Alaska : jusqu’au bout du Wilderness

par Expérience Outdoor
trekking en Alaska au parc national de Wrangell Saint Elias

Julien DEFOIS nous partage son expérience de Trekking en Alaska au parc national de Wrangell Saint Elias
Remontée sur le boulevard-glacier durant notre Trekking en Alaska

Informations pour préparer un trekking en Alaska au parc national de Wrangell Saint Elias 

Lieu :

parc national de Wrangell Saint Elias, Alaska, Etats-Unis

Date du trek :

du 7 au 13 août 2015

Accès :

  • Alaska : soit depuis la côte ouest des Etats-Unis prendre un vol vers Anchorage ou Fairbanks et louer une voiture soit, ce que nous avons fait, depuis Vancouver, prendre un vol pour Whitehorse (Yukon) et louer une voiture. Les locations de voitures sont bien plus avantageuses au Yukon ; aucun problème pour passer la frontière avec un véhicule loué. C’est quand même plus rapide par Anchorage.
  • McCarthy : rejoindre Glenallen en voiture puis Chitina et prendre la piste de 60 miles jusqu’au bout de la route. Du carburant (très cher) est vendu à McCarthy. Compter 5-6 heures de route depuis Glenallen.
  • Le backcountry : contacter une agence de transport aérien, soit McCarthy Air (pour le côté familial) soit Wrangell Mountain Air (la grosse entreprise, pour le confort), pour se faire déposer par avion au milieu de nulle part.

Budget :

  • Toulouse Vancouver AR: 700 euros avec British Airways
  • Vancouver Whitehorse AR: 250 euros avec Air North
  • Location de voiture à Whitehorse : 1500 euros pour 3 semaines; nous avons eu un très beau SUV fourni par Driving Force : louer un SUV est impératif pour avoir le droit de rouler sur les routes non bitumées.
  • Vol dans le parc national de Wrangell Saint Elias : 200 à 300$ ou plus le vol selon la destination.

Participants à ce Trekking en Alaska:

Charlotte et Julien. Toulousains, nous nous sommes connus au Club Alpin Français. Passionnés de montagne, nous aimons voyager pour découvrir la nature dans ce qu’elle a de plus beau.
Charlotte a 28 ans. C’est son second voyage en Amérique du nord. Sportive à la ville comme à la montagne, elle s’essaie à des disciplines variées : ski-alpinisme, escalade, randonnée, trail, VTT, raids, etc. Quand elle ne fait pas de sport, elle est ingénieur en biologie.
Moi, Julien, j’ai 35 ans. Educateur spécialisé, j’ai beaucoup de congés que je passe le plus souvent en montagne et si possible loin de la France. Mes coups de cœur : les Pyrénées, le ski-alpinisme et les treks dans l’Himalaya.

Où dormir en Alaska:

 Les hébergements en dur sont horriblement chers en Alaska. Nous avons donc privilégié les campings, nombreux et meilleurs marchés :

  • Glenallen : Northern Nights Campground à 27$ l’emplacement, avec 2 jetons de douche. Accueil très sympathique et gâteau offert aux invités 3 fois par semaine.
  • McCarthy : 2 campings aussi sommaires l’un que l’autre, juste avant le bout de la route. 20$ l’emplacement, moustiques gratuits, pas d’eau courante, toilettes sèches.

Nous avons aussi découvert le kennicott hostel à 30$ la nuit en dortoir. Nous n’avons pas eu l’occasion d’y dormir mais il propose une alternative bien plus confortable que les campings. Penser à réserver.

  • Dans le wilderness : où vous voulez ! Parfois c’est seulement où vous pouvez, compte tenu de l’hostilité du terrain. Bien évidemment, la seule option envisageable est la tente, car il n’y a pas d’hébergement en dur en dehors de quelques cabanes entretenues par le parc, qui se réservent ou bien se remplissent selon la règle premier arrivé-premier servi.

Le ravitaillement :

 Question essentielle ! En Alaska, les prix sont très chers et le choix limité !
Notre meilleure adresse, le Real Canadian Superstore à Whitehorse : un choix vaste, meilleur marché qu’à Vancouver. L’idéal pour faire le plein avant de partir. Les clif bars, de délicieux encas très énergétiques, ne sont pas chers. Le rayon des barres est d’ailleurs très bien fourni.
Coast Mountain Sports à Whitehorse encore vend tout type de matériel de montagne (en profiter pour faire le plein de cartouches de gaz) et aussi des plats lyophilisés. Il est plus difficile de se procurer des plats lyophilisés ultérieurement.
A Tok, Alaska, vous trouverez un petit supermarché et aussi un magasin d’équipement outdoor qui fait armurerie et attire les tireurs du coin. Une plongée dans la vraie Amérique…
A Glennallen, un petit supermarché se trouve à 3 kilomètres du camping.
A Chitina et McCarthy, des supérettes vendent des produits à un prix exorbitant.

Le menu

 La nourriture étant un élément essentiel pour la forme et le moral du randonneur, nous avons cherché le meilleur compromis poids-goût-facilité de préparation-apport calorique.
Voici donc notre verdict :

  • Pour les petites faims : clifs bars et barres Nature Valley, beaucoup plus nutritives que nos Grany et consorts. J’en ai embarqué 50 pour 8 jours. Et je n’ai rien pris de trop.
  • Pour le petit déjeuner : du muesli granola (environ 150-200g par ration), avec du chocolat en poudre et du lait d’amande en poudre (le lait de vache ne me convient pas). Charlotte avait un mélange tout préparé de céréales, blédine, lait en poudre et sucre.
  • Le midi et le soir : des rations lyophilisées et des carrés de chocolat aux amandes en dessert. Nos plats pesaient au minimum 125g pour Charlotte et 150g pour moi avant d’ajouter de l’eau. En dessous, cela aurait été très insuffisant pour couvrir nos dépenses de la journée. Nous avons testé différentes marques. La moins bonne est sans conteste l’américaine Mountain House, pourtant assez chère : c’est la plus facile à trouver sur place. La meilleure est aussi américaine : bacpacker’s pantry, avec ses recettes généreuses, originales et relevées. Ensuite, Alpine Aire propose aussi des plats appétissants et très nutritifs : chili végétarien, burrito aux légumes et au riz, quinoa au chanvre. Pour ce que l’on trouve chez nous, Trek’n eat est vraiment bien, tout comme Expedition Food, avec ses rations à 800 calories. MX3 et Voyager sont vraiment loin derrière.

Pour ma part, je prenais également une soupe lyophilisée le soir.

  • Gâterie pour se faire plaisir : des amandes enrobées de chocolat.

