Escalade plaisir sur coinceurs dans l’Ouest américain (Utah-Nevada-Californie)

par Expérience Outdoor
Escalade plaisir sur coinceurs dans l’Ouest américain (Utah-Nevada-Californie)

Arnaud Pasquer nous raconte son expérience escalade sur coinceurs dans l’Ouest Américain.

Informations concernant le séjour grimpe sur coinceurs aux Etats-Unis

Date du séjour escalade dans l’Ouest américain :

Octobre-Novembre 2019

Quand partir faire de la grimpe aux Etats-Unis :

Au printemps ou à l’automne. Il fait froid dès mi-novembre et beaucoup trop chaud l’été.

Lieu :

Utah-Nevada-Californie, Etats-Unis.

Comment s’y rendre :

En avion, ville de destination suivant le sens de votre périple.

Vol international pour Denver (Colorado) ou Las Vegas (Utah) pour le désert et Indian Creek, Las Vegas pour Zion et Red Rocks, plutôt Los Angeles (Californie) pour Joshua Tree.

Location de voiture : compter 30 euros par jour (+10 euros pour les assurances) pour un type jeep, le double pour un van (site de location de van) ou un camping-car (site de location de camping-car). Bien regarder les assurances (plus de choix que les assurances de voitures françaises), et étudier ce que couvre déjà la carte bancaire (attention une Visa Premier ne couvre que 30 jours de location, une American Express couvre 90 jours). Pour être bien couvert, cela peut doubler le tarif journalier. Ne pas prendre cet aspect à la légère, aux États-Unis une négligence peut engendrer de gros problèmes.

Participants au séjour escalade dans l’Ouest américain :

Arnaud Pasquer (Grenoble), et Emilie (Toulon)

Où dormir lors d’un trip escalade dans l’Ouest américain :

Camping : on ne peut pas camper n’importe où aux États-Unis, y compris si on dort dans son van sur un parking (c’est considéré comme du camping).

On trouve des campings payants, des campings autour et dans les parcs (avec toilettes sèches collectives, table et espace pour faire du feu sur chaque emplacement) et des campings gratuits (équipés uniquement de toilettes, souvent au départ d’un trail).

La plupart des campings gratuits et des campings dans et autour des parcs sont gérés par le BLM (Bureau of Land Management). Pour ces derniers, le prix est de 10 à 20 $ par nuit pour un emplacement (maximum deux véhicules, 3 tentes, 6 personnes) et il faut parfois réserver en ligne souvent longtemps à l’avance (en particulier dans les parcs nationaux). Mais parfois une partie des emplacements est attribuée suivant le principe du premier arrivé premier servi (First come, Firts served). C’est un peu pénible mais en évitant d’arriver un week-end et en visant tôt le matin (hors périodes de vacances), on arrive à avoir de la place. Et une fois installé on peut rester jusqu’à 14 jours consécutifs sur place.

Le site Free Campsites référence tous les emplacements de camping gratuit (mais aussi les payants).

Recreation.gov fournit pas mal d’informations sur les permis de trek dans certaines zones de chaque parc et permet de réserver un emplacement dans les campings des parcs à l’avance (indispensable à certaines périodes).

Si vous souhaitez en savoir davantage pour organiser votre voyage aux USA lisez cet article :

Caractéristiques de l’escalade dans l’Ouest Américain :

Tout type de falaise, allant des blocs à Joshua Tree.

Quoi d’autre dans les environs :

La vie en dehors de lescalade dans l’Ouest américain : les parcs nationaux bien évidemment. Les États-Unis ont la chance d’avoir sur leur territoire des curiosités géologiques très intéressantes et assez grandioses, avec à l’entrée de chaque parc, un Visitor Center. Les Visitor Centers, sortes d’office de tourisme tenus en général par des rangers, sont présents partout et valent le coup de s’y arrêter : dépliants et petits films permettent d’appréhender la géologie et l’histoire du coin et des rangers sont là pour répondre aux questions.

