Plongée en Mer de Glace dans le Massif du Mont-Blanc

par Expérience Outdoor

Antoine Martin-Cocher, Accompagnateur Moyenne Montagne pour U MUVRINU Randonnées nous raconte son expérience de Plongée en Mer de Glace dans le Massif du Mont-Blancantoinemc_speleo_chamonix-15-dernie¦Çres-lueurs

Informations pour préparer une Plongée en Mer de Glace dans le Massif du Mont-Blanc

Date

29 et 30 novembre 2014 et 6 décembre 2014

Lieu

Mer de Glace Chamonix France

Calendrier

29 novembre trajet/montée montenvers/promenade/nuit au refuge de Leschaux
30 novembre exploration/descente dans les canyons/ retour
06 décembre trajet/ montée au montenvers/ descente dans les moulins/retour mouvementé

Hébergements durant nos 3 jours de Plongée en Mer de Glace

Refuge de Leschaux
http://refugeleschaux.ffcam.fr/

Transports pour de la Plongée en Mer de Glace

SNCF
Train du Montenvers

Bibliographie pour 3 jours de Plongée en Mer de Glace

IGN 3630 OT

Liens web

http://www.moreauluc.com/

3 jours de spéléologie en Mer de Glace dans le Massif du Mont-blanc

Après des déconvenues en Islande dans les mois précédents, nos velléités de spéléologie glaciaire demeuraient intactes, et notre dévolu se jeta non sur la Suisse mais sur Chamonix et la Mer de Glace.
L’ équipe est d’abord composée d’Alexandre et Sébastien, présents en Islande, et de Joakim.

Localisation de l’entrée des moulins et barbotages

Samedi 29 Novembre

Le rendez-vous  est fixé à Grenoble, départ 7h avec Joakim et Sebastien, à 9h, après un trajet mémorable au cours duquel j’ai dormi, nous rejoignons Alex à Chamonix. Nous manquons le train du Montenvers de peu et patientons jusqu’au prochain départ entre les chinois et les émirati, c’est la première fois que je met les pieds dans ce village, j’avoue être surpris…
Après une jolie montée en nous débarquons au Montenvers. C’est à la fois génial de voir pour la première fois la mer de glace, mais en même temps attristant de constater son évolution…
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Nous empruntons le chemin qui mène aux échelles, évitons les faux pas, et posons nos pieds sur la surface vitrifiée. On a regardé quelques vieux comptes rendus sur le net, la  surface à couvrir ne semble pas très grande, on devrait trouver facilement, nous nous focalisons sur la zone dite « des moulins » sur la carte…
Après avoir croisé un groupe de guides avec leurs clients en école de glace nous chercherons pendant plusieurs heures dans les moindres anfractuosité de l’immense étendue gelée… et nous ne trouverons… rien !

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Etant donné qu’il se fait tard et qu’on est au milieu du glacier on se dit qu’on va aller dormir au refuge du Couvercle, puis finalement au refuge de Leschaux qui est juste en bordure du glacier sur la carte IGN.
Cette décision prise, nous décidons de nous délester d’une partie de notre matériel, et dissimulons l’intégralité de nos cordes et baudriers/harnais/bloqueurs là où nous nous sommes arrêtés et nous nous mettons en marche. C’est long… long… le terrain est chaotique, on progresse lentement dans les caillasses à moitié enneigées, la nuit arrive mais il fait plutôt beau.

Nous progressons désormais à la frontale,  cherchant désespérément le refuge. La scurion d’Alex balaie la face et finit par trouver le carré blanc qui indique le refuge, je vois qu’il y a des échelles, Sébastien et Alex s’engagent pour redescendre quelques instant après pour chausser les crampons… toute la ferraille est prise dans la glace, on avait mal lu « échelles » sur la carte…on regrette un bref instant de pas avoir pris ni les cordes ni les baudriers mais on s’engage et on affronte cette épreuve. Dans le noir on ne voit pas le vide et on se focalise sur les 3 mètres que l’on voit devant nous, facile !
Fin des échelles, Seb part tout droit, je le suis de près, au bout d’un moment je trouve qu’on commence à prendre un peu trop d’altitude, je pousse ma frontale à fond, le toit du refuge s’illumine 150m plus bas sur notre droite…ouf ! Une petite pente de neige glacée plus tard nous sommes au « chaud ».
On plaisante sur nos « exploits » de la journée, on avale un lyoph pour faire aventurier et on se couche en appelant de meilleurs augures pour le lendemain !
(le refuge d’hiver est très agréable, dommage qu’il y ait eu plein de déchets, nous en avons redescendu quelques uns à l’initiative de Seb).