Préparer son trekking en alaska :

Le Falcon Guide Hiking Alaska’s Wrangell Saint-Elias National Park and Preserve décrit en anglais de nombreux itinéraires dans le parc et donne toutes les informations nécessaires. Notre itinéraire n’y figure pas cependant.
Le site http://www.wrangellsteliaspark.com/ reprend le livre en partie et donne quelques éléments supplémentaires comme des photos. Il est partenaire du Falcon Guide.
Les sites des guides du parc proposent également des parcours (nous y avons trouvé le nôtre) et offre des prestations tout compris :

Le parc national a son site, voici le lien vers la page Backpacking : https://www.nps.gov/wrst/planyourvisit/backpacking.htm
Vous pouvez aussi contacter le Visitor’s Center géré par le parc à Kennicott pour obtenir des informations. Les Backcountry Rangers pourront vous éclairer sur votre parcours mais il vaut mieux le leur envoyer par mail avant : lorsque nous sommes arrivés au centre, il n’y avait pas de ranger pour nous renseigner. Le centre loue également les indispensables boîtes à ours pour stocker sa nourriture en toute sécurité pendant le trek. La location est gratuite, il faut juste laisser une caution. Il en existe de 2 types : des noires opaques et des Bear Vault : préferer ces dernières, plus volumineuses et pratiques.
Pour les cartes, le site de l’office fédéral USGS propose de les acheter ou vous pouvez également les télécharger et les imprimer. Voici par exemple le lien vers la carte des Root et Kennicott Glaciers juste au-dessus de Kennicott .
Je ne vous recommande aucun site météo. Le parc est en effet dépourvu de balises et trop grand pour avoir une prévision juste. On peut avoir une idée en visitant les sites classiques, comme weather.com ou accuweather.com.
Avant de partir, munissez-vous de votre bear spray, une bombe lacrymogène pour plantigrade indispensable en cas d’attaque. Les rencontres sont fréquentes surtout autour de Kennicott.

6 jours de Trekking en Alaska au parc national de Wrangell Saint Elias

La décision

Lundi 10 août, 15h,quatrième jour de marche.
Nous remontons depuis quelques temps au-dessus du Regal Glacier des pentes raides et austères, abandonnées par les étendues gelées désormais réduites à quelques poches éparses mais encore significatives. Le Regal Glacier, issu du sommet éponyme, a lui conservé toute sa vigueur et offre un océan de pièges pour qui veut le traverser : celui-ci devra payer son tribut au seigneur blanc.
Il pleut, et cela n’a pas vraiment cessé depuis les dernières 36 heures. Le froid est marqué, quelques degrés tout au plus. Nos chaussures, mouillées jusqu’à l’atome le plus profond, font corps avec l’humidité ambiante.
Nous progressons vers un col technique situé vers 2000m. Ici, à cette altitude, on est déjà en haute montagne depuis longtemps. Les nuages ont été généreux et nous ont ouvert les yeux sur le haut du cirque au milieu duquel il nous faut trouver la ligne de faiblesse, le point de passage. Car ici, à Wrangell Saint Elias, point de sentier, ni même de balisage ou encore de cairns : rien pour guider le marcheur, si ce ne sont ses propres aptitudes. La montagne est vierge de toute intervention humaine : les plus chanceux pourront trouver les traces de leurs prédécesseurs, si tant est qu’il y en ait eu avant eux. Et ce n’est pas notre cas : le passage semble malgré tout évident, en procédant par élimination.
Le terrain n’est pas plus avenant que le temps : les glaciers ont laissé derrière eux un sol mélangeant cailloux et terre dont l’instabilité déjà bien établie a été galvanisée par l’humidité généralisée. A chaque pas, on s’enfonce, on recule, on glisse quand la terre se dérobe sous nos pieds.

Nous faisons le point sous le col :

Dans la montée, je me retourne vers Charlotte. Elle est déjà loin de moi, même si je me suis arrêté pour l’attendre il y a peu. Son rythme me laisse perplexe: je la sais bien plus rapide sur ce genre de terrain, elle ne se dit pas fatiguée, mais, pourtant, elle n’avance plus qu’à un rythme d’environ 250 m de dénivelé par heure. Je ne sais pas si elle se rend compte qu’elle est en difficulté et cela m’inquiète : je ne suis pas sûr de pouvoir assumer ma propre fatigue, la pression de la gestion des risques, de la prise de décision et du choix de l’itinéraire et celle de la prise en charge de ma partenaire en difficulté.
Les jours précédents ont largement déjoué mes prévisions tant à la fois sur la difficulté du terrain que sur notre rythme. Et pas dans le bon sens. Nous avions donc déjà consommé notre jour de marge pour la nourriture. Les étapes suivantes s’annonçent techniques et très incertaines. Mais nous n’avons plus le droit à l’erreur et il nous faut avancer à un rythme correct pour espérer s’en sortir sans mourir de faim. Et j’ai de sérieuses inquiétudes quant à la capacité de Charlotte d’assumer ce « rythme correct ».

Marcher à Wrangell Saint-Elias :

Arrivé au pied du col technique, je ne peux plus échapper à une prise de décision. Un glacier raide (35-40°) le défend sur une centaine de mètres. S’offrent à moi deux possibilités : renoncer ou continuer, mais jusqu’au bout : ce premier col technique serait en effet très difficile à redescendre si nous voulions faire demi-tour et pas question pour moi de prendre ce risque. Un terrain d’atterrissage pourrait nous fournir une opportunité d’extraction à un jour et demi de marche de là où nous nous trouvons, moyennant un appel avec notre téléphone satellite. Et le temps ne semble pas vouloir s’améliorer, d’après mon baromètre. La perspective de passer le second col technique, plus difficile, dans la tourmente météorologique ne m’enchante guère.
Mais le renoncement ne coule pas de source, surtout quand on se sent capable de passer ce col et de finir le trek, surtout quand on a pu rêver son voyage pendant des mois, surtout quand on sait que l’on ne viendra ici qu’une fois dans sa vie, très probablement. Notre aventure a un goût d’exceptionnel : très peu de gens sont venus ici. Quelle frustration si nous devions ne pas aller au bout, ne pas parcourir ces terres désolées et perdues, dont la traversée se mérite…

Alors que faire ? Arrêter ou continuer ?

La genèse du projet

Revenons quelques mois plus tôt. Décidé à découvrir le wilderness américain au cours de l’été 2015, j’avais convié mes amis du CAF Toulouse Charlotte et Guillaume à m’accompagner dans cette aventure atypique. Partis pour le Territoire du Yukon, nous n’avions pas pu résister à programmer une incursion en Alaska qui, de fil en aiguille, devait devenir le cœur de notre voyage. Le Yukon n’offrait pas la même densité de parcs, de sites à découvrir et ses montagnes manquaient cruellement de glaciers, dont je suis friand. L’Alaska, avec ses parcs pléthoriques, ses glaciers interminables et ses hauts sommets nous détourna facilement du Yukon. Nous ne devions finalement y découvrir que le Parc Territorial de Tombstone, à l’extraordinaire beauté qui m’a laissé une empreinte indélébile.

L’Alaska compte 8 parcs nationaux.

Sans doute le plus connu, le parc national du Denali fut la première destination envisagée. Mais les règlementations pesantes liées à une fréquentation à la hauteur de ce symbole me dissuadèrent d’y mettre les pieds. Par contre, le parc national de Wrangell Saint Elias, plus grand que la Belgique et le plus vaste des parcs nationaux des Etats Unis, me conquit immédiatement : peu fréquenté mais néanmoins parcouru, chapeauté par des masses glaciaires parmi les plus importantes du monde et d’une beauté saisissante. Le coup de foudre.
L’idée était de se rendre dans le backcountry pour faire l’expérience de la véritable Alaska, le wilderness : traverser des territoires vides d’hommes et vierges de leurs traces, vivre loin du monde une aventure qui aurait pu rappeler celle des grands explorateurs d’antan, sentir cette liberté qui est accordée à celui qui n’a aucun sentier à parcourir, juste à se frayer un passage où bon lui semblera.

