3 heures sont censées suffire pour rejoindre la pointe de la Grande Serre. Les sacs sont prêts, nous partons vers le glacier. La vallée est encore plongée dans l’obscurité, mais l’orientation sur la glace ne pose pas de problème. La marche est aussi facilitée par le fait que le glacier est très petit et sans crevasses.
En nous approchant de la rupture de pente et de ce qui ressemble à un mur de neige et de glace, nous constatons que la goulotte semble interrompue en partie haute. Cela ne nous rassure pas et nous craignons de devoir franchir ces passages rocheux sur une pente trop importante.
D’un commun accord, nous décidons de passer à gauche de ce petit cirque en empruntant un couloir d’éboulis. Celui-ci est plus régulier en pente et nous pensons y être moins surpris. Nous nous encordons et commençons l’ascension.
On dit bien qu’il ne faut jamais cesser d’apprendre… Ce jour-là, nous avons appris qu’il vaut mieux une goulotte avec des passages secs qu’un éboulis de dalles de granit.
ascension au Grand ParadisLa progression est assez lente. Devant, Pierre ouvre la route en cherchant le passage le plus évident, et nous nous rejoignons à la fin de chaque longueur afin de ne pas monter l’un derrière l’autre.
Dès que cela est possible, Pierre pose des sangles sur des dalles solidement ancrées pour apporter un minimum de sécurité (et nous rassurer). Il n’y avait là que près de 100 mètres, mais ce passage nous a demandé près d’une heure. Très différent de ce que j’avais pu faire avant puisque cette fois je suis entièrement consciente et responsable de ma sécurité.
À la fin de l’éboulis, nous retrouvons une neige relativement profonde qui nous permet de mettre pied sur le glacier du Grand Val. Nous sommes soulagés d’en avoir fini avec ce passage. Arrivée là, je me sens en confiance, car la traversée du glacier ne présente pas de difficultés. Nous continuons donc notre progression. Les pas s’enchainent, minutieux pour ne pas laisser place à l’accident. Concentrée sur la progression, il fait déjà chaud. Nous avons perdu du temps sur le Lauzon et déjà les rayons se répercutent sur la neige et nous cuisent à petit feu. Sous la pointe, nous faisons une petite pause, le temps de boire, nous badigeonner de crème et repérer le début de la crête. Je sens que Pierre n’est pas tout à fait à l’aise.
C’est une fois arrivé sur la partie sèche de la crête qu’il m’avoue ne pas être très confiant. Nous nous étions fixés 10 h comme deadline pour le franchissement du passage à 45°, mais la neige est déjà très molle et il serait d’avis de descendre tout de suite, car il est hors de question de passer par l’éboulis.

ascension au Grand Paradis

ascension au Grand ParadisIl est 9 h, j’arrive à le convaincre de monter jusqu’à 9 h 45. Nous débutons la partie escalade de la course. Je passe en tête et pose quelques points évidents. Curieusement, nous progressons assez vite. Quelques passages de 3 un peu exposés nous donnent de beaux frissons. Au fil des pas qui nous arrachent peu à peu de la terre, nous découvrons de superbes perspectives.
À la faveur de cassures dans le fil de la crête, nous nous retrouvons au-dessus de 500 m de vide donnant sur la vallée de Valsavarenche. Je me sens dans mon élément. Un coup d’œil vers le haut et le tracé m’apparait. Un œil vers la pointe de pied pour vérifier qu’il est bien inscrit dans une fissure, ma main droite caresse les aspérités du rocher au-dessus de moi à la recherche d’une inflexion qu’offrirait le granit. Mes doigts s’arrêtent sur une franche saillie de feldspath, je verrouille la prise de mon pouce et viens chercher une pochette en inverse avec la main gauche. La position est franche, je pousse sur les pieds, m’arque-boute puis lance la main gauche vers une poignée au-dessus de moi, me voilà tirée d’affaire.
Quel frisson ! Cette sensation de mettre tout son corps au service d’un simple mouvement salvateur. Seuls deux pas auront nécessité une réelle attention sur les 50m de dénivelés. En 30 minutes nous finissons l’escalade jusqu’au sommet. Celui-ci est composé de deux énormes plaques de granit horizontales posées sur deux plaques verticales. Un dolmen en somme. Miraculeusement posé à 3530m. Mon compagnon, loin d’être rassuré me rejoint enfin, l’occasion de faire quelques photos. Au sud, nous survolons une mer de nuage curieusement uniforme et lisse. D’ouest en est nous distinguons le Grand Paradis, le Montandayné et son terrible glacier ainsi que l’Herbetet tout près. Beaucoup plus loin, ce sont les Écrins, la Grande Casse, le Mont Blanc (juste derrière la Grivola), le Grand Combin, le Cervin et enfin le massif du Mont Rose qui viennent cerner l’horizon.