Dimanche 30 novembre

Lever 7h, on range, on s’équipe, on perd une demi heure à chercher je sais plus quoi et on se casse !
Oh mon dieu ! c’est haut bordel ! heureusement qu’on a fait ça de nuit… un troupeau de chamois nous observe depuis les hauteurs.
Nous rejoignons notre matériel et passons un coup de fil à un ami (qui a visité les moulins deux ans auparavant, et qui a failli y rester d’ailleurs…) il nous indique la zone, beaucoup plus proche de la gare du Montevers que là où nous sommes. Nous reprenons les recherches.
12h… toujours rien…

Alex et Seb partent explorer le canyon central qu’on a franchi la veille, Joakim et moi nous focalisons sur la zone périphérique du glacier et trouvons une étroiture qui semble se poursuivre plus bas ! Yes !
J ’équipe une main courante et un premier rappel, Alex et Seb se sont bien amusé dans leur canyon (les photos ici https://plus.google.com/photos/+AlexandreDarrioulat/albums/6087657699586898209 ) mais ont fait chou blanc. Je les avise de la découverte et je descend. Une vingtaine de mètres plus bas je suis au fond du méandre, il me reste plein de corde, je m’encore en bout de corde et je commence la progression au fond du méandre.

Il y a un peu d’eau au « plancher », après quelques mètres la galerie tourne, et… crac ! ma jambe gauche passe à travers le « plancher » dans un mélange de sorbet et d’eau glacée… je me retiens en en équilibre un pied à la surface, un bras à moitié crispé sur mon piolet que je viens d’ancrer dans la paroi in extremis, mes camarades restés en surface me demandent si « ça va ? » (après avoir entendu le bruit) ,de l’autre main je commence à ravaler fébrilement le mou que j’ai laissé sur la corde. Au final je met les mains dans le sorbet, et j’arrive à m’extraire de ce piège, je remonte sans demander mon reste et change de vêtements pour entamer une sieste bien méritée sur le glacier, après avoir prévenu les autres et notamment Sébastien qui aime bien sauter partout !
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Finalement ils progresseront de quelques dizaines de mètres seulement, mais pas en profondeur, après que Seb ait scrupuleusement respecté mes consignes en sautant à pied joints dans le piège que j’avais décrit en détail, la progression se fera en opposition et une main courante sera installée dans les règles de l’art.

Il est pas loin de 16h, il faut partir. Nous rejoignons la gare après avoir posé pour une petite taiwanaise qui n’aura même pas la chance d’apprécier sa chance d’avoir croisé des gens avec des lampes frontales et des harnais de spéléo sur la mer de glace, et nous y rencontrons l’ASV (association de spéléologie vertacomicorienne (du vercors)bien connue) et Luc Moreau, un ponte de la glaciologie… qui reviennent… des moulins de la Mer de Glace… AaaaaaaaHHHHHHH. Sortie effectuée à la journée, à l’endroit où nous avions croisé les guides la veille…ils sont allé à -100 mais ont été arrêtés par l’eau.

Oh Rage, Oh Désespoir…mais au moins nous sommes toujours vivants !

Descente en eaux profondes

Le vendredi suivant, après une vague de froid généralisée, Alex m’appelle et me propose de retourner, j’avoue que la chose me travaillait aussi, d’autant plus que maintenant on connaît exactement l’emplacement de l’entrée ! (c’est un fait assez rare pour être souligné car pour ceux qui suivent depuis le début et notre aventure en Islande la technique « on y va à l’arrache on finira bien par tomber dessus n’a toujours pas fait ses preuves…).
Seb n’est pas dispo cette fois, à la place Régis et Iker, également du GUCEM et de notre équipe habituelle se joindrons donc à Alexandre, Joakim et moi.
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Samedi 6 décembre

On arrive à Cham à l’heure, on reprend notre petit train à 1000 euros l’Aller/Retour, on repose le pied sur la Mer de Glace, on redescend nos échelles couvertes de givre, le paysage est métamorphosé par le froid ; tout les rochers sont givrés, une atmosphère bien particulière …
Nous atteignons l’entrée en quelques enjambées, un bon point ; l’eau ne coule plus en surface, on devrait être au sec et il n’y aura pas de bruit !

