Le Pacific Crest Trail High Sierra Trek ou une randonnée de 750 km à pied en Californie

par Expérience Outdoor
Pacific crest trail high sierra trek

Julien DEFOIS nous partage son expérience sur le Pacific Crest Trail High Sierra Trek
Pacific Crest Trail High Sierra Trek

Présentation du Pacific Crest Trail High Sierra Trek

  • Date du trek

du 24 juillet au 20 août 2017

  • Lieu du trek

Etats-Unis, Californie, Massif de la Sierra Nevada, de Truckee à Lone Pine.

  • Participant

Julien, 38 ans, grand amateur de montagnes et de voyages lointains. Je pratique la randonnée et le ski de randonnée dans les Pyrénées. C’est la première fois que je me suis lancé dans une marche aussi longue en itinérance et en autonomie.

  • Présentation rapide

J’ai parcouru 750 km sur le Pacific Crest Trail (PCT), qui en compte 4240 depuis la frontière mexicaine jusqu’au Canada. Ce sentier, contrairement à ce que son nom indique, se situe très loin du Pacifique et traverse plutôt des zones montagneuses et isolées. Chaque année, des milliers de randonneurs se lancent dans l’aventure de la « thru-hike », c’est-à-dire la traversée complète. Pour ma part, je suis un « section-hiker », un randonneur qui n’en fait qu’une partie. Ce sentier très prisé et bien maintenu est devenu une véritable institution dans les régions qu’il parcourt. Les points de ravitaillement y sont nombreux, les habitants plutôt accueillants, le voyage en stop facile.
J’ai choisi de marcher sur la partie la plus montagneuse et élevée du sentier, dans la Sierra Nevada, avec un point le plus bas à 2100m et le point le plus haut, le Mont Whitney, à 4400m. L’itinéraire peut être parcouru du nord au sud ou du sud vers le nord, la seule différence étant que du nord vers le sud l’acclimatation est bien plus progressive. Je voulais initialement m’en tenir à la partie sud de mon itinéraire, mais la complexité du système des permis m’a obligé (et tant mieux !) à partir bien plus au nord.
La Sierra Nevada est un massif qui s’étend sur 700km en Californie. Ses reliefs occidentaux sont doux et forestiers, tandis que les versants orientaux sont abrupts et minéraux. Elle traverse 3 parcs nationaux : Yosemite, Sequoia et Kings Canyon (ces 2 parcs étant parfois regroupés sous l’appellation SEKI). Principalement granitique, la Sierra comporte aussi de très belles sections volcaniques. La limite forestière peut être très haute, au-delà de 3000m. Le Pacific Crest Trail est le principal sentier qui la traverse.

  • Accès

San Francisco est un excellent point d’arrivée aux USA pour se rendre dans la Sierra Nevada. Il est également possible d’arriver à Los Angeles ou dans d’autres aéroports de plus petite taille, comme Mammoth Lakes, Fresno ou Reno, mais le prix du billet sera sensiblement plus élevé.
Les transports en communs desservent peu les accès aux sentiers et le stop s’impose souvent comme la meilleure solution pour s’y rendre depuis les arrêts de bus ou de trains. La location de voiture constitue aussi une option, surtout si l’on est plusieurs : il faut louer depuis San Francisco et rendre la voiture dans la ville la plus proche du point de départ. La société Enterprise est assez présente dans les différentes villes du massif.
Une liste (non exhaustive) des villes qui permettent l’accès au sentier (ou le retour vers la civilisation) sur la partie où j’ai marché :
Truckee : desservi par les bus Greyhound depuis San Francisco ou Reno et par les trains Amtrack ; pour rejoindre le sentier, faire du stop à la sortie ouest de la ville pour aller à Donner Pass. Camping bon marché à l’extérieur de la ville (Donner Memorial), hostel dans le village (50$ la nuit en dortoir), nombreux restaurants, supermarché aussi.
South Lake Tahoe : prendre le Tahoe Express depuis l’aéroport de Reno (que l’on rejoint par bus depuis San Francisco) et une fois dans la ville, un bus local pour rejoindre la jonction entre les highways 50 et 89. De là faire du stop pour rejoindre Echo Summit ou Echo Lake. L’option Uber peut être intéressante si le stop ne marche pas. Des supermarchés et des restaurants en nombre, tout comme les hôtels dans ce village très touristique.
Sonora Pass : prendre un bus de l’Eastern Sierra Transit Authority (ESTA, qui dessert de nombreuses localités sur la partie est de la Sierra,) depuis Reno (circule seulement les lundi, mardi, jeudi et vendredi) jusqu’à Bridgeport et ensuite faire du stop jusqu’au col.
Tuolumne Meadows/Parc National du Yosemite : la page sur l’accès du site du Parc National contient toutes les informations utiles
Tuolumne Meadows se trouve sur le Pacific Crest Trail, avec un camping géré par le parc national, un bureau de poste, une épicerie et un restaurant.
-Mammoth Lakes : la principale ville (et station de ski) de la haute Sierra est accessible via des bus ESTA ou YARTS (Yosemite, possibilité de rejoindre Tuolumne Meadows). Nombreux magasins notamment spécialisés montagne, hôtels, campings, restaurants en tous genres. Pour rejoindre le sentier, prendre un bus jusqu’à la station de ski (les bus sont gratuits dans Mammoth) puis la navette payante pour aller à Red’s Meadows.
-Lone Pine : située sous le Mont Whitney (plus haut sommet des USA en dehors de l’Alaska), Lone Pine connait une affluence importante l’été. Elle est desservie par l’ESTA (bus direct pour Reno). Les restaurants, campings, hôtels, hostels, magasin de montagne ne sont absolument pas rares. Faire du stop pour rejoindre Whitney Portal (sous le Mont Whitney) ou Horseshoe Meadows/Cottonwood Lakes, ce qui n’est pas difficile.
A noter que la highway 395 qui relie Lone Pine à Reno est très connue pour la facilité qu’ont les autostoppeurs à être pris en voiture. Ce qui peut être très utile pour pallier les insuffisances des transports en communs.

  • Les permis pour camper dans les parcs nationaux ou réserves sauvages

Véritablement le casse-tête du parcours. Même les américains ont du mal à s’y retrouver…L’entrée dans les réserves sauvages (wilderness) ou les parcs nationaux nécessite généralement l’obtention d’un permis lorsqu’on compte camper dans les espaces sauvages. Ces permis peuvent être obtenus à l’avance (reserved permits) ou directement sur place (walk up permits). Il peut être très difficile d’en obtenir, même en s’y prenant longtemps à l’avance pour certains « trailheads », commencements du sentier, notamment dans le Yosemite ou au Mont Whitney, qui sont des zones très demandées. Mon itinéraire emprunte pour partie le John Muir Trail (JMT), un itinéraire qui relie le Yosemite au Mont Whitney en suivant le Pacific Crest Trail, et dont la popularité est telle que le Yosemite a décidé de limiter drastiquement le nombre de randonneurs pouvant passer le col Donahue, qui permet de sortir du Yosemite par le PCT/JMT vers le sud. Pas plus de 45 randonneurs peuvent ainsi sortir du Yosemite. Ce verrou constitue un gros problème pour tous les randonneurs se dirigeant vers le sud. Plusieurs options s’offrent alors :

  • faire la traversée dans le sens sud-nord depuis Lone Pine, je ne peux alors que recommander le départ depuis Horseshoe Meadows/ Cottowood Lakes pour rejoindre le Pacific Crest Trail par Cottowood Pass ou New Army Pass (bien plus joli que le précédent) et ensuite continuer vers le Whitney, car monter directement au Whitney par Lone Pine nécessite un permis quasi impossible à avoir et implique de monter à plus de 4000m dès le début de l’itinéraire.
  • dans le sens nord-sud, éviter le Donahue Pass en empruntant d’autres cols pour lesquels il est très facile d’obtenir un permis, même de type walk up : Parker Pass et Koip Pass, situés quelques miles au nord de l’itinéraire principal. Un sentier ramène rapidement sur le Pacific Crest Trail une fois ces cols passés. Une navette part de Tuolumne pour rejoindre le trailhead de ces cols et éviter quelques miles fastidieux.
  • partir plus au nord : en principe, si vous obtenez un permis délivré par un parc national ou une réserve sauvage, les parcs nationaux et les réserves que vous traverserez ultérieurement seront obligés d’honorer ces permis, tant que vous n’avez pas passé sa date de validité (date à laquelle vous prévoyez de terminer votre marche, prévoyez un ou deux jours en plus) et que ces zones sont mentionnées sur votre permis. Concrètement, si vous avez un permis délivré au nord du Yosemite, vous devriez être libres des quotas. Seulement le Parc National du Yosemite, pour éviter que des petits malins fassent cela, a passé un accord avec les forêts nationales gérant les réserves sauvages au nord du parc pour qu’elles ne délivrent plus de permis autorisant une sortie du Yosemite. De sorte que ceux qui partent au nord du Yosemite soient obligés d’obtenir un permis de ce parc pour pouvoir en sortir à pieds vers le sud. Mais le parc du Yosemite n’a pas eu l’accord de toutes les forêts nationales. Donc pour résumer, si vous partez des zones gérées par les forêts nationales de Stanislaus et Humbolt Toyabe (Sonora Pass), vous devez avoir un permis du Yosemite en plus de celui délivré par ces forêts. J’ai choisi de partir plus au nord encore, d’Echo Summit, géré par le Lac Tahoe Basin Management Unit (LTBMU). Les permis délivrés par le LTBMU et la forêt d’Eldorado pour le PCT ne sont soumis à aucun quota et peuvent être obtenus le jour même soit à une ranger station, soit envoyés par la poste. Sans doute la meilleure option pour éviter le casse-tête.
  • Obtenir un permis PCT de la Pacific Crest Trail Association, mais il faut marcher au moins 500 miles pour y avoir droit.

D’une manière générale, les permis de type walk up sont plus faciles à obtenir car les américains sont des gens très organisés qui aiment prévoir longtemps à l’avance leurs vacances. Les demandes sont donc moins importantes pour les permis obtenus sur place, valables en général à partir du lendemain.
Compte tenu de la complexité du système (et des heures passées à rechercher des informations sur les permis), je voulais donner des informations aussi précises que possibles pour que chacun puisse établir son itinéraire plus facilement que moi.

  • Nourriture/ravitaillement

Un autre point clé de la préparation de la marche.Voici mon menu type :
-matin : thé, lait amande en poudre + chocolat en poudre + 170/200g de muesli. Si c’était à refaire, je prendrais 2 barres protéinées Cliff (qu’on ne trouve que sur place), gain de temps car elles se mangent plus vite, et de poids.
-midi : tortillas complètes (200g environ) avec du cheddar (80g) ou de la purée d’amande (50g), 2 carrés de chocolat noir aux amandes français (le chocolat américain est horrible).
-soir : quelques cacahuètes, un sachet de couscous amélioré préparé par Tipiak (nombreuses variétés disponibles), auquel j’ajoute du fromage sec de type parmesan, de l’huile d’olive et un sachet de thon aromatisé (on trouve cela facilement au rayon des conserves dans les magasins locaux, je conseille la marque Starkist), encore 2 carrés de chocolat. Une fois par ravitaillement, je m’offre un lyophilisé.
-en cours de route : des barres de céréales américaines, bien plus nourrissantes que les françaises, comme les Cliff, les Nature Valley et tant d’autres encore.
Pour se ravitailler, deux options sont possibles : acheter sur place et s’envoyer des colis. J’ai mixé les deux, en m’envoyant des colis pour le matin, le soir, les barres et le chocolat, et en achetant sur place le repas du midi. Il est tout à fait possible de trouver toute sa nourriture sur place (notamment les barres de céréales) et cela ne coûtera pas forcément plus cher que les colis de ravitaillement, ce que je ne savais pas…A noter que vous trouverez des cartouches de gaz à vis (oubliez vos Camping Gaz chez vous !) à tous les ravitaillements que je cite.
Si vous envoyez votre colis de ravitaillement dans un bureau USPS (la poste locale) en poste restante (General Delivery), faites-le avec le tarif Priority Mail : vous pourrez ainsi appeler le bureau de poste et vous faire envoyer le colis dans un autre bureau si vous modifiez votre organisation (ce qui m’est arrivé). Comptez 2-3 jours pour la réception.