ascension au Grand Paradis

La descente est plus tranquille, mais nous restons très concentrés. Une fois retournés sur la glace du Grand Val, nous discutons de nos choix et de la direction à suivre. Nous choisissons de suivre une ligne de niveau afin de nous placer sans trop d’effort au-dessus de la selle entre les glaciers de Grand Val et du Lauzon. D’après les photos que nous avons faites depuis le campement, et l’état de la neige, nous choisissons la pente de neige la moins inclinée ce qui nous impose une traversée de 20 mètres pour passer d’une goulotte de neige à une autre.
Pas très rassurés quant à la prise de la neige, nous posons un maximum de sangles et de mousquetons. Je suis en tête, et les points fixes pour m’assurer semblent fiables. Par contre les points intermédiaires censés protéger mon second sont un peu plus douteux. Encore une fois, nous progressons très lentement. Une fois arrivés sur ce qui nous semble être un mur de neige, je ne peux que me rappeler ma mauvaise expérience en cascade de glace. Cette impression de ne pouvoir se fier à aucun de ses appuis. Pierre, lui a l’air plus rassuré, maintenant que les rochers sont passés. Nous redescendons donc corde tendue et rythme soutenu jusqu’à la rupture de pente. Les difficultés sont franchies, l’adrénaline retombe.
ascension au Grand Paradis
ascension au Grand Paradis

Le plat retrouvé, Pierre ascension au Grand Paradisme mène un train d’enfer. En effet, la journée n’est pas finie. Nous devons redescendre au campement, le plier, trouver un endroit pour installer le bivouac un peu plus bas. À cela s’ajoute le rendez-vous avec deux amis que nous devons retrouver vers 15 h au refuge.
C’est donc sans repos que sont avalés les déjeuners et que nous amorçons la descente. Nous croisons encore deux hardes de chamois avant d’arriver à une petite prairie où paissent des moutons. Pierre me laisse donc là et part à la rencontre de ses amis avec pour missions de récupérer le reste des vivres et ramener les deux compères jusqu’à notre petit coin de Paradis. Plongée dans mes lectures, je jette de temps en temps un coup d’œil au chamois qui vient brouter les herbes rases à une dizaine de mètres de moi. Une, deux et enfin trois heures passent.
Personne n’est encore revenu. Je commence tout juste à me poser des questions quand Pierre apparait, éclairé par les derniers rayons du soleil qui passent derrière les sommets. Il est tout seul et m’annonce deux mauvaises nouvelles. À la faveur d’un coup de téléphone, Nicolas et Estelle expliquent être arrivés trop tard à Valnontey et ne pas avoir eu la force de monter qu’au refuge. Ils arriveront donc demain matin, ce qui retarde la montée vers la Punta Rosa. Mais plus embêtant encore, il n’a pas trouvé trace de la nourriture pourtant bien cachée sous un rocher et recouverte de pierres. Nous n’avons donc plus à manger que pour ce soir. Il faudra peut-être redescendre en fond de vallée pour nous ravitailler.
Pierre est épuisé par ses allers retour en quête de nourriture, nous nous couchons de bonne heure.
Le bilan de la journée est donc un peu mitigé. Nous avons réussi notre premier sommet en duo, mais nous avons perdu un jour sur le programme.