Si vous souhaitez organiser un roadtrip dans les différents parcs nationaux aux Etats-Unis, vous obtiendrez plein d’informations indispensables en allant lire ces articles :

Los Angeles : un petit tour à Malibu (on n’a pas vu Pamela) et Hollywood, mais on a vite fui la région. Le trafic urbain est très dense, les bouchons sont colossaux aux heures de pointe. Il est compliqué de circuler, même en utilisant la voie de gauche sur l’autoroute (appelée carpool ou HOV, siglé d’un losange) : réservée pour le covoiturage donc dès que l’on est deux c’est bon !

Las Vegas :

Très surfait, le temple de la consommation ne nous a pas laissé une bonne impression. A chaque tour en ville, au bout d’une heure nous n’avions qu’une idée : fuir !

Mais voir tous ces hôtels alignés, tous plus fous et grands les uns que les autres, avec bien entendu le casino qui va bien au rez-de-chaussée, ainsi que quelques strip-teaseuses et chippendales distribuant flyers pour leur show du soir, c’est à voir une fois, ou pas, suivant les goûts de chacun !

Difficile néanmoins de ne pas être tenté de se faire rembourser le voyage à la roulette, j’ai craqué et essayé, mais je n’ai fait que remplir un peu plus les poches du propriétaire ! Je le sentais bien ce numéro 17 pourtant… Pas de bol c’est le 15 qui est sorti, sous le regard médusé de ma partenaire, scotchée par le fait que je mise tout en une seule fois : « toi, tu ne fais rien dans la demi-mesure ! ».

Pour passer le temps lors d’une journée pluvieuse, on peut visiter le Mob Museum, qui retrace toute l’histoire de la mafia aux États-Unis et à Las Vegas en particulier. A cependant éviter le week-end car il est bondé.

Les parkings dans la ville coûtent de 5 $ à 10 $ pour quelques heures, mais un tuyau : garez-vous juste au Nord du petit parking derrière le musée (angle des rues Casino Center et Steward). Juste sous le pont, il y a un parking pour tous les véhicules municipaux mais la partie droite de ce parking est publique, gratuite, et souvent déserte (une dizaine de places).

Aux alentours de Las Vegas :

A une demi-heure de Vegas, le barrage ‘Hoover Dam’, plus grande construction en béton au monde à l’époque de sa construction (1935) : la visite y est intéressante (15 à 30 $).

Et puis les adeptes de la salle, le Red Rock Climbing Center, 8201 Boulevard Charleston West, sur la route qui mène à Red Rocks. On y trouve aussi le topo (ainsi que celui dédié sur le bloc).

Deux incontournables pour un voyage dans l’Utah : faire un crochet par le spectaculaire Grand Canyon (frontière Colorado-Arizona au Sud), un des plus beaux parcs des États-Unis (attention, l’accès par le Nord ferme en général fin novembre), et Bryce Canyon, beaucoup plus petit mais une palette de couleurs extraordinaires.

Diverses randonnées sont également présentes aux alentours de Las Vegas :

Moab :

Magasins « Pagan », tenu par un ancien conseiller de Petzl, de très bon conseil, et « Gear Aid » (beaucoup plus de choix). « The Broken Oar » : les meilleurs burgers de la ville accompagnés de succulentes frites de patate douce !

Plusieurs campings dans la ville (35 $ mais avec laverie, micro-ondes et piscine) et plusieurs campgrounds (20 $) le long de « Wall Street », le secteur de grimpe à quelques kilomètres de la ville.

Poison Spider Trail pour aller observer des traces de pas de dinosaures et Corona Arch Trail menant à la belle arche Corona.

Indian Creek :

Quelques campgrounds sont gratuits comme celui de ‘Bridger Jack’, excentré sur une mauvaise route (jeep indispensable), et sans toilettes. Il convient d’utiliser des poop bags (sac à merde !) à 3 $ (on en trouve dans tous les Visitor Center), par respect pour les propriétaires des terres qui logent dans le ranch voisin et avec lesquels ce sont noués de bons liens avec les grimpeurs (sous certaines règles).

Pas de réseau téléphonique. Petite épicerie bien pratique avec pompe à service à 20 km entre les sites de grimpe et le Visitor Center de Canyonlands.