Dans l’euphorie sourde de la préparation du voyage

j’écumais les topos et autres sites des guides de haute montagne du parc. Ce que j’avais trouvé ne m’enthousiasmais que modérément : des parcours frileux et pas vraiment à la hauteur d’ un parc de cette ampleur, qui avait tant à offrir. En effet, ils ne faisait état que d’itinéraires remontant des vallées, se tenant la plupart du temps à bonne distance des glaciers, évitant les hauts passages et prévoyant des durées à mon sens bien exagérées au vu de la distance à parcourir. Certes, il n’y a avait pas de sentier et la progression était plus difficile, mais j’avais du mal à comprendre comment on pouvait prendre 6 jours pour marcher 40 km.
J’avais pu lire çà et là que l’Alaska était un territoire difficile pour le randonneur et que la marche n’y était pas aisée. Mais je savais aussi que les américains avaient une forte tendance à la sécurité absolue, qui pouvait les amener à surestimer certaines difficultés et à se montrer trop modestes à mon goût. J’avais déjà une solide expérience sur tous les terrains dans les Pyrénées et, dans une moindre mesure, sur les pentes de l’Himalaya et du Japon. Confiant, je considérais cela comme largement suffisant pour me lancer dans le wilderness.

« Ultra Classic Hike Back »

C’est ce que j’avais en tête lorsque je découvris l’itinéraire appelé « Ultra Classic Hike Back » sur le site de Kennicott Wilderness Guides. Ce trajet était tout simplement le plus dur et le plus engagé parmi tout ce que j’avais pu trouver jusque-là : une dépose en avion au milieu de nulle part et le retour à pied en passant 4 cols et 6 glaciers sur 7 à 8 jours. J’avais choisi mon parcours : un vrai défi physique, des glaciers, des cols, des paysages somptueux d’après les photos. Et, surtout, un vrai goût d’aventure : ouvert il y a peu par les guides de Kennicott Wilderness, il restait encore rarement fait, donc peu d’informations circulaient, et demandait aussi un choix de cheminement très fin une fois sur place : les cartes au 1 : 63000 ne permettait qu’une préparation grossière de l’itinéraire. Tout le reste devait se déterminer sur le moment, sans topo.
Je n’eus pas trop de peine à convaincre Charlotte et Guillaume que cet itinéraire était le meilleur possible, le plus proche des sorties engagées que nous avions l’habitude de faire chez nous.

Alaska, nous voilà !

31 juillet 2015.

Après avoir retrouvé Charlotte et Guillaume à Whitehorse, Yukon, nous prenons la route vers le nord en direction du Parc Territorial de Tombstone. Guillaume, qui souffre de ses pieds, ne pourra pas nous accompagner lors de nos treks. Nous serons donc à deux.
Un lac au bord de la route en alaska

4 août 2015

Nous achevons notre périple à Tombstone au pas de course pour ne pas faire attendre Guillaume à qui nous avons donné rendez-vous au point d’arrivée. Nous laissons beaucoup d’énergie dans cette dernière journée, menée à un rythme rapide et sur un terrain hors sentier. Charlotte a aussi cassé un rappel de charge de son sac : il ne pourra plus servir. Nous devons donc lui trouver un autre sac.

 5 août 2015

 Le réveil est cruel : couché à minuit, je me lève fatigué à 6h30. Aujourd’hui, nous prenons la Top of the World Highway pour passer en Alaska. Cette joyeuse perspective adoucit l’instant.

 Le temps est parfait, les paysages somptueux saluent notre passage.

Sur la Top of the World Highway durant notre trekking en alaska
Environ 9h après notre départ de Dawson City, nous arrivons à Glenallen où nous faisons étape pour la nuit. Notre recherche de sac à dos s‘est avérée infructueuse et nous nous interrogeons sur l’éventualité d’un départ différé pour pousser jusqu’à Anchorage, où nous sommes certains de trouver notre bonheur. Mais cela implique de décaler l’avion qui doit nous déposer dans le backcountry et tout le programme de Guillaume en serait chamboulé.
Finalement, nous bricolons mon sac d’appoint, un millet de 50 + 10 litres : il nous faut en effet rajouter la ceinture abdominale du défunt sac de Charlotte pour adapter mon sac à la morphologie féminine. Je doute que cela soit une solution idéale car je crains que ce sac ne soit pas fait pour un portage lourd mais Charlotte décide que ce sac lui ira bien.

6 août

Nous arrivons à McCarthy, au cœur du parc national de Wrangell Saint-Elias vers 14h. McCarthy et Kennicott, voisin de quelques kilomètres, sont d’anciens villages miniers, aujourd’hui reconvertis en sites touristiques estivaux. Pour qui veut bien parcourir l’ancienne voie de chemin de fer qui y conduit, devenue une dirt road, une piste plus ou moins bonne sur 90 km, ces sites offrent une très belle idée de ce qu’a pu être l’exploitation minière en Alaska. Les mines ont fermé dans les années 30 mais de nombreux bâtiments sont encore (plus ou moins) debout et témoignent de cet éphémère passé. Le lieu a été déserté mais, progressivement, des gens se réinstallent et vivent ici à l’année.
McCarthy au cœur du parc national de Wrangell Saint-Elias
McCarthy, c’est aussi un aérodrome d’où partent la plupart des avions à destination du backcountry. Nous prenons donc contact avec notre transporteur et passons ensuite le reste de l’après-midi à organiser le trek qui débute le lendemain. Je cherche en vain des informations sur notre itinéraire : au centre des visiteurs ou au bureau de Kennicott Wilderness Guides, je n’obtiens rien de plus que ce que je sais déjà. C’est-à-dire pas grand-chose. Il va falloir se débrouiller sans. Je peux quand même compter sur mon téléphone : j’ai préchargé sur Google Earth les vues satellite de notre itinéraire et je pourrai m’en servir de GPS si nécessaire.
Kennicott dans le parc national de Wrangell Saint-Elias
L’absence de répit et repos depuis Tombstone m’empêche de profiter de la beauté du lieu : nous avons peu de temps et beaucoup à faire. Je regrette mon planning trop dense : nous aurions dû nous ménager un jour de repos entre Tombstone et Wrangell : je pensais que les trajets en voiture nous ressourceraient mais je me suis trompé…
Nous faisons notre sac dehors sous la pluie, pour la plus grande joie des moustiques venus en masse nous accueillir au camping sommaire de Glacier View.
Préparation du sac et impressions avant de se lancer :

Le grand jour

7 août, 8h.

Pas très confiants, nous embarquons dans le coucou qui doit nous déposer dans la brousse. L’avion donne en effet l’impression d’attendre la retraite impatiemment. Le look de son pilote, Gary, ne pourrait être plus américain : jean, chemise épaisse à carreaux rouges, barbe et stetson. L’avion a juste remplacé le cheval…

Nous allons embarquer :

Après 30 minutes d’un vol de toute beauté, qui donne la mesure de l’extraordinaire dimension glaciaire du parc, nous atterrissons au col de Skolaï, dans le backcountry, et sortons soulagés de la boîte de conserve : se poser en avion au milieu de nulle part ça secoue…

Le vol :

L’atterrissage :

A notre grande surprise, 2 randonneurs prennent leur petit déjeuner. Ils ont fini leur trek et attendent l’avion qui les ramènera vers le monde des humains. Nous ne reverrons plus personne après eux.