  • Les points de ravitaillement et d’envoi de colis

-South Lake Tahoe (Echo Lake, Echo Summit) : 3 bureaux de poste et des magasins ; Smart and Final, situé à la jonction des highways 50 et 89 est le moins cher des magasins où j’ai fait mes courses.
-Sonora Pass : préférez le ravitaillement à Kennedy Meadows North car le stop depuis/jusque Sonora Pass est très facile, le personnel accueillant, le magasin vraiment bon marché et offrant de quoi faire un ravitaillement complet et le restaurant franchement de bonne qualité à des prix très raisonnables. Vous pouvez envoyer un colis de ravitaillement via UPS, pas USPS, on vous demandera 15$ pour l’avoir gardé. Descendre sur Bridgeport est long et le stop beaucoup plus compliqué.
-Tuolumne Meadows : vous pouvez vous envoyer un colis au bureau USPS qui se trouve dans l’épicerie. Celle-ci est également bien fournie, avec en plus de nombreux équipements de montagne, mais un peu plus chère qu’à Kennedy Meadows. Le restaurant se trouve juste à côté. Vous pouvez également prendre un bus YARTS jusque Yosemite Village (1h30 de trajet) ou Lee Vining, côté est à 45mn. Ravitaillement, poste USPS et restaurants dans ces deux lieux.
-Red’s Meadows/Mammoth Lakes : Red’s Meadows dispose d’une petite épicerie qui n’est pas beaucoup plus chère que les grands magasins de Mammoth, d’un restaurant qui ferme à 19h (je n’en ai pas entendu que du bien) et d’un service de colis (comptez 40$ pour la récupération et le stockage de votre colis de ravitaillement).
Mammoth Lakes a un bureau de poste USPS et des grands magasins.
-Vermillon Valley Resort : un ranch qui dispose d’un restaurant, de douches, d’un cher magasin et d’un service de colis (27$). Ce ranch se trouve à l’écart du chemin et il faut prendre un ferry (2/jour) ou marcher 7 miles pour l’atteindre.

-Muir Trail Ranch : ce ranch offre un service de colis (80$) qu’il faut organiser bien à l’avance quand on est français. En effet le règlement se fait par carte bancaire et les cartes étrangères ne sont parfois pas acceptées : il faut alors contacter le ranch qui n’a que le mail et pas le téléphone, ça prend du temps. Le restaurant n’est ouvert que pour les personnes qui dorment au ranch et même la bière vous sera refusée. Un tout petit magasin est également accessible, mais ne comptez pas vous y ravitailler. Préférez les hikers boxes (voir plus loin). Ce ranch se trouve à 20 mn à pieds du chemin.
-Bishop : une ville située à l’est de la Sierra sur la highway 395. Un bureau USPS vous permet de récupérer des colis et les supermarchés, dont un Smart and Final, vous dispensent de le faire. Un hostel, The Hostel California, vous héberge pour 20$ en centre-ville (imbattable aux USA), douche à volonté, chambres privées possibles mais plus chères. C’est très bon marché mais pas la peine de réserver sauf si vous venez en haute saison, juin ou début juillet, quand les thru-hikers du Pacific Crest Trail (PCT) déferlent en nombre pour se ravitailler à Bishop.
Pour y accéder, vous pouvez sortir du chemin par la magnifique Bishop Pass, non loin de Big Pete Meadows, arriver à South Lake et prendre la navette ESTA jusqu’à Bishop (2/jour) ou faire du stop. Vous pouvez également sortir du chemin à Kearsarge Pass, plus au sud, atteindre la route au camping d’Onion Valley et de là faire facilement du stop jusqu’à Independence puis Bishop. Independence est un petit village qui a un bureau USPS et un petit supermarché, mais il faut mieux faire du stop jusqu’à Bishop qui répond mieux aux besoins des randonneurs.
Excepté à Bishop, South Lake Tahoe et Mammoth Lakes, vous trouverez à chacun de ces points de ravitaillement des hiker boxes, c’est-à-dire des boîtes où les randonneurs laissent de l’équipement et surtout de la nourriture dont ils n’ont pas besoin suite à un ravitaillement trop généreux. Vous pourrez donc prendre gratuitement de quoi compléter vos manques, surtout à Vermillon et Muir Trail, où les boîtes regorgent d’incroyables aliments en tous genres : barres, plats lyophilisés, fromage, pâtes, sucreries, etc.

  • Cartographie

J’ai utilisé les cartes du Pacific Crest Trail fournies gratuitement par half-mile
J’ai utilisé les sections G,H,I,J et K de la Californie pour ce voyage. Il faut juste les imprimer. Ces cartes précisent les points où il est possible de camper, de se ravitailler en eau, les intersections avec d’autres sentiers ou des routes, la progression en miles et de nombreuses petites informations utiles. Elles sont vraiment précises.
Il est inutile de prendre un gps si vous avez un smartphone : des applications spécialement dédiées au Pacific Crest Trail et au JMT fonctionnent encore mieux et hors connexion. D’abord, téléchargez Half-Mile PC App : gratuite, elle complète vos cartes Half-Mile en vous informant de la distance et du dénivelé que vous devez parcourir jusqu’à chaque point noté sur la carte ; de plus, si vous sortez du chemin, une flèche directionnelle vous indique la route à suivre et l’application vous donne la distance entre vous et le Pacific Crest Trail. Ensuite, prenez Guthook : véritable mère de substitution, cette application payante (10€) inclut la carte, le tracé du sentier et encore plus de points notables que sur Half-Mile, notamment dans les villes de ravitaillement. Des commentaires d’utilisateurs complètent les informations sur chaque point notable. Lorsque vous l’allumez, l’application vous positionne exactement sur le sentier ou sur la carte si vous n’y êtes pas. Un calculateur d’itinéraire vous permet de prévoir au mieux vos étapes en affichant distance et dénivelé. J’ai vu beaucoup de marcheurs du Pacific Crest Trail qui n’avaient pas de carte et fonctionnaient seulement avec Guthook.

  • Préparer ses étapes

Soyez flexibles ! Je n’ai absolument rien préparé, sachant qu’il est possible de dormir et de trouver de l’eau partout ou presque. Les applications ci-dessus vous aident à trouver les meilleurs endroits pour camper.
Je comptais marcher 15 miles par jour, j’ai finalement marché 20 miles par jour, avec un dénivelé conséquent, entre 1000 et 1700m selon les étapes. Le sentier est rarement raide, c’est pourquoi on compte davantage en distance qu’en dénivelé. Les cartes et les applications vous donneront tous les détails pour bien estimer la distance et le dénivelé à parcourir.

  • Liens utiles pour préparer sa marche

Le site de la Pacific Crest Trail Association ou PCTA
Vous y trouverez des très nombreuses informations sur le PCT, notamment sur les ravitaillements, les permis ou l’organisation de la randonnée.
La page Facebook du JMT :
Outre un forum de discussion où vous pourrez poser toutes vos questions et échanger avec les membres, cette page contient de nombreux documents aidant à la préparation de la marche : alimentation, matériel, hygiène, animaux, etc. C’est un groupe fermé, il faut juste demander à être admis, ce qui ne pose pas de problème.
La page Facebook du PCT (pour l’année en cours)
Chaque année, un nouveau groupe est formé par ceux qui feront le sentier. Très intéressant pour avoir des compte-rendus récents des conditions sur le terrain, échanger avec d’autres randonneurs, demander un coup de main, etc.
Megabus, pour circuler entre San Francisco et Reno
Greyhound propose le même trajet, mais avec plus d’arrêts et plusieurs fois par jour
Je n’ai pas utilisé de livre papier sur le Pacific Crest Trail ou le JMT, mais en cherchant sur internet vous en trouverez facilement.

  • Autres options

La Sierra Nevada regorge de sentiers et il vous sera possible d’effectuer des randonnées plus courtes autour des points d’accès et de ravitaillement que j’ai mentionnés plus haut. Je ne peux que recommander des randonnées dans la partie orientale du parc national de Kings Canyon, sans doute la plus belle de tout le parcours. Les touristes ont malheureusement tendance à se masser dans le Yosemite, alors que Kings Canyon vaut tout autant sinon plus le détour. Visitez par exemple South Lake ou Sabrina Lake au dessus de Bishop, de petites randonnées vous conduiront dans des endroits somptueux.
Pour les randonnées de plusieurs jours, la High Sierra Trail, qui relie Sequoia National Park au Mont Whitney, traverse sur 80 miles la Sierra d’est en ouest et peut se combiner avec le JMT ou une partie du PCT. Le Tahoe Rim Trail fait le tour du lac Tahoe sur plus de 200 miles.
Enfin, pour les amateurs de défis, la Sierra High Route traverse la haute Sierra en parallèle du JMT, mais hors sentier et en restant en altitude. Un itinéraire d’envergure considéré comme l’un des plus difficiles aux USA hors Alaska.
Les randonnées itinérantes à cheval sont fréquentes dans le massif.

High Sierra Trek : 750 km à pieds sur le Pacific Crest Trail californien

Préambule

Arrivé à San Francisco dans la soirée du 21 juillet, je comptais déjà plusieurs heures de retard sur mon programme à cause d’un avion qui n’avait pas décollé à temps. Le jour suivant, un samedi, allait être entièrement consacré à une course contre la montre pour faire les courses, préparer mes colis et les envoyer. Difficile de trouver une mission plus impossible, compte tenu du temps dont je disposais. J’eus la chance d’aller dans un magasin qui faisait autant les colis UPS que les colis USPS, tenu par un gentil commerçant qui accepta de rester plus d’une heure après la fermeture pour me laisser le temps de finir mes colis. Si j’avais disposé des informations sur les ravitaillements que j’ai mentionnées dans la première partie, j’aurais eu la partie bien plus facile.
Le 23 juillet, épuisé par une nuit perturbée dans un dortoir bondé et bruyant, je prenais un bus Megabus le matin en direction de Reno, où m’attendait une « trail angel », ces gens qui rendent des services aux randonneurs sur le PCT. Elle devait m’amener au départ de la randonnée. Le trajet entre Reno et Echo Summit dura 1h30. La voiture partie, je faisais maintenant face à l’immensité de mon parcours qui devait durer 3 semaines et demie. La perspective d’être confronté aussi longtemps aux grands espaces m’angoissait sensiblement, comme si le vide humain qui s’étendait devant moi renvoyait à un vide intérieur. L’appréhension de l’inconnu et du commencement.
Je me dirigeais rapidement vers Echo Lake, situé à 2 miles plus au sud, où un camping sommaire se montrerait sûrement plus accueillant que ce bout de route aride. Quelle déconvenue lorsque, arrivé au lac, j’appris que le camping était interdit jusqu’à Echo Summit ! Il me fallait donc revenir au point de départ, non sans avoir pris une petite bière au magasin du lac. De retour à Echo Summit, j’avançais un peu sur le Pacific Crest Trail et trouvait un point d’eau et un endroit plat pour poser ma tente. Les moustiques étaient très contents de me voir.