Retrouvez un article relatant l’expérience de Yoann FOULON en Trad et Big Wall aux USA ci-dessous :

Zion :

Campground pris d’assaut mais les emplacements de groupe non réservés et libres sont accessibles aux individuels le matin même. Donc venir de bonne heure pour trouver une place (ouverture à 9 h, mais faire la queue dès 8 h 30).

Navette de bus gratuite partout dans le parc (tout un secteur, le Zion Canyon Scenic Drive, n’est d’ailleurs pas accessible aux voitures). Les moins sensibles au vertige monteront à Angel Landing pour admirer le canyon.

Douche au magasin Outfitter (4 $ les 5 minutes) ou à Mountain School (7 $ les 12 minutes), juste à la sortie du parc à quelques minutes du campground.

Snow Canyon State Park (à côté de la ville de Saint George, Utah) :

Particularité de ce parc : 10 $ le droit d’entrée, 25 $ pour l’emplacement de camping (avec douches et prises électriques sur les tables !) ou 20 $ en réservant à l’avance mais l’entrée au parc est gratuite si on y campe donc bien le préciser en arrivant au péage.

Joshua Tree :

Plusieurs campgrounds dans le parc. Ceux de Indian Cove, Hidden Valley (central pour les grimpeurs) sont les plus prisés. Celui de Belle au Sud-Ouest est moins fréquenté. Camping privé à Joshua Tree sinon (JT Sportsman’s Club). Trail de 2h pour aller voir une ancienne mine d’or au sud du parc.

Bibliographie :

  • The Crack Climber’s Technique Manual de Kent Pease, très complet sur toutes les techniques diverses de coincement (on en a exploré que le quart !), en anglais. (30 $).
  • Indian Creek, a climbing guide, de David Bloom, moins complet en nombre de voies mais plus précis sur les topos et le détail des coinceurs à avoir par voie (mais avec des erreurs !).
  • Creek Freak, de Karl Kelley, plus fourni en termes de nombre de voies, mais plus vague sur le descriptif (45 $ chacun).
  • Red Rocks, A Climber’s Guide II de Jerry Handren (40 $). Photos précises et descriptif des voies, beaucoup plus complet que Red Rocks Climbing de Supertopo (25 $). Il existe aussi un topo uniquement pour le bloc (secteur à l’Est du parc).
  • High On Moab, Moab climbs de Kart Kelley (35 $).
  • Zion Climbing, Free and Clean, Bryan Bird (30 $).
  • Zion Canyoneering, Tom Jones (40 $).
  • Rock Climbing Anchors, un livre très intéressant sur toutes les techniques pour confectionner un bon relais sur coinceurs (25 $).
  • Self-Rescue de David Fasulo, un livre noir et blanc sur les techniques d’aide et de sauvetage en grande voie (17 $).
  • L’Ouest américain, Lonely Planet.

Lien internet :

Mountain Project : similaire à Camptocamp, mais centré sur les topos (pas de possibilité de rentrer de sorties, sauf à mettre un commentaire ou une photo sur la page décrivant la voie).

Les pass pour les parcs nationaux :

Pass annuel pour les parcs nationaux (Zion, Grand Canyon, Arches, Red Rocks, Joshua Tree, Bryce, …) : son prix est de 80 $ (non cessible), vite avantageux dès lors que l’on visite un peu car sinon l’entrée pour un seul parc est de l’ordre de 35 $.
Il existe aussi des parcs qui ne sont pas nationaux mais dits « d’Etat » (state parks) pour lesquels le pass ne fonctionne pas (compter 15 $ ou 25 $ camping compris donc bien préciser si on reste dormir) : Snow Canyon (St. George), Santa Monica Mountains (Ouest de Los Angeles) …

Vocabulaire de grimpe utile :

  • « On Belay » : vaché.
  • « You’re off belay » : ok , j’ai retiré mon assureur.
  • « Climbing » : départ.
  • « Take ! » : sec !