Partout où je pose mon regard

je suis subjugué par la sublime majesté des lieux, qui m’imposent le plus grand respect : des vallées immenses, des sommets massifs et abrupts protégés par de spectaculaires glaciers suspendus et, au loin, des étendues blanches à perte de vue.
Vers Skolaï Pass en Alaska
Le temps très ensoleillé nous promet une belle journée. Nous commençons la marche par la traversée de la rivière Skolaï, pas méchante : de l’eau jusqu’aux genoux, un courant modéré, une quinzaine de mètres à parcourir.

La traversée :

Le programme de la journée est simple : nous marchons jusqu’à ce que l’on s’arrête. Un objectif a quand même été défini : la langue du glacier Frederika. Nous progressons facilement toute la matinée à travers des flancs herbeux accueillants. De temps en temps, une vieille sente intermittente accueille nos pieds : il s’agit d’une ancienne piste pour les chevaux du temps des exploitations minières. Confort éphémère dont nous ne profiterons que durant cette matinée.
Parfois, nous nous confrontons à l’ennemi numéro 1 du randonneur : le bush. C’est une sorte d’arbuste qui ne supporte pas la solitude et adore la compagnie très proche de ses congénères, de sorte qu’ils forment une barrière végétale dense : le randonneur qui veut la traverser devra s’acquitter d’une taxe de passage, payable en temps, en énergie et en patience. Le mieux, c’est de contourner le bush, il nous coûte trop cher de le traverser.

Nous longeons la Skolaï un long moment avant de la laisser plonger dans la vallée.

Nous restons vers 1500m à flanc de montagne en attendant de croiser la vallée de la rivière Frederika.
Vers midi, nous surprenons un Caribou qui nous honorera d’une élégante danse sur une crête :

A 13h15, premier déjeuner avec un plat lyophilisé dans le wilderness. C’est plutôt agréable le wilderness : des températures clémentes, un cheminement pas difficile à trouver, pas trop de bush, de jolis paysages…
Le glacier Frederika durant notre trekking en Alaska, au programme demain
L’après-midi douchera mes illusions. Après avoir fait une reconnaissance du cheminement pendant que Charlotte se repose (les reconnaissances sont essentielles sur ce type de terrain pour éviter les pièges et bien anticiper son trajet), nous nous lançons vers notre objectif du jour. La langue du glacier Frederika n’est plus qu’à une petite poignée de miles mais son accès le plus direct est barré par une forêt de bush dont la traversée est inenvisageable. Il nous faut donc descendre, traverser un peu le bush pour retrouver la Skolaï dont le lit fournit un chemin acceptable pour les humains, les ours et les loups aussi, traces à l’appui.

Au confluent des rivières Skolaï et Frederika nous bifurquons pour suivre cette dernière.

Son lit n’est pas aussi accueillant que celui de la Skolaï : recouvert de gros galets instables, nous devons rester perpétuellement vigilants à ne pas mettre les pieds au mauvais endroit. Il finit par disparaître et nous n’avons plus qu’à traverser des pentes raides et croulantes juste au-dessus de la rivière, profonde, large, rapide, qui nous emmènerait facilement dans le Pacifique si on avait le malheur d’y tomber. La tension est palpable dans ces moments exposés. Nous préférons de temps en temps nous offrir un moment de bush pour nous reposer.
Nous finissons par prendre pied sur les anciennes moraines du glacier, encore bien loin de son emplacement actuel. Vers 17h, nous repérons une accueillante plateforme de sable gris où nous décidons de passer la nuit. Le glacier est juste devant nous, mais un lac oublié par la carte interdit un accès direct. Nous devrons soit traverser la Frederika, plus direct, soit trouver un passage par l’autre côté, plus incertain.
Coucher de soleil sur le glacier Frederika

Les glaciers

 8 août

Le soleil brille toujours.

Le matin au réveil :

Je tente sans sac la traversée de la Frederika. L’eau, en provenance immédiate du glacier, me broie littéralement les jambes par son froid absolu. Une première tentative échoue : trop de courant, trop de fond, trop de danger. Puis une seconde. A la troisième je passe. Les bâtons vibrent sous la force du courant, je teste à chaque pas la profondeur. Au retour, je manque de tomber. On va s’arrêter là et tenter de contourner le lac, ce qui s’avèrera être la solution la plus facile.

Echec de la traversée de la rivière Frederika :

Le glacier Frederika est un véritable boulevard. Très plat, presque sans crevasse, il déroule sous nos pieds un tapis blanc facile à remonter, sans crampons. L’itinéraire devient exceptionnel : les glaciers s’étendent devant nous sur des dizaines de kilomètres, des sommets puissants défient les cimes himalayennes, l’ampleur des espaces nous renvoie à notre petitesse. J’imagine que si tous les glaciers du parcours sont comme celui-ci, nous devrions pouvoir revenir sans peine à Kennicott.
Remontée sur le boulevard-glacier durant notre Trekking en Alaska

En fin de matinée, Charlotte commence à décrocher. J’avais parfois du mal à la suivre à Tombstone mais, maintenant, il me faut vraiment ralentir pour ne pas creuser un trop grand écart. C’est peut-être le besoin d’une pause repas…

Le premier col du parcours au-dessus de Charlotte

Nous la prenons après être sorti du glacier

en direction d’un col qui nous amènera vers la vallée suivante. Des guêpes (!??!) envahissent alors l’air et se posent sur nous, sur nos affaires, affamées et sans doute ravies d’avoir des randonneurs pour les ravitailler. Je me fais piquer pour la première fois de ma vie, heureusement sans conséquence.

Montée vers le col, le glacier Frederika est derrière nous

Dans la montée vers le col, la différence de rythme entre Charlotte et moi devient saisissante : si je marche 5mn, je dois l’attendre 5mn. Elle a un gros coup de fatigue et je finis l’ascension à son rythme pour l’aider dans ce moment difficile.

Le col est défendu par un glacier débonnaire que nous franchissons une fois de plus sans crampons. La vue sur notre avenir est magnifique, même si quelques nuages obscurcissent l’horizon. Des glaciers, encore, glissent à l’infini dans les vallées.

Au col avant Chimney Mountain vers le glacier Rohn

Nous descendons en direction de Chimney Mountain vers le glacier Rohn.

Il est difficile de bien se repérer dans ces grands espaces et je m’oriente un peu trop au nord, ce qui nous obligera à une traversée vers le sud pour retrouver ce qui devrait l’itinéraire le plus direct. Nous campons sur d’agréables pelouses, près d’un ruisseau clair, avec une vue imprenable sur les montagnes. 