Première section : de Echo Summit à Sonora Pass, 24-27 juillet.

Aujourd’hui, j’ai 38 ans, je vais débuter la plus longue marche de ma vie, c’est une belle manière de fêter mon anniversaire ! La nuit a été perturbée par quelques angoisses, mais ce seront les dernières. Il est 5h30, je me lève avec le jour. A ma grande surprise, les moustiques sont eux aussi très matinaux. Il va falloir s’y faire…
A 6h50, je suis en route, je commence par une longue montée en forêt. Je veux m’arrêter pour enlever mon T shirt long, mais les moustiques bien trop agressifs me dissuadent de prolonger l’arrêt. Il va vraiment falloir que je m’habitue. J’ai chaud avec cette couche en trop…De temps en temps, je croise quelques campeurs, des PCTs qui pour la plupart vont vers le nord, dans le sens habituel pour ceux qui font l’intégralité du sentier. Enfin, j’arrive à un petit replat qui semble oublié des moustiques. J’enlève donc mon haut, bois et regarde mon altimètre : je n’ai monté que 250m en 1h alors que je monte à plein régime ! Encore une chose à laquelle je vais devoir m’habituer : ici, les sentiers sont plats, le dénivelé se gagne péniblement à grands coups de miles…La forêt omniprésente laisse peu entrevoir le paysage et assoit son exclusivité sur des miles et des miles. C’est la troisième chose à laquelle je vais devoir m’habituer après les moustiques, le gain de dénivelé faible : la forêt est reine, elle monte très haut (plus de 3000m par endroits) et occupe une place majeure sur le sentier. J’arriverai à m’habituer au dénivelé et aux moustiques, mais jamais à la forêt : j’aurai ainsi beaucoup de mal avec les zones granitiques du Yosemite jusqu’à l’entrée dans Kings Canyon National Park. Les trop nombreuses heures passées en forêt dans ces zones (en général 7h en forêt pour 1h30 hors forêt) auront raison de mon plaisir de marcher. J’ai besoin de voir le ciel, le paysage, de sentir ma progression, c’est une condition importante pour mon moral de marcheur.
Vers 10h, je sors enfin de la forêt et arrive à mon premier lac, Showers Lake. Des prairies verdoyantes s’étendent devant moi et les conifères sont moins omniprésents. Je suis heureux de profiter un peu plus du paysage, d’autant que les moustiques ont préféré rester en forêt…Les montagnes sont douces et couvertes d’une rase végétation. Elles jalonnent l’espace à perte de vue. La neige est encore présente, mais seulement sous la forme de quelques névés. Il faut dire que l’hiver a été exceptionnellement neigeux et long en Californie cette année. Les nombreux rapports que j’avais pu lire avant de partir étaient très alarmistes et annonçaient beaucoup de neige à 8000 pieds, altitude à laquelle je devais débuter la marche. Je m’étais donc préparé à une marche difficile avec de nombreuses congères et une orientation compliquée par la neige qui recouvrait le sentier. Ma surprise fut donc bonne lorsque je réalisai que la fonte avait été efficace…
Cabanes près de Carson Pass
A midi et demie, j’arrive à Carson Pass, la première route que je croise depuis mon départ. C’est à la ranger station de ce col que je vais prendre obtenir mon permis. La bonne surprise, ce sont les « trail magics », des petits cadeaux alimentaires laissés par des anonymes pour les PCTs :ici, je goûterai à des fruits, des tortillas grillées et, pour une fois, à un coca. L’accueil est très chaleureux, quel contraste avec la France…
J’ai déjà fait 13 miles ce matin, je me rends compte que j’avance beaucoup plus vite que prévu. Je décide donc de m’alléger d’une partie de ma nourriture, car je compte mettre un jour de moins et aussi parce que ma préparation précipitée à San Francisco a entrainé un mauvais calcul surdosant mon alimentation. Tant mieux, le sac à dos était vraiment lourd.
Je ne fais que 5 miles l’après-midi, mais quel beau parcours ! J’entre dans Mokelumne Wilderness, qui restera comme l’un des plus beaux endroits que j’ai traversé pendant mon séjour. La chaleur est marquée, je bois énormément, 4 à 5 litres, mais comme elle est très sèche c’est finalement agréable et je ne souffre pas. La vue porte très loin sur des montagnes sauvages au relief érodé. Parfois, un piton volcanique crève les plats sommets recouverts d’herbe et de neige. Je croise beaucoup de PCTs se dirigeant vers le nord, mais aujourd’hui, je ne verrai personne marchant vers le sud. Vers 17h30, je trouve un merveilleux petit emplacement pour ma tente, juste à côté d’un ruisseau et jouissant d’une vue imprenable, car je suis sous la ligne de crête. Dans la soirée, la fumée envahit le ciel, un incendie doit faire rage non loin. Mais au petit matin, elle aura disparu.
Le ciel est recouvert par la fumée

Un PCT passe tardivement

Le lendemain, à 6h45, je suis sur le sentier qui s’élance sur une longue traversée en crête offrant un panorama somptueux sur mes montagnes volcaniques alentours et sur les lacs en contrebas.
Sur les crêtes

Un piton volcanique

Plus tard, à la faveur d’une redescente dans des sphères granitiques, je croise la route des moustiques, à nouveau, et celle d’un randonneur marchant vers le sud. Je ne tarde pas à le doubler, nos rythmes sont trop différents. Le cheminement est très varié et le granite cède la place à un beau canyon de terre ocre, avant de monter vers des cimes volcaniques déchiquetées.
Le canyon ocre

 Le piton, plus près
C’est magnifique, je ne m’attendais pas à ce spectacle ! L’après-midi, je traverse brièvement quelques forêts mais passe le plus clair de mon temps entre des prairies fleuries surplombées par d’imposants sommets et des zones volcaniques aux formes improbables.
Les montagnes volcaniques

Les prairies

Je suis assez bavard sur le sentier et je discute facilement avec les autres marcheurs. J’apprends donc qu’il y a un groupe sympathique une demi-heure devant moi. Je décide donc de marcher jusqu’à ce que je les rejoigne. Ce sera fait à Sherrold Lake où j’arrive à 19h, après 23 miles de marche. C’est un groupe de 9 PCTs, des thru-hikers marchant vers le nord, qui, devant l’impossibilité de traverser la Sierra Nevada début juillet à cause de la neige, ont décidé de monter à la frontière Oregon Californie pour marcher vers le sud en attendant que la neige fonde. Une fois la Sierra traversée, ils repartiraient vers le nord depuis l’Oregon. L’accueil est chaleureux, je passe la soirée avec eux, après avoir bataillé pour trouver un coin où poser ma tente non autoportante et pris un petit bain dans le lac.
Au loin, les orages
 Peu après le départ du troisième jour, je franchis Ebett’s Pass, avant de remonter vers un col qui marque l’entrée dans Carson Iceburg Wilderness. Les paysages sont toujours aussi jolis et variés, entre forêts de conifères, vastes prairies, lacs et sommets rocheux.
L’influence volcanique est encore sensible

Avec les PCTs

Le dénivelé est toujours assez doux et ne dure pas longtemps. Parfois, quelques névés obligent à des acrobaties ou à mouiller ses chaussures : pas grave, mes Meindl en cuir s’en moquent. Par contre, une américaine du groupe qui, comme tous les autres, marche en chaussures de trail, aura droit à sa petite glissade sur névé, que je stopperai avant qu’elle ne finisse dans le ruisseau…Je reste toute la journée avec ces sympathiques PCTs et nous plantons la tente en forêt, 18 miles plus loin que Sherrold Lake. Journée tranquille, on arrive à 16h30 ! Mais le derniers du groupe arriveront plus d’une heure après…
Sonora Pass, très enneigée
Sonora Pass, très enneigée
Sonora Pass…Après une longue matinée assez insipide en forêt granitique, puis une belle arrivée à un col bien chargé en neige à 10.200 pieds, je descends vers ce grand col routier dans un cadre magnifique, libéré du granite, avec des roches colorées, de belles pentes arborées et aussi beaucoup de neige. Le petit groupe des PCTs est derrière moi, assez loin pour la plupart. J’ai vraiment faim…Il me reste des barres que je n’ai pas envie de manger car je veux du salé et je n’en ai plus ! A presque 14h, c’est légitime que mon estomac me sollicite. Il me faut 10 mn après être arrivé à Sonora Pass pour être pris en stop, direction Kennedy Meadows, où m’attend, je l’espère, mon premier ravitaillement. Je suis pris par une sympathique famille d’américains, qui vient ici pour la première fois alors qu’ils habitent à côté. Ces américains travaillent beaucoup trop…
Kennedy Meadows, c’est un « resort », un terme un peu intraduisible mais qui veut plus ou moins dire « station de vacances » ouverte seulement en saison pour les randonneurs à pieds, à cheval, les campeurs et les vacanciers en quête de confort qui opteront pour les chalets. Le site est magnifique, avec des forêts, de jolis sommets et des rivières. Le tout sans moustiques, c’est du luxe ! Je récupère mon colis, avale un délicieux sandwich grillé avec des frites maison, puis fais quelques courses : j’ai envie d’œuf alors je les fais bouillir dans mon Jetboil. J’en avalerai 4 après mon sandwich accompagnés de tortillas et de bière. De nombreux PCTs se trouvent là aussi et toute cette petite communauté se connait bien, ils se sont déjà croisés souvent. L’ambiance est sympathique et ouverte. Je profite de la hiker box pour récupérer une paire de guêtres légères, un peu usées mais qui m’éviteront d’avoir des petits cailloux dans les chaussures. Alors que la nuit tombe, mes amis PCTs se dirigent vers le bar mais je préfère aller planter ma tente pour dormir, accompagné d’autres PCTs que j’ai rencontrés. Nous trouvons un coin abrité, loin des regards, car normalement nous devions camper dans un emplacement officiel, facturé 10$, juste pour poser la tente. Unanimement, nous décidons d’épargner ces 10$…J’ai du mal à m’endormir ce soir, mon ventre se révolte : sans doute trop d’œufs et de frites.