Ethique :

Interdiction formelle de planter des pitons, et pas de moulinette sur les ancrages existants. Donc installer une grande sangle et un mousqueton à vis maître sur lequel mouliner ou utiliser deux dégaines comme le font la plupart des américains. Redescendre en rappel. Ne pas marquer le nom des voies au pied, des étrangers l’ont fait à Indian Creek il y a quelques années et c’est la 1ère chose que l’on m’a dite en arrivant ! Ne pas camper non plus en dehors des sites prévus, c’est mal vu et surtout très sanctionné. La seule tente que l’on a croisée en 3 mois au pied d’une falaise fut d’ailleurs celle … de français !

Drone interdit dans les parcs (sauf à de très rares endroits), feux d’artifice non autorisés, au contraire des armes à feu, suivant la loi en vigueur dans chaque état : ça surprend mais c’est aussi ça l’Amérique !

Escalade sur coinceurs aux Etats-Unis, dans l’Ouest américain

Été 2019, voilà c’est décidé, nous partons deux mois à l’automne aux États-Unis pour aller faire de l’escalade sur les fissures de l’Ouest américain qui nous font tant rêver, et le tout bien entendu sur coinceurs.

Nous aimons grimper en trad’, mais ce n’est pas souvent le cas en France, compte tenu du nombre de lignes équipées : il faut reconnaître que grimper sur des spits est appréciable, sécurisant. C’est l’option de facilité… Mais plus on voyage et plus on se rend compte que notre pays est un peu l’exception qui confirme la règle : ailleurs on ne se pose pas la question, c’est souvent coinceurs ou rien ! La 1ère chose que l’on s’est plutôt demandé, c’est quelle corde on allait prendre, et comment on allait faire pour grimper ces fissures, étant grimpeurs en 5 et complètement novices dans ce domaine …

Résultat des courses, on peut faire beaucoup de choses avec une corde à simple de 60m, moyennant un peu de désescalade facile ou de débrouillardise. Et avec une corde de 70m on passe quasiment partout. Nous avions une corde à simple de 70m et une corde de hissage/rappel de 60m en 6mm achetée sur place (rayon canyon) et nous ne nous en sommes servi que deux fois, et la première fois seulement pour une raison de confort. Nous grimpons avec des cordes à double en France car les rappels sont souvent équipés à 50m mais ce n’est pas le cas là-bas. Les rappels sont plus courts, ainsi que les voies. Le tirage se gère bien car les voies typées fissures sont en général bien rectilignes.

Comment grimper dans les fissures ?

Grimpe en fissures dans l'Ouest américain

Celles à mains et à poings sont les plus faciles à appréhender (cela correspond à une taille de friends Camalot de #0.1 à #3, majoritairement #1 et #2). Puis viennent les off-width (tout ce qui est plus large que le poing et moins que le corps) et enfin les fissures à doigts (taille de friends #0.4 à #0.5).

Explications concernant la technique de coincement en fissure

Pour résumer la technique de coincement en fissure, il faut soit coincer une partie de son corps comme on le ferait avec un câblé (coincement-friction), soit faire un effet de levier (point fixe-rotation). Par exemple dans le premier cas en entrant son poing dans un resserrement et le serrer, ou le faire gonfler en plaçant le pouce à l’intérieur de la paume. Ou dans le deuxième cas, en plaçant sa main à la verticale (pouce en bas), coude sorti en l’air. En rabaissant le coude vers le bas, la main se tord et prend plus de place, se coinçant naturellement dans la fissure.

Avec le pied, le placer à l’horizontale, pointe vers le bas, puis tourner le genou vers l’extérieur, faisant effectuer un mouvement de balancier au pied vers la droite qui le verrouille dans la fissure. Une fois tout cela compris c’est assez magique. Le corps devient sa propre prise et la prise peut se positionner exactement à l’endroit de la fissure que l’on souhaite ! Il existe bien entendu de multiples variantes et possibilités à ce principe de base, plus difficiles à exécuter, comme le coude ou l’épaule insérés dans une cheminée, le coude faisant office de levier. Ou alors les poings accolés côte à côte, ou encore une main et un poing (l’un faisant office de coinceur passif immobile et l’autre d’actif se coinçant sur ce point immobile).

A cette technique de coincement il faut ajouter le stemming qui sert dans les cheminées larges : pousser de chaque côté de la cheminée avec ses pieds et ses mains (grand écart) ou dos collé à la paroi, jambes à la perpendiculaire du côté opposé, un bras collé le long du dos, l’autre en face comme les pieds. Là aussi, de multiples variantes suivant la configuration du terrain existent !