Un joli bivouac durant notre trekking en alaska
Des mouches nous entourent : leur plus grand plaisir est de se glisser dans nos oreilles ou de venir dans nos yeux. Lunettes de soleil et bonnet sont alors de sortie pour nous protéger.
couché de soleil sur le glacier du parc national de Wrangell Saint Elias

9 août

Malgré mes boules Quiès, j’entends au réveil ce crépitement typique sur la toile de tente, celui qui annonce la pluie au dehors. Le soleil nous a quittés, pour longtemps.

Nous entamons la descente vers le glacier. Elle sera extrêmement éprouvante. Je pars de temps en temps repérer le terrain, mais il est très compliqué de se projeter dans la durée : les ruptures de pentes fréquentes coupent la vue. Nous devons en permanence louvoyer entre les obstacles et les montées-descentes continuelles sont épuisantes. Le sol sous nos pieds n’est pas plus sympathique : de la boue, des blocs, du bush, des flancs abrupts surplombant des torrents qui s’effondreront sous les pas de Charlotte, de l’herbe glissante.

Une traversée dans le bush :

A l’issue d’une longue bataille, nous sommes enfin aux pieds de la moraine du glacier Rohn. Les moraines sont trompeuses ici : elles ressemblent à d’inoffensifs petits tas de cailloux et paraissent très étroite en comparaison des glaciers qu’elles bordent. Mais, une fois à leur contact, je réalise qu’elles vont s’avérer beaucoup plus coriaces que celles que j’ai connues dans l’Himalaya.

 Il faut d’abord trouver un point d’accès : des pentes très raides bardent les flancs de la moraine. Nous en trouvons une moins rude que les autres et je me lance. Je comprends vite qu’il va falloir faire attention : il n’y a qu’une très fine couche de cailloux au-dessus de la glace vive et il ne faut pas grand-chose pour glisser jusqu’en bas. Je passe sans encombre, Charlotte plus difficilement, malgré tout je rechigne encore à mettre les crampons car j’ai peur qu’ils n’entravent davantage notre progression sur les scories.

Maintenant, plusieurs centaines de mètres de montagnes russes sur glace vive et cailloux pas très stables nous attendent. De loin, cela ne devait pas être long, mais l’ampleur des dimensions fait illusion : la traversée prend beaucoup de temps.

Sur le glacier Rohn

La pluie ne nous a pas oubliés lorsque nous prenons pied sur le glacier.

Bosselé et tourmenté, il n’a rien à voir avec le boulevard traversé la veille. Des crevasses nous barrent parfois le chemin. Il nous faut bien une heure et demie pour atteindre la moraine opposée, distante de 2 ou 3 miles environ. Nous y goûtons un repos bien mérité et un repas chaud, une aubaine par un temps pareil.
Initialement, je pensais grimper aux pieds de Chimney Mountain pour ensuite redescendre sur le glacier Regal, mais, après la laborieuse descente vers le Rohn, je préfère m’abstenir de passer sur un terrain que je ne vois pas encore. Nous descendrons donc le Rohn jusqu’à l’intersection avec le Regal, pour ensuite traverser celui-ci. Bien m’en a pris, car la descente de Chimney Mountain au glacier Regal est champ de bush dont il aurait été très difficile de sortir.

le glacier Regal

Une nouvelle traversée de moraine en vitre-cailloux-boue plus tard, nous découvrons le glacier Regal, qui se révèlera comme un enfer blanc. Je perçois au loin notre point de sortie, à quelques miles en diagonale de notre position : c’est le thalweg qui nous conduira au premier col technique. A sa base, nous camperons ce soir. Il ne nous reste plus qu’à trouver par où passer…
Moraine sur le glacier Regal durant notre trekking en Alaska
A notre droite, le glacier devient tellement tourmenté que l’on n’ose même pas s’en approcher. A gauche, il rejoint le glacier Rohn pour former le Nizina. Il ne nous reste plus qu’à passer tout droit, en tâchant d’éviter les zones plus accidentées. Rapidement, nous nous enfermons dans un dédale de crevasses et devons emprunter des langues de glace dominant des abîmes gelés pour progresser.
Dans ces conditions, nous ne pouvons plus faire l’économie des crampons et l’expérience montrera que ce n’est pas du luxe, surtout dans la moraine. Nous devons parfois explorer plusieurs de ces langues avant de trouver celle qui offrira un point de passage convenable. Les allers et retours sont usants.
Nous aboutissons ensuite dans un labyrinthe de crevasses et de montagnes russes. Je marche devant pour trouver le chemin et éviter à Charlotte qui parait déjà bien fatigués des dépenses d’énergie superflues. Nous y passons des heures, le temps défile à une vitesse incroyable.

A la recherche d’un passage :

Curieusement, je commence à me sentir à l’aise et tranquille sur ce terrain : j’ai finalement accepté l’incertitude de l’itinéraire et l’idée que tout était plus long ici. Pour Charlotte, c’est différent. Ce labyrinthe angoissant, ces incessantes montées-descentes, la fatigue qu’ils engendrent, celle accumulée depuis des jours sans repos, le poids du sac, la différence maintenant évidente entre sa forme physique et la mienne ont miné son moral. Elle s’effondre sur le glacier, vidée. Nous discutons, elle m’avoue ne jamais avoir connu une telle situation de fatigue et ne sait plus trop bien où elle en est. Charlotte ne se plaint pas pour autant et ne me fait pas payer sa défaillance. Elle n’a d’ailleurs jamais râlé et s’est donnée à fond. Le poids énorme du sac qu’elle avait du mal à mettre sur ses épaules au départ n’a jamais entamé sa détermination et son courage.
Sur le glacier Regal en Alaska

Fatigue

Mais je suis inquiet pour sa forme dans les rudes journées à venir, j’ai peur que nous soyons en train de franchir une ligne rouge. Et je n’ai pas la moindre idée de ce qui nous attend, ne serait-ce que 100 mètres plus loin. Difficile de se projeter et de rassurer dans ces conditions.

Nous repartons, à pas de fourmis dans une contrée de géants. La sortie du glacier est si proche, juste à côté, pourtant si loin dans le temps. Une heure après le coup de mou de Charlotte, nous foulons sur la terre ferme, après une ultime et usante traversée morainique. Charlotte est au bout de ses forces. Je la laisse donc se reposer pendant que je pars à la recherche d’un lieu où poser la tente. De loin, l’entrée du thalweg paraissait accueillante : sur place, elle se montre avare d’espaces herbeux et plats. Je finis par trouver une petite zone de quelques mètres carrés dans le bush, où nous avons juste la place de poser la tente. Elle est bordée de petits étangs cristallins. Il pleut toujours.

Après un repas au chaud sous notre MSR, l’heure est au questionnement quant à la suite du parcours. Cela fait 2 jours que Charlotte fatigue. Les suivants ne nous épargnerons pas et nous accumulerons encore de la fatigue :

comment va-t-elle s’en sortir ?

Ils seront aussi plus exigeants techniquement :

aura-t-elle le moral pour affronter des moments encore plus angoissants qu’aujourd’hui ?

Pourrais-je gérer ma propre fatigue, le soutien de Charlotte si elle ne va pas bien et le poids permanent des choix et des risques encourus ?