Section 2 : de Sonora Pass à Red’s Meadows, du 28 juillet au 2 août

Je n’ai pas à attendre pour repartir vers Sonora Pass : il est 7h, mais deux américaines prêtes à partir en randonnée m’offrent le trajet pour le col.
C’est la section la plus enneigée du parcours : il va falloir trouver son chemin. Le PCT, comme à son habitude, ne va pas droit au but, mais décrit de longs détours qui traversent les zones les plus enneigées. Au lieu de le suivre, je vais remonter la vallée directement pour rejoindre ensuite les crêtes. Il y a un peu de neige, mais elle est douce et dégelée. Avant de rejoindre les crêtes, j’ai le choix : remonter des pentes de neige ou remonter des flancs rocailleux bons pour des isards. Je préfère les terrains à isards et ça passe bien ! Me revoilà à plus de 3000m, sous un soleil radieux régnant sur d’infinies montagnes bariolées. Je vais encore passer un moment en crête, pour mon plus grand bonheur. Ici la roche ne permet pas aux arbres de se maintenir et la vue est à 360°. Par contre, je n’ai pas bien regardé la carte : elle mentionne pourtant clairement que les 10 premiers miles sont dépourvus de source d’eau. Je n’ai pris qu’un litre, comme à mon habitude, ce qui me tient en général 4 à 5 miles…
Le chemin slalome entre les crêtes rocheuses

Encore beaucoup de neige

Les crêtes sont somptueuses, elles traversent des barres rocheuses, passent des cols et des croupes : la vue est sans cesse renouvelée. C’est bien pour oublier la soif ! Il y a bien de l’eau plus bas, mais je ne veux pas me dérouter.
Coyote !

Une belle rencontre m’est offerte : un canidé, à 100m de moi. Je pense de suite à un loup, quel chance ! J’apprendrai plus tard que c’est un coyote. Il se moque de ma présence et continue à suivre une trace olfactive. Il faut dire que je suis seul : je n’ai pas revu mon petit groupe ce matin. Je savais qu’ils seraient plus lents, mais j’espérais quand même pouvoir leur dire au revoir. Je ne les reverrai par surprise qu’à la fin de mon trek…
Des couleurs extraordinaires

J’atteins l’eau pour la pause déjeuner. Boire est vraiment un bonheur simple ! Je ne profite pas trop de l’ombre des arbres, les moustiques sont trop présents. L’après-midi se passera en forêt et après quelques heures dans les arbres, il me tarde d’arriver…Il me faut franchir une rivière, la toute première du voyage : enlever le sac et les chaussures, les attacher sur le sac, enfiler les crocs, maudire les moustiques qui en profitent pour me dévorer, traverser, enlever les crocs, sécher les pieds, remaudire les moustiques, tout remettre et repartir vite, parce que les moustiques c’est l’enfer. Voilà une petite partition que je vais jouer régulièrement à l’avenir…Je passe la nuit à Dorothy Lake Pass, à 9.000 pieds. Très belle vue, mais les moustiques m’obligent à revêtir mon armure de mesh afin de me protéger de leur agressivité. J’étais averti : ce col marque l’entrée dans le parc national du Yosemite où les petits démons sont innombrables.
Coucher de soleil à Dorothy Lake Pass
Le lac Dorothy, situé un peu plus bas, sera mon cadeau du jour : ses eaux imperturbables accueillent les reflets des montagnes alentour et dessinent un spectacle merveilleux.
Reflets 1

Reflets 2

Par contre, le reste de ma journée sera infernal. La vallée qui descend vers Wilma Lake est infestée de moustiques, à tel point que je dois revêtir mon filet. Toute pause est impensable si je ne l’ai pas, mis à part quelques rares endroits secs. Ils sont des dizaines. Par chance, ils vont m’épargner pour la pause midi, que je prends à l’ombre : la chaleur est écrasante. J’ai 2 cols à passer cet après-midi et je souffre : le sac, la température et les moustiques. Le granite assoit son exclusivité dans le Yosemite.
Paysage classique du Yosémite
Et je n’aime pas le granite, je le connais bien, il est majoritaire dans les Pyrénées. C’est juste une question de goût, mais elle compte ici, car les paysages ne vont pas aider à faire passer les moments difficiles. Au contraire : le granite s’accompagne d’interminables forêts, royaumes de moustiques, et empêche de profiter du paysage. Même les cols à 10.000 pieds sont en forêt ! Et puis le terrain granitique est très cassant pour les jambes.
Près de Seavey Pass

Je ne prends donc pas beaucoup de plaisir dans cette section et je vais aussi vite que possible pour en sortir au plus tôt. Mais je finis mes journées éreinté : marcher 30 km ou plus avec 1200 à 1500m de dénivelé positif dans ces terrains granitiques épuise. Malgré le niveau très élevé des eaux, aucune traversée de rivière n’est un problème, un gros tronc fournit bien souvent un pont de fortune.
La montée à Benson Pass, à plus de 3000m, me prend plus de 3h, pour faire 800m de dénivelé. C’est interminable et pourtant je vais vraiment vite. Dans la descente, je vois qu’un orage se pointe à l’horizon ; je croise un américain qui me dit que les orages jusqu’à présent se limitent à du bruit et quelques gouttes. Pas de quoi s’inquiéter ! Lorsque, 20 mn plus tard, la grêle s’abat sur moi, c’est tout de suite une autre histoire ! Heureusement, je tombe sur un camp de biologistes américains, qui m’invitent à venir me mettre à l’abri. Difficile de refuser…J’attendrai une heure et demie sous la bâche, profitant de l’accueil chaleureux de mes hôtes. Lorsque je repars, les températures ont chuté : de plus de 30°, elles sont maintenant passées sous les 10°…
Dernière nuit avant Tuolumne, je savoure l’absence de moustiques : les PCTs qui se trouvaient au camp lors de mon arrivée avaient fait du feu. Il me reste 15 miles à faire, je n’ai une fois de plus pas de quoi déjeuner, pour être le plus léger possible. Cette portion est jolie, mélangeant des prairies surmontées de sommets impressionnants et des forêts clairsemées, avant d’atteindre Glen Aulin où je me mets à aimer le granite !
Glen Aulin

La roche est dorée, lisse, massive, verticale : elle m’impressionne, elle est belle ! Je ne suis plus qu’à quelques miles de Tuolumne, mais ce sera très, très long : j’ai faim et puis il me tarde d’arriver, je suis fatigué et j’ai envie de poser mon sac vite. J’ai du mal à profiter du paysage, pourtant splendide. Les miles ne défilent pas, je m’agace même tant il me tarde d’en finir.

Dans les derniers miles avant Tuolumne Meadows

Dans les derniers miles avant Tuolumne Meadows

Même les pires choses ont une fin et j’arrive enfin vers 14h au magasin de Tuolumne. Quelle joie ! Je file immédiatement au bureau de poste attenant à l’épicerie. J’arrive en effet à Tuolumne Meadows avec 2 jours d’avance sur le programme prévu et je n’aurai pas besoin de récupérer le colis de ravitaillement qui m’attend à Lee Vining, situé dans la vallée, à l’est. Je vais donc essayer de le faire transférer à Mammoth Lakes, où je ne pouvais l’envoyer initialement car je devais arriver un week end, période de fermeture de la poste. Le bureau de poste n’est pas encore officiellement ouvert même si des employés s’affairent à gérer les nombreux colis de ravitaillement qui y sont envoyés. J’explique mon problème, mais la réponse est implacable : le téléphone est coupé à cause des intempéries hivernales et n’a pas été réparé ; il est donc impossible de contacter Lee Vining pour faire transférer mon colis, sachant que le réseau mobile ne passe pas non plus…
Je vais donc poser mes affaires et fait connaissance avec un groupe de français qui se trouve là, entourés de nombreux PCTs et JMTs qui étant partis du sud, finissaient leur marche. Il s’agit en fait d’une délégation de Quechua, venus aux Etats-Unis pour participer à un salon et également enquêter sur l’usage du matériel sur les sentiers. Ils sont donc ici pour échanger avec les randonneurs et voir quel matériel ils utilisent. Nous partageons le repas et je déballe tout mon sac, très content de partager un peu avec des français et de discuter autour de l’équipement.
En fin d’après-midi, après avoir rechargé mon estomac et fait quelques provisions, je gagne le campement de Tuolumne, qui est censé ouvrir demain mais qui est ouvert gratuitement pour les randonneurs. Ils sont d’ailleurs très nombreux, à mon grand étonnement : au moins une cinquantaine. Un nouvel orage se profile en soirée, mais ne donnera que quelques gouttes, pour de vrai !
Le lendemain, je m’attaque à Lyell Canyon : la partie la plus plate du trek, longue de 14km ! Autant dire que je risque de m’ennnuyer. J’avais envisagé de passer par Parker et Koip Passes, plus montagneux, mais j’ai décidé de rester sur le Pacific Crest Trail, pour le meilleur comme pour le pire…Le canyon est effectivement interminable, même si il est vraiment beau, offrant souvent des vues très dégagées. Je croise comme souvent des cerfs et des biches peu farouches, mais aussi un nouveau genre de randonneurs : les JMTs. Ils se distinguent facilement des PCTs : d’abord ils sont propres et leur équipement est souvent neuf, puis ils marchent bien plus lentement et ensuite leur sac est généralement bien plus gros (exception faite de mon propre sac, qui se rapproche plus d’un sac de JMT).
Lyell Canyon
Le ciel est très laiteux, contrastant avec les jours précédents, et des hélicoptères effectuent un balai régulier vers la vallée voisine qui conduit à Parker Pass : je comprends qu’il y a un incendie et c’est la fumée qui donne au ciel cette teinte. Ce n’est peut-être pas une mauvaise chose finalement que je sois venu m’ennuyer dans Lyell Canyon…
Enfin, la montée débute vers Donahue Pass : régulière, agréable, elle se passe vite. J’arrive rapidement au lac noté Mile 160 et constate qu’il faut traverser la rivière qui s’écoule depuis son déversoir. Un rapide coup d’œil à la carte montre qu’il me faudra également traverser la rivière qui l’alimente plus haut : le sentier aurait gagné à rester du même côté de la rive, pour éviter de se tremper inutilement les pieds. C’est un autre (gros) défaut du Pacific Crest Trail : son tracé fait traverser plusieurs fois les mêmes rivières alors qu’il ne s’agit pas d’une nécessité, la topographie permettant facilement au sentier d’être tracé sur un seul et unique côté du torrent. Cette absurdité peut faire perdre du temps mais également a coûté la vie à plusieurs personnes dans la Sierra cette année du fait du niveau élevé des eaux. A tel point qu’une modification du tracé a été opérée dans le parc national de Kings Canyon, au sud de Mather Pass où le sentier devait traverser deux fois la même rivière, sans réelle nécessité : une randonneuse s’est noyée en le traversant et il a été décidé d’éviter ces traversées.
Je me rebelle donc contre cette traversée inutile et décide de rester rive droite. La progression est rapide, même si le terrain est parfois exigeant. Je gagne donc du temps, en plus de m’épargner une baignade dans les eaux glacées. Il y a du monde, bien plus que dans les 150 miles déjà parcourus. On sent que le JMT est devenu très populaire, mais ce n’est pas désagréable : on est encore loin des foules alpines.
Donahue Pass

Arrivé à Donahue Pass, je ne traine pas : une fois de plus, l’orage est là et ce n’est que le début d’après-midi. Par chance, il m’épargnera encore ! Et puis, il y a des moustiques, que le vent peine à éloigner.  Je redescends dans un terrain qui n’est pas sans rappeler les Pyrénées, et particulièrement le Néouvielle : c’est assez souvent le cas dans le Yosemite, même si je viens d’en sortir.
De belles aiguilles

Je plante ma tente dans un lieu isolé, au-dessus du magnifique Thousand Islands Lake, surmonté du seigneur local, le Garnett Peak. Comme souvent, les moustiques sont peu présents lorsque j’arrive, me donnant l’impression que l’endroit est agréable. Mais après 15mn, ils déferlent sur moi…
Thousand Islands Lake