Jour 4 : Cours de rattrapage

ascension au Grand Paradis

Ce matin, je suis réveillée à 6 h par Pierre qui part en quête de nourriture. Je poursuis ma nuit et profite de la matinée. Quel plaisir les vacances à la montagne. Vers 8 h 30, je commence à plier le campement quand le trio arrive enfin. Estelle et Nicolas ont finalement remonté assez de nourriture pour les 4 jours à venir, personne n’a eu à redescendre dans la vallée.
Sur notre petite pelouse d’altitude s’amorce alors un cours de rattrapage pour tout le monde. En effet, si Nicolas s’est initié aux techniques d’alpinisme, Estelle n’a aucune idée de ce dont nous parlons, ni de ce qui l’attend.
ascension au Grand Paradisascension au Grand Paradis

En fin d’après-midi, nous partons pour un petit plateau à 3000m au pied du sentier menant au col de la Rosa. Sur la route nous marchons hallucinés au milieu des bouquetins qui descendent pour la nuit.
Le camp installé, nous nous couchons dans l’espoir de pouvoir faire le sommet le lendemain matin.

Jour 5 : Changement de programme

Quatre heures du matin, il est temps de se mettre en branle et de commencer la montée vers la Punta Rosa. Uniquement chargés de notre matériel pour le sommet, nous rejoignons le sentier à la lueur de nos frontales.

ascension au Grand Paradis

Malheureusement, d’épais nuages régulièrement zébrés d’éclairs bouchent l’horizon. Ils n’ont pas l’air de vraiment s’avancer, mais ils ne semblent pas s’éloigner non plus. Nous hésitons longtemps et décidons enfin de tout remballer et de rejoindre le refuge Gratton. La route est un peu escarpée, mais très belle. Les nuages semblent partir vers l’est, nous retrouvons le sourire.
ascension au Grand Paradis
Au col de la Rosa, nous savourons le bonheur d’une matinée qui commence par la contemplation de la vallée de Cogne endormie. Nous suivons le flanc de la montagne par un pierrier puis atteignons une épaule surplombant le grand glacier du Trajo. Un sacré morceau ! Il en impose avec ses deux verrous très prononcés finissant par des séracs. Heureusement, demain nous avons prévu de simplement remonter la crête jusqu’à la Punta Rosa. Nous suivons l’épaulement jusqu’à un immense kern où nous perdons la piste. Plus loin, l’épaule chute brutalement dans un éboulis inextricable au pied duquel le refuge Gratton est posé. D’ici il est tout petit. La piste perdue, nous essayons tant bien que mal de descendre. L’exercice est périlleux. Mon sac me gêne, mes bâtons me gênent, j’essaie de suivre Pierre qui ouvre la route. Une fois en bas, le soulagement est énorme. La position était vraiment dangereuse. Pour éviter la chute, Nicolas a préféré faire descendre Estelle en rappel.
Une fois le refuge atteint, nous préparons le matériel pour le lendemain et profitons du cadre magnifique

ascension au Grand Paradis

Jour 6 : Du plaisir pour tout le monde

ascension au Grand Paradis
 » Today is the day !!  » Réveillés à 5 h, nous sommes prêts en 20 minutes et savourons l’apparition des premières lueurs du jour. Les nuages sont bas, la brume n’est pas loin. Impressionnée par la tâche à venir, Estelle préfère ne pas partir pour le sommet.
La montée dans le pierrier vers la crête est magnifique ; tout autour de nous, les nuages semblent s’étaler aussi loin que porte le regard.