Matériel emporté et utilisé

Niveau jouets, j’avais emporté des hexentriques qui n’ont quasiment pas servi hormis à Indian Creek (les fissures partout ailleurs ayant des bords irréguliers), des tricams (le pack des quatre plus petites tailles) qui ont beaucoup servi, et des Totem Cam qui se sont avérés utiles dans les fissures horizontales ou les trous pas très larges dans lesquels les friends classiques style Camalot rentrent mal. Deux petits Camalot X4 taille #0.1 au baudrier rassurent quand on ne peut rien mettre sur quelques mètres lisses (il y a toujours une micro-fissure, même évasée, à un endroit). Je n’ai jamais regretté d’avoir pris le gros #6 (idem pour le #5) quand j’estimais à vue de nez qu’il allait être utile.

Et les tailles de fissures étant souvent assez régulières dans une voie, quand on en a besoin une fois, on pourrait en poser deux sans problème dans la même longueur ! La taille #3 fut présente quasiment tous les jours au baudrier en un ou deux exemplaires, et le #4 suivant les voies mais assez régulièrement (dès qu’il y a de l’off-width). Attention au fait que les topos américains indiquent le matériel à prendre en pouces et que le 3 « pouces » correspond à une taille entre #3 et #4 donc souvent synonyme d’emporter les deux tailles.

Pour économiser un peu, on peut prendre un jeu de Gipsy pour les grandes tailles de friends, mais ça ne marche que sur des fissures bien lisses type Indian Creek et c’est compliqué à installer (quasi-impossible d’une main). Ils ont vite rejoint le fond de la valise pour ne plus en sortir !

A noter que l’utilisation des friends Dragon Cam de DMM avec leur sangle intégrée s’est avérée plus pratique à utiliser avec une corde à simple que les Camalot de Black Diamond.

L’Ouest américain regorge de roches différentes, idéales pour l’escalade

Un grand choix de roches différentes dans l'Ouest américain

En deux mois, nous avions le temps de bouger et de voir différents sites mythiques, aussi notre choix s’est porté sur l’Utah, le Nevada, et la Californie qui s’est ajoutée au programme une fois sur place.

Il y a deux façons de prévoir son voyage dans ces états suivant la saison. Au printemps, plus on va vers l’Est et plus les températures seront agréables, moins chaudes, donc commencer plutôt par Joshua Tree (Californie) et finir à Indian Creek (Utah). A l’automne, il va faire de plus en plus froid à l’Est, donc commencer vers Indian Creek pour finir à l’Ouest vers la douceur de la Californie et Joshua Tree. Sachant que le plus dur ce sont les fissures d’Indian Creek. Ailleurs on trouve des prises autour des fissures donc les mouvements sont moins obligatoires.

Donc aller d’Ouest en Est permet d’augmenter progressivement la difficulté, alors que dans l’autre sens, on commence par le plus dur, mais cela permet aussi d’apprendre dès le départ puis mettre cela en pratique ensuite dans du plus facile. A vous de choisir !

Initiation à l’escalade en fissures dans l’Ouest américain

Avant de commencer par Indian Creek, situé à côté de la petite ville de Monticello dans l’Utah, nous nous sommes arrêtés à Moab, pour nous initier à la grimpe en fissures. Le secteur dit de ‘Wall Street’ longe une route sans issue parcourue par les grimpeurs, les touristes et quelques camions qui vont à l’usine, donc relativement tranquille. L’endroit est parfait pour apprendre, avec des relais équipés à 25-30m environ, et des moulinettes possibles par conséquent.

Mais l’apprentissage est douloureux. Pas simple de se lancer en tête en mode taquet. Alors sans trop s’en rendre compte on s’échauffe dans de la dalle bien sableuse, et on fait peu de voies exclusivement en fissures, pour aller préférer cocher quelques jolies voies dans le désert tout proche, notamment Owl Rock, une des voies les plus parcourues du coin à juste titre. Un 5.8 (5b) vraiment chouette (c’est le cas de le dire !), avec peu de mouvements typés fissures obligatoires et des protections faciles à poser. Un régal. On pense donc avoir compris un peu le principe, et on se pointe à Indian Creek la fleur au fusil.