Le lendemain, je profite du lever de soleil sur le lac, les moustiques n’étant pas très matinaux, car, à plus de 3000m ils doivent attendre que le soleil ait bien réchauffé l’atmosphère pour aller à la chasse. Au lac, deux sentiers mènent à Red’s : le Pacific Crest Trail, qui traverse un flanc de montagne est plus linéaire ; le JMT monte et descend, va à la rencontre des lacs. C’est parti pour le JMT ! Je vais le regretter un peu, car à part de jolies vues sur les lacs, je « profiterai » seulement de longues et peu savoureuses heures en forêt. Au loin, je vois le PCT, sorti de la forêt, s’étalant comme un long balcon devant les hautes montagnes du secteur, que je ne pourrai voir, coincé dans la forêt. Pour autant, les lacs sont véritablement beaux et dans leurs eaux impassibles les montagnes y trouvent de magnifiques alter-egos.
Garnett Lake

Peu avant l’arrivée à Red’s, je tombe sur une traversée de rivière, celle-ci vraiment indispensable : des JMTs en nombre se préparent à se mouiller les pieds. Cela fait un moment que je marche sur le Pacific Crest Trail et j’ai compris qu’en forêt il y avait presque toujours un tronc sur lequel traverser les torrents, en amont ou en aval, et le gain de temps est certain, car les troncs ne sont jamais bien loin du sentier. Cette traversée ne déroge pas à la règle.
Red’s Meadows. Synonyme d’une bonne bière et de chips bien salées ! Je passe un long moment à trouver le camping pour les randonneurs : je suis en effet le premier arrivé et aucune tente ne me donne d’indice. Il se trouve dans le camping de la National Forest situé à 500m du resort ; un panneau indique bien « walk in campsite » pour ceux qui arrivent à pieds mais il faut tomber dessus. Les randonneurs commencent à arriver et nous sommes une bonne vingtaine ce soir. Je savoure une bonne douche : à 5$ les 5 mn, je vais devoir savourer ! La soirée est riche en rencontres : Sean et Jayson, du Washington, Mark et Mark, de Californie, Bryan de New York. Tous des JMTs, je suis le seul PCT dans ce camp. J’apprendrai que les PCTs vont directement à Mammoth Lakes en général.
Première grasse matinée du voyage, je me lève à 6h30, je ne marche pas : je dois descendre sur Lee Vining récupérer mon colis de ravitaillement en utilisant la navette et les bus YARTS, ce qui va me prendre la journée. Arrivé à Mammoth Lakes, je constate que la station de ski fonctionne encore et des snowboarders profitent des dernières pistes ouvertes. A Lee Vining, je récupère mon colis et change mon organisation : je devais avoir 9 jours de nourriture pour rejoindre Independence, mais il n’en est pas question car je veux être léger ! Je m’envoie donc un colis à Bishop, que j’atteindrai en 5 jours. Et je fais transiter le colis que je m’étais envoyé à Independence vers Bishop, où je prendrai 7 jours de ravitaillement pour finir ma randonnée : entre le reliquat de mon colis ici et celui d’Independence, je devrais avoir assez.
Sur le chemin du retour, je réalise ma chance : la pluie tombe abondamment sur la Sierra cet après-midi et je n’en recevrai pas une goutte, même de retour à Red’s. Le trajet vers le camp sera encore marqué de belles rencontres. Ce sont deux allemandes qui me ramènent à Mammoth Lakes ; je les ai rencontrées à Lee Vining et elles se sont proposé de me conduire dans la station de ski qui est aussi leur destination. Et puis, à Mammoth, c’est Jesse, un amateur de snowboard et d’alpinisme qui fera un long pour me déposer au camp, les bus ne fonctionnant plus après 19h. Pas de douche ce soir, j’ai découvert le « secret spot » : la source d’eau chaude volcanique ! Elle se situe en contrehaut du camp, près d’un bâtiment sanitaire désaffecté ; elle est partiellement bouchée par une plaque métallique, mais il reste assez d’espace pour une personne et j’en profite, après avoir un vu un local en sortir…
Section 3 : de Red’s Meadows à Bishop, du 4 au 8 août.
Ce matin, le ciel est bouché : cela n’augure rien de bon pour la suite de la journée. Les premiers miles traversent une forêt détruite par un incendie, et ne subsistent plus que des troncs à perte de vue, tels un cimetière végétal. Je passe la matinée à monter en forêt : autant dire que ce n’est pas très intéressant. A la pause midi, je croise Mark et Bruce, deux randonneurs qui ont déjà parcouru la Sierra dans tous les sens possibles et qui étaient au camp hier soir. Ils s’étonnent que je n’aie pas de surnom : c’est une tradition sur le Pacific Crest Trail de recevoir un nom de marche par d’autres marcheurs. Bruce, alias Super Mario, me regarde et voit l’imposant sac qui contient mon appareil photo. Mon surnom est trouvé : Ansel Adams, du nom d’un grand photographe de la Sierra ; une réserve sauvage a également été baptisée « Ansel Adams » pour lui rendre hommage. Me voilà officiellement né sur le PCT ! Mon surnom est noble, et Mark s’appelant « Princess Jasmine », je me sens très chanceux de n’avoir pas reçu un nom du même genre…

Bruce et Mark

Le début d’après-midi réserve de beaux moments : je profite des impressionnantes perspectives sur les sommets déchiquetés flanqués de faces colorées, aux pieds de lacs tranquilles.

Purple Lake

Vers 15h30, arrivé à un petit col, je fais ma pause après 2 h de marche. J’ai à peine le temps de m’asseoir. Un flash lumineux immédiatement suivi d’un bruit assourdissant met fin à mon répit. La foudre est tombée juste à côté. Je suis en altitude et il faut que je décampe en vitesse, ça devient très dangereux soudainement. Il y avait des nuages certes, mais je n’ai pas vu l’orage arriver et le premier éclair était pour moi. Je cours jusqu’au lac Virginia, mais je n’ai pas la chance insolente des fois précédentes : aucun abri ne m’attend. La pluie tombe intensément. Je me résous à avancer, mais échoue sur une traversée de rivière entre deux lacs. Je préfère m’abriter dans les arbres plutôt que de traverser avant le froid brusque me chasse de ma tanière. Et comme j’ai encore des miles à faire pour arriver à temps, pas question de poser la tente. Je traverse donc l’eau, en urgence, espérant que la foudre ne vienne pas frapper les lacs alentour. J’ai peur, l’orage est juste au-dessus, mais je suis bien décidé à évacuer la zone pour redescendre dans des vallées plus abritées.
Je passe 3h sous la pluie, croise des camps, mais ne m’y arrête pas car trop près de l’eau (inondation possible). Il n’y a plus personne sur le chemin : dès qu’il pleut, les américains plantent la tente….Mais la chance ne m’a pas oublié. Parvenu  vers les derniers campements avant Silver Pass, à plus de 3000m, je compte m’arrêter avant de monter au-dessus de la forêt, pour le coup protectrice. Sur un replat, plusieurs emplacements pourraient accueillir ma tente mais je vais peut-être monter encore un peu. Mais je regarde bien autour et, cachés derrière un énorme bloc de granite, 5 américains profitent d’un feu qu’ils ont allumé. Quel bonheur, je suis trempé ! Je trouve un emplacement pour la tente et, près du feu, il ne faut pas longtemps à mes habits pour sécher alors que la pluie s’est arrêtée. Nous partageons le repas ; comme presque tous les américains croisés sur le chemin, ceux-ci sont très avenants et accueillants. La chaleur humaine fait aussi du bien !

Le petit groupe sous Silver Pass Pacific Crest Trail High Sierra Trek

Le petit groupe avec qui j’ai passé la soirée

Après une nuit de sommeil, je constate que les nuages n’ont eu pas pris de repos. Le temps est couvert et ma tente mouillée. Je la ferai sécher à la pause midi. Sous Silver Pass, je retrouve les 2 Mark et Bryan, croisés au camp de Red’s ; je suis heureux de les revoir, nous marchons un peu ensemble dans un décor grandiose.

Mark, Bryan et Mark Pacific Crest Trail High Sierra Trek

Mark, Bryan et Mark

Le granite offre son plus beau spectacle, s’élançant éperdument dans le ciel et déroulant d’immense parterres minéraux colorés hérissés de quelques arbres. Il y a un peu de neige, et des lacs encore gelés…

Pacific Crest Trail High Sierra Trek

Dans la montée vers Silver Past

Je goûte pleinement mon bonheur : pendant une heure et demie, je traverse une zone dépourvue de forêt et le paysage n’en a que plus d’intensité.

Pacific Crest Trail High Sierra

Je suis heureux d’évoluer enfin dans des paysages grandioses

Comme à son habitude après un col, le sentier perd 800 à 1000m de dénivelé pour s’enfoncer dans l’étroite vallée forestière de Mono Creek. A ma grande surprise, le premier coup de tonnerre éclate vers midi, bientôt suivi d’une pluie forte. Ma tente sera mouillée ce soir…C’est apparemment inhabituel car je croise des locaux qui me disent dans un langage épicé que ce temps est incroyablement pourri. Pas question de m’arrêter pour autant, malgré le froid et l’humidité.
Bear Creek : une des traversées aquatiques les plus engagées du JMT. Heureusement, un tronc fournit un pont pour l’essentiel ; il faudra se mouiller les pieds pour la dernière partie, mais elle est facile. Le risque serait de glisser ou de se déséquilibrer et de tomber. Côté amont, je resterais probablement coincé entre le courant et l’arbre, côté aval je serais entraîné au loin : dans les deux cas, la noyade serait plus qu’une éventualité. Les moustiques y sont infernaux : présents sur mes bras et mes jambes par dizaines, ils s’invitent aussi dans mes oreilles, mes narines, n’ayant que faire de mes protestations. Je fuis. J’envisage de poser ma tente plus haut, mais l’endroit est infesté de moustiques. Je vais donc pousser jusqu’à Marie lake, sous Selden Pass, le prochain col, et au-dessus de la forêt donc des moustiques, mais un orage qui approche va peut-être s’abattre sur moi et remouiller mes habits qui ont séché à la faveur de l’arrêt de la pluie 1h plus tôt. Je donne tout ce qu’il me reste, malgré la fatigue accumulée pendant les 20 miles précédents. J’arrive à bout au lac, plante ma tente avant l’orage dans un sol granitique incertain, mange et me prépare à dormir. La pluie tombe et ma tente aussi : le sol n’est pas assez dense pour la faire tenir. Je dois donc transférer mon campement à la nuit tombant et sous la pluie, maudissant les tentes non autoportantes…

Pacific Crest Trail High Sierra

Marie Lake et Selden Pass

Réveil avec le soleil, comme d’habitude. Hein ?? Avec le soleil ??? Il est de retour ?? Et oui, le ciel bleu s’est imposé ce matin…Je profite donc du soleil pour me reposer un peu et pour faire sécher mes affaires : je ne vais pas refaire la même erreur que hier, d’autant que quelques tous petits nuages s’accrochent au sommet et je sens bien qu’il va pleuvoir tôt…

Encore un lac magnifique

A Selden Pass

Je ne me suis pas trompé. Selden Pass m’a reservé un moment d’une grande beauté dans des paysages infinis jalonnés de lacs dont les eaux abritent le ciel et les montagnes. Je suis redescendu à Muir Trail Ranch avant midi, pour récupérer une cartouche de gaz dans les hiker boxes car je crains que la mienne ait une fuite. L’orage et la pluie sont en avance : 11h45…J’en profite pour explorer ces hikers boxes et me délecter de petits trésors alimentaires laissés par des randonneurs surchargés.