ascension au Grand Paradis

Arrivés au pied de la crête, nous constatons que celle-ci est faite d’une alternance de zones enneigées et de parties sèches empierrées. Nous nous encordons et commençons à grimper. La progression n’est pas difficile, pas technique comme la Grande Serre. J’ouvre la route, ce n’est que du plaisir. Derrière moi, Nicolas vit sa première ascension avec beaucoup d’excitations et quelques frissons quand nous frôlons des passages exposés. Pierre quant à lui est beaucoup plus rassuré que deux jours avant et grimpe sereinement en essayant de ne pas coincer la corde derrière Nicolas.
ascension au Grand Paradis
Arrivée au sommet, la vision du paysage et la satisfaction d’être là-haut m’emplit d’une sorte de plénitude. Le petit vent frais qui nous avait accompagné sur la crête nous épargne maintenant. La petite surface au sommet est assez large pour que nous nous installions confortablement. Personne n’a vraiment envie de redescendre. Sur la route du retour, une fois les dangers derrière nous, nous décidons d’installer un dernier atelier de manœuvres glacières pour que Nicolas se fasse la main. Avec des tentatives d’arrêt au piolet sur de la neige humide, la matinée aura été une bonne tranche de bonheur !

ascension au Grand Paradis

ascension au Grand ParadisDe retour au bivouac, nous retrouvons Estelle installée dehors avec le journal. Elle semble rassurée par notre retour.
Le reste de la journée file à grande vitesse. Nous déjeunons, siestons, empaquetons, puis redescendons vers Cogne.
Cette vallée de Pousset est un écrin ! Les cimes et décrochements de chaque côté protègent des bouquetins et chamois par dizaines. Le torrent qui creuse la vallée finit par serpenter sur une pelouse fournie avant de tomber en une succession de petites cascades. Le paradis au Paradis.
Acclimatés et entrainés par notre semaine de montagne, nous laissons Nicolas et Estelle profiter du cadre à leur rythme. Nous nous retrouvons enfin, vers 19 h 30 à deux heures du fond de la vallée de Cogne.
Après une journée pareille, tout le monde est d’avis de profiter une dernière nuit de ce petit bout de montagne. Nous ne campons donc pas loin de la rivière, l’occasion pour tout le monde de faire un brin de toilette.

Jour 7 : Les bonnes choses ont une fin

ascension au Grand Paradis

Les belles choses ont une fin, et aujourd’hui nous finissons notre séjour de montagne. Levés à l’aube, les deux heures de descente ne se font pas sentir. Dommage de devoir s’arrêter ; maintenant que le corps s’est habitué. Dans la pinède, l’air est frais et léger ; nous filons comme des chamois vers Valnontey. Une fois la voiture retrouvée, le séjour est terminé, mais on ne peut pas s’arrêter là.
Nous partageons donc un petit déjeuner en terrasse à Cogne. Chauffé par les rayons matinaux nous échangeons nos impressions et nos projets puis repartons vers d’autres aventures !

ascension au Grand Paradis

Matériel utilisé pour cette semaine alpinisme au Grand Paradis

Vêtements

CATÉGORIE NOM DU MODÈLE  MARQUE  POURQUOI AVOIR FAIT LE CHOIX DE CE MODÈLE DE DÉPART ? EST-CE QUE CE CHOIX A RÉPONDU À CETTE EXPÉRIENCE RACONTÉE DANS CE ROADBOOK ? ET SI C’ÉTAIT À REFAIRE ?
 T-SHIRT  Oasis long sleeve 150 et 200g/m²  ICEBREAKER  Poids/thermicité/ résistance aux odeurs  Coup de cœur pour cette marque. Impeccable  Je referais tout pareil
 MINI DOUDOUNE  Atom light pullover  ARC’TERYX  Poids/volume/ efficacité  Proche de la fameuse Nano puff de patagonia, je la trouve plus résistante en version pull-over  Un modèle juste au-dessus avec une capuche, m’aurait donné plus de marge.
 VESTE GORE TEX  Axon pro gtx  MILLET  Prix/Poids  Je n’ai pas constaté de vrai transpirabilité même à l’état meuf. Cependant l’effet coupe-vent et imperméable est redoutable  Vêtement multi-usage (vent, pluie, neige)
 TOUR DE COU  Buff wool  BUFF  Poids  Tour du cou Buff wool Buff Poids Très bon appoint par tout temps dès qu’il y a du vent.   Assez limité quand il fait vraiment froid
 GANTS  Windweight Mitt  BLACK DIAMOND  Convient le soir quand il fait froid ou en journée quand il y a beaucoup de vent  Je n’ai pas eu l’occasion de chercher quelque chose de mieux
 CHAPEAU  DÉCATHLON  Léger et large  Il peut aussi être lavé ou imbibé chaud  Tjrs utilisé
 COLLANT SYNTHÉTIQUE  DÉCATHLON  Prix Astuce d’appoint permettant de n’avoir qu’un pantalon dans le sac  Tjrs utilisé
 LUNETTE  Explorer  JULBO  Efficacité/adaptées à ma morphologie  Très couvrantes, et efficaces, elles ne m’ont pas quitté sauf sous la pluie. Ne se font sentir au-dessus des oreilles qu’en fin de journée.  Parfait !