On se donne les consignes : on a assez de corde et de broches pour équiper en continu, on a des tonnes de broches.
Je commence par équiper la partie « à l’air libre » pendant que certains finissent de s’équiper, je remonte, et les autres partent les uns après les autres, Regis en tête.
Pendant que les autres s’affairent je trie un peu de matos en surface, et je descend dans la crevasse, Joackim est encore à l’air libre, et soudain…
« Boum ! boum ! badaboum ! AAAAAAAAARRRRGGGGGHHHH !!!!! » (bruit de chute suivi de cri de la mort)
Nous nous regardons… intérieurement je me dis… « putain un mort…il manquait que ça »… la mort dans l’âme je m’apprête à ressortir déclencher les secours, car c’est forcement grave, j’imagine qu’au meilleur des cas y’aura des fractures multiples, traumas divers et hémorragies à cause de tous les trucs affutés qu’on transporte.
Puis on entend que ça s’active, rapidement on apprend que « ça va », nous descendons enfin et nous retrouvons Regis, sur une terrasse intermédiaire constituée de rochers et de glace, quelques mètres plus loin Iker et Alex continuent d’équiper.

Plus de peur que de mal pour notre ami Régis qui n’a chu « que » de 2 mètres, en tentant de remonter sur une corde abandonnée prise dans la glace qui a lâché malgré quelques tractions de test. Il va « bien »  mais semble secoué et à du mal à bouger quand même. Nous lui conseillons de remonter avant qu’il ne se refroidisse totalement et de rentrer nous attendre à la gare (oui vous avez bien lu, nous conseillons à un blessé de remonter 40m de puits par ses propres moyens, puis de traverser un glacier et de remonter des échelles tout seul comme un grand).

Nous poursuivons la descente jusqu’à -110m, petits pas par petits pas pour ne pas balancer de blocs sur les autres, la sensation est grisante, cela est sûrement du au fait que enfin nous sommes enfin sous la glace, comme nous en rêvions depuis des mois.
Lien video :
https://www.youtube.com/watch?v=KKy9_ccVFqY

Cet univers intégralement glacé laisse songeur, la glace est translucide et on voit à travers comme si il s’agissait d’eau, néanmoins à cette profondeur il n’y a plus de lumière, et le puits ressemble à s’y méprendre à n’importe quel puits bien sculpté dans une autre cavité…, à l’inverse, à l’entrée la glace à une superbe teinte bleutée.
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Au fond la cavité s’arrête sur un petit méandre qui se referme, nous avons de la chance, la vague de froid a fait cesser l’activité hydraulique et nous sommes donc parfaitement au sec. Fait intéressant, alors qu’il tente de prendre une photo lors de l’équipement du puits, Alex fait choir l’objectif de son appareil, cependant on n’en retrouvera aucune trace au fond…

Après une petite vidéo, quelques photos et une gorgée de liqueur que j’avais conservé de notre trip en Islande pour l’occasion, nous sortons de là, les énormes rochers  fichés dans les parois n’ont échappé à personne, et ils risquent d’être plus douloureux qu’un objectif d’appareil photo en cas de chute.

16h Tout le monde ressort saint et sauf, mais il reste des tonnes de matos à trier, et on a un porteur de moins. Alex et moi même partons en tête… ralenti par le brouillard qui vient de tomber nous arrivons néanmoins à l’heure pour le train (16h45), Regis a réussi à l’atteindre aussi et nous attend.
Il reste 5 minutes avant le départ du train et pas de signes d’Iker et de Joakim, je redescend les aider pendant qu’Alex raccompagne Regis.

Comme prévu nous loupons le train, après avoir tenté de retrouver la doudoune d’Iker qu’il a égaré sur le glacier (on lui renverra son portefeuille quelques mois plus tard)  il fait nuit noire, ça tombe bien nous avons nos lampes de spéléo ! Et nous empruntons le chemin pour rejoindre cham à pied… cela nous semble interminable, surtout que nous n’avons pour carte qu’une capture d’écran envoyée par Alex qui a gardé la carte…

Vers 19h30 au niveau d’une cabane, nous entendons des voix….nous décidons donc d’aller faire la guerre aux anglais… non, en fait il s’agit d’un groupe de l’ucpa, des enfants hyperactifs, encadrés par un guide et la mère de l’un d’eux, ils sortent de la via corda et n’ont pas de frontale, après un échange assez froid, nous leur offrons de les raccompagner… ils étaient insupportables…gentils…mais insupportables…

A 21h nous buvons une bière pour fêter cette journée où on a enfin atteint notre objectif et chacun rentre chez soi.