Ce qui est ce soir très clair

c’est que je ne m’attendais pas à des difficultés de cette ampleur. Je suis très surpris par l’âpreté du terrain que nous traversons : il ne nous accueille jamais, mais nous détrousse à chaque instant de notre énergie, vampirise notre attention, nous dépouille, dans le risque trop fréquent, d’un plaisir pourtant légitime. Je n’envisageais pas de tels écarts avec Charlotte, mais ils sont compréhensibles : nous empruntons un itinéraire extrêmement exigeant, peut-être trop, avec un sac très lourd et des conditions météorologiques très défavorables (nous apprendrons plus tard que ce fut la pire perturbation de l’été).

De quoi laminer une excellente forme physique. Je m’efforce de la rassurer avec ces propos, car elle s’en veut. Pas moi : comment pourrais-je lui en vouloir, alors que petit à petit je réalise mes erreurs dans la préparation du trek ? Et puis, on ne contrôle pas son énergie : notre forme et notre moral nous échappent, nous devons accepter leurs aléas.

Remettant au lendemain nos interrogations, nous fermons les yeux au son de l’eau qui crépite férocement sur la tente.

Vagues de glace sur le glacier regal

Renoncer

10 août

8h. La musique d’ambiance n’a pas changé : concerto sur toile de tente pour pluie intense. Heureusement, la tente est très étanche.
Dans ces conditions, nous restons à l’abri, toujours en proie à nos questionnements. De temps en temps, de petites accalmies laissent entrevoir la possibilité d’une sortie et d’un départ. Mais elles sont de trop courte durée.

Moment de doute :

10h. Charlotte se sentant de tenter le passage du premier col technique, nous décidons de partir alors que la pluie se fait moins forte. Je ne suis pas très convaincu et je lâche « La prochaine fois, on sera plus modeste et on prendra un itinéraire plus facile ». Immédiatement, je me dis que la modestie commence maintenant et que nous pourrions renoncer ici. Mais il y a trop d’enjeux, trop de controverses en moi pour que je choisisse de m’arrêter si tôt. Il me faudra aller jusqu’au bout.
Retour sous le premier col technique. En attendant l’arrivée de Charlotte un peu distanciée, je fais le bilan des 4 jours passés ici. Il est évident que plusieurs voyants sont rouges :

  • la météo est très défavorable alors que nous nous engageons dans le passage clé qui doit durer encore 2 étapes au moins; elle ne présente aucun signe d’amélioration.
  • le terrain est beaucoup plus difficile à parcourir que prévu.
  • la suite de l’itinéraire présente une grande incertitude : il ne sera pas aisé de le trouver.
  • il nous reste des passages très compliqués et nous n’avons plus nourriture pour prendre une journée de plus.
  • Charlotte est fatiguée et je crains qu’elle n’aille trop loin ; je ne sais pas si elle s’en rend compte, il me semble que non. Elle est très courageuse et battante ; son mental est solide, mais, plus en forme qu’elle, je dois vérifier que son mental n’entraîne pas son corps dans des zones dangereuses.
Le sac de Charlotte :

Pour ce qui me concerne, je ressens une réelle inquiétude. J’ai le sentiment, peut-être illusoire, qu’ici la nature peut tuer plus facilement que dans tous les autres lieux que j’ai foulés. Le danger semble omniprésent : sur les glaciers, dans les traversées de rivière, dans les pentes raides croulantes, par les chutes de pierre venus des hauteurs, sur ces terrains exigeants et instables où la blessure peut survenir à la moindre inattention. Je ressens cette tension quasi continuelle, qui dévore le plaisir, et j’ai peur d’aller trop loin dans le défi que j’ai lancé à la montagne. Tout cela pourrait mal finir si je n’écoutais pas tous les signes, intérieurs et extérieurs.
Je réalise que je ne suis pas prêt à prendre le risque de l’exceptionnel au prix de l‘engagement de ma vie et de celle de Charlotte. Parce que ce qui émerge en moi à cet instant, c’est l’importance de ma vie et quelque part le futile de toute cette entreprise. Je veux rentrer, vivant, entier, en bonne santé. Et laisser de côté les velléités de de triomphe de l’égo sur la nature et sur les limites du corps. Ce n’est fondamentalement pas grave de de renoncer, de reconnaître ses erreurs, de reconnaître sa petitesse face à la nature, de ne pas finir un trek unique, si ce choix se fait pour la vie.

Faire demi-tour ici devient alors évident.

Je viens d’aller au bout de mon trek dans le wilderness. Je me sens soulagé par ma décision.
Nous appelons donc MacCarthy Air pour savoir s’ils peuvent nous sortir de là. La réponse est affirmative et nous convenons d’un point d’extraction à un jour et demi de marche : Chimney Mountain. Nous en étions tout proches la veille. Celui que j’ai au téléphone prévoit un vol le lendemain soir ou le surlendemain au matin. Parfait.
Avant de redescendre, je profite d’être arrivé si haut pour grimper jusqu’au col. Il est en réalité bien loin du glacier raide qui complique son accès. Je passe donc cet obstacle, progresse un moment avant d’arriver en vue du col et de stopper : à part le passage technique, rien d’intéressant ici, la vue est bouchée. La redescente du glacier est délicate et exposée : toute chute est interdite. Je suis une nouvelle fois soulagé lorsque j’achève sa traversée pour rejoindre Charlotte qui a préféré rester en bas.
Nous connaissons bien le chemin qui nous ramène vers notre campement. Nous réinstallons la tente. Malgré la pluie qui continue, nous nous sentons plus détendus et profitons davantage de l’instant. On savoure la soirée jusqu’à 22h.

Dans la tente, après avoir fait demi-tour :

Au milieu de la nuit, je me réveille, sollicité par une envie pressante. Je suis frigorifié : l’humidité omniprésente ne me fait aucun cadeau et mon duvet doit moins bien me protéger. Je m’apprête à sortir, avant de constater que l’eau a envahi notre campement : sous l’abside, mes affaires baignent dans 2 ou 3 cm de liquide. Quelles vacances de rêve! La tente tient le coup et du côté de Charlotte, ça va encore. Elle me fait passer sa boîte à ours et nous installons mon sac dessus. Le reste continuera à baigner.

Le retour

11 août

Au matin, on aurait pu chanter « Comme d’habitude » : pluie, chaussures mouillées, petit dèj au chaud sous la tente. L’eau qui nous avait inondés dans la nuit ne s’est pas retirée mais la situation ne s’est pas non plus empirée.

Je ne suis plus seul au monde :

Nous allons de nouveau nous confronter au monstre blanc : le glacier Regal. Avec un petit avantage cette fois-ci : dans la descente, j’ai pu repérer un itinéraire de traversée qui paraissait moins ardu que  le précédent. L’expérience commence à rentrer, mais c’est un peu tard. Nous repérons également une faiblesse dans la moraine qui la rendrait inoffensive.
Il nous faut juste traverser un petit torrent avec de pouvoir y prendre pied. Seulement le petit torrent de loin est bien moins sympathique de près. Gonflé par les pluies continues des derniers jours, il gronde sur les cailloux et achève son œuvre en filant sous le glacier. De quoi dissuader toute personne de tomber.