Escalade à Indian Creek, dans l’Ouest américain

Grimpe en Utah à Moab

On avait beau avoir été prévenus, on s’est pris une bonne claque une fois sur place. C’était comme si nous n’avions jamais grimpé. Dans une voie cotée 5.9 (5c), une belle classique du secteur Supercrack Buttress, impossible de quitter le sol, et en moulinette ce fut un long, long combat, centimètre par centimètre.  Il allait falloir tout réapprendre. On a vite revu les cotations à la baisse, maudissant ces américains qui cotent du 4 nous paraissant au moins être du 6 ! Se focaliser sur les cotations aux États-Unis c’est la certitude de finir déprimé.

Pour ne pas l’être on décide de faire des petites journées (c’est les vacances après tout !), et d’abréger le séjour à Indian Creek au bout de quelques jours, pour aller voir ailleurs. Il faut dire qu’il faut se retenir un peu au départ pour ne pas revenir avec des tendinites partout, et une vague de froid particulièrement vif a sévi quand nous y étions dans les derniers jours d’Octobre. Neige et -10 degrés Celsius une nuit ! Malgré tout nous vainquons quelques fissures (oui, on peut parler de victoire !) et montons au sommet de South Six Shooter Peak, une montagne ressemblant au célèbre Monument Valley, par une jolie voie.

Cap vers Maple Canyon, un petit site à l’échelle du pays mais qui regorge d’une centaine de voies sur pudding, ces galets incrustés dans la roche comme on peut en trouver au Cap Canaille dans les Calanques. Il y fait froid aussi la nuit début novembre mais au soleil en journée on grimpe en tee-shirt. Trois jours passés sur place et ce sera la seule entorse à notre séjour sur coinceurs, puisque les voies sont équipées. Parfait pour se refaire la cerise mais hors du thème ‘coinceurs et fissures’ du séjour !

Escalade à Zion dans l’Ouest américain

Escalade à Zion, aux Etats-Unis

Nous filons ensuite sur Zion pour huit jours, superbe parc national, vraiment grandiose, coloré, avec différents types de rocher sur des parois d’anthologie et des voies plus courtes à côté. Magasins et douches pas loin du camping. Un très bel endroit pour y passer une à deux semaines.

Ce parc et (surtout) ses alentours se prêtent très bien au canyoning. Certains sont même possibles sans corde (randonnée aquatique).

Sur le chemin qui mène de l’Utah au Nevada, on s’arrête à côté de Saint George, pour aller grimper dans le Snow Canyon State Park. A refaire on s’y arrêterait quelques jours. L’endroit est vraiment joli et se prête bien à un démarrage en douceur. Une autre alternative au désert de l’Utah même si on y rencontre moins de fissures. Habité par les indiens jusqu’au milieu des années 1800, ce petit canyon de 3000 hectares où vivent grenouilles, tortues, serpents, coyotes, renards et léopards (que vous n’aurez que peu de chances de croiser en dehors de l’été) est très coloré et son rocher composé de sable et de quartzite donnent de belles couleurs orangées sur lesquelles s’ajoutent le noir d’une fine couche fragmentée de basalte.

De très belles voies équipées ou non sont présentes en quantité et on peut y passer une semaine sans problèmes. Les secteurs non référencés dans le topo sont à éviter : par défaut la grimpe est interdite partout ailleurs que là où c’est spécifié ! Notre voie préférée fut ‘Leopard skins’ qui porte bien son nom : une grimpe qui ne dépasse pas le 5c et étonnamment raide pour le niveau car très prisue, et magique car on a vraiment l’impression de grimper sur une peau de léopard.

Escalade sur la voie des Léopards à Zion

Grimpe sur les voies de Red Rocks, dans l’ouest des Etats-Unis

Direction ensuite Red Rocks (Las Vegas, Nevada) où nous avions prévu de rester longtemps. Beaucoup de possibilités de tous niveaux, c’est grand et très réputé.