Pacific crest trail high sierra trek

Les hiker boxes de Muir Trail Ranch

Muir Trail Ranch, c’est aussi la porte d’entrée dans Kings Canyon : « c’est là que la haute Sierra commence ! », m’a dit un américain croisé au ranch. Il avait raison. Dès que je pénètre dans le parc, j’en prends la mesure : les forêts sont moins dominantes, les sommets plus hauts, plus puissants, le terrain plus engagé.

Pacific crest trail high sierra trek

McClure Meadows : du grand spectacle !

McClure Meadows, où je campe, est blotti au cœur d’un cirque minéral immense et le spectacle grandiose me rappelle celui offert par certaines cimes himalayennes.

Pacific crest trail high sierra trek

Coucher de soleil royal

L’émerveillement : c’est ce que je ressens lorsque j’atteins Evolution Basin, sous Muir Pass, un joyau naturel d’une rare beauté. Je découvre un lac d’un bleu profond, ceint de prairies intensément verdoyantes et couronné de montagnes immenses imposant par leur verticalité une impression de démesure.

Pacific crest trail high sierra trek

Evolution Lake

Pacific crest trail high sierra trek

Une autre vue d’Evolution Lake

Plus loin, les montagnes perdent en verticalité ce qu’elles gagnent en ampleur : je pénètre dans les grands espaces. La forêt n’a plus son mot à dire depuis longtemps.

Pacific crest trail high sierra trek

Un lac en montant vers Muir Pass

Muir Pass est le plus beau col que j’ai passé depuis le début de ma traversée. L’ampleur et la beauté des paysages sont inégalées. Je perçois maintenant une nouvelle dimension dans la Sierra : la très haute

Pacific crest trail high sierra trek

Lorsque je me retourne, avant d’arriver à Muir Pass

montagne. Le petit refuge qui est construit au col, à 3600m, est le seul présent sur la traversée de la haute Sierra.
Dans la descente de Muir Pass

Pacific crest trail high sierra trek

Il faut replonger très bas dans la vallée

Je passe la nuit à Dusy Basin, après une nouvelle montée de 600 au cours de laquelle j’ai râlé (et oui je suis français !) contre la « fainéantise » du sentier, trop enclin à être plat. Une montée un peu plus marquée m’aurait économisée du temps et de l’énergie. Dusy Basin, c’est un peu comme un IMAX 360 : partout autour de moi les montagnes rivalisent de majesté et décrivent un cercle immense autour de moi, au coucher du soleil : du grand spectacle, payé seulement avec un peu de transpiration.

Pacific crest trail high sierra trek

Coucher de soleil à Dusy Basin

J’aurai encore du grand spectacle le lendemain, en traversant Bishop Pass, qui offre une éblouissante perspective sur la suite du chemin.

Pacific crest trail high sierra trek

Les photos ne peuvent pas vraiment rendre compte de l’immensité des paysages

Pacific crest trail high sierra trek

La vue depuis Bishop Pass

J’arrive vers midi à Bishop, après un stop très facile depuis South Lake. Bishop est une bourgade animée et très passante : la route 395, qui longe toute la Sierra par l’est la traverse. Je choisis de dormir à l’hostel, savoure une douche illimitée et la bonne nourriture de la brasserie locale en compagnie d’un couple de français et d’un suisse rencontrés sur place. Je passe le jour suivant à Bishop, car j’ai besoin d’un peu de temps pour penser à la suite de mon voyage. Je devais partir dans le Wyoming, visiter les parcs nationaux, mais j’aime aussi le Pacific Crest Trail, alors j’envisage de passer plus longtemps à le parcourir : le Washington semble être la meilleure terre pour jouer les prolongations. Mais, après un long moment sur le trail, je pressens qu’il ne sera pas nécessaire d’ajouter encore quelque chose pour atteindre un sentiment de complétude : au contraire, je sens que c’est suffisant. Je cogite un moment, profite du confort de la ville et finit par me décider : je vais rentrer en France une semaine plus tôt, mais je vais rallonger ma traversée de quelques jours, en revenant à Echo Lake pour marcher 60 miles vers le nord.

Section 4 : de Bishop à Lone Pine, du 10 au 15 août.

J’embarque 7 jours de nourriture pour cette section. J’ai en effet prévu de lever le pied pour profiter plus de la haute Sierra. Bien malgré moi, je ne vais pas y arriver, maintenant mon rythme à 20 miles par jour, un peu porté par les circonstances, un peu par l’habitude, un peu par la volonté.
Je remonte donc à Bishop Pass pour me rapprocher au plus de Mather Pass, en compagnie de Nicolas, le suisse rencontré à l’hostel à qui je fais découvrir les merveilles inconnues de la Sierra. Les touristes se massent en effet à Yosemite, drainés par l’effet parc national et ne soupçonnent pas la splendeur des trésors cachés dans les lieux moins célèbres. Peu avant de poser le camp, je retrouve quelques PCTs que j’avais déjà vus plus au nord, nous nous reverrons souvent dans les jours qui suivent.

Pacific crest trail high sierra trek

Un regard sur le chemin parcouru avant Mather Pass

Lorsque j’attaque Mather Pass, je n’ai pas ma forme habituelle : une fatigue se fait sentir en arrière-plan. Mather est redouté, mais l’absence de neige en fait un col facile : il en aurait été autrement à la descente si la neige avait été présente.

Pacific crest trail high sierra trek

A presque 12.000 pieds, l’univers est très minéral

Pacific crest trail high sierra trek

Mather Pass, versant sud : très difficile en cas d’enneigement

Le versant sud de Mather marque la rencontre avec une nouvelle configuration du terrain : les hauts plateaux surmontés de sommets entre 3500 et 4000m. C’est splendide.

Pacific crest trail high sierra trek

Sur les hauts plateaux

Le col suivant, Pinchot, n’est qu’à 8 miles : malgré la fatigue, je décide de le passer. Sous le col, je suis à plat. Marjorie Lake serait un très bel endroit pour camper, avec ses eaux bleu azur surveillées par des sommets colorés, grenat, ocre, beige.
Marjorie Lake

Mais j’ai envie d’aller de l’autre côté. Les PCTs vont aussi le passer et ça me motive. Mais surtout, en cette fin d’après-midi, le soleil plus rasant donne à la montagne et au ciel une beauté plus intense. C’est une souffrance mais aussi un bonheur de marcher en découvrant ces petites pépites naturelles.

Pacific crest trail high sierra trek

Montée vers Pinchot Pass

Pacific crest trail high sierra trek

Pinchot Pass

Pacific crest trail high sierra trek

Pinchot Pass sous un autre angle

Arrivé en haut, je réalise que l’effort valait bien la récompense. Pinchot Pass sera le plus beau col du parcours. Quelle chance de pouvoir profiter de cette lumière ! La descente est magique au milieu de ces montagnes aux formes et aux couleurs irréelles inondées par le soleil couchant.

Pacific crest trail high sierra trek

Quelques lacs au-dessus de montagnes aux couleurs magnifiques

Pacific crest trail high sierra trek

La beauté de l’instant fait oublier la fatigue

Ce matin, mon réchaud est subitement tombé en panne. Un Jetboil tout neuf. Je le remplacerai de retour à Bishop. Désormais, si je veux pouvoir manger chaud, je vais devoir camper près d’autres randonneurs, ce que j’avais l’habitude de faire. Ce soir c’est Bob qui me prête son brûleur. Chaque soir, je n’aurai aucune difficulté à me faire prêter un réchaud.

Au réveil, j’en prends déjà plein les yeux

Au réveil, j’en prends déjà plein les yeux

Glen Pass est le col qui m’a laissé le plus mauvais souvenir. L’étape de la veille a laissé des traces et je suis déjà fatigué au lever. Pour atteindre Glen, il faut plus de 8 miles d’une très très très interminable montée. Les paysages sont jolis, surtout les Rae Lakes, et le granite fait de son mieux pour que j’apprécie sa beauté.

Pacific crest trail high sierra trek

Rae Lakes

Pacific crest trail high sierra trek

Ici les biches ne sont pas farouches

Mais c’est dur et il me tarde d’en finir avec cette montée. Surtout vers 14h, presque 8h après le petit déjeuner, quand j’attaque le dernier mur le ventre vide, avide d’un déjeuner qui se fait attendre. Comme à chaque fois, j’évite de monter le ventre plein…J’avale donc barre de céréales sur barre de céréale : mon rythme effréné consume mon corps, je n’ai plus de réserve, je dois m’alimenter en permanence.
Glen Pass

Descente de Glenn Pass

Une fois de plus, je suis heureux qu’il n’y ait pas de neige à la descente, car la raideur du col l’aurait rendue très exposée. Je m’étonne : le vallon sous Glenn Pass est encaissé, une rareté sur le sentier ; il n’en est pas moins imposant.

Pacific crest trail high sierra trek

Descente de Glenn Pass

Des murs très abrupts dominent le sentier

Je campe quelques miles sous le prochain col, Forrester Pass, et j’y rencontre un couple de PCTs français. Enfin des compatriotes sur le trail ! Ils vont vers le nord et sont des thru-hikers. Cela me fait du bien de passer une soirée à parler ma langue !

Pacific crest trail high sierra trek

Agathe et Vianney, des français qui font le PCT

 Forrester, c’est le plus haut col du Pacific Crest Trail, culminant au-delà des 4000m. Je le passe sans difficulté avant de traverser une magnifique zone de hauts plateaux semi-désertiques en direction de Crabtree Meadows, mon camp de base pour faire le Mont Whitney.

Au centre, Forrester Pass lors de la Pacific crest trail high sierra trek

Au centre, Forrester Pass

Le terrain se fait plus désertique
 
Toujours marqué par la fatigue, je fais les derniers miles dans la douleur. Je suis impatient d’arriver, marche au plus vite mais rien n’y fait : les miles ne défilent pas. Comme chaque jour, mon sac me fait mal aux épaules, comme si des couteaux se plantaient dans mes omoplates, mais aujourd’hui je ne le supporte plus. Je me mets même en colère contre ce camp qui n’arrive pas, contre ces miles qui semblent deux fois plus long que d’habitude, contre ce sac qui me pèse. Vainement bien sûr. Et puis la journée se finit malgré tout, un pas après l’autre. Crabtree est une jolie pelouse, douce et accueillante. Il y a un conteneur pour ranger sa nourriture à l’abri des ours : des randonneurs y ont laissé des barres avant de finir leur marche et j’en profite pour me ravitailler. J’ai tellement mangé de barres que j’en manque maintenant…

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Malgré la fatigue, je suis encore époustouflé par les paysages

Cette fatigue remet en question la suite de mon parcours : si je vais bien terminer cette section, je me demande si faire les 63 miles de la suivante est une bonne chose…
L’ascension vers le Whitney est une toute autre histoire. Je pars avec un micro-sac détaché de mon Baltoro, avec juste quelques affaires et un peu de nourriture. Je progresse vite, presque en apesanteur, presque sans effort. Tellement que je ne mange quasiment pas dans la montée.