Campement

 SAC À DOS  Act Lite 35+10 SL  DEUTER  Poids/réglage de la hauteur du dos  C’était une première avec un sac aussi lourd, une fois les bons réglages trouvés c’était nickel  Tout pareil
 TENTE  Modèle précédant la Compaclight 2  INTERSPORT  Légèreté/rapidité d’installation/prix  Assez compacte et légère elle tient aussi très bien le vent  ll faudrait : une toile plus longue pouvant toucher le sol, pour la poser sur la neige
 TAPIS DE SOL   DÉCATHLON  Troué!!  je prendrais un matelas mousse !
 RÉCHAUD À ALCOOL  MP3RS  FAIT MAIN  Poids ++ / autonomie  Très léger, il est parfait pour faire bouillir de l’eau et donc pour le couscous. Malheureusement avec les pates et le riz ce n’est pas toujours cuit mais toujours collé au fond !!  La prochaine fois, on n’abandonnera pas notre couscous !!
 GAMELLE  Titanium Kettle  MSR  Poids/efficacité thermique, compacité  Parfait pour l’usage que j’en avais, c’est-à-dire principalement faire bouillir de l’eau.  Pourrait avoir un meilleur rendement avec un fond plus large.
 LAMPE FRONTALE  Tikka 2  PETZL  Légère  Légère et compacte, je l’ai trouvé insuffisante en matière de puissance lorsqu’il fait vraiment noir et lorsqu’il n’y a pas de chemin  Je garde pour ces conditions là.

Matériel technique pour une ascension au Grand Paradis

(la plupart du matériel ayant été emprunté, je n’ai pas toutes les références)

 CRAMPONS PIERRE  Air Tech New Classic  GRIVEL  Ils me plaisent bien pour ce que j’en fais
 CRAMPONS MÉLANIE  Alpamayo 12c  SINGING ROCK  Idem
 GUÊTRES PIERRE  DÉCATHLON  Pour chaussures tige haute et basse  Assez soldes et plutôt versatiles  Pour de la neige plus profonde, je préférerais des guêtres recouvrant plus le coup de pied
 CAQSUE MÉLANIE  Terra II  SINGING ROCK  Léger  Très bien
 PIOLET PIERRE  Air Tech Racing  GRIVEL  Léger  Dès que la pente devient raide, il manque vraiment une courbure plus prononcée du manche ainsi qu’un appui sur la main
 HARNAIS MÉLANIE  Primrose sa – Ink/Peacock  BLACK DIAMOND
 MOUSQUETONS À VIS  Forme D  BLACK DIAMOND  Prix  Peut-être des plus légers pour l’avenir
 MOUSQUETONS À VIS  Attache 3D  PETZL  Léger
 ANNEAUX POUR PRUSSIKS  7 et 6mm  BLACK DIAMOND  Les prussiks fins ont tendance à traverser le mousqueton du haut d’un mouflage
 BROCHES À GLACE  Laser L  PETZL  Prix
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