Pour notre 1ère grande voie à Red Rocks, on se positionne sur ‘Cookie Monster’, une belle escalade accessible (5.7) en deux ou trois longueurs suivant l’endroit où l’on fait relais. Elle rejoint les rappels (équipés) de Cat In The Hat (5.5), une des voies les plus parcourues de Red Rocks de par sa longueur (5 longueurs et même 7 possibles), son accessibilité (du 4+ qui se protège bien) et sa beauté. Mais victime de son succès, les cordées s’y pressent alors nous voulions éviter d’y aller. On la parcourra un jour frisquet en semaine 15 jours plus tard.

Grimpe sur les voies de Red Rocks

Une escalade dans l’Ouest Américain chaotique

Ce que l’on s’apprête à vivre ce jour-là dans ‘Cookie Monster’, je ne l’avais jamais vécu en 15 ans de grimpe. Une cordée de trois encordés en file indienne sur la même corde, avec deux seconds débutants pour qui c’est la deuxième sortie en grande voie et qui n’ont absolument pas le niveau ! Nous attendons plus d’une heure à R2 avant que je me décide à continuer et les rejoindre au bout de seulement 10 min, passant de nouveau une heure sans presque bouger avant de pouvoir rejoindre le 3ème et dernier relais.

Moment que choisit le leader pour me proposer de passer devant pour la suite alors que la voie est finie ! Je leur indique où se trouve la sortie. Mais je ne suis pas au bout de mes surprises puisque les rappels étant communs avec une autre voie, ‘Cat In The Hat’, une jolie classique très fréquentée en 4+, je peux observer une autre cordée de trois dont le leader mouline un second terrorisé qui manifestement effectue là son 1er rappel. Puis le leader descend simultanément avec l’autre second (chacun son brin) tout en gérant à la fois sa propre descente et celle de son compagnon !

Dans Cookie Monster, une belle voie abordable sur coinceurs à Red Rocks

15 jours plus tard nous revenons faire cette voie un jour frais et calme où nous croiserons à la descente une seule autre cordée, un couple dont la femme bloque sur la désescalade et dont le mari possède une corde trop courte pour les rappels et qui n’a pas lu le topo. Devant les erreurs répétées, inquiet, je resterai proche de lui pour gérer la fin de leur descente.

Tout cela me fera réfléchir : est-ce la proximité de Vegas et du temple de la consommation qui veut ça ? Une certaine consommation de l’escalade en brûlant les étapes, ou une mentalité nonchalante des grimpeurs américains (sans en faire une généralité) avec une prise de risques plus importante que par chez nous ?

Néanmoins nous avons pu constater, surtout à Indian Creek, et souvent avec respect, l’engagement qu’ils prenaient en tête, n’hésitant pas à se lancer dans une voie trop dure pour nous, se vachant tous les deux mètres sur un friend. Il faut savoir que les grimpeurs américains se sont souvent rendus dans les Alpes, notamment en France, car c’est chez nous que s’est faite l’histoire de la grimpe et l’alpinisme et cela garde pour eux une certaine aura. L’inverse n’est pas vrai, alors que nous avons beaucoup à apprendre d’eux, la technique en fissure est tellement spécifique et différente de ce que grimpent les français, habitués aux réglettes et bossettes ! Mais ce qui est paradoxal, c’est qu’ils ont adopté l’éthique des anglais, et non la nôtre, car beaucoup d’anglais ont importé cela là-bas.

Une superbe expérience de grimpe dans l’Ouest Américain

A part cet épisode dans ‘Cookie Monster’, la saison (il y a moins de fréquentation à l’automne) et le nombre de voies, font que nous fûmes seuls sur 90 % des voies que nous avons grimpées et nous ne croisions dans la journée que des grimpeurs un jour sur deux. Red Rocks nous a enchanté : de belles grandes voies typées montagne pour l’ambiance. Du pur trad’ avec des relais à construire soi-même, des voies accessibles et de tous niveaux, sur un rocher bon et superbe, avec toutes les orientations.