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Encore une belle réflexion !

L’ascension est superbe. La Sierra se pare de ses plus beaux atours et régale les yeux du randonneur avec ses faces minérales massives et très verticales. Les lacs donnent une touche de perfection à cette magnifique composition.

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Guitar Lake

Le cheminement est classique : le sentier décrit une multitude de lacets relativement peu pentus et donne cette impression frustrante de ne jamais atteindre les hauteurs. Il n’y a presque personne, à mon grand étonnement, les gens sont sûrement partis en masse pour voir le lever de soleil. Lorsque j’arrive au col, où les randonneurs partis de Whitney Portal côté est rejoignent ceux partis comme moi du côté ouest, il y a un peu plus de monde, mais nous sommes loin de ce que je craignais. Je vole vers le sommet, situé à moins de 2 miles, savourant l’absence de poids sur cette belle crête dentelée. C’est vraiment le bonheur de marcher léger !

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Les crêtes menant au Whitney (la dernière bosse au fond)

En chemin, je retrouve de vieilles connaissances, Sean et Jayson, rencontrés à Red’s Meadows. Le sommet est maintenant en vue : c’est une grosse bosse débonnaire, pas un piton inatteignable. Arrivé au Whitney, je suis entouré d’une cinquantaine de personnes. Le lieu est bruyant, les gens sont excités, crient, cherchent le réseau, font des photos de groupe.

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Le sommet et son abri

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Un panorama immense

Après 21 jours de marche, un silence intérieur s’est établi en moi. Les heures passées dans la nature à marcher ont vidé mon esprit de l’inutile, du bruit des pensées futiles et des préoccupations secondaires. Je suis dérangé par cette agitation et, même si la vue superbe invite à penser d’autres itinéraires dans la Sierra, à ressentir l’espace parcouru depuis le tout premier pas, je n’ai pas envie de rester là-haut. Je vais redescendre pour revenir à la quiétude de la nature.

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La vallée, vers Lone Pine, 2500m plus bas : les JMTs finissent là leur traversée

Revenu à Crabtree, je refais mon sac : même si j’ai déjà fait 15 miles aujourd’hui, je me sens d’attaque pour en faire 6 ou 7 de plus afin de ne pas avoir une journée trop longue demain et maximiser mes chances d’obtenir un stop pour Lone Pine. Depuis Horseshoe Meadows, il parait que le stop n’est pas facile…Je fais cette portion facilement : je réalise que plus que les miles, ce sont les kilos portés qui m’épuisent. Il me faudra encore repenser plus léger pour la prochaine fois…

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Forêts désertiques

15 août : c’est mon dernier jour dans la haute Sierra. Je file en direction du sud dans un nouvel écosystème : ici la forêt est désertique, les arbres semblent pousser dans le sable et il n’y a pas beaucoup d’eau. Parvenu vers Siberian Outpost, après 3h en forêt, je décide de quitter le Pacific Crest Trail : les miles à venir semble promis à une promenade dans les bois et je veux voir du paysage. Je pars donc hors sentier, vers le nord est, pour rattraper le chemin qui mène à New Army Pass. Je fais le pari que ce sera bien moins forestier que le PCT. Et je ne suis pas déçu. New Army Pass est un col à plus de 3600 dans un granite presque blanc et loin des arbres. C’est un haut col, flanqué de falaises abruptes, surveillé par le Whitney. J’y rencontre 2 groupes de randonneurs, c’est parfait pour les photos !

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En montant vers New Army Pass

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Mes derniers moments dans ces grands espaces d’altitude

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Des randonneurs arrivent au col

Plus bas, les lacs de Cottonwood ont du caractère et la haute Sierra a une bien belle manière de me dire « au revoir ». Quelle classe !
Contrairement à ce que je craignais, je suis pris immédiatement en stop pour Lone Pine. La pizza n’attendra pas ! Le soir j’arrive à Bishop pour une nouvelle nuit à l’hostel. Le lendemain, je fais changer mon réchaud, retrouve par hasard ma petite équipe de PCT rencontrés sur la première section (quelle joie !) et repars en stop pour Reno où je dois récupérer un colis pour le renvoyer à San Francisco (du matériel dont j’aurais eu besoin pour le Wyoming). Jamais je n’attendrai bien longtemps et j’aurais l’occasion de rencontrer de beaux visages de l’Amérique : Tim, un agent immobilier de Los Angeles, Matt, un photographe indépendant qui s’apprête à traverser tout le continent, Earl, un ancien militaire qui après plus de 20 ans dans l’armée tente de retrouver une place dans la vie civile et Randy, chauffeur routier au cœur sur la main qui porte l’image d’une Amérique traditionnelle. Le soir, je suis de retour à South Lake Tahoe, là où tout avait commencé…

Section 5 : de South Lake Tahoe à Truckee (Donner Summit), du 17 au 20 août.

J’ai 4 jours pour faire un peu plus de 60 miles : il m’en faudrait 3 normalement, alors je vais prendre le temps. Je dois traverser Desolation Wilderness et Granite Chief Wilderness : après avoir vu les photos de ces belles réserves, j’avais regretté de ne pas les avoir traversées. Très heureux de pouvoir le faire, surtout comme un final d’une longue marche.
Je prends mon temps le premier jour, après avoir récupéré un nouveau permis, ne faisant que 6 miles pour établir mon camp à Lake Aloha dont on m’avait vanté la beauté. A juste titre ! Le sentier est magnifique, bordé de prairies fleuries. Lake Aloha est logé aux pieds des plus hauts sommets de Desolation Wilderness et le matin le soleil offre les meilleures lumières pour les photos.

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Lake Aloha

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Les plus hauts sommets de Desolation Wilderness

 La montée vers Dicks Pass est un pur bonheur, je retrouve les belles sections du début de la marche, verdoyantes, colorées par les roches volcaniques, jalonnées de petits lacs aux reflets magistraux.
Je ne me lasse pas des reflets dans l’eau des lacs

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Depuis Dicks Pass, le reste de la journée : je passerai dans le vallon qui se situe dans le prolongement des lacs du premier plan, avant de repartir vers les crêtes de droite

L’après-midi, je me suis réservé une petite variante. Le PCT va encore aller s’ennuyer des heures en forêt, mais j’ai repéré un autre sentier, parallèle, plus bas mais sans forêt, donc avec une belle vue. Prometteur, mais j’ai peu d’informations : même les rangers que j’ai croisés sur le chemin ne l’ont jamais pris. Rapidement, je réalise que ce chemin n’est pas très fréquenté ni entretenu ; il s’annonce un peu aventureux…J’ai même parfois du mal à le suivre, mais quelques cairns bien placés me rassurent. L’orage arrivant, je suis bien content d’être redescendu.
Mais cela ne va pas durer. Il me faut traverser une rivière, et je vais devoir enlever mes chaussures. Je poursuis sur le sentier, et je me rends compte que je me suis fait avoir : contrairement à ce qu’indiquent les cartes, il est en forêt…Et très mal tracé : il décrit d’improbables détours, casse les jambes et traverse 3 fois cette rivière, quand une seule aurait suffi…A la seconde traversée, je me rapproche du torrent pour voir si je peux sauter de cailloux en cailloux, mais je suis surpris par la roche mouillée par l’orage : je glisse dans l’eau, mais par chance je m’arrête aussi tôt, en colère contre ces traversées inutiles et contre ce sentier décevant. Je ne vais pas retraverser une troisième fois, il n’est pas question que je me remette en danger, d’autant que la traversée se fait en aval, avec un torrent bien plus vigoureux et sans tronc pour servir de pont. Je décide donc de quitter ce mauvais sentier et de filer dans la brousse pour retrouver le Pacific Crest Trail, situé à 1.6 miles.
Enfin un peu d’aventure ! Les pentes granitiques accueillent une solide population de rhododendrons et je dois louvoyer pour trouver un itinéraire. Je réalise aussi que je suis très exposé : s’il m’arrive quelque chose ici, hors sentier, jamais personne ne viendra me chercher dans ce coin improbable. Et je n’ai rien pour prévenir les secours, le réseau ne passant pas. Il me faut donc être très vigilant sur ces pentes raides. Je me retrouve bientôt face à une forêt impénétrable : des buissons ont poussé aux pieds des arbres et je tente de me frayer un passage. C’est un vrai terrain à ours et je fais du bruit pour ne pas me retrouver nez à nez avec un plantigrade dans un buisson…C’est chaud ! J’arrive enfin sur le Pacific Crest Trail après presque 2h de lutte…Je ne me plaindrai plus des parties forestières !

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Retour dans des paysages volcaniques

Ce que je mets en pratique le lendemain car le sentier réserve plusieurs heures à la forêt dans la matinée. A l’entrée de Granite Chief Wilderness, le décor commence à changer : je marche sur d’anciens volcans érodés, recouverts de belles prairies. La montagne se pare de nouvelles couleurs, virant parfois au rose, et les arbres sont de nouveau moins dominants. Pour mon plus grand bonheur, je passe l’après-midi en crête, profitant d’une vue panoramique sur ces belles montagnes. Le sentier est bien plus facile que dans la haute Sierra. Au loin, l’orage gronde et je surveille qu’il ne vienne pas vers moi : les crêtes pourraient alors se transformer en un piège mortel. Je serai une fois de plus épargné.

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Une belle balade en crête, alors que l’orage gronde au fond

Mon tout dernier jour sur le Pacific Crest Trail me demandera de parcourir 18 miles, que je vais déguster. Je sens bien la fatigue et mon matériel est aussi usé : une des fermetures de ma tente ne fonctionne plus, j’ai perdu les 2 pointes métalliques de mes bâtons, ce qui me pose problème pour fixer ma tente, mes guêtres ont maintenant plus de trous que de tissus. Mais, je suis heureux d’être là et je me sens aussi très chanceux d’avoir pu arriver jusqu’ici. Et le paysage d’une grande beauté ravit mes yeux. Les pitons volcaniques qui hérissent çà et là les crêtes me rappellent un peu Monument Valley, dans une moindre mesure et en bien plus verdoyant ! Je passe encore un long moment en crête l’après-midi, quel beau cadeau d’adieu. Mais je suis bientôt menacé par un orage au sud et un autre au nord. Je presse le pas et je dissuade un couple de promeneurs partis de Donner Summit, mon point d’arrivée, d’aller plus loin. Quelques jours plus tard, j’apprendrai qu’un randonneur s’est fait foudroyer sur ces crêtes que je fuyais.
Les derniers miles