Nous ne prenons pas la peine d’enlever nos chaussures

elles sont tellement mouillées qu’un plongeon dans l’eau n’empirerait pas les choses. Il vaut mieux déconnecter son cerveau pour passer ce torrent sans encombre. Je me prête bien au jeu et saute de rocher en rocher, de trou d’eau en trou d’eau. Charlotte cherche un point de passage. Elle s’apprête à se lancer, pose ses bâtons dans le flot turbulent mais ne les tient pas assez fermement. Le torrent avale un bâton, l’autre restera dans sa main. Je lis alors la panique sur le visage de Charlotte. Et cela se comprend : aucune erreur n’est permise. Je vais l’aider à traverser.
Charlotte s’en veut. Elle s’en veut d’avoir été fatiguée et pas assez en forme pour ce trek. De me priver de la fin du parcours. Elle s’en veut d’avoir laissé filer son bâton. C’est vrai qu’elle a commis une erreur pour le bâton, mais je l’exhorte à laisser le passé derrière et à continuer à avancer ; nous ne pouvons plus rien changer à ce qui est déjà arrivé, juste l’accepter. Pour le reste, je ne lui en veux pas : j’ai ma part de responsabilité et puis l’aventure ne tourne pas toujours à notre avantage. Cela aussi, il faut l’accepter.
Le glacier et ses moraines ne sont pas de grands obstacles : le choix de l’itinéraire était le bon. Nous savourons notre lyoph au milieu du Regal, salués par une éclaircie qui annonce une meilleure après-midi.

Déjeuner sur le glacier :

Maintenant sur les flancs de Chimney Mountain, nous nous battons contre le bush très en forme avant d’aboutir sur le plateau à la recherche d’une zone d’atterrissage pour un avion. Sans succès. On s’arrête au seul endroit qui pourrait s’avérer suffisamment plat pour accepter un avion, mais les nombreuses bosses qui jalonnent cette prairie n’ont rien d’avenant pour qui voudrait s’y poser.
Des lames très acérées du glacier Regal nous barrent parfois la route
Un appel au transporteur aérien, qui nous dit qu’il faut rappeler le lendemain matin car le temps est trop mauvais aujourd’hui, puis nous installons notre campement sur une belle pelouse, alors qu’une nouvelle vague pluvieuse s’annonce dans la vallée. Nous dinons une nouvelle fois dans la tente, au son d’une pluie battante.

Mercredi 11 août

Il a fait très froid cette nuit. Sans doute le signe que le ciel s’est découvert. Nous émergeons de la nuit glaciale vers 8h, sous un beau ciel bleu. Les nuages se sont retirés, laissant derrière eux un épais manteau blanc sur les hauteurs : la neige a tenu juste au-dessus de notre campement. Partout autour, les sommets et les crêtes ont revêtu leur parure hivernale et nous goûtons à la beauté imposante de la montagne, enfin révélée à nos yeux affamés.
L’hiver est venu nous saluer durant notre trekking en alaska

Nous rappelons une nouvelle fois McCarthy Air. Mon interlocuteur se montre évasif : si on ne vient pas nous chercher maintenant, on viendra sans doute dans la journée. Il nous dit de plier seulement nos affaires non essentielles et de laisser la tente en place en attendant l’arrivée de l’avion.

Le matin du 6ème jour :

Nous passons donc la journée à l’attendre, en vain. Une fois, un avion passe au loin, mais il y restera. Nous ne pouvons nous éloigner, d’une part au cas où l’on viendrait nous chercher, mais aussi parce que l’étroit plateau de Chimney Mountain est enfermé par des flancs abrupts, des glaciers et des barrières de bush. Nous profitons donc de notre journée autour de la tente et au soleil : sieste, musique, écriture, dessin, farniente.

Le campement de Chimney Mountain, la  piste d’atterissage est légèrement en haut à droite…

Alors que les heures défilent

je repense à notre périple et je fais le bilan de mes erreurs. J’ai clairement sous-estimé la difficulté du trek et la réalité du wilderness. J’ai cru que mes expériences passées m’avaient déjà introduit à toutes les difficultés possibles et que l’Alaska serait un terrain comme un autre. Je me suis trompé. Dans un pays dont la réputation de dureté n’est pas usurpée, j’ai choisi le plus difficile des itinéraires sans avoir l’expérience de ce terrain atypique. Je n’avais d’ailleurs jamais évolué pendant des jours sur un terrain hors sentier.

J’ai donc vraiment manqué d’humilité face à la montagne.

J’avais pourtant le niveau technique et physique pour cette traversée. Mais, en amenant quelqu’un avec moi, je devais prendre en compte ses capacités aussi, et faire avec. J’ai réalisé combien ce trek est extrêmement exigeant et demande une préparation impeccable, ce dont nous avons manqué. De plus, l’enchaînement du trek de Tombstone, de la route pour l’Alaska et du trek à Wrangell a grandement entamé notre forme physique et il explique pour une large part le coup de fatigue de Charlotte. Si c’était à refaire, je m’y prendrai donc autrement en tenant compte de toutes mes erreurs.
Vers 17h, nous recontactons McCarthy Air. On ne viendra pas nous chercher aujourd’hui. Lorsque je demande si c’est sûr qu’un avion nous extraira le lendemain, la réponse est plus qu’incertaine : « nous ferons au mieux, on ne peut rien vous garantir. » Je commence à regretter notre décision…Nos réserves de nourriture s’épuiseront le surlendemain matin : nous n’avons pas vraiment de marge. L’idée de crever de faim ici mine mon moral et je m’inquiète déraisonnablement : en effet, si nous venions à épuiser nos vivres, nous pourrions toujours appeler les secours. Mais je suis lassé des difficultés accumulées et j’aimerais un peu de facilité. J’ai du mal à m’endormir ce soir.

Jeudi 12 août

J’ai mis le réveil à 8h. Bien m’en a pris. Peu après être sortis de la tente, nous sommes survolés par un coucou à basse altitude. Il vole si près de nous que nous reconnaissons sans peine Gary, le pilote de McCarhy Air. Quel soulagement, nous allons sortir de là !
L’avion se pose sur une pente improbable. Charlotte plie ses affaires dans la précipitation : elle sera la première à partir : le coucou ne peut accueillir que deux personnes à la fois, pilote et passager. Il me reste une heure environ pour faire mon sac et mes adieux au wilderness.

Le décollage, vu de dehors et vu de l’intérieur :

Le soleil qui a libéré les montagnes des nuages a aussi ouvert la porte des regrets. Alors que l’urgence du renoncement, évident sur le moment, s’enfonce dans le passé, je suis assailli par des doutes stériles mais puissants : avec le soleil, peut-être serions- nous passés, peut être que nous avons manqué de combativité, peut-être qu’en dépit d’un rythme lent, nous aurions eu assez de nourriture pour regagner à pied Kennicott. Peut-être. Je n’en sais rien et mes questions resteront sans réponse. Elles cesseront de me tourmenter lorsque j’aurai quitté les lieux. Je sais juste que nous avons pris une bonne décision.

Le glacier Nizina vu d’avion

Le glacier Nizina vu d’avion

De forts sentiments nous habitent alors que nous repartons vers la civilisation : échec et besoin de rassurer pour Charlotte, inachevé, regrets et envie de revenir vers la nature pour moi. Ils nous pousseront vers notre prochaine aventure : le Chilkoot Trail, sur lequel nous nous lancerons quelques jours plus tard. La vie continue et c’est bien le plus important.