A Red Rocks (et en général sur toutes les zones où le rocher est de type sableux, donc tous les sites d’escalade dans l’Ouest américain présentés dans cet article sauf Maple Canyon) dès qu’il pleut il faut attendre minimum 2-3 jours que le rocher sèche parfaitement. On a testé sur un rocher pourtant sec, les prises cassent facilement avec les doigts. Donc pour des raisons de protection du rocher et de la cordée, s’abstenir ! Pour patienter ou se reposer de la grimpe, le trail menant au sommet de Turtle Peak offre une jolie vue. 2 h de montée depuis le parking Sandstone Quarry.

Sur Le Beau Secteur De Calico A Red Rocks

Fin du séjour à Red Rocks et direction la Californie

Le secteur Calico à Red Rocks dans l'Ouest américain

La plupart des secteurs de Red Rocks se situent dans le parc. L’entrée annuelle spécifique à ce parc est de 30 $ (gratuit si on dispose du pass annuel des parcs américains).

Attention, il faut sortir du parc avant 17 h (il fait nuit à cette heure) dès le mois de novembre. Si vous pensez déborder (ça vous arrivera forcément) il faut en demander l’autorisation en appelant au plus tard le matin au numéro (702) 515-5050. Peu de verbalisations mais en théorie ça peut valoir une condamnation. Préciser nom, numéro de portable, type de permis (LE = sortie tardive ou ON = overnight permit si l’on vise une voie sur 2 jours sur le mont Bridge), date, plaque d’immatriculation, description du véhicule, nom du parking, voie prévue et personne à prévenir en cas d’accident !

Début décembre il commence à faire froid et le changement d’heure entre l’Utah et le Nevada raccourcit encore les journées. Aussi nous décidons d’aller faire un tour en Californie, avant de penser au chemin du retour. Petit tour vers Los Angeles en passant par la Vallée de la Mort, et pose des valises sur le site de Joshua Tree. Pas de grandes voies ou limitées à deux longueurs, c’est le site de la couenne sur coinceurs, sur d’immenses blocs variés : fissures et cheminées avec des prises autour. Pas mal de grimpeurs (la majorité de la population des campgrounds le sont) dans une ambiance assez festive.

Site de blocs de Joshua Tree en Californie

Grimpe à Joshua Tree en Californie, dans l’Ouest américain

A noter que le solo y est assez commun. En trois jours, nous avons vu trois grimpeurs le pratiquer. Le premier sous notre cordée dans une voie qui s’y prêtait (peu de protections possible et quelques ressauts, descente à pied). Le deuxième car son binôme lui avait posé un lapin (il a fait trois fois de suite la même voie !). Et le troisième en pleine nuit. Alors que je m’approchais d’une fissure de 60m persuadé que quelqu’un irait dedans ce soir de pleine lune (mais encordé et avec une frontale), j’aperçois un grimpeur en solo, sans frontale, dans la fissure plus dure d’à côté (6b), au son des Rolling Stones, le portable dans la poche. Son pote qui attendait au pied a quant à lui renoncé, mais j’ai été scotché !

Matériel utilisé lors de ce séjour escalade dans l’Ouest américain

Corde à simple de 60m + corde de hissage de 60m en 6 à 7mm, ou 2 cordes à double de 50m.

Bout de corde à simple de 6m ou sangles de 240cm pour faire un relais, une longue et épaisse sangle pour les moulinettes avec deux dégaines simples ou mousquetons à vis, décoinceur.

Rack conseillé minimum : tricams, un jeu de câblés, un jeu de friends taille #0.3 à #6 (taille Camalot Black Diamond), en doublant les tailles #0.4 à #4. Pour Indian Creek, il faut prévoir  beaucoup plus de friends (parfois 4,5 d’une même taille), notamment les tailles #0.3 et #0.4 (fissures à doigts), #1 à #2 (fissures à mains).

Et bien entendu des gants spécial fissures (pratiques et rapides à mettre) ou du strap (plus long à mettre mais plus agréable à porter), des dégaines exclusivement à rallonge.

Pour acheter sur place il y a des magasins REI présents dans toutes les grandes villes, large choix de différentes marques (mais aussi leur propre marque) pour tout ce qui est alpinisme, escalade, trekking, livres …

Laisser un commentaire