Les derniers pas se font dans une station de ski. Mais je ne la vois pas. Mes yeux sont encore emplis de la majesté des montagnes traversées et je fais attention à chaque pas, pour bien vivre ce moment particulier. Je ne suis pas spécialement heureux ou fier d’avoir fini, d’avoir atteint mon objectif. Je n’ai pas fait ça pour le défi sportif. Atteindre Lone Pine ou Donner Summit ne représentait rien en soi. C’était juste un marqueur, une balise, qui avec le point de départ définissait un intervalle dans l’espace et le temps, au cours duquel j’allais vivre des expériences inconnues, magiques, belles, douloureuses, inspirantes, apaisantes, lumineuses et partagées. Je me suis donné un moment pour vivre différemment, loin du fracas du monde, et revenir plus riche, intérieurement.
Car l’essentiel n’est pas dans les kilomètres parcourus, dans le dénivelé gagné, dans les jours de marche. L’essentiel ne se chiffre pas : le merveilleux, la beauté de la montagne et de la vie, la paix intérieure, la douleur physique, la joie, le ras le bol, la fatigue, la découverte de l’inconnu, les rencontres marquantes, l’aventure intérieure comme dans le monde et bien sûr l’amour que je porte à la vie et à ceux qui me sont chers. Marcher pendant des jours en montagne amène à un détachement du futile qui fait énormément de bien à l’esprit mais aussi au corps. Garder à l’esprit ou dans mon sac à dos des choses inutiles ne m’a apporté que des moments peu agréables. Rentrer en contact avec ce qui compte vraiment dans la vie et rester en lien avec çà un moment, me contenter de ce que j’avais sur mon dos et dans mon ventre et vivre avec le moment présent : je crois que c’est ce qui m’a permis de traverser heureux ce mois dans la montagne.
Le Pacific Crest Trail est une expérience exceptionnelle surtout dans sa totalité. Il évite autant que possible la civilisation pour privilégier une immersion dans la nature aussi longue que possible. Il fait plonger le randonneur dans un monde végétal, minéral, aquatique suffisamment longtemps pour que cette rupture opère un retour à la nature, à l’essentiel de la vie. Les femmes et les hommes qui marchent sur le sentier forment une communauté très solidaire, un à part par moment, mais les rencontres qu’on y fait se révèlent intenses et mémorables. Pour moi, ce sentier est beaucoup trop forestier, j’ai entendu que certaines sections de l’Oregon traversaient des forêts pendant des jours sans jamais en sortir…Après, c’est une question de goût ! Mais je recommande l’expérience, même si ce n’est que pour en faire une partie.

Matériel utilisé pour Pacific Crest Trail High Sierra Trek

Matériel de Bivouac pour le Pacific Crest Trail

CATÉGORIE MODÈLE MARQUE POURQUOI AVOIR FAIT CE CHOIX AU DÉPART ? CE CHOIX A-T-IL RÉPONDU À MES BESOINS ? SI C’ÉTAIT À REFAIRE
TENTE Notch, version 3 saisons TARPTENT Tente légère (900g), 2 entrées, 2 absides, double toit et tente intérieure solidaires Tente qui n’est pas autoportante, donc parfois de grosses difficultés pour l’installer sur certains sols. Gros soucis de tension également car les cordelettes de tension se desserraient avec l’humidité. Elle dépend également beaucoup trop des bâtons : si on en perd ou casse un, la tente ne peut plus se monter. Je prendrais une tente autoportante, avec un plus grand volume intérieur pour ne pas avoir le toit de la tente à quelques centimètres de mon nez quand je dors.
MATELAS Neo Air X Therm THERMAREST Ultra léger Complètement : matelas très confortable de surcroit. Je ne changerais rien.
SAC DE COUCHAGE Panyam 450 CUMULUS Très léger (850g) et thermique. Couplé à un drap de sac, il a été beaucoup trop chaud, je l’ai toujours utilisé en couverture. Je prendrais une version moins thermique comme le Lite Line 300.
DRAP DE SAC Thermolite Reactor SEA TO SUMMIT Gagner quelques degrés et protéger le sac de couchage des odeurs et de la saleté. Très bon produit ! Je ne changerais rien.
OREILLER Compressible Pillow THERMAREST Le confort nocturne Du grand luxe, mais que c’est agréable ! Je ne changerais rien.

Vêtements utilisés durant le Pacific Crest Trail

CHAUSSURES Vacuum MFS MEINDL Chaussures grand confort et présence potentielle de neige. Aucun souci de pied à déplorer avec ces chaussures. Changées à mi-parcours par une paire plus légère. Semelle avec une accroche excellente sur tous les terrains mais qui s’use très vite (40 jours de marche). Je ne changerais rien.
CHAUSSURES X Ultra GTX Mid SALOMON Chaussures bien adaptées à la marche sur sentier avec de longues distances en terrain sec. Grand confort, rien à redire sauf la solidité globale qui laisse à désirer. Je ne changerais rien.
CHAUSSETTES Trekking Merino Light SIDAS Gagnées lors d’un concours précédent, solidité et confort. Parfaitement ! Je ne changerais rien.
CHAUSSETTES  Merinos POINT 6 Respirabilité et chaleur. Très bien, mais attention de ne pas trop les user, cela blesse les peids ! Je les changerais plus tôt !
SHORT Forclaz 100 QUECHUA Légèreté. Très solide, mais les poches ne ferment pas et on ne peut rien y mettre de valeur. Je prendrais un short avec des poches avec fermeture et une ceinture plus élastiquée.
PANTALON Track Pants LAFUMA Légèreté et solidité. Parfait, mis à part un passant de ceinture situé au niveau de la colonne vertébrale : le sac fait pression dessus et cela fait mal au dos. Je prendrais un pantalon convertible.
T SHIRT Leaf Twist LAFUMA Respirabilité. Parfait, la transpiration s’évacue vraiment vite, les odeurs sont peu présentes. Je ne changerais rien.
T SHIRT ML Warm Turtle Neck Zip ODLO Chaleur, poids et stretch. Parfait. Il ne sent jamais mauvais. Je ne changerais rien.
DOUDOUNE PLUME Forclaz Warm Ultralight QUECHUA Légèreté, thermicité, compacité, prix. Excellent produit, mis à part des manches taillées trop courtes. Je ne changerais rien, les manches trop courtes étant surtout un problème esthétique.
VESTE IMPERMÉABLE Stretch ozonic MOUNTAIN HARDWEAR Imperméabilité, stretch et poids. Taille un peu trop grand (achat en ligne). Je prendrais une taille en dessous (du M alors que je fais 1.90m !)

Matériel de randonnée utilisé sur le Pacific Crest Trail

SAC À DOS Baltoro 75 GREGORY Volume, accessoirisation, poids, confort. Un volume aussi grand n’est pas nécessaire mais s’avère très confortable pour le poids qu’il « coûte ». Les très nombreux accessoires du sac (accès frontal, poches, sangles, emplacement pour bouteille, petit sac à dos amovible) rendent ce sac très pratique. Gros soucis avec les boucles des sangles des bretelles, que je devais parfois resserrer toutes les 3 minutes. Cela a entrainé de fortes douleurs aux épaules. Aucun sac n’est parfait, je ne sais pas si j’en choisirais un autre.
RÉCHAUD Minimo JETBOIL Très économique, puissant, rapide, compact. Incroyablement sobre, le piezzo est un plus mais il ne fonctionne pas toujours, un briquet est nécessaire en appoint. Mon réchaud est subitement tombé en panne pendant la randonnée (il était neuf au départ), j’ai dû en un emprunter à chaque étape. Il a été remplacé par Jetboil à mon retour en vallée. Je ne changerais rien.
LAMPE FRONTALE Storm BLACK DIAMOND. Puissance, étanchéité, rechargeable, dispose d’une fonction de verrouillage. Parfaite. Son régulateur de puissance est un vrai plus pour adapter facilement la luminosité. Cependant, même verrouillée, elle peut s’allumer dans le sac à cause de pressions d’autres objets. Je prendrais une boîte pour la protéger et éviter qu’elle ne s’allume intempestivement.
BÂTONS DE MARCHE Trail Back BLACK DIAMOND Légers, système de verrouillage très pratique, j’en avais une ancienne paire que j’ai dû remplacer après 5 ans d’usage, j’en étais très content. Les pointes s’usent beaucoup plus vite que le modèle antérieur (fragilité sur les plastiques). J’ai perdu les pointes métalliques en chemin, alors que mes bâtons avaient tout juste un an et avaient servi 40 jours…Ce n’est pas la première fois que je constate une grosse baisse dans la qualité chez Black Diamond. Je prendrais des bâtons d’une autre marque.
HOUSSE Housse de compression étanche 25L QUECHUA Protection contre l’eau, gain de volume. Cette housse qui fonctionne par vide d’air permet effectivement de gagner du volume tout en garantissant l’étanchéité. Le système de fermeture prend cependant un peu d’espace. Je ne changerais rien.
HOUSSE Housse imperméable pour vêtements (lot de 3) QUECHUA Maintien au sec des vêtements, légèreté et solidité. Le système de fermeture par scratch ne garantit par contre une immersion du sac mais en cas de pluie il suffit. Je ne changerais rien.

Accessoires indispensables pour le Pacific Crest Trail

CRÈME SOLAIRE Sun 30 NIVEA Protection solaire. A ma grande surprise, on ne prend pas de coup de soleil dans la Sierra Nevada (d’autres ont constaté la même chose, hors neige bien sûr). La crème est inutile même en altitude dès lors qu’on n’évolue pas sur neige. Je n’en ai jamais mis, hormis une fois pour protéger l’arrière de mes genoux. J’en prendrais beaucoup moins !
RÉPULSIF À INSECTE Picardin SAWYER Il est considéré comme moins chimique que les produits à base de DEET. Efficace, mais pour un temps limité. Je prendrais du DEET.
PURIFICATION DE L’EAU Adventurer Opti STERIPEN Il est neutre en goût, contrairement aux pastilles ; il fonctionne plus vite que les filtres qu’on trouve en France ; il était moins cher (achat occasion) et plus léger que les pompes. Aux Etats-Unis, on trouve un filtre Sawyer plus gros que celui en vente en France et bien plus efficace, aux environs de 30$. Ce système fonctionne sans pile et qui est plus léger que le Steripen. J’aurais acheté un filtre Sawyer aux USA.
GANTS Torsion MOUNTAIN HARDWEAR Gants légers et résistants, adaptés pour une température autour de 0°. Ces gants m’ont peu servi même si les températures étaient proches de 0. Je les ai surtout utilisé sous la pluie, car même si ils ne sont pas étanches, ils fournissaient une bonne protection contre le froid qui tombait brusquement. Je ne changerais rien.
CHAUSSURES POUR LE CAMP ET LES TRAVERSÉES DE RIVIÈRE Classic CROCS Modèle très léger qui protège bien le pied lors des traversées de rivière. Si les crocs fournissent une bonne protection contre les rochers et le froid, le pied transpire vite et ne respire pas. Les sandales sont plus pratiques pour les moments en ville ou pour les déplacements hors randonnée. Je ne regrette pas mon choix.
SERVIETTE Pocket Towel SEA TO SUMMIT Lègère, compacte, séchage rapide. Contrairement à mon précédent roadbook où je regrettais les odeurs qui s’incrustaient dans la serviette, je n’ai pas eu à m’en plaindre cette fois-ci. Je ne changerais rien.
COUVERT Spork Titanium LIGHT MY FIRE Léger, solide et multi-usage Parfait ! Je ne changerais rien.
LUNETTES DE SOLEIL Isola ORAO Protection 4 et prix. Un modèle qui enveloppe bien les yeux et protège parfaitement sur neige. Je ne changerais rien.
CRAMPONS Ice Master CAMP Légers et adaptables à toutes les chaussures. Contrairement à ce que j’avais pu lire, il n’y avait presque pas de neige ! Les crampons sont donc restés dans leur housse tout le trajet… Je laisserais les crampons à la maison !

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1 commentaire

Nelly 20 janvier 2019 - 10 h 47 min

Un de mes goals life ! Très inspirant !

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