Matériel utilisé durant notre Trekking en alaska

CATEGORIE MODELE MARQUE POURQUOI AVOIR FAIT CE CHOIX AU DEPART CE CHOIX A-T-IL REPONDU AUX BESOINS DE CE TREKKING EN ALASKA SI C’ÉTAIT A REFAIRE
FRONTALE STORM BLACK DIAMOND Puissance, étanchéité, rechargeable. Parfaite. Son régulateur de puissance est un vrai plus pour adapter facilement la luminosité. Je ne changerais rien.
GANTS HEAVY WEIGHT BLACK DIAMOND Chaleur, protection contre le vent, solidité. Des gants qui se rompent aux coutures dès le départ, changés en garantie et rebelote. Vraiment pas solides. Je prendrais le même type de gants chez North Face.
BÂTONS TRAIL FLICKLOCK BLACK DIAMOND Le système flicklock et la solidité. Très bien. Elément indispensable pour évoluer sur un tel terrain.
BOXERS CARRFOUR Eviter les irritations à l’aine. Parfait. Je ne changerais rien.
T SHIRT CRAFT Respirant. Solide et sans odeur après des années de pratique. Je ne changerais rien.
GANTS NOVA DAKINE Chaleur et Gore Tex Non utilisés pendant le Trekking en Alaska. Il vaut mieux les avoir au cas où…
CRAMPONS AIR TECH GRIVEL Adaptables sur tout type de chaussures. Parfait ! Je ne changerais rien.
T SHIRT LAFUMA Respirant. Odeurs après quelques années d’utilisation. J’en prendrais un neuf !
TASSE LAKEN Anti brûlure Très bien mais pas compacte. Je prendrais un X Mug XL de SEA TO SUMMIT.
COUVERT SPORK LIGHT MY FIRE Léger et multi-usage Parfait ! Je ne changerais rien.
TENTE ELIXIR 2 MSR Double abside, grand volume. Utilisée sans foot print, très étanche ; tient bien au vent. Parfaite, mis à part son poids ! Je ne changerais rien.
RÉCHAUD WINDBOILER MSR Compacité d’un réchaud tout en un ; protection contre le vent ; performances générales. Consommation très élevée ; le réchaud ne maintient pas la pression en fin de cartouche ; le préchauffage obligatoire gaspille beaucoup de gaz et de temps (une minute trente en moyenne). Je prendrais le Jetboil Minimo : il consomme nettement moins, accepte les cartouches de 220g et régule mieux la pression en fin de cartouche.
MATELAS COSMO NEMO Le confort. Oui pour le confort mais très fragile : nombreuses crevaisons alors que je l’utilise en tente. Je prendrais un matelas plus solide.
T SHIRT ML ODLO Thermicité Très bien, sèche très vite. Je ne changerais rien.
LUNETTES DE SOLEIL ISOLA ORAO Protection 4 et prix. Un modèle qui enveloppe bien les yeux et protège parfaitement sur glacier. Je ne changerais rien.
SAC À DOS ATMOS 65 L OSPREY Le confort impressionnant lors de l’essayage ; les nombreuses astuces du sac. En partie : avec une charge supérieure à 20kg le poids est douloureux sur les épaules ; l’absence d’accès frontal pose aussi problème. Le systèmeFit on the Fly au niveau de la ceinture abdominale fonctionne moins bien en cas d’humidité, les scratchs ne tiennent pas bien. Je prendrais un modèle avec plus de volume et un portage plus adapté aux charges lourdes.
CHAUSSETTES MERINOS POINT 6 Chaleur et solidité. Très bien ! Je ne changerais rien.
DRAP DE SOIE FORCLAZ QUECHUA Légèreté Très bien pour ce Trekking en Alaska. Je ne changerais rien.
PANTALON FORCLAZ 900 MODULABLE QUECHUA Possibilité d’enlever les bas de jambe sans quitter les chaussures ; séchage rapide. Très bien, mais fragile côté intérieur au niveau de la cheville : je l’ai troué très rapidement. Je ne changerais rien.
T SHIRT ML FORCLAZ TECHWINTER QUECHUA Compléter l’apport thermique en gardant un vêtement léger. très bon complément du T Shirt Odlo. Je ne changerais rien.
SOUS-GANTS FORCLAZ 100 SOIE QUECHUA Apport thermique bon marché. Très bien. Je ne changerais rien
PONCHO FORCLAZ 100 (ANCIEN MODÈLE) QUECHUA Imperméable, respirant et indéchirable. Très solide mais dès qu’il pleut on est aussi mouillé dedans que dehors. En cas de vent, le poncho est inutilisable. Accessoire indispensable.
DOUDOUNE EN PLUME NEUTRINO ENDURANCE RAB Apport thermique pour les moments statiques. Pertex quantum Endurance imperméable. Très chaude, solide, une grande amie par temps froid lorsque je reste statique. Je ne changerais rien.
CHAUSSURES MOUTAIN TRAINER MID GTX SALEWA Légèreté, confort et adaptabilité au terrain. Confort excellent mais la semelle est devenue une vraie savonnette après environ 25 jours d’utilisation. Trop fragile ! J’ai opté pour un modèle rando pour le confort de marche mais sur ce type de terrain des chaussures de type haute route/alpinisme facile conviendraient mieux, comme les Trango Alp de La Sportiva : plus rigides pour les terrains difficiles et plus étanches aussi.
SERVIETTE POCKET TOWEL SEA TO SUMMIT Compacité et légèreté. Très absorbante et séchage rapide. Mais des odeurs restent incrustées malgré les lavages. Je me renseignerai pour trouver un modèle qui garde moins les odeurs.
BOL X BOWL SEA TO SUMMIT Repliable et léger. Parfait pour ce Trekking en Alaska! Je ne changerais rien.
PIOLET BRONCO SIMOND C’est un cadeau. Sa longueur aide beaucoup pour remplacer un bâton en cas de besoin. Un peu lourd. Je ne changerais rien.
CORDE CORDE RANDO 8.2MMX30M SIMOND Légèreté, prix. Très bien. Je ne changerais rien.
DUVET INCONNU THE NORTH FACE Le prix, le duvet, les températures indiquées. Chaud, plus compactable qu’un Valandré, léger pour sa thermicité : très bien ! Je ne changerais rien.
OREILLER MEDIUM PILLOW THERMAREST Confort et compacité Très bien. Je ne changerais rien.
SURPANTALON BANSKO VERTICAL Le prix et l’imperméabilité. Bonne imperméabilité mais il ne tient pas même si la taille est bonne: j’ai passé mon temps à le remonter car les boutons pression s’ouvraient souvent. Je prendrai un surpantalon stretch si possible et en tout cas avec cordon de serrage.
GILET DE PECHE D+ VERTICAL Apport thermique et coupe-vent près du corps. Légèreté et centrer l’apport thermique sur le buste. Parfait. Je ne changerais rien.
VESTE SANTI SUMMIT VERTICAL Robustesse, stretch, imperméabilité. Parfaite ! Très bonne imperméabilité. Je ne changerais rien.
COUTEAU SPARTAN VICTORINOX Léger, compact, quelque outils utiles. Coupe trop bien, il a taillé plusieurs fois des doigts. Je ne changerais rien.

 

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