Le lendemain Régis nous apprend qu’il souffre d’une double fracture du sacrum, et que du coup il a plein de congés maladie, ce petit veinard ! Néanmoins il est content de pas être mort (vu que c’était l’option si il était tombé 2m plus à gauche) et comme  le prouvent les aventures qui suivent, il s’en remettra !

Conclusion sur nos 3 jours de Plongée en Mer de Glace

Après avoir bravé les temps changeants d’Islande, erré sans fin sur de multiples étendues glacées, nous parvenons enfin à faire de la vraie spéléo glaciaire. C’est une expérience unique, le mélange des technique de spéléo et d’alpinisme est très particulier ; si il est agréable d’avoir une certaine liberté dans la pose des amarrages, c’est  à dire des broches à glace,  les parois de glace glissante lisses et infinies n’offrent aucune possibilité d’escalade à main nue. Sans compter une sensation exacerbée d’être à un endroit où l’on a rien à faire, cela est notamment lié à la présence des énormes blocs de roche pris dans la glace au niveau de l’entrée de la cavité et faisant figure d’énorme épé de Damoclès . Si l’on se rit volontiers des péripéties que nous avons vécu avant de trouver la cavité, l’accident de Régis, qui aura miraculeusement été sans conséquences trop fâcheuses noircit quelque peu le bilan de cette quête d’abîmes glacées.
Touts ces enseignements permettrons surement de réitérer les expériences en Islande et de poursuivre ce type d’aventures sous glaciaires.

Matériel utilisé pour 3 jours de Plongée en Mer de Glace

catégorie modèle marque pourquoi ce choix retour d’expérience si c’était à refaire
chaussures shiraz asolo léger, étanche, en prévision des passages enneigés (testé dans le vercors) rien à redire, je préfère le confort des chaussures basses mais c’est personnel idem
pantalon farley stretch vaude léger, aération, ceinture rien à redire parfait pour de la plongée en mer de glace idem
sac air 60+15 deuter pour embarquer plein plein de matos sans que ça déborde du sac super confortable, le portage est un plaisir, mais grand sac, même confortable signifie beaucoup de choses inutiles emportées et donc poids conséquent, donc rythme de progression diminué! idem, pas dans une optique de légèreté cependant
chaussettes trail lite xsox fiable le modèle conton est plus confortable que le modèle synthétique coton
veste radikal jkt millet éprouvée vieillissante idem
doudoune crimptastic the north face fit, technicité, encombrement et chaleur top mais fragile, comme toute les microdoudounes idem
frontale nao petz puissance, encombrement réduit ras, mais pb sur des modèles précédents, SAV petzl  au top comme toujours idem
rechaud pocket rocket+titane msr peu emcombrant, ultra léger meilleure config jusqu’à maintenant idem
t shirt x, y et z millet toute une gamme de t shirt en synthétique confortable, durable idem
bâtons trail lite black diamond pas trouvé mieux pour l’instant toujours en service, j’en change des bouts régulièrement idem
lunettes dirt zebra julbo légère et polyvalente les montures commencent à se décolorer et les verres, en plastique sont assez abimés, usage instensif 2 ans, et mauvais traitements manifeste… à changer,  toujours chez julbo
tente hubba hubba nx msr la plus légère top pour de la plongée en mer de glace idem
matela trail lite thermarest poids/prix dans cette catégorie on doit faire plus léger aujourd’hui mais celui ci présentait un très bon rapport qualité prix, jamais crevé en 4 ans d’usage intensif ! idem
duvet ?? hight colorado c’est mon duvet de toujours, je sais pas d’où il vient duvet, en duvet, toujours opérationnel après 15 ans d’activité! idem
appareil photo 5dmk3 canon le meilleur ras, même si un peu lourd, mais c’est un choix inaltérable idem
trepied m280 manfrotto compact colonne centrale pas en carbone donc demeure lourd inutile, un mini trépied costaud à la rigueur
gourde 3L camelbak grand litrage percée dans le train, irréparable, j’utilise maintenant un tuyau « source » branché sur une bouteille plastique indestructible plus camelbak, trop fragile
boussole expedition S silva complète, fiable, miroir rien à redire idem
porte carte ?? silva compacte, étanche rien à redire, un peu dure à fermer idem
vector suunto prix raisonnable, multifonction rien à redire, si ce n’est l’altimètre qui est parfois très sensible aux changements de pression (fréquents ici!) passerais bien sur un modèle avec cardio le même

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